‹ Journal d'agriculture tropicale: agricole, scientifique et commercial (volume 2)Chapitre 28 sur 171 · MORT DE JEAN VILBOUCHEVITCH · texte numérisé non relu

MORT DE JEAN VILBOUCHEVITCH

Au moment même où paraii'snit le nmiirro de Janrnr du JoiiriirJ d'Agriculture Tropicale, 'Une catastrophe anssi terrible qu'imprévue, jetait la désolation dans l'administration du Journal.

JEAN VILBOUCHEVITCH est mort le 27 janvier, quelques heures à peine après avoir écrit un dernier article pour ce jejurnal qu'il aimait tant.

D'autres diront ce qu'était le savant et ce que fut son (euvre ; nous nous contenterons de pleurer celui don* l'histoire humaine pouvait se résumer en deux mots : Droiture, Bouté.

es administrateurs et rédacteurs du (( J. d'A. T. » pensent que la meilleure manière de rendre hommage à la mémoire de leur regretté directeur est de continuer son œuvre.

Ils suivront la voie que M. VILBOUCHEVITCH leur a si magistralement tracée et qui lui avait permis de faire prendre au Journal d'Agriculture Tropicale une place importante dans la Presse coloniale.

Ils espèrent que le précietix concours des Abonnés et des Collahorateurs ne leur manquera pas dan'< cet'e entreprise.

ffi JOURNAL I) \iiHlil l.nui: 1 l.'iinCMJ.: No us — ImH-. ]907

Jean YILBOUCHEVITCH

L'ajiriculture coloniale française vient de faire, par la mort de Jean Vilbouchevitch^ ane parte cansidérable.

Il y a sept à huit ans, un mouvement nouveau se dessinait en faveur des colonies. tJn certain nombre d'entreprises agricoles s'étaient fondées pour les mettre en valeur, un plus grand nombre étaient sur le paint de se créer, mais si les bonnes volonté.s ne faisaient pas défaut, elles manquaient fort de direction. Ls nombre des personnes qui s'occu])aient d'une manière réoUemsnt scientifique des questions d'agriculture tropicale, était extrêmement réduit, et c'était, du reste, une agriculture entièrement nouvelle qu'il fallait inaugurer puisqu'elle devait s'adapter à des pays dont on ne connaissait à peu près rien.

C^tte science de l'agriculture dans les colonies françaises devait en réalité se constituer e-n grande partie à la suite des essais des colons eux-mêmes ; mais ceux-ci devaient pouvoir s-'inspirer des méthodes appliquées dans des pays présentant des conditions analogues à i^elles de la contré? qu'ils exploitaient et des résultats qu'on y obtenait. Ils devaient surtout pouvoir jjroflter de leurs travaux réciproipies et rex])érience des uns devait être la leçon ies autres.

Vilbauchevitch eut le mérite de concevoir très nettement ces nécessités et celui, encore plus gi'aud, de trouver le moyen de réaliser cette sorte de communion d'idées qui seule pouvait féconder les efforts de nos planteurs.

On ne saura jamais quelle énergie il lui a fallu pour fonder son Journal et en faire ÎTorgano renixrquab'.e qu'il e^t raiintenant.

La difficulté était double : il lui fallait non seulement trouver des abonnés, mais encore et surtout grouper des collaborateurs.

Vilbouchevitch n'aurait pu atteindre le but qu'il poursuivait si du fait de ses travaux intérieurs il n'avait été depuis de longues années en relations suivies avec les princ'paux agi'onomes étrangers, théoriciens ou planteurs.

Ce n'était pas tout de les connaître, il fallait obtenir d'eux qu'ils voulussent bien communiquer le résultat de leurs travaux. Vilbouchevitch sut mieux faire : il spécialisa ces eomni uiications vers le but qu'il voulait atteindre. Il devint en quelque sorte le guide de ses collaborateurs en provoquant leurs recherches et en leur indiquant dans quel sens ils devaient l(>s poursuivre ])our qu'elles se complètent mutuellement et qu'on en puisse tirer d«s conclusions d'ordre pratique.

En France son influence aura été inappréciable et il aura servi <rii:itiateur et de guide à la i)lupart des spécialistes de l'agriculture tropicale.

Ce sera le grand mérite de sa revue d'avoir été mieux qu'un simple recueil d'articles ; car grâce à son esprit essentiellement ])ratique. il lui imprima une direction toute particulière répondant entièrement an but (iii'il s'était i>ropos(' et (|ui tendait uniquement à Ëavoriser les échanges des colonies avec la niétro])ole.

Et c'est ce qui faisait le charme de son journal. Ses nombreux lecteurs, eu le lisant, avaient la sensation (|u'ils n'étaient pas isolés dans leurs eiïortxS ; ils avaient la ceitilude que d'autres s'intérasseraient à leurs succès et que les échecs des uns étaient du moins d'utiles leçons pour les autres. Ils sont nombreux, ceux qui ont fait part de leurs essais au Journal d'AgrictiUure tropicale, et qui, sans se connaître, grâce à Vilbouchevitch, ont, eollaborateurs de la même œu^Te, contracté une féconde confraternité de travail !

c n'était pas cependant sans se donner beaucoup de mal qu'il arrivait à se documenter. Il entretenait une correspondance considérabh» ; s'elïorçait de voir tous ceux

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dont l'opinion ou l'.>s travaux pouvaient avoir (pielque valeur et le temps qu'il ne passait pas à lire, il le cousi'criit à des interviews nombreuses. Il y faisait preuve de eette entière sincérité que tou i lui connaissaient, et lorsqu'il se trouvait eu face d'un contradicteur dont la probité scientiti([U(' lui ét;^it connue, il se bornait souvent à dij'e » Je n'ai pas compris... ». Cette trop firande confiance qu'il avait eu ses amis, est certainement la seule chose qu'ils pourraient être eux-mènu's tentés de lui reprocher.

