IMPORTANCE DE LA SANTE
A Madame de Beaumard, à Passy.
Villeneuve-sur- Yonne, ... 1795.
... Je suis bien aise de vous dire que je ne pourrai vous admirer à mon aise et vous estimer tant qu'il me plana, que lorsque
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j'aurai vu en vous le plus beau de tous les courages, le courage d'être heureux.
Il faudrait, pour y atteindre, avoir d'abord le courage de vous soigner, le désir de vous bien porter, et la volonté de guérir...
Je suis payé pour vous désirer de la santé, puisque je vous ai vue ; j'en connais l'importance, puisque je n'en ai pas. Un événement de ma vie m'a trop appris combien l'insouciance sur ce point peut devenir funeste pour que je transige avec la vôtre.
Enfin, madame, je suis tourmenté depuis trois mois de l'inquiétude que vous me causez à cet égard, à un tel excès, que j'aimerais encore mieux vous savoir cet été. à Plombières qu'à Passy, et assurément c'est tout dire.
Un homme habile, bien consulté et bien écouté, peut rendre ce voyage inutile ; mais si vous tardez à prendre des précautions, votre éloignement nous deviendra indispensable et ne produira peut-être aucun fruit.
« Cela, dites-vous, serait plus tût fait. » Plus tôt, oui, mais non pas bientôt. On meurt longtemps, et si, brutalement parlant, il est quelquefois agréable d'être mort, il est affreux d'être mourant pendant des siècles. Enfin, il faut aimer la vie quand on l'a : c'est un devoir. Les pourquoi seraient infinis ; je m'en tiens à l'assertion. Elle vous fâchera peut-être ; mais, fût-ce pour vous plaire, je ne puis pas vous taire cette vérité...
SUR BENJAMIJS CONSTANT
A Madame de Pange.
Sens, 26 juin 17t)7.
... Cel homme est pour moi
Comme un violon faux qui jure sous l'archèb,
tout ce qu'il dit me blesse l'esprit. D'abord, il écrit mal, très mal, et en vrai Suisse à prétentions. 11 exprime avec importance,
et avec une sorte de perfection travaillée, des pensées extrêmement communes, signe de médiocrité le plus grand que je connaisse. Ensuite, je ne crois pas qu'il y ait rien au monde de plus insupportable et de plus révoltant que le faux dans l'erreur. Or, madame, examinez les erreurs de Benjamin Constant, et dites-moi si vous croyez qu'elles soient en lui un effet de la bonne foi et une simple méprise de l'esprit. On sent qu'elles lui viennent du cœur, et que son ambition les a fabriquées de toutes pièces. J'avais lu déjà plusieurs passages de son livre, quand Mme de Beaumont a eu la bonté de me le faire parvenir. J'avais trouvé et je trouve le choix de ses expressions et de ses tournures mauvais ou déplacé, et le choix de ses opinions encore plus insoutenable. Dans cet ouvrage, tout repousse l'indulgence ; tout y tend à détruire l'humanité. Vous voyez à ma colère que je dois m'interdire d'en parler...