‹ Journal d'agriculture tropicale: agricole, scientifique et commercial (volume 2)Chapitre 54 sur 171 · L. Hautefeuille · texte numérisé non relu

L. Hautefeuille

Les "quarantaines" agricoles

La législation nouvelle des Colonies Anglaises de l'Afrique du Sud et de l'Ile d'Hawai. Défense rigoureuse contre les introductions de parasites. — La puissance des règlements intérieurs.

Une ile sans serpents. — Un exemple à suivre.

Par M. Emilf, Baillaud.

On peut dire que ce qui favorise le plus actuellement l'agriculture tropicale, c'est la facilité avec laquelle colons et jardins d'essai peuvent se procurer les variétés de plantes dont la culture est la plus avantageuse en les faisant venir de leurs pays d'origine.

C'est ainsi que des quantités considérables de graines de coton américain sont introduites en Afrique occidentale par les soins des Associations cotonnières, que les plantations de cacao du Cameroun et de San-Thomé ont été créées avec des graines provenant des Antilles ou de l'Amérique centrale, et que le « boom » du caoutchouc a été rendu possible dans l'Indo- Malaisie, grâce aux importations des graines de IWmérique du Sud.

Le malheur est qu'on ne transporte pas seules les graines et les boutures, mais qu'on introduit avec elles les parasites qui attaquent les plantes qui les ont produites.

On a pensé, dans quelques |)ays, qu'il y avait lieu de défendre les plantes indigènes contre ces maladies étrangères, de la même manière que l'on s'efforçait de sauvegarder la santé des hommes, et c'est ainsi que des quarantaines d'une nature très originale ont été instituées.

Ce sont les colonies anglaises de l'Afrique du Sud qui ont la législation la plus rigoureuse à ce point de vue.

Les dispositions de cette législation ont été prises à trois points de vue difi'érenis : surveillance des importations de plantes provenant de l'étranger, importations de plantes provenant d'une des colonies du groupe et surveillance des plantes transportées dans l'intérieur même d'une colonie.

Des mesures analogues ont été prises dernièrement par le Gouvernement d'Hawai, (2) oîi le débarquement de toute marchandise susceptible de transporter des parasites nuisibles n'est autorisée qu'après une inspection très détaillée faite par le personnel de « l'Agricultural horticultural quaranline ». Au moindre insecte ou champignon rencontré, le colis est fumigé ou détruit si cela est nécessaire ; les troupeaux et les récoltes de l'île sont ainsi protégés dans la mesure du possible contre toute maladie nouvelle.

Il nous a paru mtéressant de reproduire ici quelques-unes des observations faites par le service de la quarantaine dans ces lieux régions pour montrer l'utilité de semblables institutions.

(l;El dans l'Est Africain-Allemand, ajouterons-nous. (Comparez les nombreux articles que nous avons publies depuis six ans, sur le développement des exploitations de sisal dans cette colonie. — N. d. l. R.)

(2) Second report of the Board of coramissionei s of agriculture and forestry of tlie territory of Ilawaï — Honolulu — distribué sur demande par ce service.

JUUH.NAl. U'.UiUlCLLTLRK THOI'lCALt;

Mai 1!)07

Pour les pays anglais de l'Afrique du Sud, le règlement dit que l'impurtaliou de plantes ou de parties de plantes, racines, bulbes, graines, boutureh, etc., n'est autorisée que par les ports de Beira, Lorenzo Marques, Durban, Kasl London. Port Elisabeth, Mossel Bay et Cape Town, sauf permission spéciale du Minisire de l'Agriculture.

II est interdit d'importer :

Des eucalyptus, des acacias ou des conifères, ou toutes parties vivantes de ces plantes à l'exception des graines ; des arbres produisant des fruits à noyau provenant des parties de l'Amérique du Nord où existent les maladies connues sous le nom de « Peach ïellow » et " Peach Rosette ».

Tout raisin U lélat frais ; tout noyau de pèche pouvant germer ; tous plants à l'exception de ceux de poiriers, pruniers, abricotiers, cerisiers, manguiers, pommiers, acceptés par le Ministère de l'Agriculture comme résistant aux attaques du Sc/iizonrura lanificra ; tous troncs d'arbres non écorcés à l'exception de ceux provenant de la mer Baltique et du Canada.