Mais s'il était arrivé à réunir autour de son Jouruiil la collaboration la ])lus renseignée et la plus compétente qui se puisse rêver, il n'avait pas eu autant de bonheur du côté d'> ses lecteurs.

Il avait fait preuve d'un grand courage eu lanc^'ant sa revue, et maintenant qii'il n'est plus, on peut dire avec quel désintéressement il l'a l'ait.

La première fois que j'ai aii VilboucheAitch, c'est à mon retour du Soudan, à la foudation universitaire de Belleville, cpie A-enait de créer Jacques Bardoux. Il fn-quentait parmi les humbles, comme il n'a jamais cessé de le faire et, ayant appris que j'allais m'occuper de plantations en Guinée, il me parla du Journal qu'il voulait fonder

D'autres revues privées d'agriciilture coloniale existaient alors et bénéficiaient de la bienveillance des pouvoirs publics et des sociétés de propagande coloniale. Le Journal d'Agriculture Tropicale était une concurrence fâcheuse, il ne fallait donc pas compter .sur le concours pécuniaire des organismes officiels ou quasi officiels. Mlbouchevitch n'hésita pas à se lancer, sans aucun concours financier, dans son entreprise, bien décidé, comme il me le disait alors, à risquer tout son modeste avoii- ])our la réalisation de ses idées.

Lorsque le Journal (l'A. T. parut pour la première fois, c'était au moment où les grandes sociétés du Congo étaient dans tout le succès de leur formation, que de tous côtés, en Indo- Chine, en Océanie, à Madagascar, se créaient des plantations disposant de capitaux considérables. Yilbouchevitch pensait qu'il trouverait là une clientèle précieuse d'abonnés. 11 rêvait de faire du bureau de son Journal une sorte d'office de renseignements agricoles que toutes ces sociétés auraient eu le plus grand intérêt à subventionner, et en fait, il s'était mis très vite en situation de leur rendre les plus grands services.

Il disait : « Voici à quoi je peux être utile : lorscju'une société vent se créer ou qu'un planteur veiit appliquer un nouveau mode de culture, je pni.s l'aider au moyen des dossiers que j'ai réunis ; je puis dire : il y a telle ou telle chose qu'il faut ou ne faut pas entreprendre.; tel essai a déjà été fait en des pays analogues où il a échoué pour telle ou telle raison : voici la machine qu'il faut employer ; la manière de se procurer des semences ; le débouché qu'il faut envisager ; les prix que l'on peut obtenir. Si je n'ai pas ces renseignements, je l)uis ouvrir une enquête pour provoquer la discussion et préciser les choses. Une fois qu'une exploitation déterminée est entreprise, je peux tenir au coi^rant ses fondateurs de tout ce qui, dans le monde entier, se rapporte à l'industrie ou à la culture qu'ils ont entreprise, leur indiquant ainsi les fautes à éviter et les améliorations qu'ils doivent apporter à leurs cultures. »

Ces services, on ne les lui a pas demandés, non que la nécessité de lui offrir une juste rémunération de ses peines en ait été la cause, mais pareç, que les entreprises françaises ne sont en général pas encore assez habituées à regarder ce qui se passe autour d'elles et à s'entourer des renseignements d'ordre scientifique qui pourraient, sinon toujours leur procurer le succès, du moins leur é"vnter généralement bien des échecs.

Au lieu de consacrer des lignes élogieuses aux nouvelles cultures ou aux nouveaux procédés, il commençait par bien préciser quelles étaient les données exactes que l'on possédait à leur sujet. Il prenait l'avis des théoriciens et le portait à la connaissance des planteurs en leur demandant quels étaient les résultats qu'ils avaient obtenus et peu à peu il arrivait à dégager la vérité.

38 JOIKNAL DAGltlCLLTL'UK TKtil'lLALt; N (18. l^v 19i~

C'est ainsi (pi 'il :i prôcisi- les eoiulitions d'exiiloitatiou des ]ii'0(luits dts haiiiHiit-rs. fruit, libres et farine et qu'il a détruit à leur sujet bien des lejrende.s ; qu'il a dt'tennine les conditions de cultures des agares ; ([u'il s'est attaché, avec le coccours précieux de M. Main, à faire connaître la machinerie agricole coloniale : qu'il r. surtout apporté une grande lumière dans les questions complexes se rattachant à la culture df s pluntis à caoutchouc, étude à laquelle sa belle édition du livre de Warburg l'avait tout spécialement préparé. Tout ce qui concernait la fertilité des sols tropicaux le préoccupr.it beaucoujj : il eut le grand mérite de se faire des idées très nettes sur ce sujet et suiv; nt son habitmie. il les ])roclama courageusement ; l't c'est bien C(l;: qui constitue son princii>al titre de gloire et fait (|ue son nom restera comme celui (riiii véritable agronome.

Il ne se coiitentiiit pas de ces vaines formules sur les(juelles on a voulu trop souvent édifier toute l'agriculture tropicale. Il pensait ave(' raison que le procédé de vulgarisation des choses coloniales qui consiste à les montrer uniquement sous le jour le plus favorable, est faux et dangereux ; il ne voulait rien avancer dans son Journal (|ui ne fût contrôlé par l'expérience et jamais il n'aliaiidonnait une question avant de l'avoii entièrement mise au point.

