L'exemple descend et ne monte pas
3. — Nous avons reçu le monde comme un héritage qu'il n'est permis à aucun de nous de détériorer, mais que chaque génération au contraire est obligée de laisser meilleur à la postérité.
4. — Dans l'embarras de savoir quelle est l'opinion la plus vraie, il faut choisir la plus honnête.
5. — Le vrai bourgeois est, par caractère, possesseur paisible et paresseux de ce qu'il a ; il est toujours content de lui et facilement content des autres.
6. — L'idée de la perfection est plus nécessaire aux hommes que les modèles, je ne veux pas dire seulement dans les arts, mais aussi dans les mœurs.
7. — n convient aux hommes savants d'être populaires, comme'cela convient aux rois.
Ifiti === .lOUBEUT. — CHAP. V
8. — Un peuple qui veut se distinguer par les lettres, quand il n'est pas très ingénieux, est natui'ellement porté à se jeter dans le savoir; c'est sa ressource. La nature donne plus de patience aux esprits qu'elle a créés moins pénétrants.
9. — Le même sang-froid qui nous fait dire : « L'État est vieux, et il doit périr », serait propre à nous faire dire aussi : « Mon père est âgé, et il doit mourir. » C'est un sang-froid qui n'est pas permis.
10. — En politique, il faut toujours laisser un os à ronger aux frondeurs.
11. — Les révolutions sont des temps oîi le pauvi'e n'est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune, et l'innocent de sa ^^e.
12. — Ce qui vient par la guerre s'en retournera par la guerre ; toute dépouille sera reprise ; tout butin sera dispersé , tous les vainqueurs seront vaincus, et toute ville pleine de proie sera saccagée à son tour.
13. — n s'établit toujours de grandes liaisons entre les peuples qui se font de longues guerres. La guerre est une espèce de commerce qui lie ceux même qu'elle désunit.
14. — Les Français naissent légers, mais ils naissent modérés. Ils ont \m esprit leste, agréable et peu imposant. Parmi eux, les sages même, dans leurs écrits, semblent être de jeunes hommes.
15. — Hors des affections domestiques, tous les longs sentiments sont impossibles aux Français.
16. — Les journaux et les livi-es sont plus dangereux en France qu'ailleurs, parce que tout le monde y veut avoir de l'esprit ; et que ceux qui n'en ont pas en supposent toujours beaucoup à l'auteur qu'ils lisent, et se hâtent de penser ou de parler comme lui.
PENSEES. MAXIMES ET ESSAIS = d67
17. — Mettez la poésie d'Homère ou Féloquence de Démosthène à la mode, les Français en feront, et même ils y excelleront.
18. — Les Français étaient un peuple moral, par leurs vices même, qui les attachaient peu à la matière ; tandis que les Hollandais, par exemple, étaient un peuple matéi-iel, même par leurs vertus, l'amour du travail et l'esprit d'épargne. Nous avons encore en France une expression bourgeoise qui est un reste et un signe de la noblesse et du désintéressement ordinaires en nos mœurs passées. On dit, dans nos petites \alles, d'un homme qui aime à entasser : il tient à la matière, expression très philosophique, et qui certes fait honneur à la nation où elle est en usage.
19. — Dans les hommes du ilidi, la méchanceté s'évapore en paroles et en pensées. Moins subtile et plus grave chez ceux du Xord, elle ne peut se contenter que par des actes.
20. — En Angleterre, le parlement est roi, et le roi ministre, mais ministre héréditaire, perpétuel, iu\àolable. C'est un monarque mutilé, borgne, boiteux et manchot, mais honoré.
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