RAMBOUILLET
tout au contraire est-il de Rambouillet, où l'on est étrangement serré et mal logé ; mais l'Empereur tient à Rambouillet; cela lui paraît Vieille France et ce château où est mort François Ier, ce bourg dont l'histoire est aussi vieille que la monarchie, ces forêts pleines encore des abois des meutes royales, c'est pour flatter son imagination si nourrie de prestiges. Sans doute, dans le château qu'a construit le comte de Toulouse et que le duc de Penthièvre a vendu à Louis XVI, plus un meuble, plus un objet d'art; la terre morcelée, les bois saccagés ; du château même, qui contenait au premier étage « cinquantequatre appartements de maîtres tous commodes et bien meublés », de ces communs où la principale écurie pouvait, elle seule, recevoir deux cents chevaux, que reste-t-il lorsque, dans sa tournée d'inspection des résidences ci-devant royales, il y arrive le 14 mars 1805 (23 ventôse an XIII), sous prétexte d'un déplacement de chasse? Gomme personnel, un concierge à 600 livres. On a, en grande hâte, envoyé quelques meubles pour le rendez-vous de chasse, on n'a point eu le temps pour le château. L'Empereur campe; mais il se plaît et, comme présent de bienvenue, il donne 8 000 francs à l'hospice.
Cette partie de campagne coûta cher. Outre le château de Saint-Léger dont on commença à racheter des parties, ce furent deux maisons à Rambouillet ; en tout 80 000 francs; au château même, 280 000 francs de travaux, plus des babioles, mobilier et autres, complétait \ s 400 000.
382 JOSFHïrNE IMPÉRATRICE ET REINE
Napoléon a été à ce point séduit par le pays, le site, par le repos qu'il y compte trouver et l'isolement qu'il s'y ménage, que ces dépenses réalisées ne sont rien près de celles qu'il projette, qui, pour le mobilier seul, passeraient 500 000 francs. Mais il pari; c'est la campagne de l'an XIV : son esprit est si bien fixé sur Rambouillet que, du champ de bataille, il pense à consacrer le château à l'éducation des fils des généraux, officiers et soldats tués à Austerlitz. Rétlexion faite, le projet est irréalisable ; il y renonce, garde Rambouillet qu'il meublera des meubles achetés pour loger Madame au grand Trianon ; mais c'est trop peu compter : il faut rajouter 200 000 francs. 200 000 francs aussi pour les bâtiments, 32 000 francs pour les jardins et l'on pourra aller passer deux jours à Rambouillet. L'Empereur y vient en effet pour quarante-huit heures le 2 mai 1806, et la suite est nombreuse et imposante : il y a les deux Murât, le prince et la princesse de Bade, le maréchal Moncey, douze grands officiers et officiers des divers services et, pour le service delà chasse à tir, douze pages avec le portearquebuse. Il y revient, le 9 mai, avec une suite encore augmentée de la princesse Louis et du prince Borghèse et de daines de l'Impératrice. Enfin, au mois d'août, du 16 au 25, il s'y installe : cette fois, toute la Cour : le prince Borghèse, le prince de Hohenzollcrn, le duc d'Arenberg, le colonel général de service, deux grands officiers, onze officiers de la maison, cinq dames, dix pages, quatre-vingt-dix employés des écuries, cent trente chevaux de selle, cent trente-