ARTICLE XXII
DES QUALITÉS DE l'ÉCRIVAIN ET DES COMPOSITIONS LITTERAIRES
1 . — En poésie, en éloquence, en musique, en peinture, en sculptiu"e, en raisonnement même, rien n'est beau que ce qui sort de l'âme ou des entrailles. Les entrailles, après l'âme, c'est ce qu'il y a en nous de plus intime.
2. — H faut de l'enthousiasme dans la voix pour être une grande cantatrice ; dans la couleur, pour être un gTand peintre ; dans les sons, pour être un grand musicien, et dans les mots pom* être un grand écrivain ; mais il faut que cet enthousiasme soit caché et presque insensible : c'est lui qui fait ce qu'on appelle le channe.
3. — Il y a deux sortes de génie : l'un qui pénètre d'un coup d'œil ce qui tient cà la \ie humaine ; l'autre, ce qui tient aux choses divines, aux âmes. On n'a guère le premier pleinement et parfaitement, sans avoir aussi quelques parties du second ; mais on peut avoir le second sans le premier. C'est que les choses humaines dépendent des choses divines et y touchent de toutes parts, sans quïl y ait réciprocité. Le ciel pourrait subsister sans la terre, non la terre sans le ciel.
4. — Sans emportement, ou plutôt sans ravissement d'esprit, point de génie.
188 =^ .lOUBERT. — GHAP. V