La déformation des ligamens intervertébraux
3. ® La résistance des autres ligamens qui unissent les vertèbres entre elles , résistance , qui, d’ailleurs de beaucoup moindre que celle qu’oppose la déformation des ligamens intervertébraux , avec laquelle elle coïncide toujours , ne peut qu’être vaincue par la même puissance qui doit surmonter celle de ces derniers.
C’est ici le lieu de faire une remarque des plus importantes au sujet de certains moyens employés concurremment avec l’extension horizontale, nous voulons parler des bains de vapeurs. Comment justifier l’emploi d’un tel moyen ! Que peut-on se proposer de faire , soit en administrant ces bains de manière à ce qu’ils agissent sur toute la surface du corps .soit en dirigeant seulement leur action sur la gibbosité qu’on veut effacer ; sur quels organes ces bains peuvent-ils donc réellement exercer une action salutaire ? Est-ce sur la déformation des os, l’un des obstacles qui peut s’opposer au redressement de 1 epinei mais un anatomiste ni un physiologiste ne s’arrêteront pas un moment à cette possibilité. Est-ce sur la déformation des ligamens intervertébraux? mais ce n’est pas plus probable, ce n’est pas plus possible. D’où peut donc venir cette pratique si généralement adoptée ? Elle vient évidemment du défaut d’esprit d’analyse dans la recherche des causes formelles qui s’opposent aux redressemens ; on dit en eHet
fjii’ils font assouplir les muscles de l’épine; mais ces mus- <:les ne sont en aucune manière des obstacles à son redressement. Le simple examen des parties , même à l’extérieur* qiii suffit pour bien juger de l’état de ces muscles , fait voir que ces muscles sont en général mous et d’une faible résistance, soit parce qu’ils sont toujours trop relâchés du côté delà convexité des courbures, soit parce que du côté des concavités de ces mêmes courbures , qui constituent les divers genres de déviation de l’épine, ces muscles , depuis plus ou moins de temps sans mouvement, ne sont pas comme peut le penser seulement le vulgaire , retirés , contractés , accourcis , mais qu’ils sont au contraire, comme le savent tous les physiologistes , dans un état de mollesse, qui tend à la dégénérescence cellulaire.
Les bains de vapeur no peuvent donc être d’aucune utilité. Mais ce n’est pas là le seul inconvénient de leur usage ; ils peuvent au contraire être fort nuisibles ; nous avons vu survenir à leur suite des congestions sanguines ou lymphatiques vers l’épine , à la suite desquelles des dépôts se sont formés.
En dernierc analyse et pour dernière conclusion , nous ne devons voir, parmi les obstacles mécaniques qui s’opposent le plus ordinairement aux redressemens d’épines déviées, et qui ne sont pas Insurmontables jusqu’à une certaine époque , que les déformaiîons des corps des Tcrièhres , et beaucoup plus généralement les déformations de leurs lîgamens intervertébraux , corps élastiques mais susceptibles d’acquérir plus ou moins de densité , et de na'ture, par ces deux propriétés qui sont en eux, de s’amincir du côté où ils sont le plus pressés par la déviation de l’épine , au point que de ce côté , réduits à l’épaisseur d’une feuille de papier, ou tout-à-fait détruits , ils représentent la partie la plus mince d’un coin , tandis que de 1 autre côté ils en offrent la plus épaisse.
Dans cet état des choses , une indication seule fondamentale se présente.
C’est de tendre la colonne vertébrale , non pour faire alonger aucun ligament , aucun muscle ^ mais bien seulement pour déprimer des os ou des fibro- cartilages du côté où ils ont acquis trop de développement, ou seulement conservé celui qu’ils avaient dans l’état naturel , tandis que du côté opposé ils ont perdu leur épaisseur naturelle. La tension de la colonne vertébrale devant produire le double effet de déprimer ce qui est déjà trop développé ou qui pourrait le devenir, et de l’autre côté , de mettre à l’aise ce qui n’y est pas.
Nous ferons voir plus loin que ce double but sera d’autant mieux et d’autant plus tôt atteint, que cette tension se fera d’une manière permanente , exacte et prolongée le plus quil sera possible , sans dépasser les bornes dans lesquelles la santé générale de la personne qu’on y soumet prescrit de se renfermer.
Comme nous ne nous proposons ici de traiter d’aucune des causes qui s’opposent à la conformation régulière de la colonne vertébrale , autres que celles dont nous venons de parler, attendu que nous n’avons en vue de noùs occuper, dans ce moment , que des moyens mécaniques qui ont été ou qui sont actuellement les plus employés en France, cesera aprèsavolr fait connaître ces divers moyens, et avoir dit ce que nous pensons d’après notre observation , d’après l’expérience et le raisonnement, ce qu’ils ont d’utile, d’inefficace ou de dangereux, que nous ferons la description d’un moyen de ce genre de notre invention.
Ce double objet va faire le sujet de l’article suivant.
Des moyens mécaniques employés particulièrement en France dans la vue d’opérer le redressement de la colonne vertébrale déviée ^ depuis 176-^ jusqu’à ce jour.
En 1768 fut inséré dans le 10® volume in-12, des Mémoires de l’Académie royale de Chirurgie., un Mémoire deM. Levacher, l’un de ses membres, dans lequel , après avoir disserté sur les causes de la courbure contre nature de l’épine, sur les désordres qu’elle produit en général, et les conséquences funestes qui peuvent en résulter, il passe en revue les divers moyens employés jusqu’à lui pour prévenir celte courbure ou la corriger.
Cet académicien démontra dans ce mémoire, non-seulement l’inutilité, mais encore les inconvéniens et les dangers résultant de l’usage des divers genres de corsets employés ainsi que d’autres modes de compression , dans la vue de faire disparaître les gibbosités; cX nouvel appréciateur des causes de ces infirmités , il fit connaître le but qu’il s’était proposé pour les prévenir ou les corriger au moyen d’une machine de son invention, et dont l’effet devait être de produire l’extension de la colonne vertébraleses courbures accidentelles lui ayant paru en être les causes exclusives.
L’Académie accueillit avec d’autant plus d’empressement et d’intérêt la communication de ce nouveau moyen de prévenir ou de corriger les déviations de l’épine, que les ressources de l’art en ce genre étaient à cette époque bien bornées , si toutefois il en existait , car on ne peut sans doute qualifier ainsi , la presse à linge ni le çrîc que François Ranchin eut la barbarie de mettre en
action sur le corps de M"’'=de Montmorency dont l’épine s’était déjettée (i).
