PARTIE COMMERCIALE
(Cours, Stalistiques. Dt.'l.ii.iurhi.-s, etc.)
HECHT FRÈRES et C'" : Bullelin mensuel du Caoutchouc 211
A. ET E. FOSSAT : Bulletin mensuel du Coton 212
G. DE PKE.\UDET : Bulletin mensuel du Sucre 2i:i
H. VERMO.ND : Bulletin mensuel du Café. 214
A. ALLEAUME : Bulletin mensuel du Cacao 215
VAQLI.N ET SCilWFITZER : Fibres de corderie et de brosserie, etc 21G
ROCCÂ, TASSY ET DE ROUX : Mercuriale des Huiles et Graines grasses 217
TAYLOR ET Co. ; Mercuriale africaine de Liverpool 218
GEO. ERNST : Produits de Droguerie. — Produits divers 218
J.-il. GRI^IN" ; Mercuriale de quelques Produits d'Extrême-Orient (ne parait pas ce mois pour cause de vacances).
ACTUALITÉS
(CoiTes|ioiiilaiiri', Inf.jnualions, Exiraits, clrl
l'a ses.
E. MAINE : A propos de la Vigne aux Saintes (Guadeloupe; 220
Les plantations de Thé au Caucase (statistique de M. W.\LT.\! 221
Un nouvel ouvrage sur la culture et l'e.xploitalion des Agaves (.\olice bibliograpliique) 222
Projets d'élevage d'Autruches dans l'Inde 22.'!
Un essai de culture de la Pomme de terre au Congo 223
F. M. : A propos de la machine à récolter
le Coton de Lowry 22i
La Gomme laque de l'Inde Anglaise . . . 224 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
(sur iiapier liloii)
Livres nouveaux, §^ 1373-1387. — Principaux sujets traités: Planlalion lardive du coton, résultats médiocres obtenus:
Culture du sorgho non saccharifère comme fourrage ; Composition des graines oléagineuses de l'Inde anglaise :
DilTérentes cultures de Porlo-Rico ; Etude très importante sur les maladies du tabac ; Rapport sur Hawaï (forêts, tabai', multiplication des insectes utiles, exploitation des animaux, maladies des troupeaux, leur nourriture); Extension de la culture du jute dans l'Inde; Répartition des diverses espèces de Sansevières dans r.\frique Or. Ail.; Culture du coton, du riz; Utilisation des mauvais combustibles V,XV XVII
FIGURES
Fig. 8. — Fruits d'Hevea brasiliensis à trois et quatre coques. Graine ordinaire et
graine caronculée vues sur les trois faces 196
CAmPElYlENTS COIYÎPLETS - HflEU BLES COLONIAUX
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Huitième Année
31 Juillet 1907
Étude des variations botaniques et physiologiques
de l'Hevea brasiliensis appliquée à la Sélection
Par M. Geohges Vernet.
Nos lecteurs et abonnés u'out pas l'ié jusqu'ici habitués à rencontrer de lonps inéiiioiies dans le (. J. d"A. T. » En effet, eu raison de la diversité des cultures pratiquées dans les régions habitées par ses correspondants, la Hédaction a toujours tenu à assurer dans chaque numéro la variété nécessaire pour satisfaire les intérêts de chacun. Exceptionnellement, par suite de Tintérêt qui s'attache actuellement à la culture des arbres à caoutchouc et à leur extension en Asie, nous avons voulu donner dans tout son développement et sans la scinder, l'étude consciencieuse que nous a fait parvenir notre correspondant M. Vehnet; nous sommes certains que nos lecteurs nous en sauront'gré. — N. D. L. R.
