Labrov
Age de fructification du Palmier à huile Caoutchouc de Periploca
Lettre de M. Ai'G. Cdevalier.
On sait que M. Rouhe a chargé M. Chevalier — que ses belles exploration.s antérieures ont largement préparé à une semblable mission — de prospecter pour ainsi dire la forêt de la Côte d'Ivoire, afin d'en faire l'inventaire botanique forestier et de déterminer les essences qui paraîtront susceptibles d'applications industrielles.
M. AuG. Chevalier a déjà rempli la première partie de sa mission et fait une ample collection de matériaux d'études. Nous savons que beaucoup d'essences nouvelles ont été signalées par lui et nul dijute qu'on en puisse bientôt tirer parti; nous en leparlerons quelque jour. En ce moment, après cinq mois d'exploration de la région que va tra-
verserle chemin de fer, il s'engage pour un voyage de l.bOO kilomètres à pied et en pleine saison de pluies, à travers la grande forêt de la Sassandra, où vivent les derniers anthropophages de l'Afrique occidentale française, et il rejoindra sans doute la Guinée par l'ouest. Une de ses dernières lettres renferme quelques détails intéressants que nous voulons porter à la connaissance de nos lecteurs, et qui concernent le Palmier à huile, et le Caoutchouc de Periploca :
(1) Espèces signalées dans le n" 59; la première distincte par ses rameaux aplatis, la seconde par ses feuilles vert foncé.
— .Il- IN 1HU7
<• J'ai repris aussi, dit Aug. Ciif.valii;ii ; l'élude du Palmier à huile; quel imbroglio daus les variétés ou espèces! Y aurail-il des races assez fixées pour Iransmetlre des cai'aelèr(!s d'une manière lu-n'ililaire? je n'en suis pas encore siir. Dans Lien des cas, je crois que la l)eaulé des fruits d'Elécis lient à la qualité du terrain et à l'entretien que reçoivent les Palmiers. C'est ainsi que je n'ai pas encore rencontré sur le continent de fruits d'Ela'is aussi gros que ceux que j'ai vus en l!Kl.">, dans le domaine de 15oa- Enlrada à San-Thomé. Il y en avait (jui pesaient juscju'à 23 grammes.
1' Je dois réparei' une erreur aiinoncée ilaiis une nouvelle d'un numéro di'jà ancien du i< J. d'A. T. » dans laquelle vous disiez sur la foi de mes renseignements qu'un Palmier à huile rapporte au bout de trois années (je crois). Or, j'ai revu h Bingerville les Palmiers en question ainsi que M. Lic.miu.ain qui les a vus naîtie. Kli bien! les régimes de ces i'auKMix palmiers ont avorté en 190.') ; la floraison de lyOd a également avorté et pouila première fois, l'arbre signalé particulièrement, porte celte année ?/?(^' dizaine de petits régimes femelles dont les fruits sont déj;\ gros et arriveront certainement à maturité.
(' Il faut donc se défier de i*almiers qui fructifienl daus un Age trop jeune ; je serais même d'avis de couper les inflorescences avant leur développement pour rendre plu^^ rapide la croissance du tronc et des feuilles.
<| Au ilire des indigènes de cette région
— qui cultivent n'ellement le palmiei- cl lui ilunnent des soins sé-rieux — VEl.ris est en plein rapport de sept à vingt ans. Plus tard il s'élève trop et ne donne plus qu'un nombre restreint de régimes.
Comme à San-Thomé, ici, le Pahnier <) /mile et le Cacuoijer formeraient une excellente association. »
« J'ai vu votre ai'licle sur b^ Periploca 7iiffrescens; y Al souvi'ul icucnulri' cette Asclépiadée depuis mun arrivée ii la Côte d'Ivoire et je maintiens mes premières aflirmations : la plante ne donne pas de caoutclioiic commercial. Peut-être en contientelle chimiquement parlant, c'est ce que nous saurons bientôt, car la plante pullule en ce moment auloui' di^ ma liuli'. Je vais l'aire récoller des racines el ilcs liges et en enverrai un colis postal au Laboratoire de chimie du Muséum (1).
" Quant au Periploca à gros«es tiges du Congo dont parle M. É. De Wildemax (2), je l'ai découvert avant de quitter Paris... dans mon herbier. Je l'avais récolté en 190.3, à Bangui, et l'étiquette que j'avais rédigée là-bas in situ (n"' 1087'.!, 10895, 10929, 10959), porte : « lige de la grosseur du doigt, sarmenteuse. s'élevant de 8 à 10 mètres; feuilles d'un vert sombre; latex blanc (dans le fruit jeune) devenant très rapidement rosé à l'air, servant îi emjioisonner les tlèches des IJondjos ».
