‹ JoubertChapitre 89 sur 104 · DES QUALITÉS DE L'ÉCRIVAIN ET DES COMPOSITIONS LITTERAIRES · texte numérisé non relu

DES QUALITÉS DE L'ÉCRIVAIN ET DES COMPOSITIONS LITTERAIRES

1 . — En poésie, en éloquence, en musique, en peinture, en sculpture, en raisonnement même, rien n'est beau que ce qui sort de l'âme ou des entrailles. Les entrailles, après l'âme, c'est ce qu'il y a en nous de plus intime.

2. — H faut de l'enthousiasme dans la voix pour être une grande cantatrice ; dans la couleur, pour être un grand peintre ; dans les sons, pour être un grand musicien, et dans les mots pour être un grand écrivain ; mais il faut que cet enthousiasme soit caché et presque insensible : c'est lui qui fait ce qu'on appelle le charme.

3. — Il y a deux sortes de génie : l'un qui pénètre d'un coup d'œil ce qui tient à la vie humaine ; l'autre, ce qui tient aux choses divines, aux âmes. On n'a guère le premier pleinement et parfaitement, sans avoir aussi quelques parties du second ; mais on peut avoir le second sans le premier. C'est que les choses humaines dépendent des choses divines et y touchent de toutes parts, sans qu'il y ait réciprocité. Le ciel pourrait subsister sans la terre, non la terre sans le ciel.

4. — Sans emportement, ou plutôt sans ravissement d'esprit, point de génie.

88 = JOUKEHT. — GHAP. V

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