ACTE PREMIER, SCÈNE X
jours, de mon mari. A un bal où j'étais allée seule, je l'avais prié de me reconduire. J'inaugurais, ce soir-là, une très jolie robe assez décolletée et je ne deva,is pas être trop désagréable à regarder, si j'en juge par ce qui est arrivé. En guise de manteau, j'avais une grande pèlerine très lâche comme on en portait cette année-là... Dans la voiture, mon compagnon a commencé par se tortiller la moustache en silence, et puis, tout à coup, il m'a saisi les mains, il a écarté ma pèlerine, et il s'est mis à m'embrasser les bras tant qu'il a pu!
MAURICE
A travers l'étoffe?
Je vous dis que j'étais en décolleté. Je ne sais pas ce qui lui avait pris à ce garçon !
MAURICE
Je le sais, moi... Vous vous êtes débattue!
Plutôt !
Vous avez crié?
MAURICE
Pourquoi crier? je lui ai intimé l'ordre de cesser.
MAURICE
Et lui?
Il a continur.
MAURICE
Vous avez fait arrêter la voiture?
Oh! non! j'ai horreur des scandales inutiles; ces machines-là, c'est bon pour les femmes qui ont besoin de se réhabiliter.
MAURICE
Alors, il vous a embrassée pendant tout le trajet?
A peu près.
MAURICE
Vous deviez être furieuse?
Sur le moment j'ai eu surtout envie de rire.
MAURICE
Ah ! vous n'avez pas été plus révoltée que cela? Au fond, ça vous a peut-être été agréable qu'il vous embrassât... Dites, est-ce que ça vous a été agréable, par hasard?
Très agréable!