JOLBEKT. — ClIAP. Y
J'ai beaucoup tle fonues d'idées, mais trop peu de formes de phrases.
En toutes choses, il me semble que les idées intermédiaires me manquent, ou m'ennuient trop.
J'ai voulu me passer dos mots et les ai dédaignés : les mots se vengent pai*la difficulté.
S'il est un homme tourmenté par la maudite ambition de mettre tout un livre dans une page, toute une page dans une plu'ase, et cette phrase dans un mot, c'est moi.
De certaines parties naissent naturellement trop finies en moi pour que je puisse me dispenser de finir de même tout ce qui doit les accompagner. Je sais trop ce que je vais dire, avant d'écrire.
On dira que je parle avec subtihté. C'est quelquefois le seul moyen de pénétration que l'esprit ait en son pouvoir, soit par la nature de la vérité où il veut atteindre, soit par celle des opinions ou des ignorances au travers desquelles il est rçduit à s'ouvrir péniblement une issue.
J'aime à voir deux vérités à la fois. Toute bonne comparaison donne à l'esprit cet avantage.
J'ai toujours une image à rendre, une image et une pensée, deux choses pour une et double travail pom- moi.
Ce n'est pas ma phrase que je polis, mais mon idée. Je m'arrête jusqu'à ce que la goutte de lumière dont j'ai besoin soit formée et tombe de ma plume.
Je voudrais luonnayer la sagesse, c'est-à-dire la frapper eu maximes, en proverhpi^, en sentences faciles à retenir et à transmettre. Que ne puis-je décrier et bannir du langage des hommes, comme une monnaie altérée, les mots dont ils abusent et qui les trompent ! *
Je voudrais faire passer le sens exquis clans le sens commun, ou rendre commun le sens exqais.
J'avais besoin de Fâge pour apprendi'e ce que je voulais savoir, et j'aurais besoin de la jeunesse pour bien dire ce que
je sais.
Le ciel n'avait donné de la force ta mon esprit que pour un temps, et ce temps est passé.
Les hommes sont comptables de leurs actions ; mais moi, c'est de mes pensées que j'aurai à rendi-e compte. Elles ne servent pas seulement de fondement à mon ou\Tage, mais à ma vie.
Mes idées ! c'est la maison pour les loger qui me coûte à bâtir.
Le ver à soie file ses coques, et je file les miennes ; mais on ne les dévidera pas. Comme il plaira à Dieu !