(i) On a peine h. concevoir qu’à cette époque , les médecins, les chirurgiens , et les personnes instruites qui devaient se trouver au ' près d’une dame qui occupait dans la société un rang aussi distingué que celui dé madame de Montmorency, aient été spectateurs passifs et nullement opposans de l’incroyable torture à laquelle cette dame éutj la force plus incroyable encore de se soumettre. Toutefois ce n’est qu’une preuve de plus qu’en médecine , comme en toute autre matière, quiconque jouit d’une grande réputation peut impunément tout entreprendre , alors même que les moyens d’exécution de ses entreprises sont d’une inconvenance , d’un danger si évidens , que le moindre examen qui en est fait à la clarté du simple bon sens doit nécessairement les faire rejeter. Quoi qu’il en soit , voici ce qui se lit à cette occasion :
' On prétendait que la déviation de l’épine chez madame de Montmorency, était due la luxation de deux eerlèbres par un catarrhe tombé du cerveau sur l’épine. Ranchin tenta en conséquence la réduction de ces deux vertèbres par les procédés ordinaires , mais ces moyens n’ayant pu réussir , comme on le conçoit bien , U fit placer sa malade tout simplement dans une presse à linge, de manière à ce qu’elle y fut comprimée d’avant en arrière en serrant les vis qui rapprochaient l’une de l’autre chacune des jumelles de la presse ; toutefois on eut la précaution de couvrir de linge , et la partie du dos sur laquelle la presse devait exercer sa principale action , et celle delà poitrine qui devait en même temps eu soutenir les efforts ; mais ce moyen , tout énergique qu’il était , n’ayant pas produit l’effet qu’on en attendait, et la suffocation de la malade étant devenue imminente , il fallut l’abandonner. Cependant ni madame de Montmorency , ni Ranchin ne renoncèrent à faire disparaître la gibbosité. Le médecin trouva bon d’employer un cric , et la malade ne le trouva pas mauvais. Cet instrument , du genre de ceux dont on se sert pour soulever les plus grands fardeaux , fut appuyé par une de ses extrémités contx-e un mur , et dirigé de l’autre contre les vertèbres saillantes, madame de Montmorency étant tenue par deux hommes robustes en opposition fixe avec cette dernière extrémité du cric. Ou dit que ces tentatives furent réitérées jusqu’à ce que les vertèbres furent replacées. On ignore si ce résultat fut obtenu, mais on sait Jîien qu’en parpil cas , pareils moyens. n’ont pas été employés depuis, au moins efficacement.
M. Levacher lapporla d'ailleurs le premier résultat avantageux qu’il dit avoir obtenu au mois de septembre 1 7 64 sur une demoiselle âgée de douze ans , attaquée d’üne toux violente et continuelle que rien ne pouvait calmer, accident auquel se joignit une fièvre lente qui la réduisit à un état de maigreur affreux ; les remèdes qu’on lui avait administrés en province , n’ayant eu aucun succès , non plus que les soins qu’on lui donna a Paris. M. Levacher dit qu’il apercevait, quoiqu’il ne vit cette jeune personne que dans son lit, qu’elle était toujours repliée et que son visage portait l’empreinte du rachîtis ; il voulut examiner en conséquence la colonne vertébrale : il la trouva fort déviée latéralement en deux endroits, les cinq vertèbres dorsales supérieures étaient déjetées de gauche à droite, et de derrière en devant ; les trois suivantes étaient dans la direction naturelle, mais elles étaient torses, de façon que leur corps en se portant à droite, diminuait considérablement la cavité gauche de la poitrine ; les vertèbres dorsales inférieures et les trois lombaires supérieures étaient déjetées de droite à gauche: quand cette demoiselle était assise, tout son corps se portait sur la hanche gauche. M. Levacher persuada (c’est lui qui parle) aux parens que tous les accidcns qu’éprouvait leur enfant dépendaient de la gène des organes contenus dans la poitrine, et il assura que pour la guérir il était moins question de donner des j'ernèdes intérieurs que de remettre promptement les parties souffrantes à leur aise. Le peu de succès, poursuit M. Levacher, qu’on pouvait attendre des moyens ordinaires, lui fit imaginer une machine à peu près semblable à celle qu’il décrit et dont il donne la figure. Cette machine, ajoute-t-il, quoique bien grossière alors (en septembre 1764) et bien moins commode que celle qu’il met actuellement en usage (en 1768) na pas laissé de produire un si bon effet, qu’en peu de temps les accidens qui menaçaient la vie , étant
dissipes , cette demoiselle recouvra son embonpoint ordinaire. La courbure de l’épine s'ejfaça, et cette demoi- ^selle eut la taille très-bien faite.
Après cette observation, M. Levacher dit que les occasions assez fréquentes qui se sont présentées depuis ce temps , l’ont fait travailler à perfectionner ce moyen , et il donne la conclusion , de ce que lui ont appris trois années de son application , comme il suit;
« On peut espérer la guérison de tous les enfans dont l’épine sera courbée , pourvu que leur âge ne passe pas douze à treize ans ; mais il faut pour cela que les gens à qui on confie ces enfans agissent de bonne foi , et qu’on leur fasse porter constamment la machine. Les enfans guéris à cet âge sont en trop grand nombre pour que je puisse" .en donner ici l’histoire. Il suffit de dire à ce sujet que plusieurs cures dans ce cas , ont été faites sous les yeux de quelques membres de l’Académie, M. Louis, secrétaire perpétuel, en a vu un exemple en une petite fille de sept à huit ans. M. Andouillé , premier chirurgien du Roi en survivance, a vu avec M. Didier membre de cette académie, une autre petite demoiselle qui a été redressée en assez peu de temps: elle n’était âgée que de six ans, et la courbure n’était pas encore bien considérable. Le même M. Didier a vu d’autres malades guéries par le même moyen. Une jeune demoiselle âgée de neuf ans a été guérie sous les yeux de M. Delamalle , conseiller de l’Académie. M. Ruffel , Directeur actuel de l’Académie, a vu guérir une demoiselle âgée de huit ans. J en traite encore une présentement sous ses yeux, et toutes les apparences montrent qu’elle sera guérie au temps ordinaire (i).
« Quand l’âge trop avancé ne permet plus d esperer la guérison parce que l’épine n’a plus assez de souplesse pour obéir à l’action de la machine , alors ce moyen ne
(i) Et il ne dit rien de la duree de re temps, comme si cette, cirr constance n’était pas d’un intérêt prcniicr.
peut servir qu’à empêcher les progrès ultérieurs , et l’on doit en faire usage jusqu’à ce que l’àge ait tellement affermi l’épine qu’il n’y ait plus rien à craindre. M. Houslet , ancien Directeur de l’Académie , m’a confié une demoiselle âgée de i4 aus, dont la taille était dérangée. Celte demoiselle n’a pas été totalement guérie , quoiqu’elle ait porté la machine un an et demi , mais l’incommodité loin d’avoir fait les progrès qu’il y aurait eu sans ce secours , a été diminuée , et il est impossible de rien apercevoir quand cette demoiselle est habillée (i).
» Lorsque la courbure de l’épine a commencé de bonne heure , et qu’elle a fait de grands progrès , on ne peut raisonnablement assurer la guérison. Cependant, il n'y a rien de désespéré , surtout si la courbure est sans torsion des vertèbres.
« M. Duclos, membre de l’Académie, m’adressa en 1 765, un petit garçon âgé de 9 ans ; il avait l’épine du dos tellement courbée, que le menton était appuyé sur la poitrine. Le sternum faisait en devant une saillie considérable : l’extrémité inférieure gauche plus faible que la droite avait plié sous le poids du corps et elle s’était considérablement fléchie en dedans dans l’articulation du fémur avec le tibia. L’enfant ne pouvait se soutenir qu’a peine ; il ne dormait point, et faisait pendant la nuit des cris qui inspiraient à ses parens la crainte qu’il allât mourir. Cet enfant n eut pas porté la machine pendant i5 Jours que sa santé devint meilleure, le sommeil et l’appétit revinrent ; 1 embonpoint a suivi de près ; la taille est à trèspeu de chose près da/is l état naturel ; ce qu’il y a de mieux encore , c est que sa jambe s’est redressée sans autre secours au point qu’il n’y a qu’une très-légère flexion , laquelle vraisemblablement s’effacera dans la suite. " La toision des vertèbres est l’accident qui résiste ieplus
(«) Que de tailles déformées dont
on peut liii'c de même !