Voici lould'abord, résumé en quelques mots, le sujet sur lequel nous nous proposons de nous étendre dans cette élude :
Il n'est peut-être pas une espèce végétale aussi variable que VNevea brasiliensis. Nous pouvons, en effet, constater des différences botaniques importantes, non seulement sur les feuilles de celte Euphorbiacée, mais encore sur ses racines, sa lige, son écorce, ses fleurs, ses fruits, ses graines, sa végétation, la composition de son latex et, ce qu'il y a de plus important, sur le rendement de chaque arbre en caoutchouc commercial. Ces variations ne sont du reste pas solidaires, mais bien, le plus généralement, indépendantes les unes des autres; nous n'avons donc pas affaire à des variétés de la même espèce, mais bien à des diû'érences individuelles propres. Et il devient alors tout naturel de chercher à fixer certaines des particularités constatées.
Or, c'est par la sélection que l'agriculture, l'horticulture et l'élevage sont arrives à fixer des variétés innombrables issues de mêmes
espi'ces, et ce sera par la sélection que nous arriverons à fixer des types à'tlevca brasiliensis à grand rendement. La transformation cherchée sera longue et progressive ; mais les arbres se perfectionneront de génération en génération, donnant, à chaque étape, des sujets plus parfaits pour arriver, peu à peu, au bout d'un nombre d'années certainement assez considérable, à la création de quelques types à grand rendement neltement spécialisés à des situations diverses.
Eu même temps s'étendra l'aire géographique du gommier du Para.
Variations botaniques et plvjsiologifjues. — Examinons maintenant attentivement l'Hevea et cherchons à découvrir les variations botaniques les plus frappantes de chacun de ses organes :
D'une façon générale, le système radiculaire de l'Hevea bi-asiUensis est double, c'est-à-dire que chaque arbre possède une racine pivotante et des racines fasciculées naissant directement à la base du tronc. A la germination, nous voyons une écale se soulever sur la. graine, comme un opercule, pour laisser apparaître la radicule qui se courbe bientôt vers la terre. Puis naissent à son extrémité des bourgeons qui vont former un faisceau de racines secondaires fasciculées en même temps que le pivot s'enfonce dans le sol. Sur des graines en germination et sur de jeunes plantules, nous avons pu constater que le nombre de ces racines secondaires est extrêmement variable; nous en avons compté de 8 à 26. Cliez l'adulte, un des systèmes radiculaires peut se développer plus que l'autre, suivant la nature du terrain; la meilleure situation est pourtant celle qui permettra à toutes ses racines de croître simul-
lix;
JOURNAL IfACltlcn.TLIii; TIUil'ir.ALE N" 73
.hiLLir lîlO"
lanémciit. Ceci nous explique cumiiienl il se fail qu'à Siiigaiiore, au jardin de <• Bolanic|ue éconiiiiiiquc ■', des lleveas vivent dans un terrain bas, presque marécageux, el qu'ailleurs on en lenconlre de belle venue dans des plaines à sol profond ou sur des collines.
Les variations du tronc portent surtout sur ses dimensions. C'est ainsi que des arbres de 9 ans, dont les graines proviennent de la même source, mesurent en moyenne ici, dansleSud- Annam, 81'"'. 00 de circonférence à ) nièlre de
l'ig. S. — llevea ltrasilieiixif.\
Fruits ;"i trois et quatre roques.
Oiainc orfliiiaire vue sur les trois faees.
Giaine earoiu-iiléc vue sur li'< linis f.-ices.
I^éduil'.
la base, tandis que les extrêmes vont de 0'",fit1 ;•» I^.IO.
Sa tige, droite en général, iiorle de nombreuses branches, qui peuvent ne se développer qu'à plusieurs miJtres du sol, mais se di-essenl parfois à une faible hauteur et sont alors accompagnées de légères branches jiendaiili's qui meurent au fur et à mesure que l'arbre grandit.
L'écorce est plus souvent gris brun et légùrcmenl fissurée à la surface; ou bien elle est fortement rugueuse, s'en allant en écailles
brunes plus ou moins foncées. On rencontre aussi des arbres recouverts d'une sorte de liège assez épais qui gène les instruments de saignées. Mais ce ne sont pas là des caractères qui puissent pcrmelire de cimclure à des variétés diUérenles de la même espèce.
