‹ Journal d'agriculture tropicale: agricole, scientifique et commercial (volume 2)Chapitre 53 sur 171 · PARTIE COMMERCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE COMMERCIALE

(Cours, Statistiques, Débouchés, etc.)

HECHT FRÈRES irr C'" : Bulletin mensuel du Caoutchouc 147

A. ET E. FOSS.\T : Bulletin mensuel du Coton i/t7

(î. DE PRÉAUDET : Bulletin mensuel du

Sucre Ii9

H. VERMUND : Bulletin mensuel du Café. 130 A. ALLEAUME : Bulletin mensuel du

Cacao (Revue de fin d'année) loi

VAQUIX El- SCHWEITZER : Fibres de

corderie et de brosserie, etc 132

ROCCA, TASSY et DE ROUX : Mercuriale

des Huiles et Graines grasses 153

TAYLOR ET Co. : Mercuriale africaine de Liverpool 133

GEO. ERNST : Produits de Droguerie. — Produits divers 13i

J.-H. GREIN : Mercuriale de quelques Produits d'Extrême-Orient 136

ACTUALITES

LIBRARy NEW YORK 'WTaNICal

(GorresponJani-e, Informations, I'\-trails, etr i

Pages.

Rendement de la culture du Bananier à Cosla-Rica 14g

A. PEDROSO : A propos de l'Igname de Cuba irjg

0. LABROY : Le Rorako iI',ir/;i,i.ionia nculi'a'a) comme arbi-e d'oinbroge à Java l,j,7

J. KE.\NY : Amendement de Salants par les superpliospliates d'os dans llndel 13S

Préparation du Gingembre pour le marché (d'après M. C.-A. Hahuet) 15?

Les Arachides américaines et l'huilerie (d'après R. P. Skinner) 166,

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

(^ur ]ia[)icr l'ii-ii)

Livres nouveaux, ;5S 13S0-1359. — Principaux sujets traités : Culture du lin, Maladies du lin ; Culture du cotonnier en Algérie, les meilleures variétés à prendre, frais de cette culture, bénéfices : Culture du riz aux Philippines, essais du riz Carolina Golden; h^pidémie du bétail, eu 1903, aux Philippines; Culture de la canne à sucre; Expériences d'hybridation sur les cilrus; Conseils sur la coca; Maladies du Théier, de l'Hevea, du Cacaoyer, du Coton, de l'Arachide à Ceylan; L'apiculture et la sériciculture à Ceylan ; Latex de l'hevea, sa composition chimique; Eucalyptus à planter dans les régions subtropicales; Compte de culture; Graines et plantes importées aux E.-U. depuis 190.'j,avec nombreux renseignements; Sélectionnement des légumineuses fourragères par les procédés de multiplication artificielle, v, xv, xvh

FIGURES

Fig. 3. — Rouleur Jackson à simple efTet I43

Fig, 6. — Rouleur Jackson à double effet I44

Fig. 7. — Rouleur Jackson " Little Giant " 145

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CORRESPONDANCE SOLLICITÉE

On foiiniil Dovis cl /'roiets

ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE

" Bahmann, C.iiicimiali "

Septième A^née

.•{1 Mai 1!)07

Culture rationnelle du Café sans abri

La ((uestion de la résistance à Tinsolalidn par l'évaporation. — Impoitance de la richesse du sol en eau.

Abri l't irrigation souterraine.

Par M. Germami Veut.

L'aflinnalioii cohIciur' dans mon arlicle du 31 août dernier, i|iio la ciilhue ralionnello du café éUiil la cnllure sans abri, ayant provoqué des proteslalions; qu'il me soit permis de revenir sur lo même snjel, pour mieux l'aire comprendre ma pensée.

Je crois ([ue la principale raison de ces protestations se trouve dans ce fait que l'on n'a pas assez remarqué que mon but, en écrivant ce modeste travail, était d'indiquer une méthode culturale simple et peu coûteuse, permettant de produire lo calé à bon marché, et, par conséquent, de lutter avec avantage contre la crise de dépréciation actuelle.

