I. Le Climat
Trinidad. Jamaïqufi. Demerara. Madagascar. — Témoignages divers : Java. Ceylan
Tanganika. Mozambique (Rollot). Zanzibar. Anjouan. — Influence marine. Pluies. Température.
Altitude. — Limites présumées du cocotier à Madagascar.
Par M. A. Faucuère.
Humidité. — • Le cocotier est incontestablement un arbre des climats marins. Il ne s'éloigne jamais de la mer et l'intluence de celle-ci paraît jouer un rôle considérable sur son développement.
Nulle part, croyons-nous, il ne s'avance loin dans les terres. On a signalé la présence d'un certain nombre de cocotiers sur les bords du lac Tanganika, mais il n'est pas certain qu'ils y fructifient. M. Rollot, agent de culture à Madagascar, qui a parcouru longuement la colonie portugaise du Mozambique, l'année dernière, a recueilli à ce propos les témoignages de missionnaires revenant de la région des lacs. 11 ressort de ces témoignages que les cocotiers du Tanganika n'ont jamais fructifié.
C'est du reste une chose connue que ce palmier, lorsqu'il s'éloigne trop de la mer, devient de moins en moins fécond et perd également de sa rusticité.
Sous le rapport de l'humidité atmosphérique, c'est un arbre exigeant, qui demande un climat franchement humide.
A Ceylan, on admet (Ferguson: AU ahout coconnl) qu'une chute annuelle de pluie inférieure à 70 pouces, soit environ l'",50, influe très défavorablement sur la production.
Ce chiffre ne paraît pas applicable à toutes les situations et à tous les pays puisque à la Trinidad, dans le district de Cedroo, où le cocotier croît avec facilité et
fructifie abondamment, les chutes annuelles de pluie dépassent rarement 1°',S0 et quelquefois elles sont beaucoup moindres.
La moyenne annuelle donnée par les relevés pluviométriques faits à la plantation «' Constance », la plus vaste de la Trinidad, a été do l^jSG pour les quatre années 1898, 1809, 1900 et 1901. La chute la moins importante a été observée en 189!); elle a atteint seulement l",lo.
11 ne semble pas qu'un climat plus humide ait une influence défavorable sur le cocotier. 11 est cultivé dans des régions, à Java, aux Seychelles, à Anjouan, à Zanzibar, oii il tombe au moins 3 mètres d'eau par an et il s'y comporte fort bien.
Pour notre part; nous l'avons vu à la Guyane hollandaise, oi!i les chutes annuelles de pluie atteignent quelquefois 4 mètres; il y vient bien et fructifie régulièrement.
Il n'est pas sans importance cependant de signaler, à ce propos, l'opinion d'un agronome distingué, de Deli, Sumatra, M Tabel, qui dit, dans une communication parue dans le n° 38 du <( Journal d'Agriculture Tropicale », qu'une trop grande humidité atmosphérique est nuisible au cocotier en provoquant la pourriture des fruits.
Nous n'avons trouvé aucune indication relative à l'influence de la répartition des pluies ; mais il ressort bien de ce que noua avons observé qu'une sécheresse très prolongée est fort préjudiciable.
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KM K.N.M, h.M.lilCLI.ri Kl-: 1 lii il'K.AI.I-:
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Les oljsi'ivMlions ijiK' M. Udi-Lui ii l'ailcs ;iii Mozambique conlirmenl celle opinion : ilaprf-s lui, les cocoliers cullivés dans celte parlie de l'Esl AlVicain donnant des fruits très petits, il est convaincu que c'est la longueur de la saison sèclie ([ui all'ecle défavoniljlement la riiulificalion. Dans la colonie portugaise il pleut, comme dans l'ouest de Madagascar, à peu près quatre mois par année; on observe sept à huit mois de sécheresse ininterrompue.
A la ïriiiidad, dans la région où l'on cultive le cocotier, les pluies sont réparties presiiiie unirorniénienl sur tous les mois.
