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Septiè.me Année
30 Juin -1!)()7
Sur l'Exploitation des Guis à Caoutchouc de l'Amérique Centrale
Documents de M. Roversi. — Lettre de M. Cayla. — Le produit brut est vulcanisable. — Récolte des fruits. — Cultures de parasites. — Espèces caoutchuutifères.
Par M. 0. Labroy.
Depuis qu'il a été question du caoutchouc de diverses Lorantliacées de l'Amérique centrale (V. « J. d'A. T » n" S6, S9 et 63), la nouvelle industrie ne paraît pas avoir donné lieu jusqu'ici à une véritable exploitation commerciale. M. Rovel'.si et ses collaborateurs en sont toujours aux essais préliminaires qui se poursuivent en Italie dans le but de trouver un outillage adapté à la préparation de cette gomme si spéciale.
Sans vouloir présumer de l'issue de ces expériences, encouragées par une Société française, il peut être intéressant de signaler les résultats obtenus à ce jour en même temps que certains renseignements complémentaires d'ordre différent, puisés en partie dans un mémoire rédigé par M. Roversi et dans nos notes personnelles.
La taxation de 7 marks 62 le kg., indiquée par le D"' Warburg, lui a été fournie par la maison Weber et Silver de Hambourg pour un produit de qualité inférieure reçu du A^énézuéla ; im échantillon préparé ultérieurement par le savant directeur du « Tropenpflanzer » a été coté de 8 mks. 30 à 8 mks. 50 le kg. Ces chiffres, dûment établis, montrent la valeur de ce nouveau produit qui, selon M. Roversi, aurait trouvé acheteur pour toutes quantités disponibles, à 10 mks. '/,{i).
D'autre part MM. Hecht frères, consultés
(1) Lettre datée de Caracas, mai 1906.
au sujet d'échantillons Roversi reçus en mauvais état et en trop petite quantité, ont trouvé la gomme « peu intéressante et moins bonne que celle obtenue de la façon ordinaire en Colombie ». Ce jugement ne saurait toutefois avoir une valeur définitive, étant données les réserves faites sur l'insuffisance et l'altération de ces échantillons, assez comparables à ceux que nous avions obtenus sans pouvoir les conserver au delà de quelques semaines. La gomme dépurée et vulcanisée que nous avons vue depuis en excellent état de conservation se présentait sous un aspect très ditférent et possédait évidemment une plus grande valeur commerciale.
Il résulte de ces différentes observations, confirmées d'ailleurs par Roversi dans un passage de son mémoire, reproduit dans le n^59 du«J. d'A. T. »,p. i 32, que le caoutchouc des fruits de Loranthacées, plutôt médiocre à l'état brut, s'améliore et devient intéressant lorsqu'il a été préparé avec soin et vulcanisé par un procédé particulier. Celle différence dans la qualité des produits apparaît encore dans l'extrait suivant de M. Roversi : » En traitant les échantillons plastiques de Giordana et Knoop à l'aide de petits cylindres concasseurs et d'une machine à vulcaniser, j'obtins de parfaits échantillons de caoutchouc dépuré et vulcanisé incorporant de i à 33 parties de soufre. Ceux-ci envoyés en Europe par
JOURNAL DAGRlCULTlHt; TROPICALE
Jn.N loin
M. K.NOOi', en nii^nic temps que quelques spécimens bruis de fiiordana, destinés à servir de comparaison, Inurnirentles résultats sxiiviiuts :
(liordana, 40 "/o de caoulciiouc; Hoversi et Knoop, 80 7o. évalués dans les deux cas à 8 mks. '/, Je ^ë- 'le caoutchouc pur :
« Le caoutchouc de Guis, conclut hâtivement M. UovEnsi, est supérieur à tous les autres connus et peut au surplus remplacer la gulta dans plusieurs de ses applications, car il se prépare indifféremment à l'état plastique ou vulcanisé. »
On s'explique assez difficilenienl les propriétés de ce caoulciiouc-gulta, d"autant plus (jue l'auteur convient avec nous que le produit non vulcanisé tourne au gras très rapidement; serait-ce cette substance gutloïde qu'il assimilerait à la gutta ?
Les expériences de M. Roveksi l'ont amené à rechercher la possibilité de traiter les fruits verts sur place, afin d'éviter la dépense occasionnée par un séchage de deux nioisqui,selonM. (iiOKi)ANA,élaitindispensable pour arriver à extraire lagomme. Après divers essais, Roversi et Ivnoop réussirent à préparer, avec des fi-uits frais, un caoutchouc qui obtint en Europe la même taxation que celui provenant des fruits secs. Il devenail donc possible d'exploiter immédialenieni lu récolte sur place.