Il est tout naturel que les plantations officielles, pour lesquelles la question de main-d'œuvre n'existe pas, puisque cette main-d'œuvre représente un impôt, une corvée, une redevance, qui doit être payée d'une façon ou d'une autre, se trouvent, par cela même, liors de cause. Le plus ou moins de difficulté du travail incessant de sarclage et de binage n'entre vraiment en ligne de compte que pour le planteur, obligé de payer lo travail au prix de la main-d'œuvre tropicale, toujours fort élevée et de peu de rendement. Pour lui, toute disposition qui augmente d'une façon quelconque cette difficulté est une question de vie ou de mort de son entreprise, parce que, dans les entreprises agricoles coloniales, si la fortune vient vit;e, quand tout marche bien, elle part encore plus vite, aussitôt que quelque chose cloche.

Or, je le répète, l'abri, dans la culture du calé, est une cause de plus grande difliculti' de culture, de moindre rendement de la plantation, de dépréciation dans la qualité du produit, de plus rapide épuisement de la terre, de complication dans la manipulation de la cueillette; enfin, quoi- ([ue cela puisse sembler un paradoxe, une cause lie moindre résistance à la sécheresse.

Nous reviendrons séparément sur chacun de ces points.

Et notez que je ne suis pas le seul à penser ainsi, ce qui ne prouverait pas grand'chose, ni pour ni contie, si je ne me trouvais d'accord sur la plupart des points, avec les conclusions du U. S. Department of Arjriciilture, dont je n'ai pas à rappeler les tendances foncièrement pratiques et sûres.

Lisez le travail de 0. F. Cook, Spécial Agoni for Tropical Agriculture of Division of ISotany, publié en 1901, et intitulé Shade in coffee culture, et vous vous convaincrez que nous en arrivons à peu près aux mômes conclusions.

Je crois même que l'accord serait plus complet, s'il avait envisagé la question d'une manière moins préparatoire, si je puis me servir de cette expression, et plus immédiatement applicable.

Sans vouloir entrer dans des considérations trop scientifiques, qui nous entraîneraient trop loin, et ne seraient pas à leur place dans ce modeste travail, qu'il me;

.IULH.NAL DAdltlC.LLTl Kl-: Tlt(il'H;.\l.l-;

Mai lVtU7

soil, pourlant. porniis de dire (iiicl(|ues mois du mécanisme physiolo^iqni- de l'insolation, ou coup do chaleur, pour expliquer comment le café peut échapper à son action, niùme sans abri, et dans les zones les plus ciiaudes du glolx'.

Laissez-moi, d'abord, faire une remarque importante, (^"esl une erreur de croire (jue îa tempiTaturc, au soleil, varie beaucoup entre les tropiques, selon la latitude. J'ai déJM dit ailleurs que j'ai observé soi.rantedouze degrrs ccntigradrs [\), le long d'un mur blanc, à l*urto-Alcgre, capitale de Rio Grande du Sud, à 7 degrés au Sud du trojÀque, aussi bien que sur un appui de fenflre en pierre, à Miteroy, capitale de t'État de Rio de Janeiro, à 1 degré au Nord du même tropique : cela en climat mari- ÎJnie. J'ai, dej)uis, observé soi.iaiite deffrcs a ma fenêtre, à Piracicaba, Etal de Saint- Paul, par 22° 43' S., et 325 mètres d'allitode. Je ne crois pas que ces chiffres soient dépassés de beaucoup ailleurs. Ils sont, du ïcste, suffisants, et au delà, pour détruire ©ntièrenient toute végétation.

Comment se fait-il, donc, que celte végétation continue?

C'est que le végétal, comme, du reste, i'animal, a un modérateur naturel, vrai régulateur de tempi'rature, (jui lui permet de résister : la transpiration.

Tant que l'évaporalion est active, par suite du phénomène physique, que je crois de toute inutilité d'expliquer ici, il y a flompensation entre l'échaudement el le refroidissement, et la plante résiste. Si fiivaporation se ralentit, la température Hw>nte rapidement, et la plante meurt, sans leTOède : c'est le coup de chaleur.