Tour résumer ce (jui précède disons, ([u"à notre avis, le cocotier réclame une chute annuelle de pluie de l"',40 au moins et qu'une saison sèche ininterrompue, se prolongeant au delà de quatre ou (•in([ mois, influe défavorablement sur la Iruclilication.
Nalurellemcnt la culture en est encore possible dans des climats plus secs, mais dans ces situations défavorables il y a diminution dans les rendements et l'irrigalion peut devenir indispensable.
T/'Dipth-attire. — Le cocotier est une plante des climats à tempéralureconstante. H ne })araît pas supporter facilement de grands écarts thermoniétriques et c'est là, probablement, la raison principale pour laquelle il alTectionne les climats moins iuimides.
11 s'éloigne assez de l'équaleur et parait pouvoir être cullivé avanlageusement jusqu'au vingtième degré de latitude Nord ou Sud.
L'auteur de ces notes a visité dans je nord de la Jamaïque, par 18 degrés de latitude Nord, des cocoteries très prospères, dans lesquelles les arbres sont aussi féconds que ceux des plantations de la Trinidad situées beaucoup plus au sud.
Sous le rapport de rallilude, le cocotier paraît moins accommodant; il ne s'élève pas beaucoup au-dessus du niveau de la mer et sa culture n'est guère pratiquée îi|irès la cote 300.
11 jH'iil naiiindlcmcnl |iiius>iM' |du~ iiiul ;
à Ceyiau. à .la\a cl dan> d aulri> jav- un en trouve des sujets isolés jusqu'à "UO et 800 mètres au-dessus du niveau de la mer; mais à ces alliludes la culture en grand n'aurait, semlib'-t-ii, auciiui' chance de ri'ussir.
L'alliludc de iillll mèlres, indii|ni''e plus iiaul cumme limile de la culture économique du cocotier, doit s'enlendre pour les régions voisines de l'équateui'; elle s'abaisse à mesure qu'on s'en éloigne el par IS° de latilude il semble (pie la cote 100 représente le maximum de hanicur que li>s cocoteries peuvent alleiiulre.
.\ la Jamaïque les plantations son! lonles situéi'S à de basses altitudes; il ne nous souvient pas d'en avoir vu à plus de 50 ou ()0 mèlres au-dessus de la mer. Dans la même île nous avons observe des cocotiers isolés, très chargés de fruits, jusqu'à huit cents pieds d'allilude (environ 27.') mèlres).
Uésunions ce qui jirécède, el disons que le cocotier réclame un climat à tempéraliiie constante; (|u'il peut être cultivé économitiuement jusqu'au vingtième degré de latitude et qu'il ne vient plus très bien au-dessus de ;100 mètres. A la limite nord ou sud de sa zone de culture, il ne peut être cullivé avanlageusement ;i plus de (il) mètres d(> plu- au-dessus du niveau de la mer.
La température moyenne de la zone de culture du cocotier varie entre 23 et 28 degrés et sa température minimun ne descend pas au-dessous de 14 degrés.
A Madagascar, la limite sud de culture en grand de ce palmier paraît être voisine de Mananjary, sur la cote Est.
Nous avons vu de très beaux cocotiers à Farafangana, mais il ne semble pas que la présence de ces plauls isolés, très féconds du reste, autorise à en reporler aussi loin au sud la limite de culture.
11 pousse encore à Forl-Dauphin et à Tuléar, mais on ne sait pas s'il y fructiiiera convcnablemenl.
A. I'ai rin;itE.
T;iiiial;U'' \' i\'
N" Cil
Mars 19:)7
JOURNAL D'AGKICULTUUI' TROPICALE
L'Hevea discolor de la Région de Manaos
Description. Habitat. Xon-v;ilour économique. — Comparaison ave,; les espèces voisines : II. Spmccana Mueli.. Aug. et 11. similis Hemsl. — TémoignaL; Opinion- concordante de M. J. Huiiek. — Conclusions.