L'écorce est fréquemment mince, les laticifères se montrant presque à fleur de peau; mais le plus géni'ralement elle est assez épaisse, de sorte qu'il faut faire une entaille de 4 à o inillimèlresde profondeur avant de voir apparaître (juelques gouttes de lalex.
La couclie du liber est elle-même plus ou moins développée el semble devoir nous intéresser particulièrement, puisque c'est elle qui contient les vaisseaux lalicifèri's: ce))endant ce n'est pas enct)re là un critérium nous permettant (l'anirn-.er la valeurd'un arbre: l'expérience nous montre en e(Tet (|ue dans l'un et l'autre eus nous pouvons avoir de bons et mauvais rendements.
Toute personne qui s'est lant soit peu occupée des Heveas, a pu remarquer combien leurs feuilles présentent de diCférences sensibles dans leurs formes et dans leurs dimensions; mais la [iratique des saignées nous montre que ce n'est pas encore là une particularité qui puisse nous permettre de distinguer un bon d'un mauvais caoulchoutier.
Nous avons déjà signalé^l) que l'on peut parfois compler au périanlhe des Heurs femelles comme au périanthe des fleurs mâles de 6 à 7 pièces sèpaloïdcs au lieu de 5. que l'on trouve le plus fréquemment. Celte particularité se préseule, non seulement sur des arbres dilférenls, mais encore sur le même individu el dans la même intlorescence, qui peut alors porter les doux genres de fleurs. Nous n'avons jamais rencontré d'arbres n'ayant que des Heurs à 7 ou 8 pièces au pi'rianthe.
Le fruit de VHevea 6ro.<(/ie»i.sis est, dans l'immense majorité des cas, formé d'une capsule à trois coques; cependant, il nous a été donné d'en observer cette année à quatre loges contenant chacune une graine bien développée. Comme pour les lleurs, les fruits quadriloculaires ne se rencontrent jamais seuls sur hmême arbre, où ils sont toujours accompagnés de capsules triloculaires.
Jusqu'à ce jour, les botanistes n'ont pu dire d'une façon précise si la graine de lllevea
(1) Rtiltelin Kco)iomi</ue île t Indo-iliiite, n" 4i. août 190.").
Juillet 1007
étaU caronculée ou si elle ne IV'lail pas. Pour mon compte, jusqu'en 1906, je n'avais pu constater personnellement la présence de caroncules sur les graines. Cependant, au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, M. Poisson' me montrait en 1905 un dessin d'après nature représentant une graine d'Hevea caronculée. De retour en Indo-Ciiine, j'étais résolu à élucider ce point particulier, et j'ai suivi pour cehi le développement de la graine sans apercevoir jamais la moindre trace de caroncule. Mais ii la récolte, j'ai pu examiner de rares spécimens qui en étaient pourvus. Il ne nous est permis de tirer de lii qu'une conclusion : l'extrême variabilité de VfJpvea brasiliensis.
Dans une plantation d'Heveas la végétation n'est pas homogène, la chute des feuilles, la tloraison et la fructification n'ayant pas lieu en même temps chez les divers sujets. Il y a là un fail intéressant à noter, car le rendement en latex augmente lorsque les feuilles commencent;! jaunir pour diminuer rapidement jusqu'à devenir parfois nul avec l'arrêt complet de la végétation ; et cela même chez les meilleurs Hevea.'5. Ceci connu, il nous en faudra tenir compte lorsque nous poursuivrons la sélection des arbres, car nous devons chercher à avoir une plantation homogène de sujets analogues obéissant aux mêmes inlluences.
Les Heveas qui, dans l'année, tieuriront les premiers et, par conséquent, dont les graines arrivent les premières à maturité, sont en général des sujets à faibles rendements, tandis ([ue les types les meilleurs sont moins précoces. C'est ainsi qu'à Suoi-Giao, en 190(3, les semences des arbres choisis parmi les meilleurs ont été, pour la plupart, récoltées les dernières. Il y a un certain nombre d'exceptions à celte règle dans un sens ou dans l'autre ; et comme ce sont précisément ces exceptions qui font le sujet de cette étude, il nous en faudra tenir compte, car leur connaissance peut nous être utile à l'appréciation de la valeur des différents sujets. On peut ainsi conseiller de ne pas récolter les graines qui, dans l'année, arrivent les premières à maturité.