Le Manioc a» Paraguay
Vari('lés douces et amères. Les tiges considén-es comme fourrape.
[{'■■colle el conservation. Csaires et sous-produits. Variétés cultivées au Paraguay.
Uésistance à la sécheresse.
Par le D' MoisÉs S. Beutoxi.
Je virns de lire, dans le n" (il du <■ J. d'A. T. » un petit article de M. H. Low sur les usages du manioc, qui me prouve une fois de plus que cette précieuse plante n'est pas encore assez connue. Je parle des
maniocs, en général, mais surtout des maniocs doux.
(!' Le produit examini' par M. le iirofesseur .\i\nai d
ne donne en ellet qu'une quaidile infinie de caoutchouc.
(•2) Nous ne pouvons nous expliquer comment deu.K
N° 72 — Juin 1907
Le manioc n'esl pas seulemenl une plante fourragère par ses racines; elle l'est tout entière; toutes ses parties constituent un excellent aliment pour le bétail, les feuilles et les tiges tout aussi bien que les racines. Seulement, lorsqu'on veut utiliser les parties aériennes, il faut cultiver les variétés douces.
Tout en étant aussi productifs en racines que les maniocs amers, et même davantage, et aussi riches en fécule, les maniocs doux ne présentent pas l'inconvénient de la toxicité; ils sont en général plus précoces et ont les tiges plus succulentes et plus Irendres, bonnes pour le bétail jusqu'à la base. On les cultive comme plantes annuelles; la maturité des racines commence le cinquième mois pour les variétés précoces, le septième pour les variétés tardives. On peut couper avant, si l'on veut : on a alors des tiges très feuillues; par contre, le développement des racines s'arrête, mais pour reprendre tout de suite après, la croissance des nouvelles tiges étant très rapide.
Au Paraguay, on coupe généralement les tiges au commencement de la saison tempérée, c'est-à-dire en mai, là où il y a des gelées à craindre. Il faut alors les garder dans un local sec et aéré, comme je l'ai démontré par des essais très probants. Autrefois on les gardait en tas mal recouverts de paille, dans les plantations, ou bien dressées les unes contre les autres dans la forêt voisine, et on en perdait énormément à cause de l'iiumidité. Mais ce qu'il y a de mieux à faire c'est de ne les couper qu'au fur et à mesure. Dans les endroits froids, elles perdent leurs feuilles, mais n'en constituent pas moins un excellent fourrage.
Au moment de les donner au bétail, on les coupe à l'aide d'un hache-paille, et, chez les petits propriétaires, tout simplement au sabre. Les hache-paille doivent
observateurs comme M. De Wir.nEiiAN et A. Ciievalieu soient en si complet désaccord. L'avenir le dira sans doute, et peut-être en somme ne s'agit-il pas de la même plante. — N. d. l. R.
être assez puissants pour les vieilles tiges; ceux de la maison Marti, de Winterthur (Suisse), à grand volant, sont ceux qui nous ont donné le meilleur résultat. Les jeunes tiges se coupent très facilement.
Le bétail devient friand de ce fourrage, surtout les bovidés. Tous les animaux s'y habituent facilement; c'est une grande ressource en temps de sécheresse, par exemple, car celle-ci ne peut rien contre le manioc, à moins qu'elle no se prolonge d'une façon excessive.
Rien ne se perd du manioc doux. Les racines nous offrent un aliment si utile, qu'il remplace le pain dans presque toute la campagne ; on en tire la fécule ou amidon, qui est de qualité supérieure; on en fait de la farine qui forme la base de plusieurs préparations culinaires, et, un peu torréfiée (farinha) remplace le pain, sur la table brésilienne, même chez un grand nombre de personnes aisées, et demeurant dans les villes; on les torréfie pour les garder sèches; quelques variétés contiennent beaucoup de sucre et on en fait du miel, que l'on consomme comme celui de la canne à sucre. Les déchets de la racine se donnent aux porcs. Les tiges et les feuilles nous donnent un fourrage excellent.
Le Paraguay est le pays classique des maniocs. Mais les variétés vénéneuses y sont peu cultivées, car elles ne sont pas très bonnes à manger; la plupart ne se consomment même jamais directement, servant exclusivement à la fabrication de la farinha et de la fécule, et présentent toujours l'inconvénient de la toxicité des racines et des feuilles, danger constant dans les plantations et à la fabrique.