Par M. 0. Labmoy.
des auteurs
Ce mémoire, dont Tiniportance n'échappera pas aux botanistes s'occupaiit du caoutchouc, nous avait été envoyé par M. Labroy à la veille de son retour pour Paris, où il est arrivé lui décembre 1906, pour reprendre son poste de Chef .les Serres du Muséum, après une année diî fructueux travaux à Manaos, agrémentés d'excursions dans la région qui lui ont permis de recueillir quantité de renseignements et de matériaux. — N. d. l. R.
Je vous ai signalé précotlerament la ]irésencc (.run certain nombre d'exemplaire^ (ÏUevea discolor clans le voisinage immédiat de Manaos, en faisant remarquer (jue plusieurs auteurs, parmi lesquels M\r- Tius dans la Flora hrasiliensis et M. E. Ui.e dans le « Tropenpllanzer » (1905) donnaient cette espèce comme le principal producteur de caoutchouc du Rio-Negro.
Une observation prolongée de ces arbres m"a montré qu'ils étaient incapables de fournir un produit de quelque valeur. Plusieurs d'entre eux, saignés à différentes reprises, n'ont jamais donné qu'une faible quantité de latex incoagulable. La même opération répétée sur des exemplaires jeunes (cinq à sept ans) et d'autres, dans la force de l'âge (troncs de 1 mètre à l'",50 de circonférence), végétant au milieu ou sur les bords de rivières tranquilles qu'ils paraissent habiter exclusivement, a toujours abouti aux mômes résultats négatifs. Malgré ces constatations, je tins à montrer les Hevea en question à deux personnes fort au courant des « seringals )> (1), du bas Rio-Negro; elles n'hésitèrent pas à m'affirmer qu'il s'agissait de « seringucira barriguda », c'est-à-dire, sans intérêt au point de vue du latex, qu'ils avaient vu employer cependant dans le Rio Madeira
pour adultérer le produit des buimcs espèces.
Un autre point, non moins important, restait à éclaircir. Les arbres de Manaos appartenaient-ils indiscutablement à V llevpa discolor Muell .\kg., déjà trouvé par Mautils et Spp.uciî dans la même région et par Ule dans le moyen Rio-Negro'? D'après les auteurs que j'ai pu consulter, V Hevea discolor est une espèce ayant de grandes affinités avec 1'//. Spruccana MiEtx Arc. et surtout avec VU. similis Hejisley; elle s'en distinguerait par une élévation moindre, n'excédant pas 7 à 10 mètres de hauteur, par des folioles plutôt ellipti([ues (|u'obovales, pubescentes et glauques à la faceinférieure, des inflorescences duveteusesblanchâtres composées de lleurs plus petites que dans les deux autres espèces. Son fruit serait plus conique que celui de 1'//. Spruccana et les graines atteindraient 4 centimètres de long sur 17 à 20 millimètres de largeur.
Les Hevea observés à Manaos étaient des arbres de 12 à 15 mètres de hauteur, à tronc souvent régulier et nu jusqu'à 6 et 8 mètres du sol; les branches principales à ramifications peu nombreuses et plutôt étalées. Jeunes pousses et pétioles finement 'duveteux; ceux-ci arqués, de 10 à 20 centimètres de long, présentant à leur sommet un faisceau serré de cinq petites glandes, comme il est mentionné dans la description de Hemsley (1). Folioles de forme variable selon l'âge des individus. Les jeunes arbres, de 4 à 5 mètres de haut, portent ordinairement des folioles nette-
^1) Exploitation de caoulchouc.
(1) Hookeb's Icônes Vlantarum, 4' série, 1899. Suivant ce même auteur, le nombre de ces glnndes est réduit à deux d ins I /'. >'pruce ma.
.1(11 KNAI. DAdliiCULTURE TROPICALE
N" fi!» — M. MIS 1007
mi'iil ovales-elliptii)iiL'.s Je H) à l."i ci'iilinit'tres de long cl i ;i 3 ccnli mètres de lar^e, lundis que les sujets adultes présentent en général des folioles largement ovales-arrondies, brusquement rétrécies en pointe à Texlrémité, mesurant 11 à 13 centimètres de long et (i à 7 centimètres de large au milieu. Celle dilTérence de feuilles est de nature à compliquer l'élude des Ihrca d'après éclianlillons d'herbiers incomplets récoltés sur des arbres d'âge trop difléient, à une époque plus ou moins avancée de la végétation.
