VOYAGE SUR LES BORDS DU HIIIN 4M
au petit bonheur. Le lendemain, on monte sur le yacht du prince de Nassau, tout à fait joli comme installation, mais, avec vent debout, roulis et tangage, à peine fait-on quatorze lieues; l'on vient coucher à Bingen à neuf heures et demie et, à sept heures du matin, en roule pour Mayence. Là, pour l'Empereur, le logis est bon, c'est l'Hôtel teutonique avec ses quatre-vingt-seize croisées de façade; mais ce château n'est point meublé; tout ce qu'on peut faire, c'est loger au plus près les officiers et les dames du Palais; et pour celles-ci, voici la vie : d'abord, toilette pour le déjeuner qui commence à onze heures ; après, on reste au palais sans bouger jusqu'à deux heures ; puis, toilette pour la réception des princesses et des princes étrangers qui mène jusqu'à cinq heures; ensuite, toilette pour le dîner fixé à six heures : un jour, on dîne chez Mrae de La Rochefoucauld, un autre, chez l'Empereur : à ces dîners-là, les princes sont invités : puis, salon, sans bouger ni parler jusqu'à neuf heures; ensuite, spectacle, car l'Empereur a fait venir ses comédiens à Mayence et, pour s'égayer, l'on a la tragédie. Vers une heure du matin, l'on rentre mort de fatigue ; et qu'est-ce, des hommes qui sont debout des quatre heures de suite? Certes, il y a parfois l'insigne honneur de faire le whist de l'Empereur ; il y a une fois la petite partie à l'île Saint-Pierre et l'on assiste à un épisode que recueillera l'histoire : les cinquante napoléons étalés devant la pauvre femme qui a fait un vœu, comme il arrive dans les contes de fées ; il y a encore les princes, tous
les princes des bords du Rhin, à voir et à regarder, mais ne se blase-t-on point sur ce plaisir? Aussi, lorsque le départ est décidé, qu'on en sait l'itinéraire, que les couchées sont préparées à Spire, Saverne, Nancy, Chàlons, qu'il n'y a plus à craindre que l'Empereur change d'idée, c'est une joie à ne pas croire. En toute cette seconde partie du voyage, Joséphine est au second plan; son chevalier d'honneur inscrit bien encore quelques libéralités qu'elle fait aux pauvres de chaque ville où l'on passe : 1 500 francs à Cologne, 250 francs à Bonn, 3 300 francs à Goblentz, 600 francs à Bingen, 2 300 francs à Mayence, 700 francs à Spire, mais qu'est cela près de l'Empereur qui donne par dix ou quinze mille francs; qui, à chaque évèque, octroie 6 000 francs pour sa cathédrale, et qui ne visite point une église sans y laisser vingt-cinq louis : c'est le taux auquel, en France, Joséphine fixe ses bienfaits aux pauvres des villes où elle couche.
Ce voyage de 1804, ainsi divisé en deux parties,
l'une où l'Impératrice est seule, l'autre où elle suit l'Empereur, fournit d'une façon presque complète la formule du cérémonial et l'aspect des voyages qu'ac complira Joséphine durant tout le règne. Elle viendra un mois à Plombières, en 1805 (14 thermidor au 12 fructidor an XIII — 2 au 38 août) pour se reposer de l'épouvantable fatigue du voyage d'Italie qu'elle a fait avec l'Empereur; elle y reviendra deux mois en 1809 (11 juin — 20 août) et ce sera chaque fois le même train et une pareille dépense. Mais, à chaque