En dehors du Paraguay, ce sont, au contraire, les variétés vénéneuses qui prédominent, souvent exclusivement; le fait s'explique. Le manioc est une conquête des Indiens guaranis, dont les procédés culturaux mériteraient d'être étudiés à part; ils ont soumis à la culture une espèce indigène de nos forêts, qui est très vénéneuse; les variétés obtenues ne furent,
JOIH.WL DAGRlCULTritK THOPlCALi:
JiiN 1907
pour Lien lon^lenips, que des variélés plus uu moins toxiques, lesquelles, aclo[»t(^os par les autres peuplades, s'étendirent sur loul le eonlineul. L'oblention du manioc doux esl lelativementassezreeenle, d'après les souvenirs des Indiens guaranis.
f'.'est donc au Paniiruay (ju"il laul s'adresser pour avoir de bonnes variétés douces et lifttives. Parmi les meilleures, il faut imiiquer particulièrement le Carapé, le Conception, le Tapoyoa, le Morolî, le l'eruclii. le Yeruli et le Manioc noir. Ce dernier est lardif, mais excellent. Au Hrésil. surtout dans les Etats de Minas et Saù l'aiilo, il y a quelques variétés douces de grand mérite, généralement connues sous le nom de .\ypim.
Ces variétés ne reproduisent jamais de graines qu'en donnant un pourcentage très élevé de sous-variétés; parmi cellesci, par un retour atavique, il y en a assez souvent (le vénéneuses. A cause de cela, la rcpniiilulidii ne se l'ail que par tles trou-
ions de la tige.
J'ai dit que la conservation des tiges une lois coupées, était un problème. On en l)erd encore énormément au Paraguay, là où les idées nouvelles ne pénètrent que lentement. Par une expérience de plus de vingt ans et des essais méthodiques, je suis arrivé à cette conviction que, en
dehors du charançon commun {Caluiuliia f/rniiaria}, qui ne l'attaque d'ailleurs que très rarement, la tige coupée du manioc n'a absolument pas d'ennemis en dehors de l'humidité.
En revanche, elle résiste à la sécheresse (l'une fa(;on étonnante Sous une toiture de ter cannelé, l(juchant presque à la plaque ardente, en j)lein été, elle résista peiulanl trois mois Sur une treille, en plein soleil d'abord, puis plus ou moins abritée par les feuilles de la vigne, elle ne mourut qu'en mars, ayant été coupée en septembre de l'année antérieure. Knfin, cette année, j'ai pu la conserver dans iuk^ pièce l'ermée, mais très sèche, d'une maison de bois, pendant les six mois de notre été. Condition indispensable : ne pas enlever l'épiderme.
Pour les envois à longue dislance, il ■ faudra donc toujours emballer les tron(;ons (de 30 à 40 centimètres de longueur) dans une substance bien sèche, en les maniant avec précaution pour ne pas blesser l'épiderme. Je préfère les feuilles de bananier, très légères et ne bougeant pas, car il faut que les tron(;ons ne se touchent jamais l'un l'autre.
l)' M. S. HlillTO.M.
Asuncion, 16 avril 1907.
La Traction mécanique en Forêt
Par .M. E.Mii.i: H.^ill.\li).
On sait (umiiuMit la grande forèt de l'Afrique occidentale sui)é(|uatoriale n'a été exploitée jusqu'ici que sur les rives des rivières tloltables. La partie la plus dense de cette Jorèt se trouve dans noire i'.ùie (l'Ivoire et nous construisons un chemin de fer pour en faciliter la mise en valeur.
Si les méthodes actuellement employées pour la Iraclion des billes abattues continuent à être seules usitées, ce chemin de fer ne sera pas d'une très grande utilité, car il sera 1res difiicile de le desservir.
Les inffénieurs an£;lais des mines d'or de la Gold Coast ont estimé qu'il fallait renoncer à ces procédés rudimentaires. lis ont besoin de quantités énormes de bois pour la construction de leurs usines de broyage et de lavage et ils ont songé à utiliser le système de treuils à vapeur appli- (|ué dans l'.imérique du Nord pour l'exploitation des forèt.-.
Le service des Forêts des Philippines vient de publier un rapport très intéressant et très bien illustré sur l'Insular Lumber Co.
Juin 1907
Négros Occklontal, l\ h. (1) dans lequel ce mode d'utilisation des treuils mécaniques est décrit avec assez de détails.
Nous en extrayons les renseignements suivants :
Le matériel utilisé par l'insular Lumber Company pour la traction des billes, consiste en un treuil à vapeur d'environ 50 chevaux de force, hàlant un câble de traction ayant une longueur d'environ trois kilomètres dont une moitié, d'un diamètre de 23 millimètres, sert de câble de traction et l'autre moitié, qui n'a que lo millimètres de diamètre, sert de câble de retour, et d'un second treuil de 40 chevaux tirant un câble d'un diamètre uniforme de 18 millimètres et d'une longueur de 600 mètres.