Les folioles portent de 12 à 15 paires de nervures, sont vertes et glabres à la face siipériiMire, blancbàlres et duveteuses sur toute la face inférieure.
Inflorescences également variables suivant (|u'elles sont prises au di'bul ou ii la tin delà floraison; à ce dernier moment, leurs dimensions sont beaucoup plus réduites. Les pédoncules floraux, les boutons et les ovaires sont loujours 1res pubescenls. Fleurs mâles de 211 à 2") niillimèlros de long.
Fruits arrondis, presque spli-'-riques, de 5 à 6 centimèlres de diamètre, marqués de six sillons longitudinaux dont trois plus profonds.
Graines de 3 cm. 5 de long sur 2 centimèlres de large, de même couleur (jue celles de Vll/vea brasiliensis.
Il est à noter que ces fruits et graines se rapportent aussi exactement que possible à la reproduction donnée par M. Ji'meli-e, dans son traité : Les Plantes à caoutchouc et à cjvlta (fig. In, p. 122) d'éclianlillons de « seringa barriguda » rapporlés du >Iadeira par M. Bonnechaux (1). Par contre, ils dilTèrent du dessin que [îe.msi.i:y a d()nn(' du fruit de Vllevra Jiscolor (2), au moins par leur sommet qui, au lieu d'être conique, est plutôt arrondi.
En résumé, les différences constatées
J M. Ji.MKi.i.E a inséré la figure dans le chapitre se rapiHirtant à 17/. Sprtueanii.
{■2< Voir Huokeh's icônes l'iantarum et le traité de
JU.MELLE (fig. lu, p. 128
• Mitre nos échantillons et les descriptions des principaux auteurs sont uniquement d'ordre végétatif (^hauteur des arbres, dimensions des feuilles), à part le fruit plus arrondi dans sa forme, ce qui peut fort bien résulter d'un dessin exécuté d'après un fruit déjà ouvert et recnnslilué à l'aide de ses loges plus ou moins modifiées. 11 y a donc tout lieu d'admettre (|ue les échantillons observés par nous à Manaos se rapportent bien à VHevea discolnr signalé par difl'érents monograplies de l'Aniazope. La description de V H. discolor ainsi rectifiée rapproche davantage cette espèce de 1'//. S/ir/(if'aii((. donné comme existant à peu pri's dans la même région, o\i il serait égalemenl appidé « seringuera barriguda » et considéré comme dépourvu d'intérôl pour l'exploitation; celle remarque semble encore appuyer nos constatations personnelles, d'où il résulte que VUivea discolor n'est pas producteur du caoutchouc dans le bas Kio-Negro.
Pour compléter mes renseignements sur 17/. discolor de Manaos, je dois ajouter que les arbres croissent loujours dans l'alluvion des rivières peu courantes et que leurs graines tombant en grande ()arlie dans l'eau sont parfois recueillies pour servir d'appâts aux pécheurs du Rio-Negro et ilu Solinioes.
.l'ai réeoiti' vin bnii iidinhi'i' ili' ci's graines en vue de les semer dans les jardins de la ville de .Manaos; mes essais sont demeurés infructueux malgré les soins apportés dans le choix des meilleures graines. Celles que j'avais adressées en siratilicalion «u Muséum d'Histoire naturelle ii l'aris, prélevées sur l'arbre avant la déhiscence des fruits, ii'onl pas donné de meilleurs résultais.
U. Laiuiov.
.Manaos, 2i> novembre 1906.
l'.-S. — Depuis la rédaction de la note] ci-ilessus, j'ai reçu une leilre de M. Jj^ llLniiit, le botaniste du Musée Goeldi Para, dont les travaux sur le genre Heve\
Mars 1907 JOURNAL D AGRICULTURE TROPICALE
font autoriié. M. Huber, sans avoir eu connaissance (le mes observn lions, émet également des cloutes au sujet do VHevea discolor indiqué comme producteur de caoutchouc. Il ajoute que cette espèce ne lui « paraît pas encore bien dilTérenciée de V Hecea Spriiceana et de 17/. similis ».