Les arbres de six, sept ou huit ans que nous avons pu examiner jusqu'à ce jour ne portaient pas tous des graines. Mais il arrive parfois que desHeveas de quatre à cinq ans fructilient déjà; pourtant, en général, ce ne sont pas les mieux venus; au contraire, dans la suite, ils
ne donnent que des rendements inférieurs. C'est du reste là un phénomèni' d'niiire n iturelcar la souffrance porte à la repniduclion. Cette particularité nous conduit ainsi à ne pas employer pour la iilantation les semences issues d'arbres très jeunes.
Jusqu'ici les Heveas de Suoi-(jiao n'ont porté des graines qu'une fois par an, tandis qu'à Singapore et à Ceylan ils fru(;tillent deux fois. Il y a là une influence cliinalubigiquc qu'il es bon de noter atin de bien montrer l'importance de la création d'une race d'Ileveas acclimatés à rindo-Chine.
Nous avons déjà moniré que la teneur du
Comparaison de la teneur du latex en caoutchouc au rendement journalier.
P.ARCELLE I'; 93= Saignée; 12 Janvier 1907.
NCMÉllns
VOI.r.ME
TiTiu:
CAOCTCHOL'C
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.lu I.TlOX
sec récolté
tl'*3 Heveas
lalex m:,. lié
Hll cnuuh'jiu
par arbre
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'•,3-;igr.
311, Ki
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li.K'.'t
Classement d'après le ruinieiiien
en latex :
X»s IS, 12, 13, 11, 1.5, 111,
Classement d'après le rendemeii
en latex : ||
iN"s 18, 12, 13, 11, 15, Kl,
latex en caoutchouc diminue snus l'inlhience des saignées répétées, et que le volunu' que l'on en peut recueillir est d'autant plus grand que sa richesse est moins forte. Il était intéressant de savoir si, à un moment donné des saignées, la composition de ce latex est idenlique d'un pied à l'autre.
Or, l'expérience nous montre qu'il n'en est rien. En effet, lors des premières incisions, le latex des Heveas, peu abondant, s'écoule assez lentement; cependant, sur certains sujets, il est tellement riche, tellement épais, qu'il reste coagulé sur la plaie, et ce n'est, alors, qu'après vingt ou trente journées de traitement consécutif que l'on arrive à faire donner à ces arbres un rendement appréciable, les .(utres caouchouliers donnant aliu's leur maximum.
Plus tard, cette différence de constitution subsiste encore. Pour nous en rendre compte,
.KilltWI, |i\r,lilCULÏL'HE TKUl'ICALl-: N" 73 — Ji ii.i.ii 1!)()7
nous avons soumis à ranulyse, le même .joiir. le lalex de diflérenls arbres du neuf ans de même origine, plantés sur le même soi. el présenlanl un état de végélaliou idontitiuc. Nous avons pu ainsi constater une inégalité frappante de leur teneur en caoulcliouc. Cependant, en général, les Iloveas qui fournissent la plus grande quantité de latex sont aussi ceux dont le rendemenl en gomme élasli(|ue est le plus considérable. Les quelques cliiirres du tableau de la page précédente nous le montrent d'une fagou très nette.
Quoique, dans les deux résultais de classement fournis par l'expérience, le résultat se trouve idcnliquc, il y a pourtant dans la plantation des arbres qui, tout en se monlranl, sans doute, supérieurs au point de vue lalex, sont inférieurs au point de vue caoutchouc. Mais il est facile de concevoir qu'il n'est possible de trouver cette anomalie apparente que cliez les lleveas à rendements voisins, car, dans l'expérience, les teneurs du lalex en caoulcliouc no varient qu'entre des limites assez étroites : 29,2:5 ii 39,74 "/.,.
Ainsi, dans la pratique, l'élude des rendements en lalex sera suffisante pour permeltre de se rendre compte de la valeur ruUurale comparative de Ions les arbres.
