RETOUR A GENEVE
de rendre la commission. Joséphine recevrait bien M" de Staël si elle était assurée de sa discrétion, « mais, dit-elle, je la connais trop pour oser risquer une pareille démarche. Dans le premier ouvrage qu'elle publiera, elle ne manquerait pas de rapporter notre conversation et Dieu sait combien elle me ferait dire des choses auxquelles je n'ai jamais pensé, » Au moins, est-ce là un acte de prudence, mais il faut avouer qu'il n'est point spontané.
A Genève, où elle arrive après un arrêt à Morges, elle trouve une lettre de l'Empereur, qui confirme ce que lui a écrit Hortense. Il accorde Navarre, mais comme il préférerait Milan! « J'ai reçu ta lettre, écrit-il. Hortense, que j'ai vue, t'aura dit ce que je pensais : va voir ton fils cet hiver, reviens aux eaux d'Aix Tannée prochaine ou bien reste au printemps à Navarre ; je te conseillerais d'aller à Navarre tout de suite si je ne craignais que tu ne t'y ennuyasses. Mon opinion est que tu ne peux être l'hiver, convenablement, qu'à Milan ou à Navarre; après cela, j'approuve tout ce que tu feras, car je ne veux te gêner en rien. Adieu, mon amie, l'Impératrice est grosse de quatre mois ; je nomme M me de Montesquiou gouvernante des Enfants de France. Sois contente et ne te monte pas la tête ; ne doute jamais de mes sentiments. »
Là-dessus, Joséphine décide qu'elle ira d'abord à Malmaison. « L'Empereur, écrit-elle à sa fille, me conseille d'aller à Milan ou à Navarre. Je me suis décidée pour Navarre ; là du moins je serai en France. S'il n'avait été question que de passer un mois ou deux
en Italie avec mon cher Eugène, j aurais fait votontiers ce voyage, mais m 'éloigner de la France pendant six mois, cela inquiéterait tout ce qui m'est attaché et c'est au-dessus de mes forces. Tu me trouveras bien changée, ma chère fille, j'ai perdu tout le boa effet des eaux et je sens que j'ai besoin de repos et que surtout l'Empereur ne m'oublie pas. Adieu, ma chère Hortense, je riens d'écrire à l'Empereur que je compte quitter Genève le ! er novembre ; que firm passer vingt-quatre heures à Malmaison'. Tu seras bien aimable de m'y faire une petite visite. J'irai ensuite me fixer à Navarre ; mande-moi si ce parti-là convient à l'Empereur. »
Comme Malmaison est adroitement glissé et est-il possible, en vérité, de lui refuser les vingt-quatre heures qu'elle implore? Ayant gagné le premier point qui est de ne pas aller en Italie, elle reprend ses avantages et se tient assurée de la réussite. En attendant la'réponse qui ne peut manquer d'être favorable, elle rayonne autour de Genève, annonçant, Bans qu'on Tait priée, sa visite dans toutes les maisons où on lui signale quelque curiosité ; des fleurs rares qu'on cultive, un amateur de peinture ou de musique qui a sa renommée locale, une tour, un débris d'architecture, n'importe quoi qui serve d'occasion à un déplacement. Chez ces républicains qui regrettent leur indépendance et qui, à l'arrogance de leur austérité protestante, joignent sans effort l'arrogance de leur argent, elle vient familièrement, suivie de cette petite cour, trop jeune pour son Age à elle,