Il était heurcus( nient ai<lé dans sa tâche par la iuccicusc connaissance qu'il avait de la ])lupart des langues européennes. Il savait le français a.ssez bien pour (pi'à lire son Journal ou à causer avec lui, on ne pût deviner qu'il était Russe de naissance et d'éducation. Il savait tout aussi bien l'allemand et l'anglais et lisait couramment le hollandais, l'espagnol et l'italien. Il possédait ce don des langues à un tel degré qu'il lui arriva d'écrii'e cet ai)horisme qui était pour lui une vérité : « Bappelons que toute personne ayant vraiment besoin de se tenir au courant de ce qui se fait à Jara. pourvu qu'elle sache l'aUemand. saura apprendre en que'ques jours anscz de hothnidais pour se débrouiller dans un document technique. Grâce à un labeur de tous les instants, il parven;iit ainsi à se tenir au courant de tout ce qui se publiait sur l'agriculture tropicale et il en faisait généicusement part à ses lecteuis dans ses bulletins bibliographiques qui étaient la iiartie de son .iouitial à laquelle il tenait le plus.

Doué d'une mémoire extraordinaire, il se .souvenait de tout <e (|u'il avait lu. et connaissait exactement l'état de toutes les questions qui présentaient <|iielque intérêt ])Oui lui et ses lecteurs. C'est ainsi (|u'il ('tait arrivé à connaître les (cuvres de tous les savants français et étrangers s'occupant d'agriculture coloniale. Il sut apprécier leur valeur et entrer en relations avec eux et avec les principaux planteurs, ce (pii lui pernu'ttait de signaler très régulièrement l'état de leurs travaux.

Le Journal d'Agriculture tropicale. api)récié dès le début par les étrangers, avait fini. gi'âce à la science et à l'énergie de son directeur, par vaincre toutes les apathies et s'imp'oscr à tous, et Vilbouchevitch, après une lutte opiniâtre qui ne dura pas moins de huit années, allait pouvoir considérer son œuvTC avec une juste fierté et s'écrier : j'ai vaincu.

Ilélas ! ce n'est pas à lui que ])rofitera la victoire ! Il tombe terrassé par la maladie qui le minait depuis longtenii)S déjà.

Ses amis garderont le soiivenir de sa bonté exquise et ne se consoleront point de n'avoir pas su le garder au milieu d'eux. Ils s'etïoreeront du nutins de continuer son œuvre : le Journal d' Agriculture tropicale poursui\Ta sa belle carrière et l'on pourrait ]jeut-être émettre le regret que la colonisation française n'ait pas su mieux profiter du labeur de cet honnête homme (pii, en d'autres pays, eût été largement rémuiu'ré de sa peine et sans doute aussi comlile d'honneurs. Emile Baill.^l'D.

Jean Vilbouchevitch naquit à Bielostok (Russie), le 24 juin 1866. Il fit ses études au lycée <lc cette ville et les continua ;\ l'Acaflémie .agricole de Moscou (Pctrovskaïa Academia). Après nii pn -

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mier voyage d'études dav.s \c sud do la Russie, il vint en Franco en ISS9, où il repiésenta los étudiants russes aux fêtes universitaires de Paris ; c'est de cette époque que datent ses premières relations avec le monde scientifique friinçais. Pondant ce premier séjour dans notre pays, il parcourut principalement la Provence, où il réunit les matériaux d'une étude approfondie sur les terrains salés, leur agriculture et leur flore. La Société nationale d'Agriculture de France garde de lui une petite plaquette intitulée Les Plantes utiles des Terrains salés {Paris 1892). Il retourna alors en Russie avec la délégation française chargée d'organiser l'Exposition d'horticultuie de Saint-Pétersbourg. Attaché au ministère de l'Agricirlture de Russie, il s'y livra à l'étude du reboisement et des nombreuses questions intéressant son pays et fit partie d'une commission offieiollo pour le relèvement de l'agricidture russe. Puis il revint on France, où il so fixa définitiveir.ent à Pivris, en 1895. D'abord attaché à la Sevue (les Cultures coloniales, il fonda, en 1901, le Journal d'Agriculture tropicale, qu'il plaça rapidement au premier rang des publications de ce genre. Entre temps, il avait publié une remarquable traduction annotée de l'ouvrage du professeur V/arburg : Les Plantes à caoutchouc et leur culture (Paris 1902). II apporta une active collaboration à diverses revues agricoles, et, pendant toute la, durée de son séjour en France, consai-ri une grande pavtie d? S33 l>i-iv3 à de? œuvres populaire-;.

Les Machines agricoles et le Génie rural à l'Exposition de 1906 à Marseille

F.iuvreté extrême de la section dos machines. L'obstination incomproliensililo des constructeurs français de machines agricoles. — Les machines à café de Krupp. — Le décortiqueur de riz de NiCHOLSON (ra.aison Piltbr). — Le matériel pour palmier à huile, de l'huilerie Fouexier. — Les maisons en fer et brique du Cdmptoir général de.? Poutrelles. — Les distillateurs d'eau, moulins et presses à huile de la Compagnie des Foege.s et Chantiers de la Méditerranée. — L'araba de Caisergtte. — Les selles et bâts do Camille & fils. — Le matériel de trans- ]iiirt de PÉTOLAT. — Id., de Decauville. — Excellence générale des collections d'appareils indigènes. — Analyse des pré-sentations de I'LkIo. Chine. : Instruments de labour. Tarares. Manèges. Moulins à canne. Decortiqueurs de riz. A]ipareils pour le traitement du coton. Chariots, Clialands, etc. L'exposition do la Société Française des Distilleries de l'Indo-Chine ■Appareils hydrauliques. — Collections diver.ses.