Et il ne faut pas une bien forte lempénrfure pour le provoquer. 11 suffit, comme

(îj Nous lîiissons bien entendu, h noire distingué eolJaburaleur. la responsabilité de ses observations. Oa tait que dans certaines conditions cxlri/nies, le degré de chaleur indiqué par les appareils de mesure fçut èlre influencé par la cotnpositiou chimique du tent du thermomètre euiployé. Toutes les mesures ie température faites au soleil devraient, pour être ïoooparables, flre faites avec le thermomètre fronde, fwiT être soustraites à l'action du rayonnement sol&ire. — N. d. l. R.

je lai vérilié, que les tissus soient échaulTcs à 4U degrés centigrades.

La turgescence diminue, la l'i-uille se ramollit, se fane, cl la plante est perdue.

Les pallies ligneuses, plus mauvaises conduclrices de la chaleur, ii-sistent beaucoup mieux, il aillant jilus (|ur, nous le savons, par nature, elles simt beaucoup moins sensibles ii son inllucnce.

Les feuilles molles, larges, exigent une évaporation si active, pour résister, que leurs organes sont incapables de la fournir, el (juc, le pied dans l'eau, la plante qui les porte est incapable de se sauver. J'ai une espèce de bégonia, provenant des bois humides et sombres, qui est incapable de supporter 45 degrés centigrades.

Cela posé, quelles seront les conditions pour qu'une plante puisse résister à la plus haute lempérulure s(daire pratique? Une seule : qu'elle |)nisse évaporer assez activement [)our é<|uilibrei- la température extérieure.

Celte condition sera remplie, toutes les fois que le sol contiendra assez il'eau pour fournir à la surabsorption nécessaire, et que les organes seront assez actifs, et volumineux pour la réaliser. Il faut ajouter, aussi, une condition, qui, pour être secondaire, n'en a pas moins sa valeur; les organes foliaires devront posséder une organisation spéciale.

Etudions le café sous ce point de vue.

Le système radiculaire est vaste, puisque j'ai trouvé des racines s'enfonçant jusqu'à dou/c mètres de profondeur dans le sol. De ce côté, donc, rien à craindre.

Le système foliacé est plus variable. Chez tous ceux qui se trouvent encore à l'élat di' nature, ou chez qui les conditions piimitives ont été maintenues, les feuilles ont une grande tendance à rester larges et molles. Une étude des diverses variétés (|ue j'ai pu avoir à ma disposition est des plus intéressantes, à cet égard.

La race acclimatée sans abri, le cafr comiiiini des planteurs brésiliens, a le feuillage coriace, bien adhérent, vert sombre, relativement petit, et les plus fortes insolations

N" 71 — Mai 1907 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

sont sans action sur elle, tant que la sécheresse nesl pas excessive ou que les racines n'ont pas été détruites par un des nombreux parasites qui les poursuivent : larves diverses, anguillules et autres.

La race naluraiisée, le café jaune, qui s'est formé spontanément par les semis sauvages, dans le sous-bois, a ta feuille plus large, plus claire, plus caduque, mais résiste bien encore.

La race importée, plus tcM-d, des pays à abri, race qui a gardé, en souvenir, le nom de cafi- Bourbon, a les feuilles plus développées encore, et se montre beaucoup plus sensible aux sécheresses.

Le Marariogipe, né sous des abris puissamment humifères du Nord du Brésil, atteint un développement foliacé incroyable, presque égal à celui du Libéria, ce produit monstrueux des forêts africaines.

Mais toutes ces considérations sont de peu d'importance, pour le moment. Il vaut mieux laisser parler les faits.

En terra roxa, le café résiste à des sécheresses de quatre à six mois, avec des températures excessives que je n'ai aucune donnée officielle pour déterminer mathématiquement, mais qui ne sont nullement inférieures à celles que j'ai signalées pour Piracicaba, et cela, absolument sans abri. Il est vrai, que la couche de terra roxa a une puissance qui atteint souvent et dépasse cent mètres. Je ne puis donc pas me résoudre à croire que la température puisse imposer l'abri, dès que le sol se Irouvera en conditions de fournir une réserve d'eau sullisante pour rési.stor à la sécheresse.

