‹ JoujouxChapitre 67 sur 111 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

ÏLi me désespères, Blanche, tu es nerveuse aujourd'hui el tu te montes la tèle... explique-toi.

BLANCHE

A quoi bon des explications? Je sens et tu sais que je dis la vérité.

Mais enfin j'ai le droit...

BLANCHE

Non, ma petite Joujou, non, une discussion sur ce sujet avec des reproches et des démentis serait indigne de nous. S'il s'était agi de toute autre que toi, je me serais tue, j'aurais caché ma peine, et peu à peu nous serions devenues des étrangères ; mais je me suis rappelé que nous avions toujours été des camarades loyales et sans arrière-pensées et qu'aucune des bêtises pour lesquelles les femmes se brouillent n'avait pu nous séparer. Alors, j'ai pensé qu'il ne fallait pas laisser mourir dans l'oubli tout ce bon vieux passé et une affection comme nous n'en retrouverons jamais ni l'une ni l'autre... Joujou, je t'en supplie, aimons-nous, aime-moi autant qu'autrefois !

Mais je t'aime...

BLANCHE

Pas autant qu'autrefois 1 Rends-moi la chère amitié de jadis, j'en ai un tel besoin, je suis une femme si malheureuse !

Tu es malheureuse ?

BLANCHE

Cela fétonne? Considère mon existence, quelles joies me connais-tu? je suis malade, constamment malade, et je ne guérirai pas.

Voyons, Blanche, tu as été malade, mais à présent...

BLANCHE

Oh ! n'imite pas Maurice, n'essaie pas de me convaincre que je suis devenue une athlète... Et puis, ce que je m'en moquerais d'être faible et malade et de souffrir physiquement; j'endure depuis longtemps de bien autres douleurs !

Lesquelles?

BLANCHE

Celles d'une femme qui aime son mari à la passionJ à la folie, à en mourir. — du reste, j'en meurs, — et] que ce mari trompe et trahit avec plus de constance] que s'il accomplissait un devoir.

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