ACTE PREMIER, SCÈiNE X
MAURICE
Mes félicitations! Et vous l'avez revu ce jeune homme?
Jamais. Le lendemain, je lui ai envoyé un petit mot pour le prier de résigner ses fonctions auprès de mon mari et de ne plus reparaître chez moi. Il a obtempéré.
A la Marguerite de Bourgogne, quoi!... Et le second embrasseur?
Oh! Maurice, si on jouait à autre chose?
MAURICE
Non, non, non, le second embrasseur?
JOUJOU, récilanf U^s yeux au ciel.
Le second embrasseur, officier de cavalerie, a opéré, voilà deux ans, lors d'un séjour que je fis en Normandie.
MAURICE
Chez votre mère ! Je comprends à présent!
Vous ne comprenez rien du tout. Nous nous connaissons depuis notre enfance, lui et moi, et jamais il
o4 JUUJOU
n'avait manifesté la moindre velléité de flirt. Ce soir-là, nous nous promenions dans le jardin, en bavardant de choses indifférentes, quand, sans rime ni raison, il s'arrête au milieu d'une allée et me dit à brùle-pourpoint : « Savez-vous que je vous aime à la folie! » Stupéfaite, je lui réponds : « Depuis quelle heure? — Depuis toujours! — Comme vous avez été discret jusqu'ici ! » Je ne sais pas s il a pris mes paroles pour un reproche ou un encouragement, mais je les avais à peine prononcées que j'étais bel et bien...
MAURICE
Embrassée?
Parfaitement; et que mon agresseur s'enfuyait à toutes jambes.
MAURICE
Embrassée... en plein?
En plein... sur la bouche.
MAURICE
Il ne se gênait pas l'officier; c'était un hussard, au moins?
Non, un dragon.