Les importations de plants d'un certain nombre d'arbres fruitiers ont été autorisées pour ne pas trop gùner le développement des plantations, mais ces plants sont fumigés avec soin à l'acide cyanhydri(|ue.

Les importations de plants de vigne et autres plantes de la famille des Vilaceœ, de cannes à sucre et de plantes à caoutchouc ne sont permises qu'au Gouvernement qui doit, lui aussi, se plier à certaines mesures protectrices.

Les importations de toutes autres plantes ne peuvent se faire qu'avec un permis spécial du service de l'agriculture. On ne peut obtenir de permis pour plus de tu arbres ou 100 boutures à la fois et la même personne ne peut importer plus de lOfl arbres ou 1 .000 boutures dans la même année.

Les permis ne sont accordés qu'aux personnes qui peuvent justifier qu'elles ne vendront pas les plantes im])ortées mais

li's cultiveront et qu'il leur a été impossible de se procurer la môme variété dans le pays. Toutes les plantes ou parties de plantes dont l'importation a été autorisée sont examinées et traitées de la manière qui parait nécessaire. Toutes les plantes ligneuses sont fumigées aux frais du destinataire et sans que le Gouvernement encoure aucune responsabiliti' de ce fait.

Les colonies de l'Afrique du Sud ont voulu se protéger les unes contre les autres dans le cas où elles seraient indemnes des maladies sévissant dans la colonie voisine.

Elles ont voulu également éviter des inconvénients qui pourraient résulter pour elles de la mauvaise ai>plication par l'une d'elles de la quarantaine et ont posé, en principe, qu'il serait interdit d'imfiorter, de colonie à colonie, les plantes dont l'importation par mer était défendue.

En outre, pour éviter la propagation de parasites existant dans la colonie du Cap, il a été interdit de faire, d'une colonie dans une autre, des importations de plants de vigne susceptibles d'être attaiiués par le phylloxéra, et de pommier non grelTé sur des plantes résistant au Sc/uzoncura laiiii/cra.

En ce qui concerne les autres plantes, seules peuvent être introduites d'une colonie dans une autre celles qui proviennent de chez, un horticulteur produisant un certificat fait par le service denloniologie de sa colonie et constatant que ses plantations sont indemnes de maladies.

Toute graine ou bouture doit, du reste, être fumigée de façon à détruire les parasites qu'elle pourrait transporter.

Il semble que cette disposition devrait suffire et ([u'on ne devrait pas interdire, d'une manière absolue, les importations de certaines plantes: mais on a voulu éviter que (jiielque in>ecte ne s'envolàl ou ne s'échappât avant que la fumigation ail été faite.

Ces dispositions sont complétées par la réglementation sur le transport des plantes dans l'intérieur d'une même colonie.

Les établissements horticoles sont divi-

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ses en deux catégories : les uns, appele's local niir!;eries, ne peuvent expédier leurs produits par chemin de fer; les autres, gênerai nurseries, ont toute liberté. Ne sont rangés dans cette deuxième catégorie que les établissements que l'inspection périodique du service entomologique a reconnus indemnes de toute maladie.

Le second rapport du service de l'Agriculture et des Forêts du gouvernement d'Hawaï vient montrer combien l'organisation d'un pareil service de protection peut rendre de services lorsqu'il est dirigé par des personnes compétentes et soucieuses de leurs devoirs.

On peut admettre, en efl'et, que les importations de fruits et de plantes faites dans tous les pays sont aussi infestées de parasites que celles qu'ont examinées les entomologistes d'UonoluIu.

Les observations suivantes sont des plus typiques :

En janvier, une boîte contenant des boutures de canne à sucre arriva d'Australie, et le service de quarantaine constata que ces boutures étaient attaquées par des larves de lépidoptères mesurant de l.o à 20 millimètres. Ces larves perçaient des galeries entre les nonids et les rendaient impropres à la reproduction. Un grand nombre de pseudococcus furent trouvés sous les feuilles. Gomme c'était une nouvelle variété de canne, l'entomologiste essaya de tuer ces parasites sans détruire les boutures et se servit pour cela de bisulphure de carbone à haute dose. On constata que la canne à sucre ne pouvait pas supporter ce traitement aussi bien que la vigne, car si les larves furent tuées, il en fut de même de la plupart des boutures.