La première opération consiste à établir une piste convenablement nivelée, perpendiculaire à la rivière qui doit servir à tlotter les bois. Cette piste aussi droite que possible doit avoir environ 3 mètres de large. Des ponts établis simplement avec des troncs d'arbres sont jetés sur les ruisseaux et sur les dénivellations trop importantes. Des traverses de 2™,.')0 de long et de 30 à 40 centimètres de diamètre sont placées en travers de la piste à environ l'",80 les unes des autres. Elles soqt enterrées à moitié mais elles sont creusées en leur milieu jusqu'au niveau du sol ; les billes que l'on tire glissent sur ces traverses. De cette roule principale partent des pistes auxiliaires non nivelées et qui sont de simples éclaircies relies ne doivent pas avoir plus de 300 mètres de long.
Le câble de traction qui s'enroule sur le tambour du treuil placé à l'extrémité de la voie principale, glisse sur le sol du chemin de halage ou sur des rouleaux de fer lorsqu'une bosse du terrain le rend nécessaire. A l'extrémité du chemin de halaae est placée uu(; poulie sur laquelle passe le câble de traction qui levient s'enrouler sur le tambour du treuil à vapeur. La moitié
(1) a A i>reliminary working pl.inforthe public forest tract oT the Insular Lumber C", Negros Occideiilal P. L.,'» II. D. EvEitE-r et Wiiitfoivi). — Bureau ol' Forestry. Manille, WOG, 1 broch. 5'.) pages, 1 carte, 12 planches.
de ce càbb; ne servant pas à la ti-action des billes mais simplement à assurer le va-etvient est, comme nous l'avons dit, d'un diamètre plus petit.
Le second treuil à va|ieur placé sur le chemin de halage dessert successivement chacune des pistes qui forment les chantiers d'abatage. Le câble de traction qui part de ce ti'cuil est établi comme le câble principal, en |)assant sur une poulie à l'extr(''mité de la piste. Son diamètre est unifoi'mc à cause de sa faible longueur.
l'arallèlement à ces câbles sont installés des lils de fer qui aboutissent aux siftlels des chaudières, de manière à pouvoir transmettre des signaux aux mécaniciens.
Les arbres sont abattus avec des haches et sci('>s avec des passe-partout maniés par deux hommes; un léger échafaudage est construit de manière à pouvoir parvenir audessus des contreforts. Les troncs sont entaillés à la hache d'un côté et sciés de l'autre. Une équipe de deux liommes abat trois ou quatre arbres par jour. Les arbres sont coup(''S en billes de 5 à 10 mètres île long ([ui sont api»ointées à une extrémité, et, si elles sont très volumineuses, écorcées d'un côté pour faciliter le glissement sur les traverses.
Une bille est entourée d'un bout de câlde attaché lui-même au câble de traction. On signale au mécanicien du treuil que tuut est prêt et la bille est tirée jusqu'à la voie pi'incipale. Lorsque plusieurs billes, 2 lorsque les traverses sont sèches et 4 ou plus si elles sont humides, ont été ainsi réunies, elles sont reliées les unes à la suite des autres à l'aide de crochets et de câbles, la première est attachée au câble de traction, un signal est donné au treuil placé au terminus et le train de bois est amené jusiju'à la rivière.
Le personnel employé comprend 2 Européens et 42 Philippins, dont 2 surveillants, 2 mécaniciens, 2 cbautfeurs, 4 abalteurs, 6 tronçonneurs, 7 hommes pour surveiller les câbles, 4 pour couper le bois pour les machines, 4 pour préparer les pistes et 10 porteurs d'eau pour les machines.
JOUliN.M. IVAC.UICULTL'UE TROPICALL;
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L'Insular Lumber C° a dtaMi une légère voie ferrée en dernier lieu, pour pénétrer plus avant dans l'intérieur et le système des treuils de traction sert à l'alimenlor dans tous les sens.
Les ingénieurs que jai vus à la dokl Coast m'ont assuré que quel que soit le prix élevé dc^ liciiiN d des câbles, l'économie réalisée grâce à leur emploi était grande. Ils n'emploient pas généralement de traverses pour faciliter le glissement des billes.