à l’action de la machine; c’est aussi à quoi il faut bien prendre garde pour ne pas porter un prognoslic inconsidéré. Dans le cas où l’âge et la gravité de la maladie ne permettent pas qu’on en puisse espérer la guérison, la machine est au moins une ressource assurée pour le rétablissement de la santé. Deux demoiselles âgées l’une et l’autre de quatorze ans et demi , étaient dans un état de maigreur qui faisait craindre qu’elles ne mourussent en peu de temps: l’épine du dos était si courbée que leur taille était réduite à moins de la moitié de la hauteur qu’elle ne devait avoir : la poitrine n’avait presque plus rien de sa première conformation. La lespiration était courte ; la digestion ne se faisait point ; et les douleurs par tout le corps étaient continuelles , de façon qu’on ne pouvait pas dire que ces enfâns vivaient, mais plutôt qu’elles allaient à la mort à pas lents. L’usage de la machine leur a rendu la santé à l’une et à l’autre; elles ont repris de l’embonpoint, l’une d’elle est même devenue grasse; elles peuvent l’une et l’autre monter l’escalier le plus roide sans éti'e essouflées ; leur taille n’est pas revenue dans l’état natuürel , mais ce qui reste de difformité peut être caché assez facilement par les habits.
« Tel est le procédé simple auquel plusieurs personnes doivent le rétablissement de leur santé, la beauté de leur taille. Mes vœux seraient remplis , si les praticiens en adoptant cette invention confirment qu’on peut prévenir une maladie dont le moindre des effets est de causer une difformité qui dure autant que la vie. «
Nous avons voulu rapporter littéralement les faits que Levacher communiqua à l’Academie en 1768, à l’appui de son opinion sur les services que pouvait rendre sa machine. On y voit, que comme aujourd’hui, l’influence de l’extension de la colonne vertébrale tirée de bas en haut au lieu de l’être par ses deux extrémités dans la position horizontale , était telle sur les fondions digestives , sur
celles (le la respiratioTi et de la nutrition en général , qu’on le prétend dans ce moment sur beaucoup de jeunes personnes chez lesquelles on emploie ce moyen. On y voit encore que les résultats de l’application de cette machine étaient , d’après son inventeur, si constamment avantageux, que sa conclusion était que l’on pouvait espérer la guérison de tous les enfans au-dessous de 12 a i3 ans, dont l’épine serait courbée , sans en excepter d’autres que ceux dont les parens ou les gardes n’en assureraient pas l’application exacte et constante.
Les gens de l’art les plus marquans de cette époque étaient pris à témoin de ces cures merveilleuses : c’étaient Louis , Lamartlnière premier chirurgien du Roi , Didier , l’un des académiciens les plus distingués, Ruffel alors directeur de l’Academie, son précédent directeur Houstet, etc.
Comme certains qui s’occupent exclusivement aujourd’hui de redressement de la taille , M. Levacher assurait que dans le cas oii la difformité n’était point corrigée , ses progrès étaient arrêtés , la santé s’améliorait en général , on voyait mêïue l'action bienfaisante de cette machine (qui cependant ne pouvait agir que sur la colonne vertébrale, partie du corps à laquelle elle était appliquée ) , sur les membres inférieurs déformés ; en un mot la confiance en ce moyen était selon toutes les apparences aussi absolue , aussi exclusive , qu’elle l’est en ce moment en celui du jour qui ne diff ère d’avec celui d’alors , comme ^ nous l’avons déjà dit, qu’en ce que la colonne vertébrale , est distendue aujourd’hui, tirée par ces deux extrémités dans une position horizontale, tandis qu’elle l’était alors son extrémité supérieure tirée de bas en haut.
Toutefois nous ferons ressortir plus loin l’avantage du procédé actuel ; nous ne sommes rien moins qu’intéressés a le déprécier , mais l’intérêt de la vérité nous est plus cher que tout autre , et nous répondons de ne pas méconnaître les obligations qu’il nous impose,
( Go )
Revenons donc à ce qui fut rapporté à l’académie par M. Levacher sur les succès nombreu:« qu’il avait obtenus de sa machine. Nous ferons remarquer d’abord, qu’il répugne singulièrement à l’idée que nous avons aujourd’hui avec nos contemporains des effets du rachitis , d’expliquer les divers résultats vraiment prodigieux que M.- Levacher obtint, dit-il, en peu de temps de l’emploi de sa machine par l’action physique seule qu’elle pouvait exercer sur la colonne vertébrale.
Comment concevoir en effet une toux violente et continuelle que rien ne pouvait calmer ^ une fièvre lente , cause d une maigreur extrême ; et une forte courbure latérale delà colonne vertébrale guéries en peu de temps, selon 1 expression de M. Levacher, au point que la demoiselle, qui en était atteinte , recouvra par l’effet de sa machine, en ce peu de temps , son embonpoint ordinaire , et que la courbure de la taille fut effacée au point qu’elle eût la taille bien faite. ^
Nous soumettons aujourd’hui à tous nos confrères le jugement qu’il y a à porter sur une telle observation.
Est-ce aujourd’hui, en effet, que l’on pourrait se faire écouter devant notre Académie royale , si lui rendant compte de l’état d’une jeune personne semblable à celui dans lequel M. Levacher dit qu’il trouva dans son lit celle dont il rapporte la guérison , on venait lui dire que ce qu’il y a à faire pour calmer cette toux violente et continuelle qu’aucun des remèdes , pendant long-temps employés, n’a pu calmer; pour faire cesser une fièvre lente qui a réduit à une maigreur extrême, et pour dissisiper enfin en peu de temps une courbure latérale très-forte de l’épine , c’est d’employer une machine adaptée à un corset lacé assez serré pour qu’il lui serve de point d’appui; et puisse ainsi la faire agir à la manière d’une sorte de cric, pour lui éloigner la tête des épaules pprès l’avoir accrochée à son sommet au moyen d unç
coïfiRire , dans la composition de laquelle se trouvent plusieurs fils et bandes de laiton, des pièces de fer , etc.
Certainement, qu’avant d’adopter un tel moyen , et ce moyen unique pour remédier à un état si grave , si compliqué , pas un de nos académiciens ne manquerait de rechercher les diverses indications qui se présentent , et d’examiner si le moyen proposé peut les remplir toutes.
Or, qui d’entre eux ne verrait, comme le vit M.Levacher, qu’une seule indication à remplir , celle de remettre promptement les parties souffrantes à leur aise !
Qui d’entre eux , au contraire , ne verrait dans celte toux si rebelle , dans cette fièvre lente qui avait réduit à une maigreur extrême, et enfin dans celte forte courbure latérale en deux endroits de la colonne vertébrale , un appareil de symptômes formidables , effets communs d’une maladie interne des plus graves, cause spéciale et directe ; autant du trouble observé dans le système de la circulation sanguine, et dans celui de la nutrition, que de la courbure observée à V épine.
Qui d’entre nos académiciens d’aujourd’hui se bornerait donc à ne porter ses vues que vers l’état de l’épine , partageant l’opinion si manifestement erronée de M. Levacher, qu’il est bien moins question en de tels cas de donner des remèdes intérieurs , que de remettre promptement les parties souffrantes à leur aise?