Un autre lot de boutures de canne étant arrivé de Fiji, on voulut éviter que les insectes s'échappassent du ballot lorsqu'on l'ouvrirait, et on le traita par l'acide cyanhydrique. La précaution ne fut pas inutile, car on découvrit, après l'opération, une larve d'un petit buprestide qui avait fait

un tunnel presque transversal à la surface et quelques Dactijlopius calceulariœ à l'état adulte et de larve.

Deux autres ballots de boutures de cannes à sucre étant arrivés du Queensiand, on constata qu'elles étaient attaquées par un fungus superficiel formant sur la canne des protubérances à forme de pustules. A la base des feuilles saines étaient des colonies importantes de meahj Inujs qui s'étaient multipliées comme si elles avaient été dans un champ de canne à sucre. On fut obligé de brûler le tout après avoir prélevé des exemplaires de chacun des parasites.

On dut de môme détruire un paquet de cannes provenant des Philippines et qui portait des lépidoptères.

Une goélette de la colonie apporta, en janvier, un chargement de noix de coco et 15 jeunes arbres provenant de l'ile de Palmire. Ces arbres étaient infestés de petits vers différents des vers ordinaires du cocotier [Onnodes Blackhurni). Les feuilles étaient couvertes de mites microscopiques qui se nourrissaient de la chlorophyle. Tous ces arbres furent détruits par le leu, et comme on ne voulut pas faire de même de la cargaison, on boucha hermétiquement toutes les ouvertures des cales avec des bandes de papier, de manière à éviter la déperdition des gaz, et on fumigea tout le bateau avec une quadruple dose d'acide cyanhydrique. Les marins de ce bateau avaient apporté un énorme crabe de cocotier qui fut impitoyablement tué par le service de quarantaine, les règlements sur la matière interdisant tout particulièrement son importation dans l'île d'Hawaï.

Les agents du service de la quarantaine agro-horticole inspectent avec le plus grand soin, même les cargaisons qui paraissent les plus inoffensives.

C'est ainsi que plusieurs bateaux chargés de sucre, étant arrivés de San Francisco, sur lest, le capitaine, qui avait été autorisé à débarquer son lest, dut déclarer quel était le point où il l'avait obtenu. C'était

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du sMo et (lu ^'raviorqui fut oxaminé avec soin pemiaiil le ilécliargenu'iit et dans lequel il ne fut rien trouvé d'anormal.

Ce ne s^nt pas seulement les envois des simples particuliers qui sont ainsi surveillés, mais môme ceux des Stations d'essais officielles. Les parasites suivants Curent trouvés dans cinq paquets de gretVes de manguiers expédiés par le département de l'Agriculture des E. U. à un planteur de l'île et provenant de la Floride : Clin/sntnphalits i/icff/os/jej-Dii , Aslcrolccdiiinm sfj. Aspidiatiis rapax et un fitngus de l'écorce. On les montra au destinataire, qui ne fit pas d'objections à ce qu'on détruisît les greffes par le feu. Douze orangers couverts de Parlatoria pergandci et de Lepidosaphes /fer/.j<" subirent le mémo sort.

M. .Vlexandre Cray, le dislinguc chef du service d'entomologie, déclare du reste que les imporlalions de citrus de Floride et di' Louisiane devraient être interdites d'une manière générale parce qu'ils sont infestés de « moucbcs blanches » [Aleip'ode^ citri), qui font de si grands ravages dans ces pays et ([u'il est difficile de détruire par fumigation parce qu'elles s'envolent des paquets.

La rigueur du service de la « quarantaine » d'IIawaï étant connue, les expéditeurs de plantes à l'adresse de cette ile accompagnent leurs envois de cerlilieals déclarant ([uo ces plantes sont exemptes de tous parasites. Mais cela n'est d'aucun elfet sur la vigilance des entomologistes. C'est ainsi qu'un Pidvinaria et un Lecanhon furent trouvés dans deux paquets de plantes semi-tropicales provenant de Floride et qui furent fumigées à la grande indignation de leur [)ropriétaire qui avait rei'u une lettre du pépiniériste l'assuranl que ses plantes étaient absolument indemnes.