Cette opinion d'un Ijolanisto ayant vu sur place un lion nombre d'rspèces à'Hecca et, possédant en culture dans le Jardin botanique du Para sept ou liuit espèces, an nombre desquelles 1'//. Spriii:cana, trouve déjà un certain appui dans les observations de M. Lauhov; il est permis il'espérer que l'étude des échantillons d'herbier l'cueillis par notre collaborateur apporteront encore un peu de lumière dans le genre Hevca et plus particulièrement dans le groupe des obtusiflor:s, encore bien confus à l'heure actuelle. — N. d. l. U.
Le Caoutchouc de Céara à l'Exposition de Ceyian
.Nervosité des échantillons présentés. La question de Fàge. — Les rendements ■élevés du sud de l'Inde (Windle, Cameiion). — Le facteur individuel. Sélection. — Coupes annuelles
Absurdité de ce plan.
D'après le Compte rendu officieL
L'important volume publié par Ferguson à la •suite de l'Exposition du Caoutchouc de Ceylan (.< The Ceylon Eiubber E.xhibition. — Lectures and Discussions on Rubber cultivation and préparation ») contient, à côté d'une profusion de documents sur l'Hevea.des remarques incidentes sur le Céara (M. Giaziovii) qui méritaient d'être relevées. — Xous avons signalé à diverses reprises déjà, que le Céara, très en faveur à Ceylan tout au début, dans les premières années qui suivirent son introduction, puis complètement délaissé, y est de nouveau, et de plus en plus, pris au sérieux, soigné et replanté (Cf. «J.d'A. T, »,n°65, p. 337). L'Exposition a été indiscutablement un succès pour ce raoutchoutier.
Ce qui suit est puisé dans le volume de l'Exposition, au petit bonheur du crayon et sans que nous ayons trop cherché à relier entre eux les extraits successifs; ils viennent tels que, dans l'ordre des pages de l'original :
P. XIX. — La généralité des échantillons de caoutchouc Céara présentés à l'Exposition, se faisaient remarquer par leur nervosité, — même les « biscuits » les plus minces. De l'avis de certains, ils surpassaient en l>eauté les présentations de caoutchoucs d'Hévea ; ce que l'on cherche à expliquer par le fait que la plupart des Céaras actuellement exploités à Ceylan sont des arbres d'une vingtaine d'années environ.— -les survivants de la période d' emballement rappelée plus haut; tandis que les caoutchoutiers Para qui fournissent le gros de l'exportation de l'île, sont beau-
coup plus jeunes. L'âge des individus producteurs apparaît, en efTet, de plus en plus, comme un facteur décisif de la qualité du caoutchouc, de quelque espèce que ce soit.
L'ensemble des présentations de caoutchoucs Céara était de si haute qualité que le jury s'est trouvé embarrassé, lisonsnou*, pour désigner les lauréats du concours spécial réservé à cette espèce. En fin de compte, dans la sous-classe des ■< biscuits» Céara, la médaille d'or et une coupe d'honneur ont été adjugées au Rangbodde Estate (district de Hamboda), administrateur, M. W. De Lemos; et, dans la sous-classe des Céara en feuilles (» sheet »), la médaille d'or, au Kondesalle Estate (district de Kandy), administrateur, M. J. S. Forsyth.
Des récompenses spéciales avaient été prévues pour les outils qui seraient reconnus plus particulièrement appropriés à la saignée du Céara, mais rien de bien intéressant ne fut présenté dans cet ordre d'idées, pas plus que, du reste, pour la saignée du Castilloa. Une médaille d'argent a été accordée néanmoins au couteau de Macadam. Le môme inventeur en a eu une en or pour son couteau à Castilloa.