Nous ne craignons pas d’affirmer qu’il n’en est pas un seul, parce qu’on se montre en général aujourd’hui bien autrement logicien qu’on me le faisait à cette époque, quoique peu éloignée de nous, lorsqu’il s’agit d’arrêter un traitement, et de le composer de moyens dont les effets soient dirigés vers un but qu’il est reconnu qu’il faut atteindre. Mais d ailleurs , dans le cas rapporté par M. Levacher , était-11 possible de remettre promptement les parties souffrantes à leur aise, comme il l’aurait fallusulvant lui pour avoir pu remédier en peu de temps à tout ce
qu’avait tValarmant l’état de la malade? Vit-on jamais un redressement de colonne vertébrale déviée et déterminé surtout par une cause interne de la nature de celle dont parle M. Levacher , opéré en peu de temps ^ à l’entendre, en quelques semaines, en quelques mois? En vérité plus nous approfondissons tous les détails de cette observation , moins nous pouvons concevoir qu’elle ait trouvé place dans les mémoires de l’ancienne Académie royale de chirurgie.
Quoi ! une colonne vertébrale fortement courbée latéralement en deux endroits , cinq vertèbres dorsales supérieures déjetées de gauche à droite , et de derrière en avant, les trois suivantes torses, la cavité gauche de la poitrine considérablement diminuée , les vertèbres dorsales inférieures , et les trois lombaires supérieures déjelées de droite à gauche, de telle sorte que la personne ^ ainsi affectée ne pouvait en s’asseyant faire supporter son corps que sur la hanche gauche ; de tels désordres avec une toux opiniâtre , une fièvre continue et une maigreur extrême, et tout cela ôté en peu de temps parla vertu d’une machine qui tirait la tête en haut !
Nous ne saurions trop le redire , nous ne pouvons le croire , incapables que nous sommes de faire abnégation de notre raison , de notre simple sens commun en médecine; l’observation, et déjà une assez longue expérience depuis que nous nous occupons si particulièrement des déviations de la colonne vertébrale , soit dans nos cours publics, soit dans notre pratique, nous ayant d’ailleurs mis à même dès aujourd’hui de déclarer formellement que l’application de tout moyen extenseur de la colonne vertébrale est rigoureusement contr’lndiquée , sous peine de s’exposer à causer les accidens les plus funestes dans tous les cas même beaucoup moins périlleux que celui dont il s’agit dans l’observation de M. Levacher. Nos reclierches et notre propre observation nous ayant , d’autre
part , prouvé que quatre à cinq ans du traitement le plus rationel, le plus méthodique , le plus habilement combiné, sous le rapport du concours nécessaire des moyens internes avec l’emploi des appareils mécaniques , suffiraient à peine pour obtenir, non pas certainement tous les bons effets qu’il aurait obtenus de sa machine en peu de temps, mais seulement une partie ; c’est-à-dire le redressement plus ou moins considérable de la colonne vertébrale , et de simples amandemens à l’état général de maladie.
Au surplus, nous nous serions* dispensé d’insister, autant que nous venons de le faire , sur le peu de foi qui est du à l’annonce de succès si exagérés , si peu vraisemblables, attendu que le temps, qui fait ordinairement justice plus ou moins prompte de tout ce qui est si évidemment en opposition avec la raison commune, relégua ^ bientôt dans l’oubli la machine dont il s’agit , et que personne depuis n’a annoncé avoir employée, parce que, sans doute , ceux qui l’auront fait n’en auront pas obtenu de meilleur résultat que nous n’en avons obtenu nousmêmes, qui en avons toutefois fait usage en plusieurs circonstances avec beaucoup de persévérance.
INIals cette insistance nous a paru d’autant plus nécessaire qu’on célèbre aujourd’hui à l’envi les merveilleux succès obtenus d’un nouveau moyen en usage pour opérer l’extension de la colonne vertébrale ; nous l’avons nommé, c’est un lit à ressort.
N’anticipons pas toutefois sur ce que nous avons à dire à ce sujet; et poursuivons l’historique des divers moyens employés en France et à l’étranger dans la vue d’opérer le redressement de toute colonne vertébrale déviée.
Près de soixante ans s’étalent écoulés depuis que Levacher lit connaître sa machine ; lorsqu’il y a environ cinq ans l’idée de redresser des épines déformées, en en écartant les cxlrémités, vint à quelques chirurgiens français.
On nous svâit dit en Allerougnc , vingt ans auparavant^ rju’un ou deux chirurgiens de ce pays , usaient dp ce procédé dans le même but.
Parmi ceux des chirurgiens français qui l’ont employé des premiers dans ces dernières années, on distingue M. Humbert, chirurgien , à Morlay, où il a formé un établissement que nous allons faire connaître.
Cet établissement était vraisemblablement peu connu , du moins à Paris, vers 1820011 1821, époque à laquelle il nous a été rapporté ce qui suit par un de nos confrères , professeur à la Faculté de médecine , au sujet de quelques renseignemens que nous lui demandions sur un établissement orthopédique situé à Chaillot. C’est lui-même qui nous parle vers la fin de 1824.
« Je fus consulté, il y a trois ou quatre ans, par un jeune homme employé alors, je crois, dans le commerce, pour une courbure d’arrière en avant de la colonne vertébrale; entr’autres moyens que je lui conseillai fut celui des bains froids ; il me représenta que déjà ce même moyen lui avait été conseillé , et qu’il n’en avait retiré aucun bon effet sensible. Il me demanda s’il n’y aurait pas quelques moyens mécaniques qui pourraient au moins prévenir un plus grand développement de la difformité de son épine, et je l’adressai , pour cet objet, à M. d’Yvernols , rue Copeau, qui obtenait fréquemment de bons résultats de l’application de la mécanique aux pieds-bots. M. d’Yvernois lui dit qu’il ne s’occupait pas des difformités de la colonne vertébrale , et se borna à lui indiquer un établissement formé à Wurtzbourg, et dont la destination était d’y traiter ces difformités. Ce jeune homme se rendit à cet établissement. Il y fut étendu sur un lit dur, auquel étalent adaptés, à la tête et aux pieds, des ressorts par la tension desquelson tirait la colonne vertébrale en sens opposé par la tête et le bassin , et là , remarquant que cet établissement était fréquenté , et étonné qu’il n’y eu eût point de
semblables à Paris , il prit le dessin de ces ressorts. Se trouvant un peu redressé (la difformité de son 'épine n’ayant pas d’ailleurs été considérable), il quitta Wurtzbourg et s’en retourna à Paris. Il vint m’y voir, et me demanda comment je le trouvais; et comme je ne témoignais pas que je m’aperçusse d’un grand changement, il m’assura qu’il y en avait beaucoup, et qu’il y en aurait davantage s’il était resté long-temps dans cet établissement , d’où il avait rapporté le dessin des ressorts dont on s’y servait. J’examinai ce dessin : je lui dis que cela me paraissait bon. Il me proposa de former un établissement dans le genre de celui qu’il y avait à Wurlzbourg. .Te m y refusai. Mais, me dit-il, pul.^que vous pensez que ces ressorts peuvent être utilement employés pouroble- ^ nlr le redressement de la colonne vertébrale, lemetteriezvous par écrit, le signeriez-vous ? Je répondis afürmati- \ement. ]VI. Milli (c est le nom du jeune homme, marié toutefois , âgé d’environ 35 ans) fit aussitôt rédiger un prospectus, dans lequel il annonça , sous l’anonyme, un établissement à Chaillot, où, sur attestation de médecins ou chirurgiens distingués de la capitale, le directeur redressait les tailles difformes , par un procédé qu’il avait importé et perfectionné. «
Ici finit de parler notre confrère. Ce premier prospectus , ou d’autres , répandus peu après dans le public , annonçèrent des cures obtenues sur un grand nombre de personnes de distinction.
