‹ Joséphine répudiéeChapitre 2 sur 165 · LES PRÉLIMINAIRES DU DIVORCE · texte numérisé non relu

LES PRÉLIMINAIRES DU DIVORCE

Par l'appareil légal et par les formules prononcées, c'a été un mariage que, le 19 ventôse an IV, ont contracté, par-devant Charles-Théodore-François Leclercq, officier public du deuxième arrondissement de Paris, Napoléon Bonaparte et Marie-Joseph-Rose Detascher. Rien n'y a manqué de ce qui, au regard des lois civiles, en établit la validité : la publication a été régulièrement faite la décade précédente ; nulle opposition ne s'est produite ; les futurs conjoints sont majeurs et, à défaut d'actes de naissance, ils ont présenté des actes de notoriété en règle : peu importe que, sur ces actes, Joséphine soit née le 23 juin 1767, alors qu'elle est née le 23 juin 1763, que Napoléon soit né le 5 février 1768 alors qu'il est né le 15 août 1769 ; il n'y a point de doute sur les personnes et c'est assez. La loi n'exige ni le consentement, ni même la consultation des ascendants, lorsqu'il s'agit de ma-

t JOSÉPHINE RÉPUDIÉE

jeurs ; elle ne parle même pas de témoins a produire et, si Napoléon est assisté de Paul Barras, membre du Directoire exécutif, et de Jean Lemarois, aide de camp capitaine, Joséphine, de Jean-Lambert Tallien et de Étienne-Jacques-Jérôme Calmelet, c'est qu'il leur plaît ainsi. De ce mariage, tout est régulier, et pourtant ce n'est pas un mariage.

Nulle idée haute, qu'elle descende de la Divinité ou qu'elle émane de la Société, né le sanctifie ou ne le consacre. Ce n'est plus le pacte solennel que jurent, entre les mains du prêtre et en la présence de Dieu, deux êtres unissant leurs destinées, durant leur existence entière, pour la bonne ou la mauvaise fortune ; pas même l'avertissement de la loi sociale, proposant aux désirs de la chair le but de la fondation d'une famille et de la perpétuation de la race. Dieu est absent et c'est comme une dérision si la Société est requise d'enregistrer des engagements dont Tune des parties au moins rejette les obligations et dénie le principe.

Bonaparte, lui, est de bonne foi. Il a voulu cette cérémonie; il y tient. Par là, avec le désir passionné qu'il éprouve pour acquérir et pour stabiliser, si l'on peut dire, ses acquisitions, pour leur fournir un litre et en établir la possession légale — car, par des côtés il reste fils d'homme de loi — par là, il croit s'assurer celte maîtresse qu'il craint de voir s'échapper et sur qui il constitue ainsi son droit. D abord, il l'aime avec ses vingt-six ans restés chastes, avec son tempérament vierge, avec l'ardeur de son sang méridional, et c'est

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