Il est de notion courante qu'il existe des différences énormes de rendement en caoutchouc d'un arbre ;"i l'autre; il nous est donc permis de conclure que c'est un fait général. Et je crois devoir, à mon tour, insister, en conseillaul de consulter le lableau de rendements que nous donnons dans le chapilre suivant. Je pense qu'il aura alors suffi au lecteur de voir que sur deux arbres de neuf ans :
L'un, n° 1, a donné o',83:i de lalex correspondant à i kg. 864 de caoutchouc;
L'autre, ii" 118, a donné 0',428 de latex correspondant A 0 kg. 130 de caoutchouc, pour qu'il lui vienne immédiatement à l'esprit que les graines provenant du premier doivent fatalement fournir de meilleurs résultats culturaux que celles provenant du deuxième.
Notons toutefois que les rendements en gomme élastique sèche commerciale ne sont qu'approximatifs. .Nous avons pris, en elVel, pour les évaluer, comme titre du lalex, la teneur moyenne en caoutchouc (31,30 "/o) de la récolte en 145 jours de saignées sur la parcelle H pendant la campagne 1906-1907. On conçoit facilement, en eU'el, qu'il nous était
matériellement impossible d'analyser, tous les jours, le lalex de 140 lleveas saignables qui la constituent. Cela aurait, du reste, élé parfaitement inutile au point de vue de la sélection, comme nous l'a montré précédemment l'étude des dilTérences de constitution du lalex.
Rien, extérieurement, ne pouvait nous faii'e prévoir ces variations énormes de rendement. Le développement des deux arbres étant à peu près identique i
N° 1. Circonférence à 1 mètre du sol le 2:; juillet 19(H), ()"',77.
N° 118. Circonférence à 1 mètre du sol, le 2r> juillet 190C, 0"',tSU.
Quoique nous puissions relever une légère dillérence dans les dimensions des feuilles, l'état des deux arbres est à pou près le même, comme pour les autres caractères botaniques. Cela nous permet de constater, une fois de plus, que ces variations étant indépendantes les unes des autres, nous n'avons pas atfaire à des variétés de la même espèce, mais bien à des différences individuelles propres, dont nous pourrons fixer les plus importantes par la sélection.
Dixcuission « propos du la sijleclion. — L'exairuMi attentif que nous venons de faire des particularités botaniques el ])hysiologiques de V Hi'ci'd lirax'diensis nous mon Ire l'extrême variabilit(' de celte espèce. La sélection universellement pratiquée avec succès, nous permettra de lirer parti de ces connaissances, de sorte que l'on choisira toujours pour la plantation les semences donnant les meilleurs rendements.
Cependant, il a élé fait, à ce sujet, quelques objections auxquelles je veux répondre avant d'entrer dans la pratique de la sélection.
1" « Tout d'abord, a-t-on dit, vous ne savez pas encore ce que donnera celle mélhode appliquée à l'Hevea, il y a trop peu de temps encore que celte espèce a été introduite en Indo-Cliino. »
— Évidemment, je ne puis encore donner les résultats d'une expérience personnelle faite dans le sens que j'indique, ce]>endant la sélection appliquée, soit aux animau;, soil aux végétaux, a donné des résultats tellement constants, tellement probants, qu'il nous est bien permis, je suppose, de croire [que l'Hevea ne fera pas exception à la règle. Du reste, si je ne puis encore donner les résultats de l'expérience positive, je puis au moins donner ceux de l'expérience négative, ce qui revient <^
JiiLLET 1907 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
peu près au même. Comme bien l'on pense, les premières graines que produisil la plantation du Suoi-Giao furent recueillies avec soin et donnèrent de jeunes plantules qui furent repiquées dans un excellent terrain, ayant servi à des pépinières, à côté d'Heveas plus âgés. Or, je l'ai montré précédemment, les premiers Heveas qui portent des fruits sont en général des arbres malingres, donnant du moins les [iremières années de fort mauvais rendements. Ce sont précisément des graines issues de pieds semblables qui ont donn(' naissance à ces arbres, qui ont maintenant quatre ans, et dont la croissance est, comparativement, bien inférieure à celle de leurs voisins. Bien plus, M. Permn, qui est cbargé des cultures de la concession de Suoi-Giao, me montrait, ces jours derniers, un de ces jeunes arbres qui avait été fortement blessé et qui portait déjà des fruits. Un heureux accident a achevé de le détruire; mais je ne pense pas que, si ses semences avaient de nouveau été récoltées, elles aient jamais pu donner naissance à des sujets bien brillants.