Il vaut mieux en eiïet dans cette forêt de la Côte d'Ivoire et de la Goid Coast pouvoir déplacer très facilement et sans dépenses les pistes, que d'en faire de très longues; la majorité des arbres étant de petit diamètre et les gros troncs assez disséminés, il faut procéder par rayonnement. L'emploi des traverses n'est nécessaire du reste que pour permettre la constiliition de trains de bois.
Les Anglais ont eu soin de faire venir des Canadiens habitués à ce mode d'exploi-
tation, el l'un ne saurait trop conseiller à ceux qui voudront exploiter la forêt de la Cùle d'Ivoire d'en faire autant.
Celle exploitation de la forèl par des procédés mécaniques ne sera en fait avantageus(! (jue si l'on trouve le moyen d'utiliser les buis d'un diamètre j)lus petil (jue ceux (jur l'iiii expiii-le actuellement de ces pays, le grand obstacle étant le prix de revient élevé des Iransporls. Chemins de U'.r el treuils de traction résoudront une partie des diflicultés. Il restera le passage de la barre et le taux du fret par mer. La percée de Port IJouet aura raison de la barre et la grande quantité de produits exportes amènera automatiquement l'abaissement du prix du fret.
En somme, on ne saurait étudier avec trop de soin l'application de ces procédés nouveaux à l'exploitation de la forêt africaine. Cette nécessité n'échappera certainement pas à notre ami Auguste Chkvalier dans le cours de sa mission actuelle.
EMii.t: IJaili.alu.
La Riziculture au Tonlvin
Diverses variétûs; composition el qualités. — Culture pratique
repiquage et pépinières; instruments de culture, de récolte, de baltai;e"et de décorlicalion
Engrais, maladies, commerce el consommation.
Notice bibliographique sur le mémoire de M. BuY-QiAXG-CniEU.
M. 1!ly-Ulang-Cuieu, ingénieur-agronome, sous-inspecteur de l'Agriculture au Tonkin, a publié dans le c Hulletin économique de l'Jndo-Chine » (n° d'août l'JOO) un long mémoire sur la riziculture au Tonkin. Cette étude documentée nous a été fort agréable à lire, car elle précise bien des points à l'étude desquels nous avons nous-même consacré pas mal de temps, et en ce qui concerne le travail du riz, nous avons été heureux de pouvoir comparer cerlains des chiffres cités avec ceux que nous avons obtenus nous-mème dans divers essais.
Nous n'entreprendrons pas de résumer l'étude de M. IJuy-Qla>;g-Ciiii:l, nous pré-
férons y renvoyer pour la lecture /// extenso ceux que la question intéresse de tous points, et nous ne ferons que noter au passage les détails (jui nous ont paru les plus intéressants.
Notons d'abord que la connaissance de la langue annamite a permis à l'auteur de pousser très loin la question de l'identification de variétés désignées sous des noms diflérenls dans les diverses provinces ; cette identilication, si elle était plus suivie, serait précieuse pour les études faites en vue de la sélection.
En ce qui concerne la valeur alimentaire, nous voyons que les riz gluants, plus exigeants comme sol (]ue les riz ordinaires,
N" 72 — Juin 1907
sont plus indigestes, mais plus savoureux que ceux-ci ; ils donnent à la distillation un alcool plus parfumé. Leur poids est en général d'un tiers plus élevé que celui des riz ordinaires.
Ce qui frappe surtout dans l'exposé de la culture pratique, c'est la complication qu'entraîne le repiquage et les dépenses qui doivent en résulter. Le trempage ne se fait que pendant le jour : la nuit, il faut mettre les semences à l'abri, la rosée et la pluie leur étant préjudiciables. Puis, le trempage lini, on les entasse sous de la paille ou des feuilles de bananier, pour entretenir dans la masse une température favorable à la germination. Enfin, les semailles se font le matin ou le soir, pour éviter l'action de la grosse chaleur sur les graines germées. Ensuite vient l'entretien de la pépinière : celle-ci a été par deux fois labourée, plusieurs fois hersée, fortement fumée avant le dernier hersage, et enfin nivelée à l'aide d'une herse dont les dents sont provisoirement réunies par une perche de bambou. Après un mois et demi de soins assitius, le ma est prêt à repiquer. Malgré le soin considérable qu'exige la création d'une pépinière, il y a des indigènes qui en font pour vendre les graines germées ; à vrai dire, ce n'est pas un commerce bien lucratif, si on songe qu'un panier de semences valant "i à 6 ligatures ne produit que 9 à 12 ligatures de ma ; la différence paie à peine la main-d'œuvre et la location du terrain, sans parler des aléas de la culture.