Ces résultats obtenus au A'éné/uéla par les promoteurs du caoutchouc de guis ont servi de base à de nouveaux essais, entrepris dans de meilleures conditions en Europe, particulièrement à Turin. Nous avons été assez heureux pour recueillir sur ce point en dehors de notre compétence l'opinion d'un ami du « J. d'A. T. )>, M. Cayl.v, ingénieur-agronome, quiaassisté aux expériences de Turin en qualité de délégué, technique, et vérifié surplace l'état de la question. La lettre ci-dessous qu'il a bien voulu nous adresser constitue un document inédit des plus intéressants :
« J'ai eu, comme vous le savez, l'occasion d'assister à des expériences sur la gomme retirée de fruits de guis du Vene-
zuela, et il en ressort de façon certaine (|ue le produit brut extrait est vulcanisable : c'est là un fait acquis. La vulcanisation est opérée, je ne dirai pas par un procédé nouveau, mais par un lour de main spécial, et son résultat immédiat est d'améliorer la gomme de fai;on assez sensible. La possibilité de lu vulcanisation était du reste à prévoir, puisque la substance élastique extraite contient du caoutchouc, ce (|ui résulte, à défaut d'autres preuves, de l'analyse du D' Ficnuleu, mentionnée par le l'rofesseur Wahulrg (1). On aurait donc toujours pu vulcaniser le caoukiiouc séparé des autres corps (jui l'accompagnent.
" Mais on a trouvé un moyen de vulcaniser le produit brut : a priori, on pouvait douter de l'efficacité d'une telle vulcanisation en raison de la nature toute particulière de la production caoulchoutifère du Sinilhaiitlius. Car, somme toute, comme la fait remarquer le professeur AN'Aïuaai;, le produit ne provient pas d'un latex circulant dans des laclifères, mais est contenu dans les cellules constituant le mésocarpe du fruit. L'extraction mécanique de la tunique gommeuse des fruits secs du Slnithanthus fournit donc, non seulement le contenu gommeux et caoulchoutifère des cellules, mais aussi leur membrane cellulosique ou les corps sur lesquels cette membrane se transforme et tju'on ne voit guère a priori pouvoir être du caoutchouc. Ces éléments doivent se relnniMM- dan-^ la gomme brute.
(i Lorsqu'il s'agit de (juestions aussi complexes et aussi obscures que celle-ci. il est bon de fixer exactemeni tous les points susceptibles de variation, et notamment les conditions de l'expérience
<( L'expérience de vulcanisation a porté sur de la gomme extraite mécaniquement de fruits secs provenant du Venezuela. Ces fruits récoltés au début de lOOli étaient donc (février 1907 détachés de la plante depuis environ un an et arrivés en Europe depuis huit à dix mois. J'ignore le procédé
1) « Triiiii-npIl.iiiziT ", iiiivrinbre l'.lUj, p. ti63.
N» 72 — Juin 190"
lOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
de dessiccation. On n'avait pas pris, que je sache, de soins spéciaux pour leur conservation. Resle à savoir à quelle espèce appartenaient ces fruits. On m"a affirmé que c'était au Struthanthus si/ri/iga'/olins Mart. N'ayant eu que des fruils, je n'ai pu faire de détermination. Toutefois, ces fruits avaient des dimensions analogues à celles que le professeur Warburg attribue dans le « Tropenpflanzer » h V « espèce à gros fruits » [S. sijruigœfolius), et d'ailleurs leur forme et leurs autres caractères sont à peu près identiques à ce que figure cet auteur dans une planche qui accompagne l'article.
« Je désire, sur un sujet aussi délicat, m'en tenir aux faits absolument certains que j'ai pu observer par moi-même. Je ne signalerai — sous réserve et parce qu'ils peuvent vous intéresser — que deux points dont je ne sais rien personnellement. On m'a dit que le Plithirusa Theobromœ (Willd.) Eichl. (espèce à fruits moyens de Warburg) n'était pas intéressant comme plante caoutchoutifère. — On m'a affirmé également que la teneur en caoutchouc variait pour une même espèce avec les régions oîi elle se rencontrait, 11 y aurait intérêt pour ce dernier point à recevoir des échantillons précis de personnes compétentes aussi nombreuses et aussi dispersées que possible.
