‹ JoujouxChapitre 53 sur 111 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

LE CERTIER, résolument.

Il y a autre chose; voyez-vous, ma petite Joujou, je n"ai jamais eu, moi, ce qu'on peut appeler de grands succès auprès des femmes, je n'en ai même pas eu de petits, non, je ne crois jmis... je ne me rappelle pas (|u"une femme ait jamais été amoureuse de moi...

Allons donc, toutes les femmes vous adorent!

Oui, ou.i, justement, elles m'adorent, elles m'ont toujours adoré, ça été mon malheur... Je n'avais pas (rente ans que déjà leur adoration m'avait baptisé : « notre oncle », et, n'est-ce pas, lorsque les femmes appellent un monsieur •« notre oncle » c'est qu'elles n'ont pas très envie de faire l'amour avec lui.

Voulez-vous bien vous taire 1... D'abord, je ne suis pas du tout de votre opinion, un homme qui inspire de la sympathie réussit à tout ce qu'il veut.

LE CERTIER

Quelle erreur, ma pauvre Joujou I Tenez, Maurice et moi, nous avons toujours été des inséparables, en dépit de mes cinq ou six ans d'aînesse; eh bien, chaque fois que sur notre chemin s'est rencontrée une femme désirable et que je désirais, par conséquent, il ne se

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passait pas quaranto-huit lieuros sans qu'elle se prît pour moi d'une sympathie... nuiis d'une sympathie !... « Notre oncle par-ci, notre oncle par-là... Notre oncle, vous êtes tout bonnement en train de devenir mon meilleur ami !... Par exemple, je n'en dirai pas autant de votre camarade Maurice! avec ses airs de se ficher du monde, il ne me revient pas du tout ! » Je savais trop ce que me réservaient ces paroles-là; quelques semaines plus tard, j'entendais : « Notre oncle, je vous aime tant que je vais vous faire un aveu, vous savez, votre ami Maurice, eh bien, il me semble que je commence à en être un peu amoureuse... oh, un tout petit peu ! » Et c'est comme ça que, l'une après l'autre, elles m'ont passé sous le nez... A force, j'ai fini par m'y faire... ou presque...

Ce Maurice, il est donc si terrible?

LE CERTIER, avec découragement.

Ah ! VOUS ne vous imaginez ]ias !

(Un temps.) JOUJOU

Pauvre notre oncle!... Je ne vois pour vous qu'un moyen de salut, dans ces occasions-là, vous devriez vous faire guider, demander des conseils... oui, à une femme, à une amie...

LE CEI.ÏIER

Je n'en ai pas.

Voilà un mot qui n'est guère gentil.

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