ACTE ir, SCÈNE V
dans mon innocence, je pensais : une heure de ce supplice me luera. J'étais toute au martyre présent et je ne prévoyais pas que tant d'autres larmes suivraient le même chemin.
Oh! Blanche, que ne m'as-tu télégraphié ce jour-là! Je serais accourue, tu le savais bien.
BLANCHE
Oui, oui, mais tu vas voir. Un quart d'hoiire après, je sonnais, tu devines à quelle porte?
Pas chez cette femme qui t'avait écrit?
BLANCHE
Si, chez elle. Je griffonnai sur ma carte cpielques mots destinés à la rassurer, j'avais si peur de n'être pas reçue que je m'abaissai, je parlai d'une explication « amicale »! Je me serais traînée à genoux pour ne pas perdre la volupté mortelle de cette entrevue... Cette femme ne me fit guère attendre; elle avait du chagrin, elle aussi, car elle ne prit pas le temps de se faire belle, elle se présenta à peine coiffée, les yeux rouges et toute vilaine d'avoir pleuré... Le préambule dura peu, nous en eûmes vite fini avec les explications et les repentirs; nous étions avides, elle de parler et moi d'entendre. Elle parla et dès les premiers mots, la petite lueur qui jusque-là, ([uand même, désespéré-
ment, tremblotait au fond de moi, s'éteignit à tout jamais. Je sus que Maurice n'avait pas seulement profané avec d'autres ses baisers, mais encore sa tendresse, et nos surnoms, et nos manies d'amours. Je sus qu'il ne m'avait voué qu'une faible portion de sa vie amoureuse et qu'il tenait son mariage pour une aventure entre cent... Une heure, je laissai l'autre abandonnée nous torturer toutes les deux. Elle fut tour à tour délicate et mesquine, elle me dit des choses misérables, que mon mari s'était montré généreux, que de CG côté elle n'avait pas le droit de se plaindre, qu'en la quittant il lui avait envoyé une somme importante et qu'elle avait, refusé de recevoir la somme en question... Vingtfois, elle revint sur cette preuvede désintéressement, comme si elle voulait se justifier à mes yeux du reproche de vénalité, et comme si pareille vétille pouvait nous importer à l'une ou à l'autre. Et elle me dit aussi des choses très touchantes... Mais ce fut au moment où je me levai pour prendre congé qu'elle prononça les phrases qui décidèrent de toute ma vie... Elle me dit: «Dans les commencements, il était très amoureux, et moi il me plaisait, mais je n'en «Hais pas folle... Et peu à peu, je me suis mise à l'aimer, puis à l'aimer passionnément. Dès qu'il s'en aperçut, il se désintéressa de moi, comme si son œuvre fût terminée, je devins jalouse, il m'en voulut, je commençai à soufTrir ; comme une bête, je le lui avouai, et je ne réussis qu'à l'excéder; un jour que je pleurais, il partit en claquant les portes et il ne revînt plus... B Et elle ajouta : « Je me suis arrangée cependant pour le revoir, je lui ai demandé pardon de mon importunité, je l'ai supplié de renouer notre liaison.