‹ Journal d'agriculture tropicale: agricole, scientifique et commercialChapitre 37 sur 94 · PARTIE COMMERCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE COMMERCIALE

(Cours, Statistiques, Débouchés, etc.)

HECHT FRÈRES & Cie : Bulletin mensuel du caoutchouc 148

H. HAMEL SMITH : Situation et stocks du cacao, à Londres et au Havre i5o

P. BARDI:Y : Les cafés Moka (Réponse à l'article du n" 22) i5i

i-a flottabiiité du kapok i52

(Correspondances, Informations, Extraits, etc).

J. KARPELÈS : Les exigences de la ramie dans la province de Bengale 164

P. DE SORNAY : Lettre de l'Ile Maurice (Surra. —Cyclones. — Canne à sucre). . i55

M. S. BERTONI : Le Palmier Mbocaya {Acrocomia) du Paraguay (Usages de l'huile. — Commerce de l'amande. — Le brise-noix de Squier) i5(')

F. MAIN : L'emploi du riz dans la brasserie française (Détails pratiques) 15»')

A. COUTURIER : La fumure du coton (Notice sur les expériences de la " Soc. Rhédiviale d'Agriculture » du Caire). . . iSy

Protection des arbres contre les termites (Le badigeon de Gondal) i58

Gains et aléas de Texportation de bananes de la Nouvelle-Calédonie (D'après Davilf.é). i5q

Les recherches hollandaises sur la fabrication et la culture du thé (Notice bibliographique) 1 59

La plus grande plantation de thé du monde. 160

Le patchouli : Provenances, commerce, etc. (Ext. du H Bulletin » de Roure-Bertrand fils) 160

H. DULIEU : Les expériences sur le rendement du manioc, à la ferme d'essais de l'Ile Sainte-Lucre 160

LIVRES NOUVEAUX Annonces bibliographiques, 373-396

sur papier bleu

VIII et IX

FiG. 8

FIGURES

Machines à arracher les souches :

Levier mDnté sur roues. — Fig. 9 : Machine Lamblin.

Fig. 10 : Fardier.

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N'' 23 — Mai ioo3

du Journal d'Agriculture Tropicale

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Le JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

est en lecture sur les paquebots des C'^^ :

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Par O. WARBURG, Professeur à TUniversité de Berlin, Directeur du TropenpUan^er

Traduction annotée et mise à jour par J. VILBOUCHEVITCH

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TroisiÈjMe Année.

No 23

3i Mai iqo3

Mise en culture des Terres neuves

Extraction des souches. — Machines actionnées par des hommes. D'après M. Max Ringelmann (i).

Lorsqu'il s'agit de mettre en culture autour des souches dont la destruction par

un terrain boisé ou garni de broussailles, les agents naturels est très lente; c'est

l'opération la plus difficile, et par suite la la même pratique que suivent de nos jours

plus coûteuse, est l'arrachage des souches les indigènes de l'Algérie et de la Tunisie,

au sujet de laquelle nous résumons les quel- en contournant, avec leurs charrues pri-

ques notes suivantes. mitives, les touffes de palmier nain dont

Quand il s'agit d'arbres, il est préférable l'arrachage leur parait trop pénible,

d'enlever la souche lors de l'abatage; on La question de l'arrachage des souches se

dégarnit le tour de la souche en coupant les présente continuellement lorsqu'il s'agit de

grosses racines horizontales et, avec des mettre en valeur notre beau domaine colo-

cordages attachés à la cîme, il est relative- niai, et pour ce motif, il est utile de faire un

ment facile de faire tomber l'arbre en examen des diverses machines qu'on peut

extrayant la souche en même temps

Le travailprésenteplus de difficultés lorsque, pour divers motifs, on a abattu l'arbre en coupant le tronc à peu de distance au dessus du sol.

Les premiers colons des Etats - Unis, qui étaient très pressés de cultiver et qui d'ailleurs avaient assez de terres à leur disposition, ne se sontpas astreints audessouchement qu'ils con-

employer et qui, pour la plupart, peuvent être établies par un forgeron de campagne.

(Dans ce qui suit, on ne parlera que des appareils mus à bras d'hommes. Nous nous proposons de consacrer un article séparé, aux appareils nécessitant un attelage.)

Pour les petits travaux de débroussement, on peut faire confectionner un levier monté

Fig. 8.

