ACTE II f, SCENE II
m'aimiez bien avant votre déclaration. La femme la plus naïve s'aperçoit de ces choses-là. Je vous avoue que si vous aviez gardé le silence, notre bonne camaraderie fraternelle eût continué et je n'aurais rien fait pour provoquer l'entretien que voici... et pourtant, depuis que vous m'avez parlé, je me sens très contente, très, très contente, beaucoup plus contente que je ne pouvais le prévoir...
LE CERTIER
Alors ?
Alors, ne vous effrayez pas dune banalité, j'ai pour vous, Hubert, une grande alfection...
LE CERTIER
Aïe ! aïe ! aïe !
JOUJuU
Je vous ai dit de ne pas vous effrayer; c'est plus que de l'affection, c'est une sorte de tendresse... Si je devenais votre femme, peut-être cette tendresse se transformerait-elle plus tard en quelque chose qui vous plairait davantage...
LE CERTIER
Je n'en demande pas tant.
Et peut-être aussi faudrait-il vous contenter de ce quej'éprouve actuellement... je ne suis plus toute jeune
et je vous apporte un cœur un peu meurtri, un peu usé par un long chagrin,
Alors... vous ne dites pas non? vous consentez?
Presque.
LE CERTIER
Ah !
Mais accordez-moi vingt-quatre heures de réflexion, il faut qu'en toute conscience, je me pose une ou deux questions à moi-même ; demain à cette heure-ci je vous donnerai ma réponse définitive.
LE CERTIER
Ah, demain!
Oui, demain.
LE CERTIER
Soit, mais je vais passer une sale journée.
Vous aurez tort; voulez-vous un talisman contre l'inquiétude? Embrassez-moi. (Le Certier icmbrasse sur les deux joues.) Là, êtcs-vous rassuré ?