'< En somme, comme le dit M. Roversi (« J. d'A. ï », n" 66), dans cette question du caoutchouc des Loranthacées on en est encore aux recherches préliminaires. En ce qui concerne le côté botanique et agricole, personne en France ne peut avoir une opinion mieux assise que la vôtre. Le côté industriel et commercial est encore trop vague. La possibilité de vulcaniser la gomme extraite mécaniquement des fruits secs du Slriithanl/nis syrincj;efoliui reste la seule certitude de l'heure présente.
« V. Cayla.
« Paris, 6 avril 1907. -.
Cette mise au point nécessaire montre que le problème est encore loin d'être complètement résolu au point de vue in-
dustriel. Les faibles quantités de gomme employées dans les essais de vulcanisation auraient été extraites à la main des fruits secs ; cette façon d'opérer, à la fois lente et coûteuse, est inapplicable dans une exploitation. On se préoccupe donc, avec raison, de la remplacer par un procédé plus rapide et plus économique. Ce résultat obtenu, il est fort possible que l'on éprouve quelquesdifficultés pour se procurer des quantités suffisantes de fruits dans des conditions avantageuses.
M. RovERSi regrette, dans son mémoire, que, malgré des circulaires distribuées par milliers, la récolte de 1905-1906 ait été très réduite par suite de l'élévation excessive des prix de transport, de l'insouciance et du scepticisme des ouvriers et des propriétaires. Il est convaincu de l'impossibilité d'utiliser les ressources naturelles du Venezuela tant que les colons ne seront pas initiés à la préparation directe de ce caoutchouc.
Voici comment on parviendrait, d'après lui, à se procurer la matière première nécessaire :
1" Les habitants de la campagne recueilleraient les fruits spontanés de leur voisinage ;
2" Les colons, qui détruisent ordinairement les guis implantés dans leurs cultures, agiraient de façon à utiliser le produit des parasites, sans préjudice pour les plantations (sic!) ;
3° Les grands propriétaires établiraient des cultures raisonnées de parasites sur divers végétaux économiques appropriés, tels que les arbres à caoutchouc; ils obtiendraient ainsi « deux récoltes difierenles, de rendement normal ».
Ainsi considérée, l'exploitation des guis à caoutchouc peut évidemment devenir avantageuse et mériter la vulgarisation; mais la conception de M. Roversi nou& semble bien hypothétique sur plusieurs points. La première source de production (récolte des fruits spontanés) est certaine à condition que les frais de récolte ne soient pas excessifs, car il faut remarquer
JOURNAL D'AUlilCULTCUt: TUUl'lCALh:
JiiN mo-
que les arbres ne suiil pas loujours d un accès facile el que les louires de Loranthacées sont souvent implanlécs sur les cxirémilés de branches, mieux l'clairées que l'inlérieur.
D'autre [larl. on n'entrevoit |)as le moyen <le ménager les [larasites des cultures sans que celles-ci n'en éprouvent un yiave préjudice, les déf;;àls occasionnés par ces Loranthacées à développement beaucoup plus rapide que celui de nolie gui, sont d'une constatation Iroj) fréquente pour (ju'il soit utile d'insister sur ce point. On pourrait tout au plus rechercher si le tort causé aux cultures serait compensé par le profit en caoutchouc.
L'r'tahlisscuient de cultures de parasites dans une plantation de Caféier, deCaslilloa, de Cacaoyer ou d'autres espèces ligneuses parait encore, à l'heure actuelle, une tentative bien hasardeuse; il importe de n'agir qu'avec beaucoup de prudence dans une question aussi délicate. Si la perspective de doubles récoltes est très ca])tivanle, elle ne va pas sans quelques risques, el ce n'est qu'à la suite d'expériences précises que l'on pourra résoudre le curieux problème agricole, posé pour la première fois i)ar M. Ho-
VKIISI.
Suivant une information du D'' NVauburi;, le collecteur allemand au Venezuela, M. Gross:ma.\n, aurait réussi à amener à Uambourg quelques spécimens vivants do Loranthacécs {Slrti//ia/it/ais?) sur Caféier el Carj/ocar; ces. j)lantcs ont été dirigées immédiatement sur le Cameroun, où elles ont dû parvenir vers la lin de mai '190(1. Les résultats de celte intéressante tenlalive devaient être consignés dans un rapport du colonel KoN, ainsi que dans le « Tropenpflanzer >• ; il est donc probable que nous serons fixés prochainement.
