‹ Joséphine répudiéeChapitre 80 sur 165 · MALMAISON · texte numérisé non relu

MALMAISON

endurer... Je ne conçois pas que je a y aie pas suc-» combé. Pouvez- voua voua figurer quel supplice c'a été pour moi que de voir partout des descriptions As fête? Et, la première fois qu'il est venu me voir après son mariage, quelle entrevue !... Avec quelle cruauté il me parle de renflant qu'il va avoir ! Compreiuex-vous tout ee que cela a d'odieux pour moi ? Mieux vaudrait être exilée à nul 1-e lieues d'ici ; cependant, quelques amis me sont restés fidèles et c'est maintenant ma seule consolation quand il m'est permis d'en goûter quelques-unes... »

Ces plaintes que tout excite, car elle ajoute sans cesse des griefs nouveaux aux anciens — son petit- fils, le petit Oui-Oui, ce ebéri qu'elle devait nommer, l'Empereur ne vient-il pas, à Fontainebleau* le 4 novembre de lui donner Marie-Louise pour marraine, et du même coup, à tous les enfanta de maréchaux, de généraux, de ministres qui devaient être ses filleuls à elle, et n'est-ce pas pour cela, à chaque instant, des visites et des excuses qu'il faut recevoir? — ces plaintes qu'elle renouvelle à tout venant, elle ne les interrompt que pour satisfaire la fringale de robes* de chapeaux, de manteaux, de cachemires, de bijoux* inassouvie depuis huit mois et mise à si rude jeûne à Navarre, à Aix et en Suisse. Les fournisseurs, qui ne lui tiennent pas rancune des réductions qu'on leur a fait subir, amènent de pleines voitures et c'est un défilé ininterrompu, c'est un déballage de bazar dans le château devenu trop petit. Ah I la bonne cliente et qui s'entendait, celle-là, à faire aller le commerce !

Qu'on ne leur parle pas de Marie-Louise! Pas de goût, des robes que choisit la dame d'Atours, qu'on n'a pas même le droit d'essayer et qui sont payées fin du mois! Va-t-on user son génie à créer pour elle quelque prestigieuse invention de mode ! Aussi bien, à la façon dont elle porte la toilette, un couturier est déshonoré; et, avec ses familiarités d'habitude qu'un sourire encourage, Leroy daube sur la succesrice en poussant à la prédécesrice son fonds de magasin. Dentelles, tableaux, statues, bibelots suivent : un mois de ce train et le douaire y passe.

Voici beaux jours que sont écoulées les vingtquatre heures auxquelles Joséphine a juré de restreindre son passage à Malmaison. L'Empereur à qui revient quelque chose de tout ce bruit, bien que ses plus affidés — tel Rovigo — aient un intérêt de cœur à le dissimuler, commence à trouver que Joséphine abuse et il fait demander quand elle partira. Lui-même compte rentrer à Paris le 15 et il ne veut pas de conflit. Joséphine répond qu'elle s'en ira le 15 ou le 16. Alors, le 14, sous prétexte de déférence et de politesse, il envoie, de Fontainebleau, l'Archichancelier faire visite à Malmaison. Gambacérès notifiera le départ nécessaire et rendra compte. Joséphine n'est pas prête : ce sera, dit-elle, pour lundi (le 19) ; puis pour mardi, puis pour mercredi, et elle ne se décide enfin que le jeudi 22.

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