Il fut beaucoup question du M. Glaziovii dans la conférence faite "a l'Exposition par M. E. G. WixDLE : (( Sur la culture du caoutchouc aux grandes altitudes, dans le sud
J(irit.\.\l, DAl.llICILTlHi: TliUPiCAI.I-:
N' f.'.i — Maiis i'.nr,
(11" I Inde »: ainsi q 110 dans ladiscussinn (|iii siiixil. V.u voici quclipies cxliails :
/'. il. — Il y a viiigl-ciiHj ails, il a élc lail i!i' nonibicuscs plantalioiis do Céaras dans riiidfc nK'ridiunale, génôialenionl oniro 2.:;(lO ol 'i.OOO pieds. L'ignoranco dos LiKinos niolliodos do saignoc lit (|u'on non sut lircr anoiin pioni. L'emploi de larbro c<inime porto-onihrc pour oafoiors a ôlô aljsolumonl condaninô par l'expérienco.
P. 10. — Ces lomps derniois. l'on s'est remis à saigner certains vieux Céaras disséminés un peu partout dans lo pays, et gviK'raloment le produit a dldi'ini do fort lioaiix jiiix. Lo ( onlércncior cilo, par CM niplo. un lot — " liiscuit >< du ^^ ynaad .'^ud — vendu li sliillinsis la livre angiai.se; ol un petit lot do C.oara lïiiué, du Coorg, taxé à ") sh. 9 d.
/*. 12. — Les Céaras d'un oortaiu àgo l'durnissenl un fort joli londement ; c'est ainsi que dans leAVynaad Sud, à 3.000 pieds daltitudo, il a été tin-, de 40(1 arbres, en di'ux saignées, près de 170 livres anglaises di^ caoutchouc soc, par des coolies peu exercés et à peine surveillés. Lo propriétaire, homme sérieux, estime qu'une oxploilalion méthodique pourrait produire 1 livre jiararbreet par an, comme grosse moyenne.
Dans un an on deux, plusieurs plantations importantes du pays vont onirordans ràgedercxploitalion régulière; ainsi, colles {\c la Poriyar Co, au Travanoore.
Pp. 1Î)-1G. — Dos déclai'atioiis intéressantes ont été faites au cours de la discussion de la conférence AVindi.k, par M. C.vjuîiiOX.duMysore. Celobservateur a publié, il y a quelquesannéos, des rendements sensationnels (v. « .1. d'A. T. », n" 39, p. 272). et nos loclours ndnl pas oublié ([u'avoc 1 aide pécuniaire do M. \v>,. Caudozo, nous avons |ui faire aller à Dangaloro. tout exprès poumons rendre compte, un ami du .lournal, on mission dans l'Inde et don! l'itinéraire passait à quobiuos centaines do kiloniètresdc là. Nous silmes pailui que les sujets do M. Cameron étaient dis|iorsos. jieu nombreux et très négligés. et (|uo le i'amoux arbre saigné 110 lois ou nue année ('■lait
mort ou à peu près. — Ceci ilil, voici lessoutiol du témoignage de M. (>.\3iki;on :
Il raconte avoii- ciiltivi' lo Cc'ara sur uih' petite échelle, au jaidin li<danii|uo ou dans SOS dépendances deiiui^ (|iiin/.o ans. .luxiu'à l'âge do 7 ans. il y a très pou do latex on géné-ial ; mais loi'sijue les arbres vont sur leurs 12 ou i.'j ans. il \ on a qui lont pn'uvc alors d'une grande richesse on caoutchouc tandis que d'autres demourenl à pou près iniprodnclil's.
Il existe dans le pays des arbres ayant (au jugé) jusqu'à L" pieds do liant ol i pieds de circonf('roii(o. à ti pieds du sol. Los bons sujets lio celle taille lourni^soiit 3, iol .") livres anglaises de caoutchouc, — sans dommage pour leui- santé, lisons-nous. s'ils sont saignés inlelligemnieiit. I n aibnsaigné plus éueigiquemenl, avec le propos délibéré d'aller jusqu'à la limite exirémo du possible, a donné 7 livres do caontchouc recueilli sous forme de scraj) taxé à Londres à 3 sh. la livre.
