ACTE II, SCÈNE V
mais en vain. Je me suis roulée à ses pieds, en mendiant un mois encore, une semaine, une heure! d'amour; il est demeuré poli et glacial, et je ne me serais pas imaginée qu'un homme pût être aussi impitoyable!...» Telles furent lesdernières paroles ({uejentendis, je m'enfuis de chez ma triste rivale et, dans les secondes de singulière lucidité qui suivirent, tandis que le fiacre me cahotait vers la gare, mon lamentable rôle m'apparût tout tracé.
Blanche! Blanche! ma pauvre chéi-ie, et je ne me suis doutée de rien!...
BLANCUE
Je vis clairement à quel homme j'avais allairc; je vis que pour le garder je devais respecter son égoïsme, car il défendrait son plaisir, fût-ce avec cruauté. Je compris que, malgré tout, je demeurerais sa vassale, son esclave, sa chose, parce que mon amour faisait de moi un pauvre être sans orgueil et sans âme... Et je compris aussi que la douleur morale n'a pas de bornes et que, toute profonde que fût ma souffrance, une souffrance plus profonde mêlait épargnée, celle d'une rupture entre lui et moi, et de savoir que je ne le verrais plus... Et pour éviter cela, pour éviter une séparation, je me suis juré'à cett(! minute d'ignorer éternellement, et que mon mari, au retour de ses fugues, trouverait toujours, toujours une maison paisible et une petite femme créduh.' et affectueuse... Les gens me plaindraient d'abord, puis me
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jugeraient un peu sôlte, Maurice penserait comme tout le monde, je lirais son dédain dans ses yeux; tant pis ! rien, ni les humiliations, ni les épreuves ne feraient monter à mes lèvres le chagrin de mon cœur.
Et je me croyais ton amie et je n'ai pas deviné!
BLANCIJE
De ce jour, j'ai vécu souriante et déchirée.
Les nuits, je me les suis accordées pour pleurer, mais je n'ai pas goûté même la rude joie des larmes, car je sentais Jjien que leur torrent emportait avec lui mes forces et ma Leauté et tout espoir de reconquérir jamais l'amour de cet homme.
Tu aurais dû te confier à moi, au moins, nous aurions pleuré ensemble.
BLANCHE
Crois-tu que je n'y aie pas songé? Mais j'ai résisté à la tentation; dans un mouvement de pitié ou de révolte, tu aurais pu trahir mon secret, tandis que j'étais sûre de ma patience à moi. C'est qu'il m'a fallu en supporter. Joujou!... Et je n'ai pas perdu un détail! J'ai appris à lire dans l'esprit de Maurice comme dans un livre malfaisant, j'ai assisté, témoin douloureux et insoupçonné, à ses intrigues, à ses réussites à ses dépits... Quelle existence! Yois-tu, quand je jette un regard en arriére sur ma vie d'épouse, je me sens si