C'est là. pour moi, le vrai point à considérer. Mais, même en cela, l'abri est au moins insuffisant, j'espère le prouver.

Cet abri peut fonctionner de deux manières : en favorisant la pénétration des eaux pluviales dans le sol, et, par conséquent, leur emmagasinage; en conservant autour des caféiers une atmosphère saturée, ou à peu près, et, par conséquent encore, en empêchant, dans une certaine limite, le dessèchement des dits caféiers.

Si nous considérons que les plantations

de caféiers se font en terrain déclive, nous verrons ([ue, sur le premier point, la .stricte logique nous dira que nousdevons jilanternon pas immédiatement .sy;?« l'abri, mais au-dessom, c'est-ii-dire, plus bas que lui, sur la pente du terrain. Donc ici, la protection se réduira à l'obligation de respecter le boisement de la crête des collines plantées, ou de les reboiser, ce que je ne me lasse ptis d'enseigner depuis bientôt vingt ans, mais ce qui n'est pas de la culture sous abri.

Au sujet da second point, nous demanderons, tout d'abord, s'il est si avantageux de tant diminuer l'évaporation, que nous savons être si intimement liée à la nutrition; supposant, toujours, que l'action soit aussi eflicace que l'os veut bien le supposer. Pour moi, toutes les fois que j'ai pu réaliser ou voir réaliser une quasi saturation autour d(>s plants de café, j'ai toujours constaté, non moins sûrement, un éliolement immanquable, que je n'ai pu faire de moins que de juger incompatible avec une bonne et rémunératrice cueillette. Et puis, il faut bien le reconnaître, l'évaporation énorme des plantes d'abri, quelles qu'elles soient, compense, et bien au delà, la petite économie de liquide que nous pourrions faire ainsi. C'est absolument comme si, pour empêcher la déperdition de l'eau dans un alcaraza poreux, et économiser l'eau du réservoirquisertàleremplir, nous ouvrions en grand le robinet de ce réservoir, de sorte que l'alcaraza fût toujours mouillé.

Donc, aussi bien quant à la température que quant à l'évaporation, je ne trouve aucun argument valable pour imposer l'abri. Plutôt mille fois l'irrigation, et, surtout, l'irrigation souterraine.

Il est des cas et, en cela, je suis d'accord avec M. 0. F. Cook, où son action serait plus justifiée : comme engrais vert, quand les arbres employés sont des légumineuses; comme coupe- vent; comme soutien des terrains trop déclives, etc. Mais il n'est besoin, dans aucun de ces cas, de recourir à un abri, comme on l'entend généralement, en culture caféiè,re. Dans le premier

JOURNAL D'AGRICrLTL'Iil- THOl'ICALK

Mm 10(17

cas, il suKil irniio simple |ilMiit;iliiin iIc légumineusp licrijacéc, que l'on enleiie ensuite, ce qui est de beaucoup meilleur. Dans le second, une simple lit;ne d'eucalyptus, ou d'all)izzia, suflira. Dans le troisième, une jilantation en terrasse bien faite.

Je dois me résumer. Je ne sais si j'aurai eu le bonheur de porter la conviction dans les esprits; je n'ose l'espérer. Ce que j'ose croire, c'est que tous ceux qui auront véritablement étudié, sans parti pris, les conditions économi(|ues des cultures tropicales, et ne chercheionl pas à adapter les faits à une doctrine économique ou scientilique préexistante, comprendront mon insistance, quand je répète : « La vérilable, la seule culture économique, rationnelle du café, est la culture sans abri. »

Sous abri, l'aire cultivée est plus grande, pour le même nombre de pieds; la culture mécanique est impossible; les binafjes et sarclaf^es sont plus longs, plus fatigants et pluscluMs; la ([ualilé (ralcaldidecslmoindrc et la qualité, par conséquent, inférieure; les cerises sont beaucoup plus aqueuses et moins sucrées, donc, le traitement consécutif est plus long el l'arôme moindre.