Les chiffres indiqués pour les travaux de préparation des pépinières ont donné lieu à une note précise sur les mesures agraires usitées en Indo-Chine; nous ne pouvons qu'en savoir gré à l'auteur, ces transformations de chiffres étant en général une grande gêne en l'absence de tables bien établies.
Le repiquage est un des travaux les plus pénibles de la culture. Avec la pépinière, il constitue un tel surcroît de travail qu'on se demande pourquoi l'Lido-Chine en est encore là, pendant que de vastes étendues
de l'Amérique du Nord sont ensemencées directement. Nous avons d'ailleurs de bonnes raisons de croire qu'un ensemencement direct ne donnerait pas de plus mauvais résultats en Indo-Chine que dans les plaines du Texas.
Le riz une fois en jilace, la grande question de l'eau entre en jeu. Au Tonkin, les indigènes ne sont pas maîtres de l'eau, et les inondations en sont la conséquence souvent fatale. L'immersion peut être complète, et si elle dure plus de 8 jours, la récolle est entièrement perdue. On a également remarqué que le limon laissé par le fleuve sur les tiges, en amenait lentement la pourriture. En résumé, là comme dans toute l'Indo-Chine, le régime des eaux est entièrement à organiser tant au point de vue des digues pour la protection des champs contre les crues, qu'au point de vue des canaux d'alimentation et d'évacuation.
Nous avons trouvé avec plaisir, au chapitre Récolte, l'opinion que la beauté de certains liz était due probablement à l'assèchement de la rizière avant la récolte; non que nous ayons une opinion sur le côté physiologique de la question, côté qui nous est étranger, mais parce que nous croyons que cet accroissement de qualité sera plus que tout autre de nature à faire accepter cet assèchement, indispensable pour arriver à l'emploi des machines de récolte.
Celle pratique est d'ailleurs courante en Birmanie, el aurait également cours au Cambodge.
Après la récolte, faite à la faucille, vient le battage qui se pratique de plusieurs façons : a) dépiquage à -pieds d'hommes; c'est un travail pénible, mais très en faveur, car il occupe les veillées de toute la famille et n'exige aucun outil; il fournit environ 39 kg à l'heure, b) dépiquage par buffles ; il suppose la possession des animaux et d'une aire et donne un travail plus rapide, mais moins parfait que le précédent: de 45 à 70 kg à l'heure avec trois buffles et un conducteur, c) battage à la main, obtenu en pinçant les épis entre deux brins de bam-
JOUHNAL DAdIUCl'LTUItE ïtlOPICM.I':
.Il IN l!»07
bon ol on los frappant sur une arête vive; c'est UM InivMil analogue au l)attajre au peigne, encore coui'ant pour le seigle dans nos grandes régions agricoles, d) r/c/^/yz/rtyc ail rouleau, ç.yw lequel il n'y a pasdc détails, ('elle lacune est compensée par la publication des résultats d'une série dessais laits avec une petite batteuse française, donnant de 300 à 950 kg de |)addy à l'iieure, nn'ic au manège. .Malheureusement, et bien i|ue cette batteuse fonctionne avec succès depuis trois ans sur une plantation, son propriétaire ne semble pas avoir eu d'imitateurs. La décorticalion du paddy donne lieu de la part de M. Ikv-QuANG-Cniuu à un long exposé de chiffres très complet et très édifiant sur les procédés indigènes. La décorticalion ;\ la meule de piei're traite .'16 kg de p.'uldy à l'heure, avec 3 à 3 '/s "/o ^^ brisures. Le rendement est donné en cargo, ce qui ne nous permet pas de connaître la propoiMion de paddy à repasser, mais nous trouvons un peu |)lus loin le cbillre de 64,45 "/o, ce qui nous rapproche des conditions de travail des bons décorticiueurs européens; la luoporlion de brisures esl égalemeni très faibli'. Au n\or\\i^v (coi dup], le reniletuent tombe tout de suite très bas : 20 kg en 1 h. 25, avec deux hommes. Cela n'a d'ailleurs que peu d'importance, l'indigène conservant le riz à l'état de paddy cl ne décorti(|uant (|u'au iur et à mesure de ses besoins, jiour éviler le rancissement.
Au point (le vue de la consommation, le riz à blanchir esl sou\(Mit mélaugi' de feuilles vertes (|ni lui donnent un ;iiiiuie spécial et une couleur qui le font rechercher. Le liz gluant se consomme cuit ;'i la vapeur, et sert à faire des gâteaux annamites. Germé, il sert à faire le sucre de riz. Nous avons regrellé de ne voir dans cette énumération rien ([ui put nous renseigner sur le « riz gonllé )> vendu par cerlains épiciers de l'aris, sans que nous aycjns jamais pu avoir de détails sur la provenance du produit et sa ilestination culinaire exacte.