En l'envisageant à un autre point de vue, cet exemple vient encore renforcer notre thèse. En effet, cela prouve que les arbres à fructification précoce peuvent transmettre cette propriété à leurs descendants. II est donc assez probable qu'il en sera de même pour d'autres caractères et notamment pour les rendements en caoutchouc. Toutefois, comme pour toutes les autres espèces végétales issues de semis, il faudra nous attendre à voir des dilTérences sensibles entre les pieds issus de semences provenant du même arbre, et cela, surtout au commencement de la sélection.
2° On a dit aussi : « Oui, la sélection est certainement à recommander, mais comme les arbres ne donnent pas de bonnes semences avant sept ou huit ans auminimum, âge auquel on peut commencer à faire un choix judicieux des porte-graines, chaque étape demandera au moins une période égale, de sorte que, pour arriver au type fixe à grand rendement (|ue vous nous annoncez, il faudra un nombre d'années tel que nous ne le verrons jamais. »
— Certainement, le résultat cherché ne sera pas immédiat, mais il est permis d'affirmer qu'à chaque étape correspondra une amélioration de l'espèce. C'est ainsi que le planteur qui pratiquera la sélection d'une façon raisonnée, obtiendra chaque fois un résultat partiel dont
il tirerabénéfice. Celte amélioration sera donc bien immédiate si les types fixes à grands rendements ne sont pas encore créés. C'est du reste dans cette voie que nous convions à entrer tous ceux qui voudront se livrer à la culture de l'Hevea.
3° « Quelques personnes ont pensé que l'Hévéa non sélectionné donnait des résultats satisfaisants et qu'il était inutile de changer de manière de faire. "
— Je répondrai à cela par une simple comparaison : les quinquinas qui ont éti; judicieusement sélectionnés à Java ont (lonn('' des résultats tels que leur culture a été quasi abandonnée à Ceylan, oii ils ont d'abord été importés.
A" « On a encore objecté que les graines d'Hevea étant encore assez rares, il valait mieux toutes les planter, au risque d'avoir une proportion de sujets à faibles rendements, que d'en laisser perdre une seule. »
— Tel n'est pas mon avis : nous pensons, au contraire, qu'il est préférable de faire moins et mieux que de faire beaucoup et efîectuer du mauvais travail. De plus, nous ne conseillons pas de ne planter que les graines issues de quelques pieds exceptionnels, mais bien seulement d'éliminer toutes les semences venues d'arbres dont les rendements sont, à chaque série de mensurations, au-dessous de la moyenne. Dans ces conditions, il n'y a, à peu près, que les deux tiers des graines qui ne sont pas utilisées. Il y a du resté aujourd'hui assez d'Heveas à Ceylan, en Malaisie et dans nos colonies d'Asie, pour permettre le choix judicieux des porte-graines, sans pour cela diminuer de beaucoup l'importance des plantations futures. Et les personnes qui peuvent faire le commerce des graines, trouveront bien vile une compensation sur la quantité de semences non vendues, en taxant plus cher une marchandise d'une valeur supérieure.
