‹ Joséphine répudiéeChapitre 37 sur 165 · LE BUDGET DE LA MAISON · texte numérisé non relu

LE BUDGET DE LA MAISON

grossi h ses yeux jusqu'à se rendre inépuisables; pour entretenir le train qu'il veut pour Joséphine, étant donnés ses goûts qu'elle ne peut, changer et dont pourtant il faut tenir compte., le double du revenu dont elle dispose serait à peine suffisant : il a calculé ce budget sur ce qu'il estime le nécessaire de la vie, et pour elle, c'est le superflu qui seul est le nécessaire. Qu'importe qu'elle n'ait point à acheter ses chevaux et ses voitures et qu'elle emmène son écurie particulière ; qu'elle reçoive encore 500 à 700 000 fr. pour son argenterie et son linge; mieux l'intérieur sera monté, plus somptueux sera le cadre, plus la dépense accessoire augmentera et, à moins que Joséphine n'ait à sa disposition, les inépuisables ressources du Trésor extraordinaire, elle sera constamment endettée. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait une transformation radicale de ses habitudes et de son milieu et l'abolition des tentations qui l'entourent. Une sorte d'exil pourrait le faire, un dépaysement, un immédiat départ, le sentiment de la déchéance accomplie, avec la vie obligée dans une province de l'Empire. Si illustre qu'en soit le siège — Parme, Florence ou Rome — si grande qu'y soit la représentation, que serait-ce près des fantaisies de Paris ?

Mais, tout au contraire, l'Empereur s'efforce de persuader à Joséphine qu'elle n'est en rien diminuée, que son existence ne doit être en rien changée, qu'il n'y a pour elle, entre hier et demain, aucune différence de traitement et que l'affection qu'il a pour elle

demeure semblable. Or, de cette affection qu'il lui a jusqu'alors témoignée, le propre n'a-t-il pas été qu'elle satisfit tous ses caprices ? Joséphine doit donc penser qu'il en sera pour l'avenir comme il a été pour le passé et, sans qu'elle en ait formé ou prémédité le dessein, elle glissera sur la pente qu'elle a toujours suivie et qui peut la mener aux catastrophes.

Est-ce une comédie que joue Napoléon pour que Joséphine se prête au sacrifice et y fasse à peu près bonne mine? Faut-il croire que, en parlant comme il fait, il exagère volontairement sa pensée et qu'il donne des espérances qu'il est décidé à ne point réaliser f Point du tout : il est sincère et ce qu'il dit, il le pense. Il pense même bien plus qu'il ne dit. Pris entre les nécessités dynastiques et des affections qui lui tien* nent le cœur par toutes sortes de liens : reconnaissance, passion ancienne, habitude de confidences, de lepas tête à tête, de vie commune, accoutumance de sans-gêne, tout ce qu'établit de familiarité, entre deux êtres de sexe différent, un bail de quinze années, il ne peut croire qu'il puisse rompre celles-ci au profit de celles-là et il rêve de satisfaire ses intérêts politiques en conservant ses sentiments domestiques. « Il épousera un ventre », comme il dit, mais sa femme ce sera toujours Joséphine. De là, cette conception qui peut étonner, mais dont, par différents décrets, il a fourni trop de notions pour qu'on la puisse méconnaître.

Pourquoi a-t-il réglé le rang qu'aura Joséphine à sa cour, s'il ne compte pas qu'elle y vienne ? Pourquoi lui a-t-il donné un palais à Paris s'il ne désire pas

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