Dans l’hiver de 1823 à 1824, cinq à six personnes furent reçues dans cet établissement pour y être traitées ; il y en ffit reçu bientôt un plus grand nombre. Cependant, certaines d entre elles, trop pressées sans doute de recouvrer, ou peut-être même d’acquérir cette taille svelte faite
tour , qu’on disaff que les plus difformes devaient trouver dans cet établissement, témoignèrent de l’humeur du n cire pas servies à la manière de M. Lcvacher , ewpcn dü
temps : elles firent éclater leur mécontentement que leurs pareils partagèrent ; sept à huit pensionnaires de celle maison sortirent, et une partie se rendit à rétablissement de M. Humbert à Morley : mais bientôt une ou deux de ces transfuges voulurent retourner à Chaillot, et y entraînèrent des pensionnaires de INL Humbert.
Depuis cette époque on a continué à Cliaillot l’usage des lits à ressort pour opérer l’extension horizontale de la colonne vertébrale.
Dès 1824, nous employâmes nous-mêmes pour opérer cette extension des lits à mécanique , absolument sem-' bîables à ceux que M. JVIilli employait et continue d’employer encore, nous *a-t-on dit, dans son établissement où nous les vîmes , ayant été invités à nous y rendre par notre confrèi'c feu M. Béclard , qui, chargé par l’Académie royale de Médecine de prendre des renseignemens sur ce moyen d’extension de la colonne vertébrale , sachant que nous nous occupions spécialement de cet objet, désirait savoir de nous ce que nous en pensions.
Nous avions déjà vu ailleurs d’autres ressorts, qui dans la composition de lits du même genre avaient aussi pour objet de tendre la colonne vertébrale, en tirant sur elle par la tête et le bassin ; ils étaient faits comme ceux de M. IMilli, sur le modèle de ceux de Vurtzbourg.
A peu-près dans le même temps, un de ces lits fut employé à la pension de jeunes demoiselles delà rue deVarenne , connue sous la dénomination du Sacré-Cœur, pour une jeune demoiselle qui en était sortie pour aller se faire traiter chez M. Mllli , pour une diflnrmlté de la taille , et qui y était renti'ée peu de temps après. Une dame qui avait vu comment on la tx'aitalt à Chaillot, continua de la traiter de même dans sa pension; et bientôt elle eut à y donner les mêmes soins à vingt pensionnaires, qui sur
un nombre de cent quarante , se trouvèrent, dit-on , avoir la taille déformée ou une tendance à devenir telle, (i)
Près de la pension du Sacré-Cœur, M. Colin, médecin , reçut chez lui , pour les y traiter , les personnes qui , dit-on , ne pouvaient être admises au Sacré-Cœur. Dans cette nouvelle maison, les lits de Wurtzbourg furent encore employés comme à Chaillot , comme au Sacré- Cœur. ,
I A peu près dans le même temps , M. Daguère , méde- I cin, forma, rue Blanche, un, établissement où des lits j[ construits d’après les mêmes principes , furent employés { dans le même but.
Ces lits étaient les seuls employés à Paris dans les maisons dont nous venons de parler, au mois de juin 1824 1 ( époque à laquelle nous en fîmes la démonstration dans i l’amphithéâtre de l’hospice de la Faculté de Médecine.
A cette démonstration assistèrent des médecins , des I chirurgiens , des bandagistes ou chirurgiens-herniaires ,
I s’occupant du traitement de certaines difformités ; parmi j) ces derniers se trouva , nous a-t-on assuré , M. Lafood. c Nous ne manquâmes pas d’y dire en quoi ces lits ne rempllsç saient qu’imparfaitement , et même avec plus d’un incon- I vénient grave ,les vues qu’on se proposait. C’est peut-être t dans l’intention d’obvier à quelques-uns de ces inconvé- 3 niens , que le même M. Lafond conçut le projet d’agir i sur la colonne vertébrale par un mécanisme dont l’eflbt - ne fut pas comme celui des ressorts de "W urtzbourg , de ) produire une extension permanente.
(i) Une jeune pensionnaire de cette maison où elle a été envoyée U pour y faire son éducation , et qui est venue. nous consulter au sujet ' de sa taille qu’on y avait remarqué avoir une tendance à se dél'or— I mer , disait , avec l’ingénuité de son âge , à une dame de ses parentes qui nous la présentait ; « C’est comme ua malheur tians cette pcn- I aion ; toutes les tailles y tournent [ u
Quoi qu’il en soit , nous disons que ce lit , que M. Lafond a fait exécuter et soumis depuis quelques mois à l’examen de l’Académie , est loin de présenter aucune des modifications dont nous avions démontré la nécessité dans la leçon de notre cours sur les difformités à laquelle nous venons de dire qu’il assista.
Dans le même temps que M. Lafond s’occupait de son nouveau lit , nous observions les effets de celui de notre invention que dans notre pratique nous substituions à ceux que nous avions fait construire sur le modèle de ■ceux de Wurtzbourg. C’est celui que représente la planche 2 de ce numéro de notre Journal.
Il résulte de l’historique que nous venons de faire , de l’introduction en France de la méthode de traitement des déviations de la colonne vertébrale , que M. Humbert , chirurgien renommé à Morley, MM. Colin etDaguerre, médecins distingués à Paris , M. Lafond , docteur-chirurgien herniaire avantageusement connu dans l’exercice de son art, M. Milli, à Chaillot, et une dame du Sacré- Cœur , étrangers à l’art de guérir, et nous,' avons les premiers , à-peu-près dans le même temps, employé en France la méthode par extension horizontale de la colonne vertébrale , dans le cas de déformation de cette partie du corps. i
Voici actuellement en quoi diffèrent les procédés employés par cette méthode, à Morley, à Chaillot, chez M. Colin, au Sacré-Cœur, et dans notre établissement.
Procédé de M, Humbert.
C’est M. Fodéré , professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg , qui, dans une notice sur 1 établissement de M. Humbert , insérée dans le n.” du mois de mai 1824. dn Journal complémentaire des Sciences médicales, nous apprend par quels moyens ce chirurgien opère 1 exten-
(sion de la colonne vertébrale déviée. D’après ce qu’il en ra vu lui-méme, ces moyens consistent en uri lit à leviers ; mous copions exactement , sauf l’emploi des caractères italiquès.