5° « On peut penser, avec quelque raison, que le croisement d'arbre à arbre va entraver la sélection. <■
— Nul doute, rilevea étant une plante monoïque, que le croisement puisse intluer d'une façon très sensible sur la sélection, si l'on ne prend la ])récaution, comme nous le conseil- Ions, d'abattre tous les arbres dont les rendements restent par trop inférieurs durant plusieurs années; mais l'importance de ce voisinage funeste est sensiblement diminuée
JOURNAL DAdHlCULTURE TROPICALK N' T.J
.1iii.li;t i!Mi7
du fait que, d'unf faron géniTale. la floraison des ineillciirs arbres n'a pas lieu en mémo temps que celle des plus niiuvais, quoiqu'il y ail des exceptions à la règle. Mais, quaml hien même celle fécondalion croisée devrait diminuer de moili(5 la rapidité de la sélection, il y aurait, mal};ré tout, amélioration de l'espèce. 6° <• On peut croire encore que celte pratique culturalc doit demander un travail tellement considérahle qu'elle devient par là môme impossible. Si, en ell'et, on doit noter chaque jour la quantité de lalex formée par chaque arbre, les gommiers pouvant être traités suivant la nouvelle nit'lhode employée à Snoi-Oiao, cent ciiuiuanle Jours par an. au niinimuni, il faudra une i'(uiiplaliilili' telle qui' l'un ne pourra s'y livrer ([u'avec un personnel par Irop dispendieux. »
— Mais là n'est pas encore la critique (jui doive nous faire rejeter la pratique de la sélection. En efTet. l'élude approfondie que nous avons faite de la question nous a montré qu'il n'était nul besoin de ce travail considérable, et que quelques rendements journaliers, judicieusement [iris sur chaque arlire, suflisaicnt amplement pour se faire une idée de la valeur réciproque des llevea brasiliensis. Nous verrons, du reste, plus loin, coiiiinent ces mensurations doivent être faites.
7° « Ou a (lit enfin, qu'avec l'âge, il y avait atlénuation des dill'érences individuelles de rendeuient cl que, de ce fait, l'importance de lasélecliiin élail bien diminuée. »
— Nous avons, pour noire romple, constaté pendant plusieurs années déjà, que les lleveas donnant la plus grande quantité de latex ne perdent jjas leur valeur avec l'âge; c'est ainsi qu'ils sont restés en tète, comme rendement, pendant trois années consécutives. M. Cibot a remarqué de même (Le caoutchouc au Hio- Réni, « ,1. d'A. T. »,n° 18) que certains arbres ne donnaient janiius que quelques gouttes de lalrx au fond des tichelas. 11 s'agit bien pourtant, dans ce cas, de peuplements naturels dont les sujets sont certainement très âgés. Du reste, enadmettanl même cette atténuation, elle n'en subsiste pas moins, et, quanti bien même elle deviendrait complète, la sélection aurait encore pour ell'et dr nous donner des Heveas précoces, ce qui n'est pas à dédaigner, lorsque l'on songe que nous devrons attendre au moins six à sept ans avant de pouvoir saigner les arbres.
Comidéralions ^rm'rales au sujet de la pialiquo d'' In séleciion. — .Nous devons maintenant entier dans quelques considérations générales et noter les parlii-ularilés dont la connaissance esl indispensable à l'opr-raliiui di' la sélection.
Après la misi' en train, ([ui correspond à une période de vingt jours environ de rendcuicnls régulièreuumt croissants, la quantité de Inlex fournie chaque malin par un arbre esl assez constante d'un jour à l'autre, si les cnndilious météorologiques ne changent pas subilcmenL Cependant, nous avons remarqué bien souvent des saules brusques que nous ne savons encore à quoi attribuer. Tel arbre, de moyenne inférieure, peul donner un jour une quantité de latex bien supérieure à son rendement journalier, pour retomber le lendemain à sa production misérable. De même un Hevea qui fournil en général une forte quantité de latex peul. certains jours, tomber au rang des mauvais caoutchouliers.
Nous avons pu constater de nombreux exemples de ce fail, et nous citerons le cas typique suivant :
Le .'î novembre lOOtî, parcelle H, -i'J" saignée, une forlc proportion des Heveas Iraités d'une faion régulière donnent une quantité de lalix bien au-dessus de leur moyenne et, le lendi'rniin. rctombeiil à leurs n'Uilenients précédents, tandis que les arbres (jui, la veille, avaient peu donné, accroissent ce jour-là leur productivité d'ime façon déconcertante quoique aussi fugace. .Nous nous sommes assurés que cela ne provenait pas de la négligence de l'indigène opérant les saignées, el ne pouvons encore que signaler sans l'expliquer celle anonjalie qui se rencontre fréquemment chez les sujets isolés.