L'étude des instruments agricoles amène cotte réllexion qne les indigènes dressés au
maniement des cliarrues européennes perfectionnées, IJrabanI double ou autre, ont [larfailemenl reconnu leur •supériorité mais en mèmelemps l'impossiliilitéoùils seraient toujours de réunir la somme nécessaire h leur acquisition. Nous tenons i\ rappeler ici à ce sujet la conception remarquable de !\L\I. Leco et Rivn;«K disant ; IWrabe paie au forgeron 18 l'r. le fer d'une mauvaise charrue, le problème consiste donc à lui fournir piuu' 18 l'r. au maximum lesferrures d'une bonne charrue. Le problème, fort ardu, n'était pas insoluljle: il fut soumis à une des premières maisons de machines agricoles de France, qui eut soin de le comprendre tout de Ira vers, et sans se douter de la portée du raisonnement de s(îs clients, proposa des pièces de 36 à 38 Ir. 11 y a pourtant là une pensée philosopiiique à médit{;r: c'est toute l'histoire du génie rural dans llnde Anglaise.
La question des engrais a retenu l'allention de l'auteur qui, en résumé, adopte les conclusions de M. L. Aciiaiuj: les n'-sultats ne sont pas concluants, car les augnn'nt;ilions de récolle n'onl jjus varié cou'-ianiment d;ius le même sens (|ue les doses d'engrais. Si dans tous les cas, les témoins ont donné moins (jue les pai'celles fumées, il n'en est pas moins vrai que les l'ésultats n'ont jamais été de nature h s'imposer à l'attention des indigènes : dans ces conditions, leur importance esl secondaire.
Il nous a été très agréable de voir reproduire ro|)iuion de M. I.kmaiiii;, qui regi-ette <• (|u"oii ail voulu liiire des ilritioiisiralions avant d avoir fait des cssuis, et (|u"on se soit livré en pâture à l'ironie des indigènes à la suite d'insuccès bien dilïérents des résultats escomptés. »
Le conunerccthipatldijnow^^ fait connaître les mesures indigènes, la forme et la nature des récipients en usage, récipients de contenances 1res diverses, malgré la similitude des noms, l'ourlant il y a un réel jiiogrès ]>uisqu'on commence à employer comme mesures des boites métalli(iues ayant servi à contenir certains produits européens; ce choix ne peut être déterminé que par la
N° 72 — Juin 1907
constance de leur capacité. La base du prix est établie sur cette opinion que le paddy rend la moitié de son poids en riz blanc, opinion erronée; en elTet, M. Buy- QuANG-CniEu estime le rendement à 65 % ; nous sommes beureux de nous rencontrer avec lui sur ce cbiffre auquel nous sommes toujours arrivé pendant plusieurs années d'essais divers. (Nous avons même vu 73 %) . La production du riz au Tonkin serait supérieure de 243.000 tonnes à la consommation. Toutefois, ce chitTre est donné sous réserves, la superficie réelle des rizières ne correspondant pas exactement
à la superficie officielle ; de plus, l'équilibre entre la production et la consommatitm est souvent détruit par les mauvaises conditions de la culture indigène; le régime de la propriété n'est pas fait non plus pour entraîner des améliorations soutenues.
Le riz de montagne, |)lus rustique et plus facile à cultiver, ne se cultive guère que dans deux ou trois provinces du llaut- Tonkin. Il est parfumé et rcchercbé, mais moins productif et moins lourd, il pèse couramment de 5 à 10 kg de moins par bectolitre que le riz irrigué.
La Destruction des Sauterelles
L'enquête de la Cliambre d'Agriculture de Cochinchine. Procédés de caplureet de destruction des adultes, des jeunes et des œufs. Inefficacité des incendies de cliaumes.
La submersiou des œufs.
La Chambre d'Agriculture de Cochinchine, au début de 1906, a ouvert une enquête auprès des administrateurs, chefs de province, dans le but de connaître les procédés en usage dans les diverses régions pour la destruction des- sauterelles, et l'efficacité des divers moyens employés. Cette enquête a donné lieu à des réponses intéressantes, et étant donnée l'importance de ce fléau dans un grand nombre de régions tropicales et subtropicales, nous croyons intéressant de signaler quelques-unes des remarques faites, surtout au point de vue de l'efficacité des procédés; on y constatera quelques faits assez inattendus.