«t Ce lit consiste en un carré long, monté solidement isur quatre pieds , garni de poulies sur les côtés , et de leviers à la tête et aux pieds ; le fond est une planche unie , recouverte d’un sommier de l’épaisseur de quatre •doigts , sur lequel la malade s’étend de toute sa longueur, •sans coussins ni traversins, revêtue d’une camisolle de laine qui s’ouvre par derrière , ceinte d’une large ceiniture en cuir, munie d’anneaux pour l’attache de divers cordages , et coiffée d’un bonnet qui serre par le menton et autour de la têle, au sommet duquel s’attache un cordon qui correspond à un levier fort long , placé au-dessus idu chevet du lit et du dossier du fauteuil, que la malade Imêmé peut tendre ou relâcher à volonté. L’opérateur [découvre alors la bosse, la masse ^ la pétrit^ la repousse du côté opposé , ensuite insinue un coin de bois ou plan •incliné très-lisse , préparé , d’après le genre et la forme de la tumeur^ entre celle-ci et le sommier, de manière à l’obliger à reculer. S’il y a une courbure en S, celle opération se fait des deux côtés; du côté opposé à la tumeur, qui est ordinairement maigre et flétri, on fait des •frictions sèches asséi rudes , et même de légères flagellations pour exciter la contracLilité des muscles. Après cela , le corps étendu en ligne directe et fixé au lit par des cordons qui tiennent à la ceinture, dont les -uns s’attachent latéralement, et' les *au très au pied du Ht, dé^cendenl le I Inondes extrémités inférieures pour l’extension du tronc j ^\^duhassin ^ tandis que, d’une autre part, la tête est tirée J en haut et fixée au levier dont nous avons parié. Cela fait, on souhaite le bon soir à la patiente , èt on pasSe à’ ' une autre. ,
« Dès quatre heures du matin, un autre ordre d’opé^
rations va commencer : chaque malade , suivant son tour , est mise dans un bain de vapeurs , où elle reste une heure ; apres cela, on expose sa bosse à une douche de vapeur aqueuse pendant une demi-heure ; on la niasse et on la pétrit en même temps; on flagelle légèrement la partie opposée. Après quoi la malade est ramenée dans sa chambre , où on l’assied dans un fauteuil mécanique fabriqué pour elle, au-devant duquel on a ménagé un pupitre , ou une tablette pour pouvoir y placer un livre , (lu papier à écrire ou à dessiner, ou le déjeuner de la malade , car elle doit y rester pendant quatre ou cinq heures sans pouvoir bouger aucune de ses parties ^ excepté les extrémités. Le coin qu’on appelle le débossoir, et l’extension continue de la tête, du tronc et du bassin, sont appliqués ici de la meme manière que dans le lit, en sorte que la patiente, n’a guère dans la journée que sept à huit heures de libres , si l’on peut appeler ce temps liberté , puisqu’elle né peut pas quitter ses béquilles. >»
Réflexions sur ce Procédé,
Comme on peut s’en assurer, nous. avons copié fidele^ ment l’exposé des procédés de M. Humbert : nous avons seulement appelé l’attention du lecteur sur certaines parties de sa description , en les distinguant du reste par des caractères italiques, ^ c
Nous dirons d’abord qu'il résulte du plan uniforme , et généralement exécuté pour chacune des pensionnaires de cet établissement, que comme le dit fort bien, et semble même un peu l’approuver M. Foderé dans le reste de cette notice , M. Humbert ne voit dans les difformités qu’il traite que des désordres locaux , des causes ou des effets purement mécaniques ; car il ne leur oppose que ses leviers , son débossoir et ses bains de vapeur généraux et locaux ; ces derniers dirigés sur les bosses ,
r,ij qu’il pétrit et qu’il masse, ne songeant pas le moins du i monde à leur administrer des remèdes internes que d’all- ;,i| leurs il dit, d’après l’expression de M. Fodéré , que ces malades ne voudraient pas prendre.
i;| On doit conclure delà, médicalement et logiquement ;aj; parlant, que, par de tels moyens, M. Humbert ne peut a voir d’heureux résultats que sur celles des jeunes personnes 4 dont la taille est déformée , qui n’offrent au moment où r il les traite aucune autre indication à remplir que le rei| dressement des parties déviées. 'Toutefois mérpe encore
Î en supposant, ce qui n’est nullement probable, que des vingt personnes que M. Fodéré a vues traiter par M.Humbert, par la méthode dont il rend compte , aucune ne dût ^ être traitée en même temps ou auparavant par une mé- I dlcatlon interne , pourrait-on dire que les moyens méca- I r)iques qu’il emploie sont de nature à atteindre le but qu’on doit se proposer?
Nous répondons négativement, en motivant notre réponse comme il suit ;
I." Les leviers employés par M. Humbert sont des moyens vicieux d’extension, en ce que la tête et le bassin y sont attachés d’une manière jlxe sans aucun moyen I <1 appréciation des forces qu'à leur faveur il met en jeu I pour tirer ces deux parties en sens opposé , tandis qu’il est reconnu que la sensibilité animale s’accommode d’autant moins d’un degré quelconque ’de violence, que la puissance par laquelle cette violence est exercée , agit d une maniéré soutenue toujours également intense , ne* laissant ainsi aucun moyen aux organes qu’elle opprime de réagir de temps en temps contre elle, et d’acquérir ou de reprendre par là des forces nécessaires pour ne pas succomber ;
2. La somme de toutes forces dirigées contre des résistances animales doit êtreconnue , soit pour avoir le moyen e les modérer, de telle sorte qu’on ne leur donne
pour leur f;iirc surpasser les résistances qu’il faut vaincre , que le moins de supériorité possible sur elles , soit pour pouvoir les augmenter à la faveur d’un calcul qui nécessite toujours la connaissance précise du premier , point de départ, et des progrès ultérieurs présumables.
Voilà pour le vice des leviers.
Mais que n aurions-nous pas à dire sur ces pratiques , masser, pétrir t faire reculer des bosses! Quel langage! quelles vues! quelles actions !
Qu est-ce d abord que ces bosses , si ce ne sont point , un os qu’on appelle omoplate, soulevé par des côtes, ou des côtes elles-mêmes plus courbées que dans l'état normal , et faisant des saillies plus ou moins considérables I
Que si, comme cela est positivement, évidemment et clairement, pour quiconque a des mains pour toucher et des yeux pour voir, ces bosses ne sont qu’un os plat et triangulaire, ou plusieurs os en forme.de deux tiers de cerceau poussés hors de leur place , plus ou moins soulevés, et ainsi tenus hors de leur place par des points d’appui déplacés eux-mêmes , et leur offrant une résistance insurmontable; que prétend-on faire en massant, en pétrissant, en repoussant ces os.
Pour ce qui nous regarde , nous avouons que nous ne nous en doutons même, pas. Nous savions bien jusqu’ici , qu’on masse, qu’on pétrit la peau et les muscles sousjacens, qu’on repousse, pour tâcher de les placer où l’on doit, des parties susceptibles d’être changées déplacé, de s’y maintenir ou d’y être maintenues; mais nous ne pouvions et nous ne pouvons pas davantage encore aujourd’hui penser qu’on dût exercer de telles actions sur des os^ comme dans la vue de les amollir et de les résoudre ; de leur rendre ou de leur donner une régulière conformation , ou enûn de les mettre à leur place en les y poussant pour les y maintenir ou les y repousser
encore avec des coins qu’on nommerait meme des déhossoirs , si leur destination était d'ôter des bosses , ce qui toutefois serait bien inutile dans ces mal-façons de l’épine du dos , puisqu’on aurait bien pu les faire disparaître sans cet ingénieux instrument, en les massant, en les pétrissant, etc., etc.
Ce dernier genre de moyens employés par M. Humbert ne présente donc pas même de simples probabilités de résultats , tels que ceux qu’on doit se proposer; et nous avons déjà vu que les premiers n’en offrent pas davani tage.