Nous lirons de là cet enseignement qu'il ne faut pas se contenter du rendement d'un seul jour pour détei-miner la valeur respective des arbres à caoutchouc.
— Lorsque les feuilles des Heveas commencent à jaunir, le rendement augmente pour diminuer avec leur chute, i)uis arriver à être presque nul lorsqu'elles sont complètement tombées, et reprendre enlin plus lard avec la végétation. C'est là un phénoiuêue très net que nous avons observé sur de nombreux sujets. Notons encore que la chute des feuilles n'a pas lieu en même temps chez les divers arbres, quoiqu'elle se produise à des époques
JiiLLicT 1907 JOUI{.\.\L D'AGlilCULTURE TROPICALE
voisines (janvier et avril). La baisse des quantités de latex récollées n'est donc pas non plus simultanée, et le lecteur s'en fera une juste idée en consultanl le tableau que nous donnons un peu plus loin.
Celte remarque nous intéresse à un autre point de vue. car la floraison ayant lieu en général après la cliute des feuilles, les arbres i[ui lleurissent les derniers et, par conséquent, qui [lerdent leurs feuilles les derniers, seront aussi ceux qui donneront le plus longtemps leur rendement maximum et qui seront le plus longtemps exploitables. L'expérience directe vient du reste vérifier la théorie. Mais comme ceitains arbres, qui ne perdent leurs feuilles que très tard, ne donnent jamais un rendement considérable, ceux-là devront être éliminés.
Cela nous permet de dire qu'il ne faut pas se contenter de quelques mensurations prises pendant la période de la chute des feuilles, pas plus, du reste, qu'il ne faut se borner à noter linéiques chiffres pendant l'époque qui correspond au maximum de rendement, si l'on veut se faii'e une idée exacte delà valeurréciproque des Ilevcas pendant toute la saison des saignées.
— Certainement, la meilleure façon de se rendre compte de la puissance productive de chaque ai'bre serait de mesurer, chaque jour, le latex récolté sur tous les Heveas; nous avons vu, en effet, qu'il était à peu près pro-
portionnel au rendement en caoutchouc. Mais cela demanderait une main-d'œuvre trop considérable, incompatible avec la conduite d'une grande exploitation. Nous avons alors cherché un moyen pratique nous permettant d'arriver, à peu de frais, à une approximation suffisante de la valeur de chaque sujet.
I\iur cela, nous avons suivi les renihMiients particuliers des caoutchoutier.s qui peuphr^utia parcelle II. Cesarijres sont saignés suivant une nouvelle méthode, par ponction sur rigole hélicoïdale, dont nous nous occuperons dans une étude prochaine. Nous avons pu ainsi constater deux faits }ii'écis:
1° Les quantités de latex fournies pai' les premières incisions, pendant la période des orages précédant la saison des pluies, sont, en général, assez faibles, et ce n'est qu'au 'M" ou -'tO" jour de i-aignées consécutives que les arbres arrivent à donner leur meilleur rendement. La récolle est sensiblement égale pendant la saison des pluies pour diminuer avec la saison sèche ;
i" Eu ten;inl c.)mpte du cas de la chute des feuilles correspondant au commencement de la saison sèche, les totaux de 10 saignées faites sur chaque rigiile hélicoïdale sont assez comparables pour se faire une idée de la valeur do chaque individu.
Ces (|uelques chiffres, pris dans nos notes, en sont la preuve.
Rendement en latex de l'Hevea brasiliensis, Suoi-Giao (I'aucei-le M . Ctiaque nombre reprôsenlc le total du latex en centiuièli'es cube^ rei'ucilli en 10 h:.oif.'nées
Niiiiiéros . . .