Et supposons môme que, dans certaines régions, cette culture soit im|)Ossil)le sans abri, malgré tous les points d'infériorité

signalés! Quid est l'agronome, vraiment digne de ce nom, qui conseillera, dans un siècle où l'industrie est un combat sans merci, on la facilité des voies de communication riMid im[)ossible le maintien des privilèges de cbercber la fortune et la vie dans une producliun clière, dont le prix à peine rémunérateur ne peut être soutenu que grâce à de Inurds tarifs de pnitection?

Depuis quand le café est-il la seule ressource des planteurs, pour que l'on puisse dire, comme on l'a dit il y a peu de jours, que la baisse du café en France serait le coup de grâce des vieilles colonies, qui ne vivent que par lui ?

C'est grâce h ces principes que l'Ktat de l^l-l'aul, le plus riche du Brésil, traverse une crise dont la gravité n'a pu échapper à personne, crise dont il ne se sauvera délinilivement que quand la polyculture aura décidément triomphé.

Madagascar a des terres analogues à celles du Brésil. Il est impossible que l'Afrique Centrale n'en renferme pas de plus ou moins favorables. Bien ne force donc à continuerune culture ruineuse, dans des colonies épuisées.

A trop aider les jambes d'un enfant paresseux, on le rend paralytique.

D' Ckrmano Vert.

Piracicaba. 19, janvier l'.iOT.

Le Sisal et les Agaves textiles

dans l'Inde Anglaise et en Indo=Chine

État d'avancement des essais d'exploitation existants. Conclusions de l'unqucle de -M. L. Haltefeiili-E.

A la suite d'une enquMe sur place au cours de laquelle il a visité les plantations de Powaï (lîonihay), Dauraclierra (.\ssam), Turcoleah et Dalsing-Seraï (Tirhoot, terrains salants) et maints autres lieux, notre ami Hactefeuillk arrive à des conclusions qui paraissent plutôt crues lorsqu'on les lit sans le contexte, c'est-à-dire sans les quinze pages de descriptions et de discussion (jui les précèdent. (Voir son rapport « J. d'A. T. », n» 67, § 1289.)]

Le document est daté de juillet l'.uiii. Les deux entreprises de Powai et Dauracherra onl été décrites dans le •■ J. d'A. T. » par leurs créateurs, M. SuïER pour la première, M. .FHASEri pour l.i deuxième, qui voyaient leurs affaires sous un jour plus favorable, cela va sans dire. Le savant M. Mann, dans l'opuscule qu'il a publié avec M. HuNTER, successeur de M. Fr\sf.r " J. d'A. T. i, n" '17, !■ 1093), est également plus encourageant.

D'autre part, la thèse de M. Hautefeuillk quant

N° 71 — Mai 1907

à l'impossibilité de bons résultats économiques en terrains et climats humides, demande à être revue depuis que nous savons dans quelles conditions extraordinaires, prosprrent et rapportent certaines plantations de sisal de l'Est-Africain- Allemand (V. .< J. d'A. T. », n" 64).

Quant au Foiircroi/d, sa culture semble condamnée partout ; il ne peut soutenir la comparaison avec le sisal, pas plus dans l'Inde et dans l'Est- Africain-Allemand où on en avait mis des quantités au déijut (V. Hi.NDORFF « J. d'A. T. ») que dans sa patrie même, à Maurice (V. Bo.name, « J. d'A. T. »). L'industrie du « Chanvre de Maurice » ne se maintient que grâce à l'existence de peuplements plus ou moins spontanés que l'on exploite sans avoir eu la peine de les créer. Ceci dit, voici les conclusions de M. Hautefeuille : L'expérience qu'il a antérieurement tentée luimême à Cuba (V. « J. d'A. T. »), ajoute un poids considérable à l'impression que lui a laissée son voyage dans l'Inde ; on ne saurait donc ne pas examiner ses idées avec la plus grande attention.