Le procédé employé par M. Grossmann pour reproduire les parasites à une aussi grande distance est le seul convenable, étant donné la courte durée germinalive des graines. M. Roveksi évalue celte durée à vingt-(|uatre heures seulement, en indiquant loulefois qu'il était parvenu, eu re-
courant à un procédé parlirulier, à l'aire germer les graines dans une proportion de 40 à 30 "/„ au bout d'un li'uips beaucoup plus long. Ln ceilain nombre île graines ilu Phthiriisa ikclonettra que nous avions conservé onze jours dans un papier fin humide, enveloppé do papier d'élain, ont donné 70 "/„ de germination sur Cacaoyei", l'expérience, renouvelée après (luatorze jours de conservation, n'a plus fourni qu'un pourcentage de 3U "/ „ el aucune graine n'a germéau bout de dix-neuf jours.
« Au Venezuela, écrit M. Rovehsi, on trouve la plante depuis le niveau de la mer jusqu'à 2.000 mètres d'allilude; elle fructifie à la fois dans les endroits secs, non arrosés, ol dans les sols frais. Dans les fonds humides, sa production est à peu près ininterrompue, avec deux fruclilicalions principales en juin el en octobre.
« La Tina à gros fruits vil de préférence entre 1.000 et 2.000 mètres, tandis que les antres qualités prospèrent surtout dans les climats humides cl les terrains arrosés.
" Les espèces à fruits blancs sont de petites dimensions el peu intéressantes; on recherchera spécialoment celles à fruits jaunes el verts do bonne grosseur.
" La fructification commence dès la deuxième année, sur les plantes de semis, pour atteindre son maximtim la quatrième année; l'existence des parasites peut être [wéQ approximativement t'ulro (juinze el trente ans. 0\\ calcule on nioyonne (|u'une plante produira de oOO grammes à 2 kg. de fruits annuellement, et qu'il sera possible de cultiver commodément 1.600 plantes à l'hcclare. Le rendement en caoulchouc varie entre 4 et IG °/„ du poids des fruits, selon l'espèce et selon tiu'il s'agit de fruits voi'ls ou secs. »
Ces renseignements d'ordre végélalif concordent avec nos propres observations en Amazonie. Le Strtit/ianl/iiis si/r'nuja'foliiis qui représente de beaucoup la plus intéressante des Loranlhacéescaoulchoulifères est assez peu répandu dans les terres d'alluviou du bord dos rivières ; par contre, il devient très abondant daus les sites les
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plus élevés. Les fruits comiiiencenl à mùiir en octobre-novembre et se succèdent sur les touffes jusqu'en mars-avril; pendant la période plus ou moins sèche comprise de mai à septembre, ils font totalement défaut.
Le Stnithanthus si/ring^folùfs ne constitue sans doute pas l'unique espèce de Loranthacée caoutchoutifère ; mais c'est certainement, jusqu'à présent, celle qui mérite Je plus de considération en raison de la grosseur de ses fruits pouvant atteindre 2 cenlimètres de long et 1 centimètre de diamètre et de leur richesse en gomme élastique. D'autres espèces du môme genre, en particulier le S. lugr/cans Eiclil. à feuilles et fruits plus petits et le S. concinnus Mart. à fruits encore plus réduits, abondent dans les environs de Manaos et nous ont paru renfermer également du caoutchouc; leur exploitation serait certainement moins avantageuse que celle de la première espèce.
Les Phthirusa sont beaucoup plus communs encore et présentent un choix d'espèces plus considérable ; par contre, leurs fruits sont à la fois plus petits et plus pauvres en produit, si celui-ci est réellement utilisable. La même observation peut s'appli-
quer aux Phoradendron, tels que P. thiouvforme et P. acinacifolium (1) dont les fruits sont encore moins intéressants.
L'exposé qui précède montre que la certitude en cette question ne porti; actuellement que sur la présence de caoutchouc (environ 7 à 8 °/o du poids des fruits secs) dans la pulpe des fruits de certaines Loranthacées et la possibilité d'épurer et de vulcaniser le produit dont la valeur commerciale atteint alors 8 à 10 francs le kg. Avant d'arriver à une solution défmitive, il y aura lieu de rechercher l'outillage mécanique indispensable pour réduire au minimum les frais de main d'œuvre et de transport, toujours très onéreux dans l'Amérique centrale, d'étudier comparativement les principales espèces de Loranthacées et plus spécialement des Slrulhanthus au point de vue du rendement en caoutchouc et du traitement mécanique des fruits, d'essayer l'exploitation économique des fruits spontanés sur les végétaux indigènes et cultivés avant d'envisager la possibilité de répandre et de cultiver pratiquement des plantes dont on connaît plus sûrement les ennuis que les ressources.