Parlerons-nous après cela des bains de vapeurs géné- ! raux ou locaux, dont il use irès-eiactement ^ une fois la i nuit, une fols le jour? Nous le croyons d’autant moins i utile, que leur emploi n’entre pas dans sa seule mé- [ thode, qu’il fait partie de celle des autres établlssemens ) dont nous allons parler, et que ce que nous objecterons
I contre ce moyen de rigueur à Morley , s’appliquera à l’usage qu’on peut en faire ailleurs.
Procédé de MM. Colin et Daguère.
? Nous savons seulement que MM. Colin et Daguère s emploient les lits à ressort faits sur le modèle de ceux de Wurtzbourg. Quelques personnes nous ont dit qu’ils ï; usent de bains de vapeur.
Procédé'de M. Lafond.
i Dans le mois de février dernier , M. Lafond présenta à i l’Académie un lit de son invention qu’il dit « avoir sur n tous ceux fabriqués jusqu’alors un très-grand avantage , ! celui de ne pas exercer une extension fixe et continuée l: indéfiniment au même degré ; il supplée , disait-il , à i cet inconvénient réel, par un moyen mécanique qui im-
prime atix forces extensives un mouvement continuel et alternatif de relâciiement et de tension toujours borné d’ailleurs au degré d’alongement qu’il veut opérer ; il ajoute que ce mouvement, qu’il appelle oscillatoire , fait supporter bien plus aisément les efldrts d’extension graduée auxquels il faut soumettre le malade dans le traitement des déviations de l’épine. Une commission fut nommée pour faire un rapport sur ce lit.
Le 3 1 du mois de mai suivant , M. Maingault , au nom de cette commission , fit un rapport sur un mémoire de M.Lafond, relatif à ce Ht, et tout en lui reprochant d’avoir un mécanisme trop compliqué , et d’être d’une confection trop dispendieuse , il lui reconnut l’avantage de pouvoir agir à la fols sur un certain nombre de malades , et surtout de permetre qu’on vane son mécanisme selon les indications ; mais ce rapporteur ne disant en aucune manière en quoi consistait ce mécanisme , l’Académie décida que la commission qui avait examiné ce Ht , se réunirait à celle qui devait examiner celui que nous lui avions présenté le 3 du même mois , et que ces deux commissions prononceraient sur les mécanismes , les avantages et les inconvéniens respectifs de ces deux lits. Ceci est extrait des articles variétés des n.°® des mois de mars et juin i'.82^5 , des Archives générales de médecine. On verra , d après ce que disent de ce lit M. Lafond et M Maingault, en quoi il diffère d’après eux relativement à ses effets de ceux connus jusqu’alors.En décrivant ces derniers, et le notre , nous parlerons aussi de celui dont il est ici question , et chacun verra ce qu’il a à penser des uns et des autres.
Procédés de M. Milli à Chaillot , et du Sacré-Cœur.
Dans ces deux maisons c’est encore par des bains de vapeur qu’on prépare les jeunes personnes dont la taille tourne ou a une disposition à ce faire, à la dlst^ension que doiventsubir leurs épines au moyen des lits de\^ ui tz,bourg.
LU de Wurtzhourg employé par MM. Colin et Dagiièrc , par M. Milli et une dame du Sacré-Cœur.
Le lit dit de Wurtzbourg dont nous avons vu que M.Milli avait apporté le dessin en France , pour opérer l’extension de la colonne vertébrale déviée, consiste en un lit de façon ordinaire, aux panneaux duquel, à la tête et aux pieds sont placés des ressorts ; celui delà tête est croisé en X , ou double XX , il lui est uni par le. moyen d’une sorte de casque qui se compose d’un cerceau d’acier épais d’environ trois quarts de ligne , large d’un pouce, et d’un diamètre, plus étendu que celui de la tête qui peut y être placée àl’aise. Ace cerceau est lié solidement un demi-cerceau composé aussi d’une bande d’acier de mêmes dimensions que celle du cerceau entier. Les deux extrémités de ce demi-cerceau sont attachées par des clous rivés sur chacun des points du cerceau entier, correspondans aux oreilles. Sur le milieu de sa convexité dirigée en haut, se trouve un piton à anneau rivé sur sa face concave. L'anneau de ce piton que remplace quelquefois un simple crochet , sert de moyen d’union entre celte sorte de casque composé de ce cerceau et de ce demi-cerceau, et le ressôrtenXfixé en dedans du panneau de la tête du Ht.
Sur> les côtés du cerceau entier sont placés de petits boutons en goutte de suif, qui doivent entrer dans des trous de courroies tenant au nombre de deux de chaque côté à un collier en fort cuir ou en tôle , mollement rembourré et recouvert en peau , tel à-peu-près qu’on le voit planche 2, lettre F ; c’est par ce collier que la tête est unie au casque lequel tient déjà au ressort.
En dedans du panneau des pieds et au niveau du plan sur lequel est étendue la personne dont on veut redresser 1 épine , est posée de chaque côté une poulie de renvoi dans la gorge de laquelle passe une corde dont une des
cxtrcmilés va s’unir à chacune des deux courroies qui tiennent aux deux côtés d’une ceinture passée autour du corps, l’autre extrémité de chacune de ces cordes tenant à l’extrémité correspondante de chaque côté d’un ressort situé transversalement et suspendu, par une corde attachée à son milieu, à un treuil placé au-dessus.
On conçoit déjà que, pour opérer l'extension de la colonne vertébrale, dont les extrémités sont unies à des ressorts à la tête, au moyen d’un casque, et au bassin au moyen d une ceinture de courroies ou de cordes , il ne reste plus qu’à tendre ces ressorts. C’est ce que l’on fait au moyen d’un treuil sur lequel s’enroule en le faisant tourner sur son axe au moyen d’une manivelle , la corde attachée au milieu du ressort transversal des pieds du lit.
En effet, par cet enroulement de corde, le ressort transversal est attiré en haut par son milieu , et avec lui les courroies placées à chacune des exti'émités et tenant à la ceinture, et ainsi attiré il attire à son tour le corps vers les pieds du lit. Par cette attraction , il tend le ressort de la tête en l’en éloignant, d’où il résulte que la colonne vertébrale est tirée en sens inverse par ses deux extrémités, en raison du degré de tension du ressort transversal des pieds du lit.
Que cette dernière tension soit faite par l’enroulement de la corde autour d’un treuil ou d’une roue à gorge , on peut y adapter une romaine pour apprécier en gros la somme de forces qu’on emploie.
Nous terminerons la description de ce lit en disant que la forme , la situation et le nombre des ressorts qui‘y sont employés varient au gré des mécaniciens qui les construisent; qu’aux uns il y a des romaines, qu’il n’y en a pas aux autres. Que tantôt on voit le ressort transversal placé au milieu du paneau des pieds du lit comme nous l’avons décrit ; que d’autres fois , au lieu de ce ressort , il y en a deux à la manière de celui delà tête, placés sur les côtés,
et cofrespondant directement aux extrémités inférieures des courroies de la ceinture.
Mais, peu nous importent ces variations dans les moyens accessoires de tension , puisque ce sont ceux en lesquels réside le principal ou l’essentiel dont nous nous proposons de montrer le vice. ^
Nouveau Ut de M. Lafond.
Ainsi que nous l’avons déjà vu par un des considérans qui firent que l’Académie ne donna aucune suite au rapport que lui fit M. Maingault , du Ht dont nous allons parler , le mécanisme de ce Ht n’est point connu ; le Rapporteur s’étant borné , tout en lui donnant certains éloges qui ne furent pas jugés motivés , à dire qu’il était d’un mécanisme trop compliqué et d’une confection fort dispendieuse.