Par M. F. Main

Loi',squ'(.-!i 1905 ii0O3 avou.s pa,ssé en revue, machines dont nii cei-lain noni1>re n'avaient

dans ce Journal, les exposants de machines même auenne application possible dans nos

à l'Exposition d'agricultuie coloniale de colonies. Nous n'avons donc pas l'intention

Nogent-sui--Marne, nous avons sig'nalé. en d'cnuniérer dans ce qui suit tout ce que nous

le déplorant, que les exposants avaient fait avons vu : la place nous manque pour parler

preuve d'une grande indifférence à l'égard de sujets qui ne sont pas strictement du

des besoins des colons et des exigences parti- domaine de l'agriculture coloniale ; nous

culièrcs des exploitations coloniales. Encore nous bornerons à signaler les expositions

avions-nous pu y s'oir plusieurs décorti- de nature à intéresser nos lecteurs,

queurs de café et de riz. des égreneuses de Par contre, le génie rural était brillam-

coton, des séchoirs à, bananes et à cacao, etc. ment représenté dans les pavillons des

— A Marseille, nous avons constaté a,vec diverses colonies où nous avons admiré,

tristesse que ce résultat n'était même pas outre les photographies, de nombreux mo-

atteint : les appareils spécialement des- dèles de machines et d'instruments indi-

tinés au traitement des produits tropicaux gènes, ])our la plupart remarquablement

étaient exactement au nombre de trois, établis. B en qu'un peu futiles à première

noyés dans une quantité d'appareils et de vue, nous considérons personnellement ces.

JOUU'NAL D'AGIîK L'LTCUK THOIMCAI.!?:

Fiiv. 1907

modèles coniiiu' iiidispcnsiiblcs à rcduc;!tion du constnioteiir, qui peut y trouver tout ce qu'il lui est nécessaire de connaître pour établir à son tour des machines adaptées aux conditions locales de sol, de traction et de maniement. Nous en ferons l'examen dans la deuxième partie de cette note.

La grande galerie des macliin«'s ne comportait puère de machines agricoles proprement dites. Deux ou trois maisons Irançaises, autant de représentants de maisons américaines. ex])osaient leurs types courants, sans aiu'un souci de l'adaptation aux cidfures tropicales. Dans les appareils de préparation des récoltes, il y avait plus : Pourquoi une maison française, qui construit de très bons appareils d'huilerie, les avait-elle sacrifiés à un pressoir à vendange à alimentation continue ? Peut-être invo- ((uera-t-on la proximité de l'Algérie et de la Tunisie ; cette excuse n'est pas suffisante, et elle n'existe pas pour cet autre constructeur, français également . dont les batteuses à pointes sont parfaitement convenables pour le riz (nous croyons savoir qu'il en a envoyé en Indo-Chine), et qui nous présentait à Marseille une batteuse à battes, exclusivement emiiloyée pour le blé !

Citons tout de suite les trois appareils destinés à des produits coloniaux ; la maison Keupp exposait un décortiqueur de café système Krull (Cf. J. d'A. T., n" 04) . la maison Pilter un décortiqueur de riz système Kiciiolson, décrit dans le J. d'A. T, et enfin l'huilerie Félix FotrKNir.R et Cie, de Marseille, deux machines faisant partie d'un matériel complet pour la fabrication de l'huile de jialme. Un de ces matériels est actuellement en cours de montage à la Côte d'Afrique (1). et nous pensons y revenir lorsque nous connaîtrons les résultats des essais prati(iues.

Parmi les autres exposants, nous avons peu de choses marquantes à signaler ; nous avons vu plusieurs matériels pour la fabrication des tuiles et briques, dont quelquesuns bien compris. Dans le même ordre

(!) Comparer avec nos uiiiiola tiens à la U ttrc de M. Pai oisîE, i( J. d'A. T. )) n» 11. — N. D. !.. H.

d'idées, le COMPTOIR GÉXÉR.\L DES Poi- TRELLES pré.sentait de nombreux tyjies de constructions en fer avec entrevous en biiques faciles à établir aux colonies, et ayant des avantages sérieux de solidité et de légèreté ; l'album de cette maison sera consulté avec fruit par bien des colons — Citons un «Tund nombre de machines d'huilerie, deux types de machines à glace, des turbines hydrauliques et quelques expositions de matériel de travaux publics. La Compagnie des forges et Chantiers de

LA MÉDITERRANÉE, à CÔtc de (pielqueS UIOU-

lins et presses à huile, exposait un apjiareil à distiller l'eiu de mer, qui peut être intéressant dans bien des cas, pour des stations côtières dé^jourvues d'eau potable .

Parmi le matériel de transport, citons une petite charrette, genre arabe, simple, solide et légère, construite par M. Caizeegue, à Avignon, et les selles et bâts de ]\DI. CaiULLE & FILS, à Paris. La maison PÉT0L.4T, de Dijon, occupait un vaste emplacement garni de wagonnets divers, plates-formes, etc. ; nous y avons vu également une locomotive de trois tonnes, divers types de voiesétroites et des treuils en acier évitant le» risques de casse en cours de transport. Enfin, dans les jardins, les ateliei-s DecauviLLE avaient installé un excellent type de wagon colonial mixte, monté sur boggies, et muni de dispositifs spéciaux assurant une ventilation efiScace ; ce wagon était destiné à des voies de un mètre.

Et c'est tout : il est regrettable que le caractère national de l'Exposition ait élimint' certains constructeurs étrangers, spécialistes dans le matériel destiné à la préparation des récoltes tropicales et dont la présence aurait permis à nos colons de se rendre compte de la construction et du fonctionnement de la machinerie du thé, du café, du cacao, de la canne à sucre, du caoutchouc, etc., etc .

