‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 37 sur 112 · ET DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

ET DES PRÊTRES

1. — On connaît Dieu par la piété, seule modification de notre âme par laquelle il soit mis à notre portée et puisse se montrer à nous.

2. — Nous CI oyons toujours que Dieu est semblable à nousmêmes : les indulgents l'annoncent indulgent ; les haineux le prêchent terrible.

3. — Tout ce qui est très spirituel, et où l'âme a vraiment part, ramène à Dieu, à la piété. L'âme ne peut se mouvoir, s'éveiller, ouvrir les yeux, sans sentir Dieu. On sent Dieu avec l'âme, comme on sent l'air avec le corps.

4. — Oserai-je le dire? On connaît Dieu facilement, pourvu qu'on ne se contraigne pas à le définir.

5. — On ne comprend la teiTe que lorsqu'on a connu le ciel. Sans le monde rehgieux, le monde sensible offre une énigme désolante.

6. — Le Dieu de la métaphysique n'est qu'une idée, mais le Dieu des religions, le Créateur du ciel et de la terre, le Juge souvei'ain des actions et des pensées, est une force.

7. — Notre immortalité nous est révélée d'une révélation innée et infuse dans notre esprit. Dieu lui-même, en le créant, y dépose cette parole, y gi'ave cette vérité, dont les traits et le son demeurent indestructibles. Mais, en ceci. Dieu nous parle tout bas et nous illumine en seciet. H faut, pour l'entendre, du silence intériem* ; il faut, pour apercevoir sa lumière, fermer nos sens et ne regarder que dans nous.

8. — Notre âme est toujours pleinement vivante ; elle l'est dans l'infirme, dans l'évanoui, dans le mourant ; elle l'est plus encore après la mort.

9. — H n'est permis de parler aux hommes de la destruction que pour les faire songer à la durée, et de la mort que pour les faire songer à la vie ; cai la mort court à la vie, et la destruction se précipite dans la durée.

10. — Le courroux de Dieu est d'un moment; la miséricorde divine est éternelle.

11. — Kien dans le monde moral n'est perdu, comme dans le monde matériel rien n'est anéanti. Toutes nos pensées et tous nos sentiments ne sont ici-bas que le commencement de sentiments et de pensées qui seront achevés ailleurs.

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