‹ Joséphine répudiéeChapitre 79 sur 165 · RETOUR A MALMAISON · texte numérisé non relu

RETOUR A MALMAISON

du nouveau régime, a des griefs contre Marie-Louise, — et c'est à peu près tout ce qui fut de la Cour du temps de Joséphine — tout ce qui la trouve hautaine, solte, formaliste; tout ce qui s'indigne qu'une archiduchesse, depuis huit mois en France, n'en connaisse pas tous les noms, toutes les familles et toutes les vanités; tout ce qui a éprouvé des désagréments au changement de souveraine, se précipite à Malmaison. Cela devient une mode : c'est une forme d'opposition contre l'Empereur dont l'Empereur n'a pas le droit de se fâcher et dont on se donne les gants. Les amis sincères du Consul, les partisans décidés de la dictature napoléonienne, les ci-devant jacobins qui jadis conspiraient avec fil " Bonaparte contre l'hérédité, se rencontrent dans la grande galerie avec les mécontents que l'Empereur a chassés les ayant trouvés dans de vilaises affaires, avec les généraux qui ont gardé pour Notre-Dame-des- Victoires leur culte italien, avec les petites pestes de duchesses qui n'ont pas reçu suffisant accueil de Marie-Louise, avec les boudeurs du Faubourg qu'on n'a pas assez payés pour qu'ils se rallient, avec les épaves de la société Récamier : il y a tout le monde, tout Paris, sauf ce qui est du voyage de Fontainebleau : encore s'en échappe-t-on à ce dessein.

Et le bruit que fait ce retour comme il s'accroit du bruit que font à Paris les gens de la Maison. En Suisse, ils étaient quatre dont deux sans brevet, simplement salariés comme les valets ou les femmes de chambre. A présent, on croirait qu'ils arrivent de Suisse à vingt

ou cen<L Tons y sont &Ués t tous ont souffert de l'exil, tous ont éprouvé des misères qu'on ne croirait point à les voir. Les. dames du Palais s' empresse ut à leur service; les écuyers accourent avec les chambellans, ils amènent des familles qui &'éplorent» et c'est avec

. des plaintes qu'on ne comprend guère, un enthou-

: sia&me qu'on ne comprend pas.

De Malmaison,, on se répand à l'Elysée. Chacun n'y a-L-il pas son appartement ou sa chambre? Et, comme les livrées sont semblables, les rencontres entre les valets de Marie- Louise et ceux de Joséphine amènent de querelles et causent des scandales. Joséphine ellemême n'est-elle pas tentée de voir son palais et, s'il n'est point sûr qu'elle y vienne, au moins Le bruit en circule et la foule badaude s'attroupe aux environs pour l'acclamer. Au moins,, chez elle* en paroles, est-elle prudente? Il ne semble guère* s'il faut croire Bourrienne. Quand il entre, elle lui tend la main et ne lui dit d'abord que ces mots : « Eh bien! mon ami... » « J'ai subi, reprend-elle, tout mon malheur. Il m'a délaissée, abandonnée ; il ne m'a couverte du vain titre d'impératrice que pour rendre ma honte plus éclatante. Ah ! que nous l'avions bien jugé. Je ne me suis jamais fait d'illusions sur ma destinée et qu'est-ce qu'il ne sacrifierait pas à son ambition?... Il a tout accompli avec une cruauté dont vous ne sauriez vous faire une idée. J'ai joué jusqu'au bout mon rôle de femme dans le monde. J'ai tout souffert et ]e suis résignée... » Et pour le prouver, elle ajoute : « Concevez-vous, mon ami, tout ce qu'il m'a fallu

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