Cinq grandes caisses Ward expédiées par le Département de l'Agriculture de Washington arrivèrent accompagnées d'une lettre de ce service ]iorlanl qu'elles avaient été [jréparées avec le plus grand soin el qu'on espérait que les inspecteurs de la " quarantaine >> d'IIonolulii ne feraient pas Je difficultés pour les recevoir. Ceux-ci ne

les examinèrent que plus attentivement et découvrirent les insectes suivants en vie :

Coccus toiKjulus ;

Sdts.-ielia ul.ri' (contenant des oeufs);

l'ulvitKiria caiiwlidda;

Lepidosaphes Beckii;

('/iri/soi)i/>/ialiis /kuf ;

Aspidiattis sp.

Les deux premiers en grandes quantités.

Les caisses furent fumigées à l'acide cyanhydriquc et inspectées à deux reprises dillérentes avant d'être délivrées à leurs propriétaires.

Un navire apporta du .lapnn deuxcaisses contenant des arbres. L'une d'elles pdrtait une ouverture d'aération fermée par une toile métallique au travers de laquelle les inspecteurs a|ierrurent un grand nombre de chenilles du [)apillon " (îipsy » iPort/ietria dispar). La caisse nV'Iant |ia'~ fermée à clef, elle fut vissée pour ([ue perxiiine ne Fouvril pendant le debaniuement. L autre caisse laissait passer les branches des arbres sur lesquelles on trouva les mêmes chenilles et um^ espèce de larve de " Saw Fly » qui s'attaquait aux feuilles, l'our empêcher qu'aucun insecte éclos dans le voyage ne s'envolât avant la fumigation, les inspecleurs acbelèrent dixliuil yards de gaze à moustiquaire et en entourèrent les arbres. M. Alexaiidre Craw fait remarquer que le papillon '< dypsy n inlroduil dans le Massachusetts il y a une trentaine d'années, y cause des dégâts énormes el qu'on a dépensé plus d'un million de dollars pour essayer de le détruire sans y arriver. Il eùl l'Ié plus simple de prendre des mesures analogues à celles en vigueur à Hawai.

Le Service de r.Xgrieullure ijii Massachuselts a du reste reconnu l'iiianili' de ses elforts et s'est enfin décidé à étudier le procédé qui a si bien réussi à Hawai pour d'autres insectes, et propage actuellement d(^s |)arasites de ce papillon, proveuanl (lu .lapon,

Le service de « quarantaine -> ne fait pas porter ses investigations seulenieni sur les gros colis, mais même sur les petits pa-

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quels de graines ou de plants envoyés par la poste.

C'est ainsi que dans des paquets de boutures on trouva des larA^es de « onion fly » [Phorbia ceparwn), qu'il est très difficile de détruire, de Platysamia Cecropia et de P. Cj/nthia. On téléphona aussitôt aux destinataires pour les leur signaler, et ils consentirent à ce qu'on brûlât ces boutures.

Les destinataires ou expéditeurs ne prennent cependant pas tous aussi bien la chose. C'est ainsi qu'en novembre et décembre, on constata qu'un lot important de citrons comprenant 2.950 caisses était infesté d'insectes et de champignons divers ; fruits et caisses furent brûlés. Les importateurs assignèrent en justice le service de quarantaine pour lui demander des dommages-intérêts, et une ordonnance fut prise par le Conseil législatif de la colonie, interdisant à l'avenir « toute importation d'insectes nuisibles ». Les importateurs ont le droit de réexporter leurs marchandises, mais lorsqu'il s'agit de fruits, cela a lieu rarement et ceux-ci sont détruits.

L'entrée de l'île d'Hav^aii est également interdite aux animaux dangereux. C'est ainsi qu'il n'y a pas dans ce beau pays de serpents; aussi le service de la quarantaine se montra-t-il très ému lorsqu'en juin il trouva à bord d'un navire une caisse contenant quatorze serpents, tous très venimeux, qu'un imprésario avait l'intention de montrer aux populations.

L'article 2 de la circulaire générale sur la quarantaine porte que « de tels animaux arrivant dans la colonie doivent être immédiatement détruits ou réexportés. Pour éviter toute fraude, les fonctionnaires présents achetèrent ces serpents de leurs pro-

pres deniers et leur mise à mort fut décidée.

