‹ Joséphine répudiéeChapitre 3 sur 165 · LE MARIAGE I · texte numérisé non relu

LE MARIAGE I

la joie de posséder à la fin une de ces femmes de Pati% « les seules qui sachent aimer et qui vaillent d'être aimées ». Puis, s'il aime la femme, il aime aussi la vicomtesse, celle qui lui donnera 1 entrée dans le monde où il aspire, l'être social qui lui fournira un pied dans la société. Ce n'est pas seulement la maltresse qu'il épouse, c'est une grande dame, c'est l'Ancien Régime. Trop neuf pour juger, trop jeune pour comprendre, trop provincial pour savoir, il croit qu'un tel mariage est un mariage et que, ainsi faite, la chose compte. Son impatience n'admet point d'atermoiements ; sa volonté ne reçoit pas de conseils ; son imagination l'emporte à saisir des apparences et à les prendre pour des réalités. D'avis, il n'en demande point, et d'ailleurs qui lui en donnerait ? Ce qui l'entoure est aussi neuf, aussi jeune, aussi provincial que lui ; comme lui, vient de la Révolution et ne sait que la Révolution. Il n'a pas dans Paris un ami qui puisse te détourner ou le renseigner. Les témoins qu'il prend, c'est l'ancien amant de sa femme et un aide de camp à peine majeur. Est-ce d'eux qu'il recevra des informations? Sans doute, il a appris d'enfance que, à un mariage, il faut un prêtre, mais c est là une satisfaction qui regarde la conscience et le lien serré par la. loi n'en sera pas moins solide si la religion n'y intervient pas. D'ailleurs le Général Vendémiaire peut-il demander des bénédictions nuptiales? Ne le compromettraient-elles pas? Ne lui enlèveraient-elles pas l'appui des Jacobins, le seul sur qui il puisse compter? Car, il arrive de Toulon, il est l'homme de

Robespierre jeune el de Ricord, de Saliceti et de Turreau. C'est comme tel qu'il a été désigné pour combattre les Sections. Il n'a pas le droit, pas le moyen encore de s'émanciper de ceux qui le protègent. Plus tard, on verra.

Joséphine y tient-elle ? En fait-elle une condition ? Peut-être céderait-il alors, mais loin qu'elle le désire, probablement elle ne s'en soucie pas. Nul compte & tenir d'une légende de mariage religieux célébré à Groissy par l'abbé de Pancémont. S'il y avait eu bénédiction par un prêtre — et par un tel prêtre — quel besoin de la réitérer plus tard ? Joséphine sait ce qu'elle fait. Un mariage civil n'engage point et ne compte pas. Il a suffi pour le conclure d'un maire et quatre témoins; il n'en faudra pas plus pour le rompre. Un mariage religieux serait de plus de conséquence. Seul, il déclasserait, car, seul, il est un mariage au gré de quelques gens et de ceux-là auxquels Joséphine tient davantage. L'aventure civile, qui d'ailleurs peut rester ignorée ou presque, c'est le mariage de comédie, au plus l'enregistrement d'un concubinage momentané. Joséphine, par surcroit, n'y va que précautions prises. Elle a près d'elle des gens avisés et qui lui ont fait la leçon. Ne possédant rien, ou si peu de chose ! elle n'en adopte pas moins le régime de la séparation de biens. Ainsi, quoi qu'il arrive, elle gardera ce qu'elle a, et ce qu'elle gagnera. Ce petit Corse à qui l'on prête du génie, qui s'en va commander une armée, qui prétend infailliblement conquérir l'Italie, vaut bien Hoche ou Barras. Sans

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