‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 101 sur 112 · H y a des livi'es où l'on respire un air exquis · texte numérisé non relu

H y a des livi'es où l'on respire un air exquis

38. — Entre l'estime et le mépris, il y a, dans la littérature, un chemin tout bordé de succès sans gloire, qu'on obtient aussi sans mérite.

39. — Peu de livres peuvent plaire toute la vie. Il y en a dont on se dégoûte avec le temps, la sagesse ou le bon sens.

40. — Le talent va où est la voix de la louange; c'est la -irène qui l'égaré.

41 . — L'abeille et la guêpe sucent les mêmes fleurs ; mais toutes deux ne savent pas y trouver le même mieL

42. — Rien n'est pire au monde qu'un ouvrage médiocre fjui fait semblant d'être excellent.

43. — Les productions de certains esprits ne viennent pas de leur sol, mais de l'engTais dont il a été couvert.

44. — La littérature, que M. de Bonald appelle l'expression de la société, n'est souvent que l'expression de nos études, de notre humeur, de notre personnalité ; et cette dernière est la meilleure. H y a des li^Tes tellement beaux que la littérature n'y est que l'expression de ceux qui les ont faits.

45. — C'est à la mode des portraits qu'on doit les Caractères de La Bruyère. Plus d'un mauvais genre a été, en littérature, l'origine d'un chef-d'œu^Te.

46. — Hélas! ce sont les livres qui nous donnent nos plus gi-ands plaisirs, et les hommes qui nous causent nos plus gi'andes douleurs. Quelquefois même les pensées consolent des choses, et les livres consolent des hommes.

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