Elle donna lieu à une curieuse constatation. On introduisit la boîte dans la cliambre à fumigation, une double charge d'acide cyanhydrique fut employée et, après quatorze minutes, on trouva que les serpents étaient encore en vie, alors que des animaux à sang chaud auraient succombé au bout de quelques secondes. On les remit dans le fumigateur et une quadruple charge fut employée. Au bout d'une heure et demie, on trouva plusieurs des serpents encore vivants. On les plongea alors dans de l'alcool à 95 7" ^^ '1^ Y trouvèrent entin la mort.

Les investigations du service en quarantaine agro-horticole ont porté en 1905 sur 104.829 colis de fruits et de plantes.

Ce service de défense contre les animaux et les plantes parasites provenant de l'extérieur est admirablement complété par les travaux des entomologistes de l'île, qui recherchent et propagent les insectes utiles pour la destruction d'autres insectes ou de plantes envahissantes. On sait que cet emploi des insectes utiles a donné des résultats remarquables grâce aux travaux des savants de ce pays, MM. Albert Kœbele et KoTiNSEV. Le Journal reviendra sur cette question dont il a souvent parlé et qui est des plus importantes.

En attendant que ces méthodes nouvelles soient introduites dans nos colonies, on peut souhaiter y voir fonctionner la quarantaine agro-horticole. Ce serait du plus grand intérêt, notamment en Afrique occidentale où on introduit actuellement toute une série de plantes nouvelles.

Emile Baillaud.

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Le Roulage du Thé et les Rouleurs modernes

l'ne opération mécanique di'-licale : Importance d'un bon roulage.

Le premier rouleur mécanique de Marsliall. — Les rouleurs Marshall actuels.

Rouleurs à simple, double et triple effet.

Par M. F. Main.

Dans 1p processus de la fabrication du th^', aprfts le flétrissage naturel ou artificiL4 de la feuille, vient le roulage. Cette opération brise les cellules des feuilles, ce qui entraîne le mélange des sucs, et aniône l'enzyme au conlact des matières fermentcscibles. Nous n'insisterons pas sur le détail chimique de cette opération (|ui a été décrite cl analysée d'une manière remarquable dans l'ouvrage de notre collaborateur IM. U. Neuville, la 'fechnolo(jie du Tlii'. Primitivement, le roulage se faisait à la main : l'ouvrier prenait une poigni'C de feuilles et les froissait jusqu'à en faire une petite boule qu'il roulait dans ses mains, puis désagrégeait, et roulait à nouveau, une, deux ou trois fois. On n'a pas tardé à chercher à substituer la machine au travail humain jiour cette opération lente, mais il faut observer que le travail était diflicile : le mouvement à imiter ne pouvait s'obtenir que par le mouvement rotatif de deux surfaces en présence, avec assez de force pour obtenir la mise en boulettes des feuilles, et pourtant avec assez de souplesse pour que les feuilles ne fussent pas déchirées, mais que seules les parois des cellules du parenchyme fussent brisées.

Le ])reniier rouleur vraiment pratique fnl construit par ^I. Marshall, le fondateur de la maison]\larsliall. Sons etC°, de Gainsborougb, qui en conserve encore un petit modèle que nous avons pu examiner à Londres. Ce rouleur comportait deux parties mobiles, une table plane, et une sorte de boîte carrée reposant sur celle-ci. La table, montée sur des glissières ou des galets, était reliée par un de ses côtés à une bielle lui donnant un mouvement alternatif. La caisse était animée d'un mou ve-

inent semblable, mais perpendic nlaiie à celui de la table, et les mouvements des deux bielles, au lieu d'être simultanés, étaient un peu en retard l'un sur l'autre, ce qui donnait un mouvement elliptique à un point quelconque de la table par rapport à une des parois de la caisse. In cmivercle lixe. indépendant, formait sommier audessus de la caisse, et, pour augmenter la {iression sur les feuilles, on lenionlait l'ensemble de la iiKiriiine contre le couvercle.

Hien qu"im])arfail. le n'sullat obtenu diffi'rait peu de celui que donnait le roulage manuel. i|iii d'ailleurs devait bientôt être r(''alisé par les i-ouleurs du système .laekson, que construit aujourd'hui la maison Marshall.

