‹ Joséphine répudiéeChapitre 34 sur 165 · LES DETTES DE JOSEPHINE W · texte numérisé non relu

LES DETTES DE JOSEPHINE W

Encore faut-il compter les dettes : mais Napoléon ne peut manquer de s'en occuper. Par expérience, il sait que, tous les trois ans environ, Joséphine, malgré ses promesses et l'augmentation constante de sa cassette, s'est trouvée au moment de faire banqueroute. Depuis 1806, où, pour la quatrième fois, a été liquidé le passif, elle en a certainement un nouveau, mais quel en est le montant ? Il faut bien qu'elle l'avoue, et c'est tout près de deux millions. Il n'y a pas cette fois à s'indigner et à la faire pleurer : il y a à la remettre à flot, mais en même temps à lui donner une leçon qui profite. Jusqu'ici, elle n'a payé qu'en larmes, elle va payer en argent. L'Empereur exige donc des comptes précis : on fera d'abord, sous la surveillance de la dame d'atours, M*° Lavallette un inventaire exact de la garde-robe. On reprendra tous les objets qui en font partie des mains de M"* Hamelin, cette intendante qui, placée près de l'Impératrice pour contrôler les dépenses, s'est donné pour tâche de faciliter les dettes. Puis, on dressera un état général des mémoires de fournitures non acquittés et des sommes réclamées pour objets livrés depuis l'an XII jusqu'au 1 er janvier 1810.

Ces opérations préliminaires remplies, l'état, dressé à grand'peine, se trouve monter à 1 898 098 fr* 98, Il y a 587 411 fr. 62 dû à des bijoutiers; 121 013 fr. 33 à un seul marchand de dentelles ; 290 733 fr. 26 à Leroy, le marchand de modes ; 192 047 fr» 46 & W~ Lolive de Beuvry, Iingères. Il y a des mémoires remontant à 1807 et dont on ne s'est jamais occupé :

des 78 francs d'une blanchisseuse de bas et des 25 francs d'un dégraisseur. Il y a tous les corps de métiers qui servent à parer ou amuser la femme : papetiers, dessinateurs, peintres, sculpteurs, mosaleistes, encadreurs, dentistes, chocolatiers, coiffeurs, marchands de vins, architectes, ébénistes, tapissiers, marchands de fleurs, d'oiseaux , de bètes rares ; la crème de l'Almanach du Commerce : Cent vingt créanciers !

Cet état dressé, on le soumet à Joséphine qui réserve un certain nombre de dettes pour les payer, dit-elle, intégralement, puis à l'Empereur qui ordonne les rabais : ils sont terribles : les bijoutiers perdent un sixième, 126 111 francs ; le marchand de dentelles 31013 francs, Leroy 100 733 francs, les lingères 45 047 francs : tout le monde y passe et, de la sorte, les 1 900 000 francs sont réduits au chiffre qu'il s'est fixé : 1 400 000 francs. Il prend un décret par lequel il avance cette somme, mais elle sera retenue en deux ans sur le million que le Trésor de la Couronne doit payer à l'Impératrice : 700 000 francs en 1810, autant en 1811. Encore, les 300 000 francs restant sur 1810 ne seront versés que sur l'autorisation expresse de l'Empereur et après qu'il lui aura été certifié qu'il ne reste aucune dette à acquitter. Quant aux créanciers, ils n'auront leur argent que a sur reçu pour solde de toute espèce de comptes avec Sa Majesté jusqu'au 1™ janvier 1810, sans aucune réserve pour cause de réductions antérieures ». Vingt -sept fournisseurs seulement refusent de donner un acquit : on force

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