En ce qui concerne les conclusions de l'auteur pour l'Indo-Chine, nous ferons la même réserve vis-à-vis de nos lecteurs : nous extrayons du Rapport une page qui y arrive préparée, appuyée et mitigée par les soixante-deux pages d'enquête, de descriptions, de comparaisons et de discussions qui la précèdent. — N. c. l. R.

Je n'ai rencontré dans l'Inde anglaise, écrit-il, ni une exploitation en pleine prospérité ni des essais encourageants, pas plus au Sud qu'au Nord. Il n'y a rien de l'ait qui nous rapproche de la solution du problème posé : la culture de l'agave est-elle possible et avantageuse dans l'Inde anglaise'.'

Faut-il en conclure que rien n'est possible dans cette direction? Nullement. Les essais faits l'ont été dans de mauvaises conditions, comme à Povva'i et dans le Tirhoot; dans des conditions insuffisantes, comme dans l'Assam, oîi l'humidité du climat est un obstacle à la production avantageuse de la fibre d'agaves.

Mais l'Inde est immense et renferme des contrées beaucoup plus favorables à la culture qui nous intéresse dans ce travail, lant dans le Nord que dans le Sud, notamment sur les mamelons rocheux du Sud, dans certaines parties incultes du Punjab et du Radjpulana, on peut espérer que les vrais rigida pourraient être essayés. A Lahore même, sur un tertre du Jardin

botanique, où une longue sécheresse sévit, les agaves, quoique trop serrés et mal entretenus, sont dév(doppés et dignes d'être exploités. Ce sont des indications dont on doit tenir compte.

Les plantations du Sud, dont on a trop parlé, n'existent pas. Celte affirmation ne s'appuie pas seulement sur mes recherches, mais sur une déclaration de M. Benson, directeur de l'Agriculture de la Présidence de Madras, qui s'intéresse à ces questions d'une manière toute particulière, puisqu'il a lui-même créé un essai modeste aux frais de son administration.

Voici ce qu'écrivait M. Benson au « Journal d'Agriculture Tropicale », en novembre 1901 ; " Aucune Compagnie ni entreprise privée ne possède ici une plantation d'agave ».

Je ne parlerai pas, bien qu'il soit intéressant d'en suivre le développement, d'un commencement de plantation de Fourcroya par un planteur anglais dans le Salem. Les conditions semblent favorables, mais l'écartement des plantes est insuffisant.

Il est acquis en outre que nulle part, dans l'Inde, la fibre A' A. americana ne fournit un produit supérieur à la fibre d'A. sisalana. Lorsque le D'' Suier, dans le i< J. d'A. T. », affirmait cette supériorité et s'inscrivait en faux contre les assertions du prof. Warburg, de Berlin, il appuyait son opinion sur une confusion d'espèces. C'est ainsi que M. Sûter classe les plants sous ces noms : 1" /l. americana, var. rigida; 2" A. americana, var. elongata:

3° A. americana, var. sisalana. Cela suffit pour réduire à néant toutes les affirmations que la presse spéciale a recueillies sur ce sujet.

11 n'y a donc à tirer démon voyage dans l'Inde que cette conclusion générale : la culture de l'agave, plante de terrains pauvres et secs, avantageuse seulement en climat sec, est une culture qui, comme toutes les autres, présente ses difficultés et exige, pour être entreprise avec succès, des connaissances spéciales.

JOURNAL D'AGRICULTLUK TIK ilMC.VLl-:

Mai l'.lUT

Il n'a pas été fait on Indo-Chine d'éludés ou d'essais pouvant juslilier \ine opinion délinitive sur l'avenir de lagave textile dans ce pays.

Il y a lieu de distinguer nettement, d'ailleurs, leTonkin des autres parties de notre colonie. Au Tniikin, le climat humide et comportant de notables abaissements de température paraît défavorable à l'agave qui y végète et s'y présente mal. Les terrains convenant à l'agave, calcaires et secs, sont rares dans le Delta ; on en trouve cependant dans la région des OU collines.