Les rouleurs Jackson sont à simple ou à double eilet; dans les premiers, la caisse seule est mobile sur une table fixe ; dans les seconds, la table et la caisse sont mobiles. 11 existe bien certains types de rouleurs, dits il triple elVet, dans lesquels le chapeau ou couvercle de la caisse est également animé d'un double mouvement de rotation, mais ces rouhnirs sont d'un usage excessivement restreint, et il n'existe pas de rouleurs Jackson de ce type, les modèles à double effet répondant ;\ tous les besoins courants.

Les deux premières des figures ci-dessous donnent l'aspect géné'ral et quelques détails des rouleurs à simple elîet tig. o) et à double effet (fig. 6).

Dans toutes ces machines les parties mobiles sont animées d'un mouvement circulaire au moyen de manivelles dont une seule est motrice, étant reliée à l'arbre de commande ; les deux autres ne servent

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■qu'à guider la table ou la caisse. — Cette disposition estvisible dans la fig. 5 quireprésente un rouleur à simple effet, sans chapeau de pression. La hauteui' de la caisse dans ce cas est nécessairement augmentée, afin que le poids des feuilles qu'on y entasse supplée à l'absence de pression artifi-

La perfection du mouvement obtenu est beaucoup plus visible lorsqu'on observe un rouleur à double effet en marche (fig. 6). Dans cette machine, les trois manivelles sont contre-coudées, et un de leurs axes est relié à la table, tandis que l'autre est solidaire de la caisse ; la combinaison de ces

Fig. 5. — Rouleur .lackson à simple effet, sans chapeau de pression.

«ielle ; la capacité se trouve ainsi portée à 180 kg. environ, demandant pour le roulage de 20 à 4.T minutes, avec une force de 3 chevaux-vapeur. — Le chargement se fait par la partie supérieure de la caisse, librement accessible, et le déchargement par une trappe placée au centre de la table. L'absence de chapeau de pression est préférée par certains planteurs en raison de la meilleure ventilation qu'elle assure et qui donne à la feuille une couleur brillante.

deux mouvements donne à la machine en fonctionnement un asp^ect humain saisissant et difficile à décrire. — La durée du roulage est sensiblement abrégée par la perfection plus grande du travail, et peut parfois s'abaisser à 10 minutes pour un chargement de 140 kg. — Notre dessin montre un type de rouleur à double effet avec chapeau de pression ; celui-ci est monté sur une vis, et, pour permettre de faire varier la pression pendant la marthe

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de l'appareil, l'écrou fixe do celle vis forme pas de s'aj^glomérer en un tuul indivisible ;

poulie à gorge et est commandé par une ces tasseaux existent dans tous les rouleurs

chaîne facilement accessible. Ce type de- Jackson. — Au centre de la table, nous

mande une force d'environ ï chevaux- trouvons encore une trappe de di'-charge-

vapeur, ment, mais le chargement se fait celle fois,

Fii;. Cl» — Rouleau .JaoU#on à iloulilc oflet, avec cliaiie.ui de pression.

Au centre de la table on peut apercevoir une sorte d'excavation munie de dents ; celte excavation, d'une faible profondeur et à pentes latérales très faibles, est en elTel garnie de tasseaux en bois qui retiennent les feuilles et les boules de feuilles en contactavtc eux et impriment des mouvements dans- la masse même, en ne lui permettant

à cause de la présence du chapeau de pression, par une ouverture latérale que découvre le relevage du chapeau, et qui se continue par une trémie, visible sur la figure.

Nous n'insisterons pas sur laconslrulion des rouleurs Jackson, mais nous dirons un mot des diverses matières dont sont faites

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ou recouvertes ces tables, en raison de certaines particularités peu connues.

Trois substances peuvent entrer dans leur construction : le bois, le granit ou le bronze. Les tables on bois (de teck) sont

elles ont l'avantage de se nettoyer admirablement. Enfin, les tables en bronze, ou plus exactement recouvertes de bronze, durent de cinq à six ans : leur prix est intermédiaire entre les tables en bois et

|Ng59l| Fig. 7. — Rouleau Jackson « Little Giant ».

