‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 33 sur 112 · lOUBEUT. — Cil A P. V · texte numérisé non relu

lOUBEUT. — Cil A P. V

pas une chose facile ; pourquoi la religion le serait-elle? » Gardons-nous au surplus d'exagérer les difficultés de croire, et que certains théologiens ne nous en imposent pas ! « C'est leur confiance en eux-mêmes, et la foi secrète qu'ils ont de lem' iiif ailhbilité personnelle qui déplaisent dans quelques théologiens. On pourrait leur dire : « Ne doutez jamais de « votre doctrine, mais doutez quelquefois de vos démonsce trations. )> <( La religion défend de croire au delà de ce qu'elle enseigne. » « Dieu a égard aux siècles. Il pardonne aux uns leurs grossièretés, aux autres leurs raffinements... Nous vivons dans un temps malade : il le voit. Notre intelligence est blessée : il nous pardonnera, si nous lui donnons tout entier ce qui peut nous rester de saiu. »

Philosophie très humaine, comme on peut voh", et que saint François de Sales eût goûtée, plus peut-être que Jansénius. Pas plus qu'elle ne désespère de l'homme, elle ne désespère de Dieu. En un mot, elle est optimiste, comme l'était au fond celui qui l'a conçue. Nos idées générales sont toujours le reflet ou l'écho de notre tempérament ])ersonnel, et nous avons beau nous en défendre, nos conceptions du monde ne sont jamais que la projection de notre moi siu- l'univers. Joubert était né optimiste, — car on naît optimiste, comme on naît pessimiste ; — la sérénité, la bienveillance, la gaîté même formaient le fond de son humeur, et c'est cette paifaite bonne grâce, inaltérable et somiante, qui rendait ce « Platon à cœm' de La Fontaine » si justement cher à tous ses amis. Chateaubriand lui écrivait « qu'il voulait voir l'enfer même du bon côté », et, d'autre part, nous lisons dans les Pensées ce mot qui aurait pu lui servh' de devise : « Ne vous exagérez pas les maux de la vie, et n'en méconnaissez pas les biens, si vous cherchez à vivre heureux. » Je crois bien au total que c'est son optimisme même qui a incliné Joubert au christianisme. On a trop dit que le christianisme était une religion pessimiste. Une doctrine n'est pas pessimiste quand elle

proclamo raccord final de la veitu et du l)oiilioiir ; et si Ton y songe, (|ii('l indéiachuiblc o[ttiniLSjno ((ue celui qui est au fond de la parole Ijiblique : « Croissez et multipliez ! » Mais, ce qui est vrai, c'est que le christianisme n'a pas fermé les yeux aux innombrables misères de l'iionmie et de la vie ; il les a même soulignées d'autant plus énergiqueinent, ces misères, qu'il en savait le remède. L'optimisme qu'il professe et qu'il suggère n'est pas celui qui n'est qu'une forme de la niaiserie ou de l'égoïsme satisfait ; il a, si l'on peut dire, traversé le pessimisme, U enasubi l'épreuve, et il y a résisté. Les vrais optimistes, ceux-là seuls qui comptent et qui méritent que l'on discute leurs doctrines, sont ceux qui n'ignorent lien des tragicpies dessous de l'existence humaine, et qui, malgré tout, gardent quelque espérance. Tel était exactement Joubert. Il avait souffert, il avait vu souffrii- autour de lui ; de ces souffrances d'autrui, il avait pris généreusement sa part ; il avait longuement médité la maladie, la douleur et la mort : il était resté optimiste quand même. Plus cpie beaucoup d'autres, il en avait aclieté le droit.

Il y a dans les Pensées un mot exquis : « Il faut mourk* aimable, si oiî le peut. » Joubert enseigne non seulement à mourir, mais à \iM'e aimable. De combien de moralistes peut-on en dire autant?

Page 1