P. 19. — M. Ç. H. KiiLMiuix.Er. (fnde'l compte exploiter le Céaia p;ir coupes annuelles des jeunes pousses ol trituration Ac celles-ci. C'est de la haute fantaisie et nous sommes surpris qu'aucun des spécialistes présonls ne soit intervenu, car, à cet àge-là. le Céara ne contient pas de caoutchouc — pas pins qu'aucune autre espèce lalicifoio connue; les organes végétaux jeunes no Cdutionnout que do la viscino, substance induslriellemonl inulilisable.
P. 20. — Communication incidente tlo M. PiiouDLOCK, du .lai'din l>otani(|ue do Nilghir'is. Ce nom osl biou tciunu de noslec-lours IV. " .1. d'.V. T. >.. n" 31).
M. l'iiOLDi.oiK a pu constater, comme .M. (].\^u;ii0N ol tant d'autres idisorvalours, — nous en avons cité une longue série dans ce journal, — les grandes dill'éroncos imlividuollos (|ui existent on ne sait pas poui- (|uoi et toutes conditions égales d'ailloui>. OH Ire les rendements dos Céaras d'une mémo pianlaliou ;on pt)urrait.du reste. généraliser olen dire autant de tous les caoulchouliers quels (|irils soient. I'"l alors, AL l'itoi di.ock a oniropris do sidoclionner ses Céaras. L'ox-
Mars 1907
périence ne dure pas depuis assez de temps pour en juger le lésullat industriel, mais les planteurs du pays semblent y croire et payent volontiers l'oit chéries semences de choix :
Eu février 19(12, dans la plantation du Gouvernement du Wynard, M. Piioudlock eut à saigner des centaines de Céaras(( d'âge à être exploités ». Sur le nombre, un seul se montra excellent producteur, puisqu'il fournil plus de 13 onces de caoutchouc sec en une saignée. Les graines de cet arbre fuient soigneusement recueillies à part, et c'est elles que plantent depuis le Jardin bolanique et les particuliers ; ces derniers les payent au Jardin à raison de 8 roupies (quelle quantité'?) et il n'y en a jamais assez; tandis que les graines de Céaras quelconques, non spécifiés, trouvent diflicilement preneurs à 2 rs. 8 annas.
M. PnoLDLocK sélectionne de même la descendance d'un autre sujet bon pro-
ducteur, à Katar, et il affirme que les saignées occasionnelles pratiquées, depuis deux ans, sur les jeunes arbres qui en proviennent, permettent de bons rendeuienls moyens. Malheureusement nous n'y Irouvons pas d'expérience précisr, nidechitfres suivis : il n'y en a pas plus dans la communication de M. PiiOLDLocK analysée à l'instant, qu'il n'y en a dans sesrapports annuels (Rapports du Jardin bolanique d'Ootacaniud), donl nous avons eu l'occasion d'examiner plusieurs déjà dans ce journal. Tout ce qu'on peut retenir de cette affaire, c'est que l'on s'occupe de la sélection du Céara à Ootacamund. On en fait autant depuis longtemps pour l'IIévea à IJuitenzorg et depuis peu également en Malaisle (Carru- THERs). il ne semble pas que l'on s'en soit déjà occupé à Pcradeniya, mais à l'Exposition, le directeur des Jardins botaniques de Ceylan, M. Willis, s'est prononcé fermemenl en faveur de ce tordre de recherches.
Critique du Manihot Glaziovii en Annam
L'enseignement de huit années d'essais : Dégâts des cerfs et des sangliers. — Les vents;
fragilité extrême des troncs. Moelle pourrie. — Difficulté des saignées. Texture désavantageuse de
l'écorce. — Irrégularité du llux du latex. Faiblesse des rendements. — L'Hévea.
Par M. L. Delignon.