très employées, mais s'usent assez vite; ce sont celles qui coûtent le moins cher à remplacer; elles sont légères et nécessitent, dans les routeurs à double effet, le minimum de force motrice. Les tables en granit sont l'antithèse des tables en bois; d'une durée presque infinie, elles exigent une assez grande puissance motrice en raison de leur poids, et coûtent fort cher;

les tables en granit, et la maison Marshall les établit sur gabarits, de façon à permettre le recouvrage facile des tables, après usures du revêtement; l'épaisseur des feuilles est de trois millimètres sur les parties plates, et 5 à 6 millimètres sur les bords de l'excavation centrale. L'usure des tables de bronze, qui sont les plus employées, est surtout sensible dans les usines

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où les porlos sont frcHiiii'mnient ouvertes, car cela laisse entrer de la poussière qui forme rapidement poudre d'émeri et amincit les plaques par suite du frottement continuel. Disons cependant (|ue la caissi' d'un rouleur ne repose pas sur la table, un intervalle de quelques millimètres les sépare; cha(|ue partie de la machine repose sur les crapaudines des manivelles (|ui l'actionnent.

Avant de terminer, disons quelques motsdu rouleur « Little (liant » que représente la fiii'. 7. Cet appareil n'a pas absolument été créé pour les petites usines, bien iinil y soit souvent employé, mais surtout pour des essais. A cet ell'et, il est muni d'un chapeau de pression manœuvré seulement par un volant à main. Tl est monté avec deux poulies fixe et folle pour la marche au moteur, mais peut également être actionné à la main; il est bon d'ajouter que ce mode de mise en mai'che n'est prévu qu'accessoirement, le travail à la

main ne pouvant jamais donner une régiilarité parfaite dans le roulage. La capacité de la caisse est d'une vingtaine de kilos : elle ne prt'sente pas de trémie lati-ralr de ciiargemenl : cette oi>ération s'effeelue jiar le haut de la caisse, après avoir fait |)ivoter le col de cygne qui sert de support au chapeau de pression. La table est généralement en bois, mais peut être recouverte de bronze : elle ne se fait pas en granit.

On voit enfin d'après la lig. 7 (ju il s'agit d'un rouleur à simple effet.

l". .Main,

Ingénieur agrononio.

Nous sommes redevable de la plupart des renseignements ci-dessus, à l'obligeance de MM. Wnilis et Zimmermaii, des services couimerciau.v de la maison Marshall Sons et C", qui, lors d'une visite à leurs usines de Gainshorough, ont eu l'obligeance de faire spécialement monter et mettre en marche à notre intention leurs principales machines à thé, niuleurs, diviseurs, séchoirs, etc. Nous sommes heureux de leur réilirer ici tous nos remcrciemenls. F. M.

Développement de la culture du bananier à Costa-Rica.

Dans son numéro du 8 octobre 1904 « The Agricultural News » reproduit le passage suivant du Rapport consulaire anglais, relatif à la situation actuelle de l'industrie des bananes à Costa Rica ;

« La superficie totale occupée actuellement par les bananiers, • est évaluée à 42.060 aères et ne cesse pas de s'accroître rapidement, en raison du prix de vente relativement élevé qu'atteignent les bananes.

Les beaux régimes sont payés ioute l'année 1 fr. 33 aux producteurs par V u Inited Fruit Company » qui trouve de grandes facilités de transport auprès de la Compagnie des chemins de fer de Costa-Rica et du « Northern-raiiways ». La banane de Cof=.ta-Rica jouit de la plus haute réputation ;

c'est ainsi que dans le courant de 1903 (sans parler des Etals-l'nis), il a été embarqué régulièrement, tous les quinze jours, ri'iÔ.OdO régimes de fruits à destination de Manchester où ils se sont écoulés dans d'excellentes conditions. Ce nombre de régimes exportés en 190.3 marque un accroissementde23,ll "/„ sur les chiffres de 1902. l^a progression des cin(i dernières anni'es s'établit lie la façon suivante : 189!t. 2.902.771 régimes; 1900, :i. 520. 1(16 régimes; 1901, 3.870.156 régimes; 1902, 4.174.199 régimes ; 1903, 3.139.003 régimes.

'L' « United l''ruil Company « emploie 4.000 indigènes à ce trafic ; depuis trois ans et demi, elle a planté, avec ses compagnies associées, 1C.303 acres en bananiers. Pendant l'année 1903, 206 paquebots ont déchargé les fruits dans les ports des Etats- Unis, et 23 dans le port de Manchester.

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