LE DOUAIRE DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE
prennent un premier aumônier, une dame d'honneur, six dames du Palais — les princesses n'ont que des dames pour accompagner — un chevalier d'honneur, six chambellans, un premier éeuyer et quatre éeuyer», plus un intendant.
Il manque sans doute à Joséphine une dignité accessoire q.ui affirme son rôle de bienfaisance, et de charité; et l'Empereur cherche. A défaut des Sœurs hospitalières et des Sœurs de charité dont il ne peut enlever la protection à sa mère, il songe aux Maisons- Napoléon, où sont élevées les orphelines de la Légion d'honneur. En Russie, l'Impératrice-mère n'est-elle pas ainsi protectrice des Instituts impériaux et n'estce pas un précédent à noter ? Mais, soit que Joséphine refuse, soit qu'il voie lui-même des inconvénients, il y renonce : c'est Hortense qu'il nommera.
L'Empereur ne s'est pas contenté, pour établir la douaire de Joséphine, des garanties contenues dans le paragraphes de l'article XII de l'Acte des Constitutions de l'Empire du 28 floréal an XII : « L'Empereur, y est-il dit, pourra fixer le douaire de l'Impératrice et l'assigner sur la Liste civile ; ses succèsieurs ne pourront rien changer aux dispositions qu'il aura faites à cet égard. » Le Statut de Famille du 30 mars 1806 a précisé les formes dans lesquelles cet acte doit être établi. « L'acte qui fixera le douaire de l'Impératrice, lit-on à l'article XXII, sera reçu par rArchichancelier assisté du Secrétaire de l'État de la
dames du palais, on premier chambellan, cinq chambellans, un premier éeuyer et quatre éeuyera.
Maison impériale qui récrira en présence de deux témoins indiqués par l'Empereur. Cet acte, soit clos, soit ouvert, selon que l'Empereur l'aura déterminé, sera déposé au Sénat par FArchichancelier. »
Nulle de ces stipulations si précises n est suivie ; ce n'est pas sur la Liste civile, c'est sur le Trésor public qu'est assigné le douaire de Joséphine. Toutefois, il ne s'élève qu'à la moitié de celui qu'avait attribué à la Reine le décret du 26 mai 1791. Par l'article III du Sénatus- Consulte, « il est fixé à une rente annuelle de deux millions sur le Trésor de l'État ». Mais c'est sans préjudice de ce que l'Empereur donnera sur la Liste civile et, à ce propos, l'article IV, répète expressément les termes des Constitutions : « Toutes les dispositions qui pourront être faites par l'Empereur en faveur de l'impératrice Joséphine sur les fonds de la Liste civile seront obligatoires pour ses successeurs. »
Or, le même jour où le sénatus-consulte a été rendu, l'Empereur a pris un décret « par lequel il assure & l'impératrice Joséphine à titre de supplément de douaire, une somme annuelle d'un million sur le Trésor de la Couronne » ; par un deuxième décret, il a fait « donation à l'impératrice Joséphine du Palais de l'Elysée, ses jardins et dépendances avec le mobilier qui y existe actuellement; nous entendons, a-t-il dit, qu'elle en jouisse sa vie durant et qu'après elle, ledit palais, appartenances et dépendances, rentre dans notre domaine privé ». Par un troisième acte souverain, conçu dans une forme par-
MALMAISON tf
ticulière, il déclare que Malmaison et ses dépendances appartiennent à l'Impératrice Joséphine, qu'il renonce à tout ce qu'il y pourrait posséder et lui en fait donation spéciale. Sans doute peut-on dire que, le 2 floréal an VII; Malmaison a été acheté par Joséphine, mais sauf 47 000 francs qu'elle semble avoir payés de ses deniers — si ce n'est de ceux de Barras — sur le prix d'achat primitif, elle n'a pas fourni un sol des six ou sept millions que la propriété a coûtés depuis lors. Les actes ont été passés en son nom, mais est-ce assez pour la garantir contre toute réclamation ? Tel qu'il se comporte à présent, Malmaison n'est
1 « Nous ayons déclaré et déclarons ce qui suit :
« Le château de Malmaison, celui de Buzenval, les parcs et jardins qui en dépendent, la forêt du Buttard et tous les autres biens faisant actuellement partie de la terre de Malmaison et du Buttard appartiennent en toute propriété à notre bien-aimée épouse l'Impératrice Joséphine ainsi que les meubles et effets existants dans lesdits châteaux et jardins.
<r Ayant à cœur de donner, dans cette circonstance comme dans toute autre, à notre bien-aimée épouse, l'Impératrice Joséphine, un témoignage de notre satisfaction et de notre affection, nous renonçons par les présentes à tout ce qui pourrait nous appartenir à quelque titre que ce soit, dans Tune ou l'autre desdites terres, et nous lui en faisons donation spéciale.
a Nous entendons que lesdites terres, châteaux, parcs, maisons, meubles et biens de toute nature qui les constituent soient possédés par elle en toute propriété, pour en être disposé comme elle avisera bon être et être transmissibles à ses enfants héritiers, successeurs et ayant droit, le tout conformément à nos lois civiles.
« Nous exceptons toutefois desdites propriétés, le pavillon du Buttard, construit par nos prédécesseurs, avec l'enclos qui y est joint, lesquels pavillon et enclos nous réunissons à notre domaine de Versailles.
« Nous nous réservons également le bien connu sous le nom de Clos Toutain, où est aujourd'hui établie notre Vénerie, lequel nous entendons posséder au titre de notre domaine privé.
9 Les présentes seront notifiées à notre grand maréchal et à l'intendant général de notre Couronne, s
point une charge. Les revenus des terres et des bois suffisent amplement à la dépense totale, réglée par l'Empereur à 70 000 francs par an, tandis que, en 1809» les recettes ont atteint 102 080 francs 98 centimes. On ne peut croire que, en dehors de l'entretien, il y ait à présent lien à des dépenses considérables ; toutes les folies semblent avoir été faites : la Grande galerie est achevée et meublée au goût le plus nouveau et les dernières annexions qui peuvent présenter un caractère d'utilité seront payées par l'Empereur.
Ainsi, Joséphine se trouve munie du palais de ville le plus somptueux et le plus agréable et d'un château, aux portes de Paris, qu'elle a choisi à son goût, embelli à sa fantaisie et qui se trouve assez largement doté pour son entretien. Il ne lui manque qu'une terre, hors de la banlieue, où elle puisse trouver, avec les grands espaces, les divertissements de la chasse à courre et l'Empereur s'occupe de la lui procurer.
Avec les trois millions qu'elle reçoit annuellement elle doit se trouver à l'aise ; mais c'est là tout son revenu et il ne faut pas compter sur sa fortune personnelle. A elle, elle possède seulement 41 980 francs de rente 5 p. 100 dont le Premier Consul lui fît présent en Tan XI, cinquante actions de la Banque, de France, une créance qui parait irrécouvrable sur Emery et Yanhée de Dunkerque, et les plantations des Trois Illets et du Lamentin qui doivent, dit-on, rapporter 50 000 francs par année, mais d'où, paf suite du Blocus continental, il ne vient guère de remises.