Nous avons eu déjà l'occasion de publier des communications de M. Deligno.x qui est un de nos abonnés de la première heure. Rappelons que sa principale affaire, en Annam (siège central, à Qui- Nhon), est la soie; il cultive et e.'iporte également du thé et un peu de café. Gomme on verra, il considère aujourd'hui ses vastes plantations de maniçoba comme une affaire manquée, mais il espère beaucoup de l'Hevea qu'il est en train d'y substituer. Cet arbre est, du reste, le favori du jour en Indo-Chine; le « rubber boom » des colonies anglaises voisines, est contagieux. On ne peut que s'en féliciter. — N. d. l. R.
Je lis avec infiniment d'intérêt tout ce que publie le » J. d'A. T. » sur le caoutchoutier de Céara, et je constate le revirement qui se produit actuellement dans l'opinion publique en faveur de ce dernier.
Pour moi, les résultats que j'ai obtenus
depuis 1899 ne sont pas pour m'encourager à développer cette partie de mes j)lantations.
Jeune, le Céara doit être protégé à grands frais contre les bêtes Je la forêt : les cerfs ont une prédilection particulière pour ses feuilles, et les sangliers recherchent avidement ses tubercules souterrains. En 1901, à Ta-Giang, j'ai eu près de 10.000 pieds détruits en quelques nuits par les sangliers.
Les jeunes arbres épargnés font, par leur croissance rapide, l'admiration du planteur, et celui-ci croit dès lors à un succès certain. Satisfaclion de courte durée... Des vents un peu forts cassent aisément des arbres de belle venue; dfes sujets plantés dans des endroits b'gère-
JOLHNAI. D'AGIÎICrLTUm- TlinpiC.\LE
N" IJl»
Maus r.»((7
ment humides tombent à la moindre brise, avant l"inli1iiour du tronc, coniplôtcmont pourri.
Au moins ceux qui tiennent bon donnent-ils un latex abondant et facile à extraire ?
A mon avis, le Céara est un arbre dil'licile à saigner. Sou écorce, très lisse les premières années, devient rapidement rugueuse et ligneuse, un peu analogue à celle du merisier et du cerisier. L'incision n'est pas aisée à pratiquer : l'instrument doit être très tranchant, sinon l'écorce se déchire, présente une section irrégulière, (( baille » en quelque sorte, et une partie du latex se perd entre l'écorce et le tronc. En raison de cette nature particulière de l'écorce , les grandes entailles en « arêtes de poisson », si pratiques avec rilévea, sont très difficiles à faire sans endommager l'arbre sérieusement et exigent une grande habileté. On est obligé dès lors d'avoir recours, si l'on veut utiliser la main-d'œuvre indigène, à l'entaille simple, avec un gobelet (« Fichela ») audessous de celle-ci.
Si l'arbre est difficile à saigner, le latex est-il au moins abondant? Parfois, le latex coule librement dès la saignée faite; mais, bien souvent aussi, il se coaunle au bout
de quelques instants sur la plaie et bouche l'orilice des vaisseaux lactifères.
.le citerai, eiilre cent, lexpérience suivante faite l'n août l'JO.'i. par mon collaborateur et ami C Paius sur di'< ('éaras de cinq ans de ma plantation du Dak- Joppau. Sur clia(|ue arbn', (juarante entailles avaient étt- laites, à raison de di\ sur clia(|ue face, de la base jusqu'à 2 mèlres du sol. (Juelques heures plus lard, d'autres saignées furent faites entre les premières. Celles-là, comme on devait s'y attendre, donnèrent fort peu de latex.
Traité de la sorte, chaque Céara fournit une moyenne de 40 grammes de caoutchouc sec.
De tels résultats n'étant guère encourageants, j'ai résolu de ne pas étendre cette cullure et d'essaver, au contraire, celle de l'IJévea.
En 1905, j'en ai mis 170.000 graines en pépinières, dans ma concession de la Ui- \ièr(vYerle. Ces graines m'ont donne à riieure actuelle environ 60.000 petits arbres.
Je vous tiendrai an courant des résultats de ce dernier essai.