Eu revanche, si les industriels fraiiçaLs n'ont pas tenu à montrer aux coh)ns s'ils pouvaient leur fournir ce qui leur est nécessaire, ceux-ci ont eu à cœur de i)résenter avec autant d'exactitude que po.ssible les

Fév. UI07

JOURNAL D'AGilICILTUI^'l': TUoPICALK

type.s d'iustruiuents indigènes dont ils se servent, ;ivec un luxe de variété qui ne laisse pas de doute sur l'importance des déboueliés qu'oiïrirait notre empire colonial à une maison soucieuse de s'informer de ses besoins et de les satisfaire.

Bien que les pliotograjiliies et les modèles soient disséminés un peu partout, nous croyons bien faire de les grouper dans l'ordre suivant : machines agiicoles, appareils de technologie, appareils hydrauliques et matériel de transport.

Un assez grand nf>nilire de charrues figuraient dans les pavillons de l 'Indo-Chine, toutes à un seul mancheron, à sep assez lai'ge, à soc souvent rele\ é : un modèle cochinchinois était caractéristique à ce point de vue, la pointe faisant un angle de près de 20 degrés avec l'horizontale. Le réglage, au moyen de coins en bois, ne présentait rien de sjjécial, non plus que l'âge, toujours long et destiné à se raccorder directenu-nt avec le joug ; notons qu'à part une ou deux exceptions, les socs n'avaient pas de garniture métallique

Les herses, indo- chinoises également, étaient d'un type unique : une sorte de peigne à quatre ou cinq dents tenu dans une position oblique par un barreau horizontal parallèle au bâti et derrière lequel se tient le conducteur ; les traits se fixent à mi-hauteur et l'appareil, qui travaille en accrochant, doit exiger une grande habileté de la part de rou\TieT

Dans le pavillon de la Cochinchine, une série de rouleaux, irnis ou dentés indiquaient que l'usage de ces instruments est très répandu et la variété de forme des dents correspond certainement à des utilisations très différentes.

Dans les salles réservées au Sénégal, où le travail du sol se fait à la main, nous avons trouvé des hilaires et des dabas, de grandeur naturelle, les uns en fer. les autres en liois, avec les formes originales de lames ((u'on connaît

Toujours dans la superbe collection tle la Cochinchine française figuraient plusieurs modèles de tarares, presque identiques aux

instrumen.ts construits eu France, mais comportant un système de coulisse ingénieux pour le réglage de l'i'.linu'utatiou.

>.'ous ne pouvons manquer de signaler une su])erbe collection de photographies figurant dans l'hémicycle de l'Indo-Chine, et représentant toutes les phases de la culture du riz : les opérations exposées étaient effectuées avec les instruments dont les modèles étaient exposés ailleurs. — Avant de quitter cet hémicycle, signalons une scène de battage du Polygaïa (graine oléagineuse) : les tiges sont battues sur le bord d'une caisse à trois côtés comjilets :^t un côté bas. formées de toiles tendues sur une carcasse de bois léger (probablement de bambou).

Enfin, au Tonkiu. un manège à quatre flèches d'une longueur démesurée, attelées chacune de deux animaux de volée. Rappelons qu'en Annùique on attelle s<nivent deux animaux sur la mênu' tlèche. mais de préférence côte à côte, ce qui ne conduit pas à augmenter outre mesure le diamètre de la piste, et par conséquent à diminuer la vitesse du manège,

Comme il fallait s'y atteiufre. les instruments ou nuichiues ])oui' la préparation des récoltes étaient plus nombreux : nous avons remarqué plusieurs moulins à canne, tous à uui-nège direct, la flèche étant palée sur l'axe d'un des rouleaux ; ceirx-ci. au nombre de deux ou trois, mais siu' une seule ligne, portaient à leur partie supérieure des dents d'engrenages taillées dans la masse et rendant leurs mouvements solidaires ; h s plus beaux modèles étaient ceux du Pavillon de? forêts de l'Indo-Chiiu'. et du Pavillon de la Cochinchine.

Plusieurs modèles de décortiqueurs de ri:^ nous ont intéressé : ils se composaient en général de deux meules plates, horizontales, la meule inférieure étant fixe et la meule supérieure animée d'un mouvement alternatif au moyen d'un.e longue pièce de bois. Les meules en bois étaient, dans deux modèles, composées de planches de bois dur sur champ, juxtaposées, et disposées suivant des secteurs. — La Cochinchine exposait aussi un mortier à riz avec un pilon à balan-

JOL'UNAL DAGUICri.TUliK TROPICALE

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cier, mû par le poidt* de l'ouvrier. — Enfin la dt-cortiration par piétinement, le mode le ])lu.s primitif peut-être, était représenté par une ]iliotogia])bie du Pavillon de l 'Indo- Chine.

Le travail du eoton a donné lieu à l'exposition de deux sortes de inaehines : des égreneuses, comportant un loulcau en fer et un en bois, et un instrument assez eu lieux, dénonniH- nuiehine à tisser (?) le eoton. 11 s'agissait d'un eylindre v'ertical en bois, ouv'ert à sa partie supérieure, dans lequel jouait à frottement doux un pistou de bois muni d'un manche. A défaut d'explications, nous sommes portés à croire qu'il s'agit d'une sorte de feutrage, bien que le résultat ne doive pas v-aloir un tissage, même grossier. — t^uelques métiers à tisser figuraient également dans l'annexe de l'expositiun du Tonkiii.