L'argile, les sables frais ne conviennent piis à l'agave.

L'Annam doit posséder des terrains où l'agave se plairait, mais c'est pour nous une simple présomption, puis(|ue nous n'avons pas débarqué dans ce pays. 11 semble que les peuplements qu'on y trouve sont de nature à donner des espérances, mais nous ne les connaissons pas davantage et nous devons avertir les colons que l'exploitation des peu])l('ments naturels présente plus de diflicultés qu'on ne le croit généralement; elle oflre peu de chance de succès, ainsi que la preuve en a été faite dans l'Inde même.

En Cocliinchine et au Cambodge surtout, il y aurait une étude à faire qui pourrait l'être rapidement et à peu de frais; de grands espaces incultes pourraient peulôti'e y cire consiicrés à l'agave. Resterait à résoudre l'importante question delà pro.ximité des moyens de transports.

L'agave du Tonkin, importé sans doute de l'Asie centrale comme plante d'ornement, est VA. americana, qui y existait avant l'arrivée des Français ; mais il est si peu spontané qu'on ne le trouve guère qu'aux abords de la plupart des pagodes. \j Agave americana est ordinairement exclu de la production de la fibre, en raison du faible poui'centage qu'il fournit. La physionomie que cette espèce y présente est de nature à inspirer les plus grandes hésitations quant à sa culture.

l'ar contre, un |iied d',-1. /•/<-//(/«, var. eloiigata, se maiiilieni ])arfaitement rigide, mais nous avons condamné les jugements basés sur di's spécimens uni(|ues. De plus, celui dont nous parions est trop 'jeune encore pour servir de terme de comparaison.

Knfin, d'assez nombreux exemplaires d'.l. cfindi/a, var. ririjiara. se comportent 1res bien au Tonkin et s'y développent merveilleusement, présentant toutefois une moindre rigidité des" feuilles qu'en climat sec. C'est une espèce à étudier sur une échelle moyenne et l'Administration devrait prendre à sa charge celte élude peu coûteuse.

Cet agave mérite (|uel(|iie .itliMilion comme producli'ur de libre et en raison de sa lustieilé. Dans les parties les plus éloignées de la |iresqu"ile hindoue, où elle est naluialisée et dans des conditions dissemblables, au Nord et au Sud, nous avons rencontré de superbes rivipara, qui nous ont paru plus intéressants que les americana h côté (ios(iuels ils tranchaient, malgré les dimensions réduites de leurs feuilles. Les feuilles de l'A. vivipara sont vertes, atteignent \ mètre, sont peu épaisses, coriaces; dents marginales crochues, pointe terminale peu piquante ; hampe llorale de 3 à o mètres, ramifiée, souvent vivipare, c'est-à-dire produisant des bulbilles au lieu de fruits.

Malgré le peu d'épaisseur des feuilles, très droites et très régulières, donnant à cette plante quebiue ressemblance avec le Yucca, elles sont rigides et sont exploitées parfois pour leur libre par les indigènes, mais sans donner lieu à un grand commerce. Nous devons ajouter (jue la libre est très blanche. On la demande beaucoup à Amsterdam, mais à la condition qu'elle soit présentée en écheveaux réguliers, bien peignés.

La main-d'œuvre est inégalement répartie en Indo-Chine, mais elle est habile, endurante et souple; enfin, elle est et restera quelque temps à bas prix. C'est là une condition essentiellement favorable si l'on

N» 71 Mai 1907

song;e que, dans la patrie de l'agave textile, au Yucalan, le prix de la journée d'un ouvrier agricole dépasse S francs.

L'agave, malgré son peu d'exigence, ne peut devenir l'objet d'une entreprise agri-cote et industrielle que si l'on remplit toutes les conditions voulues. Ces conditions sont connues, mais dans un monde restreint;

celles que révèle la littérature agricole sont incomplètes. Si nous en avons signalé quelques-unes, c'est pour montrer que la question n'est pas simple, pour engager le colon à aller au fond des choses et, ce fond des choses, on ne le trouvera qu'au Yucatan môme (1).

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