ACTE III, SCÈNE II
Je suis heureux, si heureux !
Vous n'en avez pas lair.
LE CERTIER
Eh l)ien, non, je ne suis pas heureux!
Parce que?
LE CERTIER
Parce qu'il va m'arriver quek|ue chose, je sais qu'il va m'arriver quelque chose.
Quelque chose?
LE CERTIER
Ah! si VOUS connaissiez ma guigne!
Chut!
LE CERTIER
Je peux bien en parler, elle s'acharne sur moi depuis cjue je suis haut comme ça; elle a contrarié tous mes désirs. Et vous voulez qu'aujourd'hui job-
ici JOUJOU
tienne tout de suite la chose que j'ai le plus ardemment souhaitée au monde! Voyons, ce serait une injustice!
J'ai bien peur que cette injustice ne se commette... Il y a (|uatre-vingt-dix-ncuf cliances sur cent pour qu'avant un mois je m'appelle madame Le Certier.
LE CERTIER
Le bon Dieu vous entende! Allons, je vais prendre le premier train pour Nice, je vais m'enfermer dans ma chambre à l'hôtel, et toutes les cinq minutes je me répéterai : « Il va m'arriver quelque chose, il va sûrement m'arriver quelque chose! «Vous comprenez, pour conjurer le sort; au revoir! (ii disparait, mais revient aussitôt.) C'est encore moi, Joujou. Depuis une demiheure, je prends des airs de brave, mais ne vous y fiez pas; si à présent vous cliangiez d'avis, ça me ferait une peine... Une peine terrible! A demain !