Dans ce même pavillon, d'intéressantes photcg \'.phies du séchage du café sur patio, et dans de <,;ramls paniers plats, de l mètre euviion de diamètre, paraissant servir également au transport et au séchage.

Nous avons regretté que la collection de vermicelles de riz exposée dans l'liémi<'ycle de l'Indo-Chiue n'ait pas été accompagnée d'un exposé photographiciue des procédés de fabrication ; nous y aurions trouvé d'intéressants renseignements.

Parmi les outils et instruments divers, signalons, dans le PaAàllon des forêts de rindo-Chine, une collection d'instruments pour la conservation et le séchage du poisson; au Dahomey, une collection d'outils poui' la. cueillette des fruits du ]ialniier à huile et l'extraction de l'huile de pahne ; un ensemble analogue figurait à l'exposition de la maison EoccA, Tassy & de Eotjx, qui avait réuni les instruments indigènes employés pour l'extraction du coprah.

La Société Française des Distilleries uE l'Indo-Ciune, à Nam-Dinh, exposait un alambic, de grandeur naturelle, comportant, au-dessus d'un fourneau en bricpies, un chapitt au en bois surmonté d'une calotte de teiTe cuite ; un tube de bambou se rendait

au réfrigérant, en étaiii, avec lequel il était relié par un curieux assemblage d'écorce et de brins d'osier, admirablenu-nt travaillés ; dans un autre modèle, la carcasse d'écorce était remplacée par des fragments d'enveloppe de noix de coco

Les machines de construction européenne n'étaient représentées que par des photographies dans lesquelles, en général, la vue de la machine était sacrifiée à la vue de l'usine, ce dont nous ne pouvons, d'ailleurs, taire un reproche aux exposants; mais nous n'avons pu, d'après ces pbotograi)liies. discerner la provenance des moulins à Iniile, égi'cneuses de coton, défibreuses, rouleurs à thé, etc., fonctionnant dans les diverses usines qui exposaient

Parmi les appareils hydrauliques, nous citerons, en première ligne, à la porte du Pavillon de l'Annam, une roue élévatoire mue par le courant ; cette roue, entièrement en bambou refendu, ((lii lui donnait l'appareiu'c d'un travail de vannerie, avait (I"'!t0 de diamètre sur o'"!,') «le largeur : les aubes iiP peu courbes, étaient doublées par des tubes de bambous posés en diagonale et servant à l'élévation de l'eau. La roue proprement dite, qui ne comportait aucune pièce métallique, était di.sposée dans un couloir également en bambou, servant à l'aiiivée de l'eau

Dans les divers ]);i.villons de l'Iniio-L'biue, nous signalerons des norias fonctionnant au pied, et formées tl'une chaîne sans fin portant des i)alettes carrées ])assant à frottement doux dans une auge inclinée, sorte de couloir en bois à trois cotés, de 0">ir) x 0"'15 de section, ("est l'axe supérieur de la chaîne riui j)Orte les niarche])ieds radiaux sur les- (jUels agit l'ouvrier. Comme la nnw précédente, ces norias sont destinées à de très faibles élévations, fait qui a son intérêt pour l'étude des pompes pouvant être envoyées avec succès dans nos rizières d'Extrême- Orient. — Nous regrettons de n'avoir ]>u examiner un modèle ou une bonne pliotogiaphie des immenses roues nu-ntionnées dans le volume publié par la Chambre d'agriculture de l'Annam (W .f. d'A. T. », n» f>5.

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JOURNAL D'AGRICULTUHE TROPICALE

§ 1271, pour riiTiyation de certaine province de cette colonie

Comme matériel de transport indigène, nous avons surtout remarqué des charrettes asiatiques dont les roues soit pleines, soit oharronnées, présentaient des assemblages curieux. Dans le Pavillon des forêts de rindo-Chine, nous avons admiré une collection de photogTaphies sur le transport des bois en forêt, leur flottage, le transport sur chalands plats des feuilles de lataniers, «elui des noix de coco, etc. — Au Sénégal,

nous avons déjà signalé plusieurs types de bateaux à fond plat servant au transport des voyageurs et des colis pour le passag' des barres.

En terminant, nous mentionnerons un groupe de cases et greniers malgaches exposés dans les jardins du ])avillon de Madagascar et donnant un aperçu de l'art du clnupentier dans notre grande île africaine.

Paris, 10 janvier 1907.

F. Main.

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Exploitation et Commerce de la Châtaigne ou Noix du Brésil

Les deux espèces : Châtaigne An Para. — Sapucaia — - Habitat. CuL^illette. Déboucliés. Statistique.

Par M. Paul Le Oointe

Nous sommes ln-ureu\' de publier ce premier article de M. P. Le Coixte, ingéuieiu' géograplie, ■et naturaliste amateur des plus renseignés, habitant depuis de longues années à Obidos Para. Il a beaucoup voyagé dans la région et la connaît assez pour avoir pu dresser une carte nouvelle de l'Amazone, qui doit paraîti'e incessamment chez A. Coliu. Lorsqu'il revient passer de courtes vacances à Paris, il ne manque jamais les déjeuners mensuels de la Société île Gcographie Commerciale ; c'est là que nous l'avons e.oanu. Il a publié de nombreux mémoires dans le « Bulletin )i de cette Société, et entre autres, tout récomment, une étude sur l'élevage dans le Bassin de l'Amazone et une autre sur le caoutchouc. Nous donnerons prochainement des extraits de ce dernier travail, complétés par des rensîignements importants que l'auteur a bien voulu y ajouter de vive voix. Après avoir dirigé une grande exploitation de caoutchoutiers ■croissant spontanément dans la forêt, M. Le CoixTE a l'intesition de passer à la cidture de l'Hevea, dans le pays même, en combinaison avec le cacaoyer. Il estime que celui-ci est avantageux pour ombrager les troncs des Hevea, qui, dit-il, ne fournis.sent que peu de latex en terrain découvert. Nous avons sa promesse de nous donner un article spécial sur les quelques plantations de ce genre existant déjà dans la région. — Nous aurons également à revenir encore sur la noix du Brésil, notamment sur les