Quelle que soit, toutefois, l’habileté plus ou moins grande avec laquelle M. Lafond aura fait dans la construction de son Ht , l’application des principes qui doivent se trouver observés dans la composition de toute mécanique, nous n’avons pas à nous en occuper: nous admettons , si on vent , que sous ce rapport tout est parfait dans son lit. Cette concession n’a toutefois rien de généreux, car mieux il aura fait sous ce point de vue, plus mal il aura fait sous le point de vue final ^ celui qui a pour objet d’appliquer à la colonne vertébrale déviée , f une puissance qui agisse de manière à obtenir, nous le i disons pour la seconde fois , le seul effet qu’on doit vouloir obtenir, celui de déprimer des os ou des fiibro-carti- 1 c’est-à-dire, les ligamens inter-vertébraux , lesquels ’ os ou ligamens inter-vertébraux s’opposent actuellement dans un cas donné de déviation de l’épine à son rétablis- ! sement dans sa direction naturelle , par le fait sensible de 1 leur déformation; déformation qui consiste en ce que ces
os OH CCS II ^(ITTLCTIS l7ltCV~l)CVtchvClHX j CIH llCH cIc J}TésC7ltCT da7is leurs dlme7isions C7i épaisseur des proportions juste- 7 tient combùiées pour for77ier une colonne qui s'élève du sol da7is U7ie direction perpendiculait'e à l’horizon , ne prése7itent dans ces mêmes dir7iensions C7i épaisseur que des proportio7is combinées au contraire de manière à déterminer du7is cette même colon7ie U7ie ou plusieurs flexions en divers sens.
Nous ne discuterons donc point le mérite de ce lit sous le rapport de son mécanisme en lui-même ; nous ne nous en occuperons seulement que pour démontrer :
1. ° Que M. Lafond n’a pas été fondé à dire que son lit avait, sur tous ceux qu’on avait fabriqués jusques-là, le très-grand avantage de ne pas exercer comme eux une extension fixe et continuée indéfiniment au même degré ( i ) ;
2. “ Que , loin que ce qu’il prétend être un avantage dans le sien sous ce rapport en soit un , c’est au contraire un inconvénient grave.
En effet, sous le premier rapport, reprocher aux lits de Wurtzbourg la fixité et la continuité indéfiinie au même degré, de l’extension qu’ils opèrent, c’est comme nous allons le prouver, un reproche qui ne peut être fait parce que ces lits ne produisent pas ces effets , et que s’il les produisaient réellement, loin qu’il y eût en cela matière à reproche, il y aurait au contraire matière à approbation.
Nous disons d’abord que ces lits ne produisent pas une extension fixe, et, en effet, il n’est pas dans la nature des moyens destinés dans ces lits à opérer l’extension, d’en produire une telle que le dit M. Lafond, attendu que ces moyens consistent en des ressorts , et que l’action des ressorts , en général difficilement appréciable , est singu-
(i)Nous sommes d’ailleurs absolument étrangers dans cette question , M. Lafond ne jmuvant entendre parler de uoti'e lit , puisqu’il n’clait pas encore connu.
lièrement altérée d’ailleurs par leur tension plus ou moins prolongée et portée à un degré plus ou moins considérable , d’où rien de fixe et de continu dans leur action , par la raison que , l’épine ayant cédé dans un espace de temps donné à la puissance des ressorts qui l’attirent vers eux en vertu (T un degré de tension déterminé \ elle cesse de continuer d’être distendue comme elle l’était d’abord, dès le moment que les ressorts étant revenus sur euxmêmes par l’effet de son alongement ne l’attirent plus avec la même force, et la laissent au degré d’extension où ils l’ont portée dans leur premier effort.
En second lieu, nous prétendons que loin qu’une extension fixe et continue indéfiniment fut un effet vicieux à leur reprocher, il faudrait tenir au contraire cet effet pour très - salutaire ^ et efficace au plus haut degré ^ attendu que rien n’est plus propre à déprimer des corps élastiques et à établir définitivement en eux un état de dépression permanent ^ qu’une pression fixe et continue ^ telle que M. Lafond prétend que l’opèrent les lits à ressorts, ce qui malheureusement n’est pas vrai.
Ainsi donc , sous le premier de ces rapports , M. Lafond a mal jugé la manière d’agir des lits de Wurlzbourg; et sous le second, il a mal jugé des besoins auxquels il fallait pourvoir , puisqu’au lieu de reconnaître qu’il n’y avait qu’à déprimer, il n’a songé qu’à distendre, et que c est d après cette opinion erronée qu’il a dirigé ou modéré , ou du moins cherché à ce faire la force et l’action de ses puissances, n ayant en vue que des muscles, tandis que les muscles ne sont actuellement pour rien dans le fait d’une déviation, quelle qu’ait pu être leur influence sur elle dans les premiers temps de sa formation.
Vodà ce que l’état des parties altérées par une déviation plus ou moins ancienne de la colonne vertébrale prouve après la mort.
, Ce que i’on trouve alors,
nous ne saurions trop le redire,
ce ne sont ni des muscles , ni des ligamens accourcis et contractés, ces deux sortes d’organes sont au contraire alongés et relâchés du côté des convexités delà déviation, il n’y a donc ni à les alongcr ni à les relâcher ôc: ce côté ; et du coté des concavités, ils sont amoindris et singulièrement amollis par suite de leur inaction, il n’y a donc encore de ce côté aucune indication à tendre ni à amollir.
Le nouveau lit de M. Lafond , loin d’avoir un trèsgrand avantage sur ceux de Wurtzbourg, leur est donc au contraire fort inférieur ; en ce que , bien qu’ils n’exercent pas une action continue, ils l’exerçent du moins plus ou moins convenablement pendant un certain temps, et médiocrement quoique moins bien pendant un autre, ' au Heu que celui de M. Lafond, par son alternative de tension et de relâchement, agit de manière à annuller par la dernière de ces actions ce qu’il fait de bien par la première.
Lit à extension de la colonne vertébrale, du Docteur
Maisonabe.
On ne s’attend pas sans doute que nous décrivions ce lit dans la vue d’en signaler les vices; s’il en renfennait que nous eussions pu connaître ou corriger, nous ne les y aurons introduits ni laissé subsister. Tel qu’il est, toutefois, nous le livrons à la critique de quiconque nous fera l’honneur de s’en occuper, et nous prenons l’engagement de publier dans notre premier Numéro tout ce qu’on pourra objecter au mérite que nous lui croyons. A cette promesse nous ajoutons l’assurance que nous accueillerons aussi avec reconnaissance toutes les objections qu’on pourrait faire à notre manière de voir sur le siège des résistances qu’il y a à vaincre pour opérer le redressement d’épines déviées; nous prions seulement qu’on reconnaisse ou qu’on conteste les faits sur lesquels nous
basons celte manière de voir. Notre autorité , c’est la nature; ce doit être celle de tous, en médecine surtout, lorsqu’on a, comme dans la question dont il s’agit, la faculté de pouvoir l’observer pour fixer son opinion sur ce qu’elle offre en apparence , sur ce qu’elle est réellement, sur ce qu’on peut attendre de ses propres ressources, ou sur ce qu’on ne peut obtenir que de l’art.
On va voir , dans la deuxième partie de ce Numéro de notre Journal, en quoi consiste notre lit.