L'exposé des communications des administrateurs a été publié dans le « Bulletin de la Chambre d'Agriculture » de mai 1906, auquel nous empruntons les renseignements suivants :
Dans la province de Cholon, un cultivateur indigène avait imaginé de pousser les sauterelles dans une sorte de V en clayonnage, analogue à ceux qui lui servaient à prendrelepoisson.Ils'agitlàd'un procédé en usage depuis longtemps; nous croyons nous souvenirqu'il est employé en Algérie, où les
branchages sont remplacés par des toiles tendues sur des cadres. Mais au lieu de les pousser vers un trou où on les saupoudrait ensuite de chaux vive, l'Annamite en question les brûlait lorsque la masse arrivée au sommet du Y était assez considérable.
Pendant le jour, les insectes sont assez difficiles à détruire, ils s'abattent temporairement sur un champ qu'ils dévastent, puis s'envolent dès qu'on cherche à les pousser vers un piège. Le mieux est de les pourchasser pour les empêcher, en se posant, de se nourrir et de se reposer. Ce résultat est atteint facilement par le bruit que font les indigènes, au moyen d'instruments divers. Le soir venu, le nuage s'abat et on le détruit facilement. En général, les rabatteurs armés de bambous poussent les insectes vers de grands feux oi^i ils se brûlent, ou vers des cours d'eau oîi on les noie. — Le lendemain matin, on peut en capturer un grand nombre encore engourdis par la fraîcheur.
Dans la province de Mytho, on a également usé, avec succès, de la capture à l'aide de filets à papillons; ce moyen imprévu a donné d'excellents résultats; les femmes et
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les enfants'peuvont être eniiiloyés à cette chasse.
Poiirdctriiiro lesjeunescriqucts, on lirùlc souvent tes chaumes qui garnissent les champs dans lesquels ils sont nés; ce procédé est défectueux, car les insectes, voyant venirTincendie, rentrent dans les crevosses du sol et en ressorlent ensuite indemnes. L'enquête a démontré qu'il ('lait j>référ;ilile de mettre ù profil les mœurs, assez peu connues, des criquets qui suivent aveuglément leur chef de file. — On les pourchasse alors vers des trous creusés en terre ou vers des silos vides; si la manœuvre est bien dirigée, la bande entière s'y précipitera; leur destruction est alors facile, soit qu'on les tue, soit qu'on les flambe, soit qu'on les enterre après; les avoir saupoudrés de chaux vive.
Contre les jeunes criquets les feux ont donné de non moins bons résultats que contre les insectes adultes; c'est de plus un procédé qui ne demande pas une grande somme de^travail et, comme tel, convient bien aux indigènes.
Enliu hi (lestruclion des omis, également facile, deniauile iilii< il'nhservalion.En Indo- Cliinc les sauterelles pondent dans la rizière détrempée, le terrain sec ne leur étant pas indispensable. 1! y a lieu d'observer exactement les champs où la ponte a eu lieu, et de profiter pour les inonder de la première grande marée, à moins (|u'nM ne possède des moyens de submersion; on liint la rizière submergée pendant ([uelques jours, puis on passe la charrue pour ramener les œufs à la surface : leur évolution est complètement arrêtée, et pas un insecte vivant n'en sort. Ce procédé a été employé avec succès dans la province de Gocong. Plusieurs des procédés ci-dessus sont il conseiller: leur essai dans des régions (lillV-renles peut donner li<'u à des adajitations nouvelles.
Nous serons heureux de connaître les résultats obtenus par nos lecteurs et abonnés soit par d'autres procédés, soil ]'.ir les procédés ci-dessus dans des régions différentes.
La Presse aux Expositions Coloniales
Le '< Journal d'.Vgricullure Tropicale », qui figurait en bonne place dans la Collection de Journaux et Revues que le « Courrier de la Presse » avait été chargé de réunir pour VEjposUion Coloniale organisée l'an dernier au Grand Palais, vient de recevoir le Diplôme de la Médaille d'Or qui lui fut décernée à cette occasion.
Nous apprenons d'autre par' avec plaisir que « le Courrier Je 'a i*resse » est à nouveau chargé par Monsieur Paul Vivu-.n, le .sympathique Président du « Syndicat de la Presse Coloniale », d'installer ses collections dans le Pavillon réservé à la Presse h.YExposition Coloniale Nationa/r qui vient de s'ouvrir à Nogent.
«Le Courrier de la Presse» a lait figurer non seulement les Journaux des Colonies ou s'occupant spécialement de Questions Coloniales, mais aussi la Collection de lou
les principaux journaux et périodiques de la Presse Parisienne et de la Presse Départementale.
Ce choix est un sûr garant du soin qui a présidé ?i celte installation, et nous y applaudissons,