emplois industriels de son huile et sur les débouchés de l'amande en tant que friandise et commi; matière première de confiserie. Sur les tables françaises, cette noix n'occupe pas encore la place à laquelle elle aurait droit ; cela tient, parait-il, à certaines négligences dans l'emballage et le transport qid font qu'elle arrive parfois rancie ; d'autre part, il est assez malaisé de briser la noix du Brésil dans de bonnes conditions avec nos casse-noix ordinaires. Dans le pays, ou se sert d'un couteau bien aiguisé, mais ce procédé ne saurait être recommandé chez nous, aux enfants surtout. II paraît qu'en Angleterre on emploie un bri.se-noix spécial, à vis, qui fait parfaitement l'affaire ; nous aimerions en posséder un spécimen. — nos amis de Londres nous feraient grand plaisir en organisant une petite e.iquête sur la question. — N. d. l. R.

Ou la désigne vulgairement en France sous le nom de « noix du Brésil ». Il y en a deux sortes principales :

La xdus imijortante, la châtaigne du Para, ou de Maranhào, est le fruit d'un des plus beaux arbres de l'Amérique du Sud, le Bertholletia excelsa (Lécythidées) qui dépasse sorrvent 35 mètres de hauteur et 2 mètres de diamètre à la base dir tronc ; l'autre, appelée « Castanha sapucaia » provient du Lfcyflus grandi flora. (" Quatelé », a Cana,i'I

.lOrii.NAf. D'AdUICLLTUUK TUOIMCALE

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macaque » ou >i Marmiti* de singe » de la (iuyaue française).

La cliâtaigne du Para est aussi de Ix-aueoup la plus commune ; à l'ëtat sauvage les châtaigniers vivent toujours groupés en familles ; ils constituent l'essence dominante de certaines pii.rties des forêts de terres luiutes, dans toute l'étendue du bassin amazonien. On comnuMice à les rencontrer à 20 ou 30 kilomètres des rives du Grand Fleuve, et l'on en trouve encore dans le haut Béni (Bassin du Madeira, Bolivie).

r { stsurlarivegauche de l'Amazone que se trouvent les « castiinhaes » (1) les plus denses, près d'Alemquer. entre cette ville et Obidos. et surtout au rio Trombetas. On n'en exploite d'ailleurs pas encore la millième partie.

Jusqu'à CCS dernières années, on ne ramassait que ks fruits trouvés dans le voisinage des couis d'eau facilement navigjshlcs; à l'intérieur des terres, tous les transports étant faits à dos d'honiiiic. ])ar des sentiers à peine indiqués à coups de sabres d'abatis, il était dilTicile d'aller les récolter dans la forêt loin de l'endroit ou restait accosté le canot. Depuis quelque temps, le gouvernement ayant vendu les principaux « castauhaes » à des ])articuliers c(ui les fout exl)loiter par un ])ersonnel à leur solde, les fiimples cherche urs de » châtaignes » ont dû filler explorer ])lus loin des régions encore vierges oii ils poiivaient exercer librement leur primitive industrie. Ils se sont alors quelquefois associés entre eux, et ont ouvert des routes reliant les « castanhaes » du centre aux ports d'embarquenient. alin de peruu'ttre le transport de leur récolte au moyen de chariots grossiers, lentementtraîiu'S ])ar des ba^nl's :;u milieu des fondrières et des souches d';:rbres mal coupés.

Le fruit d\! licrfhollctin cjtcIuii uiùrit en novembre. t"i st un véritable boulet de 12 centimètres de diamètre, pesant quelquefois plus de 1 kilog. et renfermant, sous la c()(|ue extérieure, ligneuse et très dure. L"i ou 20 noix, étroitement j\i\laposées, à ti'ois

arêtes vives, qui contieuiu-nt chacune une amande allongée.

On attend, pour commencer la récolte, que tous les fruits soient tombés sur le sol, ce qui a lieu en jauvier ; on évite ainsi le» accidents et, d'ailleurs, les châtaigne.^ com])lètenient mûres sont de meilleure conservation.

Il est curieux de voir alore reparaître les habitudes encore un peu nomades de la population amazonienne. Dès le mois de décembre, abandonnant sa maison, ses plantations, et toutes ses occupations habituelles, le « caboclo » (1) entasse ses maigres Ijagagcs et quelques provisions dans un minu.scule canot, et, accompagné de toute sa fainille. s'embarque pour le « castanhal » ; tant bien que mal accroupis sur les caisses, la femme et les enfants de tout âge font force de pagaies, tandis qu'à la poupe, les jambes croisées, tirant d'énormes bouffées de fumée d'une longue cigarette roulée dans un uu)rceau d'écorce de « tauari » (2). l'homme maintient le « jacumâ » (3) sous .son bras replié. Pendant des journées, ils voyageront ainsi, s'arrêtant le soir chez (luelque connaissance que l'exemple décide, et qui, le lendemain, son canot pareillement équipé, s'en ira de même chercher la fortune, assurée cette fois, puisque la nouvelle est connue, on la réi)ète partout : il n'y a Jauuiis eu autant de châtaignes que cette aimée !

Il s'agit d'amener les embarcations aussi près que possible du c Castanhal » oh l'on va travailler. Une cabane rapidement construite sur la rive, et couverte de feuilles de ])almiers, ser\ira d'abri durant la « safra )'(4); elle n'est pas grande, les hamacs s'y étagent et s'y entrecroisent, d'aut^nit plus <|u'uiic cloison en réserve une partie pour le dc'pot tle la récolte.

Les fruits tombés des châtaigniers ont roulé sur le sol qii'ils cou^Tcnt aux alentoui-s de leiu's gros troncs élancés et rugaeux.

(Il Oast.mhal ;I',iilie le l.T forèl

:i!i >n(ici)l !c àtftiirnicrs

il' C'iliorlii ; Indien cnilÏM*.

(il Taïuiri ; *ir;iiul jirhrc iCoiiruteiri niiitinfnsis Lècythifl(''is\ dont récnrcr se divise en frnillels In s minces.

(it; .hiciuiiit ; Ui-iii.i)e piiuMic reinpliii,-anl le iTttiivcrn.iil diins ics peiiles endwirL'.ilions.

<i) Siifra : C.'esl re|tO(|ne diir.-inl liii|uellc se fait la recolle.

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JOURNAL D'A(;RICL'LTrKK IIMPICALE

faciles à distinguer de l(nn ;xu milieu des autres arbres qui les entourent. Le travail est vite organisé : petits et iiTands se partagent la besogne, ceux-là réunissent les gros fruits en tas, ceux-ci les ouvi'ent à l'aide du «abre d'abatis pour en extraire les châtaignes. Ces dernières sont transportées a la baraque dans des paniers ou des hottes (jue le soir on a tressé avec la liane Ouanibé ou le tronc délié de la Jacitarà (Palmier sarmenteux : Macorccinthos Desmonchnx).

Un homme peut récolter par jour 90 à 100 kilos de châtaignes et pourrait réaliser ainsi un beair bénéfice. Mais, comme les vautours suivent la caravane, un « regatao » ou marchand ambulant, a suivi chaque longTie file de canots en voyage pour la « castanha " ; il a établi son dépôt de marchandises non loin d'un groupe de baraques, et là, derrière sa batterie de bonbonnes remplies de « cachaça » (1), entouré de quelques ballots d'étoffes voyantes, de paquets de tabac, de sacs de sel, de bidons de pétrole et même de caisses de mauvaise bière, il guette les ramasseurs de châtaignes qui ne pourront mancpier de devenir sa proie.

Peu à peu toutes les récoltes s'accumulent dans le magasin qu'il a préparé près de sa l)outique, A la fin de la saison, les pauvi-es «aboclos se sont même endettés, heureux s'ils i^euvent, pour s'acquitter, aider le « regatào » à charger ses embarcations et à les conduii'c jusqu'au port le plus proche. Plusieurs manquent à l'appel, car la mortalité est grande dans les « castanhaes », et, pour- les aiitres, bien triste est le voyage ; adieu, les beaux rêves de fortune ! Maigres, jaunis par les fièvi'es, la mauvaise nourriture et l'alcool, ils jurent que le grand bois ne les reverra plus ; ils y retournent l'année suivante

Si la châtaigne n'enrichit pas celui qui la ramasse, elle ne fait pas toujours la fortune du premier acheteur. Son prix est très variable, et les oscillations brusques qu'il subit sur le marché du Para, impossibles à prévoir dans les centres de production privés

de tout moyen de communication rapide, exposent à bien des déboires.

De 1830 à 18.51, ce prix éti^it de 3 à 0 milrcis (L) rheetolitre (environ 50 kilos; en 1892. il a atteint 127,950 reis ; il varie maintenant eutie .8 et 21 mihvis.

Le fruit du châtaignier « sapucaia '> est encore plus grand que celui du châtaignier du Para ; il atteint 20 centimètres et plus de diamètre. C'est une capsule qui, à la maturité, s'ouvre à son sommet par uiy couvercle qui se détache, laissant tonibei les amandes. Le Lecythis grandiflora est plus rare dans la forêt que le Bertholletia ; ses fruits sont d'ailleurs plus estimés que ceur de ce dernier et atteignent un prix plui élevé de 1,'.3. D'ailleurs, planté dans les ter raius d'allu\ions des rives de l'Amazone il vient très bien et rapidement, et produit beaucoup.

Les amandes de l'une et de l'autre espèce sont excellentes à manger crues ou cuites, elles sont utilisées en confiserie pour remplacer l'amande d'amandier. Elles fournissent abondamment une huile jaune clair, transparente, d'odeur et de goût agréables cpiand elle est fraîche. Cette huile peut remplacei celle d'amandes douces et même celle d'olives, mais eUe est utilisée surtout pour la fabrication du savon blanc aromatisé et pour l'éclaii-age. 8 kilos d'amandes produisent envir-on 5 kilos d'huile.

L'écorce des deux '< châtaigniers » donne une étoupe excellente pour le calfatage des embarcations. Par le battage, les Indiens du Béni (Haut-Madeii'a, Bolivie), s'en fabricj[uent même des vêtements souples et résistants.

Le bois peut être utiUsé pour la construction, surtout celui de « sapucaia ». (D. =1,077)

Exportation de châtaignes provenant â' Amazonie (en hectolitres)

(1) (;iM-Iia(,-a : Alcuol de canne à sucre.

(1) Mili-eis : Unité monétaire valant au pair 2 fr. 83, anjour (i'hiii au cbaniît de li d. le niilrcis (on lOOn reis) vaut i fr. 5.

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPtCALK

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1877 ll.î.2()0

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