Levier monté sur roues.

sidéraient comme trop coûteux; ils ont sur un essieu porté par deux fortes roues,

coupé les arbres à o m. 20 ou o m. 3o au- comme l'indique la fig. 8; en ti;avail, le le-

dessus du niveau du sol et ont cultivé tout vier AB^ tiré par la corde C suivant la flèche

/, s'appuie sur Fessieu des deux roues R

(i). M. le professeur Max Ringelmann, Directeur qui ont au moins O m. 40 de diamètre; le

de la Station d'Essais de Machines agricoles, nous a crochet A reçoit les anneaux d'une chaîne a autorisé à reproduire quelques extraits de ce chapitre ru A

de son trsiité Travaux et Machines pour la mixe en qu'on passe dans un enfourchement de

■ culture des Terres, analysé dans notre n" IS. — Nous ,rrosses racines mises à jour par undégarnis-

exprimons nos remerciements à l'auteur, ainsi qu'à '^ 1 o j i

la Librairie agricole de la jMaison Rustique, qui nous sage préalable de la SOUche 5"; quand le ter-

a obligeamment prêté les c! chés; ces derniers ne j.^j,-, ^^^ ^^^^ meuble, on cale les roues R SUr reproduisent qu'une partie des figures contenues , v ,

dans le texte original. — N. le la Réd. de fortes planches posées a plat.

JOURNAL D'AGRICULTUPE TROPICALE N» 23— Mai 1903

On peut remplacer l'essieu qui sert de On peut employer un levier horizontal

de point d'appui au levier AB (fig. 8) par un dont le centre de rotation est maintenu à

petit tréteau ou par un chevalet à trois pieds, une certaine hauteur au-dessus de la souche

Lorsqu'il

s'agitde jeunes arbustes, dont la tige, assez longue, a jusqu'à une dizaine de centimètres de diamètre, on peut employer

la DÉPLANTEUSE

Henri Chate- NAY. L'appareil se compose d'un manchon formé de deux demi-cylindres en fonte réunis par des charnières; le

manchon, qui a o m. 3o environ de longueur, est placé à la hauteur voulue, et un

étrier à vis de pression

le serre fortement sur

la tige de l'arbuste à

enlever; sur le côté,

suivant une génératrice

le manchon porte, venus de fonte, trois

ergots qui servent à le

soulever à Taide d'un

levierferré, donton fait

prendre un des crans

inférieurs contre un fer

posé de champ sur un

chevalet portatif de

o m. 60 de hauteur; le

levier, en bois dur, a

de 2 mètres à 2 m. 5o

de longueur. M. Car-

■ Fig. 9.

Machine à arracher les souches, de F. Lamblin.

par une chèvre forméedetrois perchesdebois réunies à leur partie supérieure. On a cherché à rendre cet appareil locomobile, et un de ses modèles, présenté par M . Frédéric Lamblin, figurait à l'Exposition Universelle de Paris, en iSjSffig.g).

La machine Lamblin, des—

RIERE rapporte avoir constaté que, dans les

tinée à l'arrachage des vignes, des palmiers nains, des genêts, des 'ajoncs, consiste en une chèvre qu'on peut déplacer en la faisant rouler sur ses deux roues antérieures; il n'y a pas d'essieu et le bâti est ouvert en avant afin qu'onpuisse facilement placer la machine au-dessus de la souche à extraire. A la partie supérieure de la chèvre est articulé un levier mobile dans le plan vertical ; au petit bras de ce levier est fixée la chaîne terminée par une griffe, l'autre bras recevant les efforts des hommes qui agissent

Fig. 10

Emploi du fardier pour l'arrachage des souches, ^q haut en bas sur une

pépinières de M. Chatenay, à Doué-la-Fon- corde.

taine (Indre-et-Loire), trois hommes (dont L'essoucheuse imaginée en 1860, par

l'un posait le manchon)avecdeuxmanchons, Schuster, garde-forestier saxon, renferme

ont enlevé, en i heure, 5o arbustes dont la dans un bâti en bois, un treuil dont le tam-

tige avait de o m. 04 à o m. o5 de diamètre, bour, solidaire d'une roue dentée, est mis en

N°23 — Mai 1903 JOURNAL D'AGHICULTJRE TROPICALE i33

mouvement par une vis sans fin, horizontale, Sur une traverse placée au-dessus d\in

solidaire de la manivelle. essieu d'un véhicule de ferme (charrette o.

La souche à arracher, qui ne doit pas chariot) dont on avait enlevé le plancher de

avoir plus de o m. 3o de diamètre, est dé- fond, on avait fixé un cric, au moyen de

garnie sur une profondeur de o m. 3o à liens; lorsque la machine était en place au-

o m. 40, et on passe la pince sous la souche dessus de l'arbrisseau, le cric était étayé par

ou sur une de ses grosses racines ; on pose une ou deux jambes de force, appuyées sur

alors la machine en place, on attache les une portion de madrier, placé incliné et

crochets supérieurs de la pince aux anneaux maintenu par des piquets; la souche était

de la chaîne du treuil, et on agit sur la mani- alors réunie par des chaînes avec le patin du

velle. Avec une vis sans fin, à un filet, une cric, qu'on n'avait plus qu'à manœuvrer a la

roue de 32 dents et un treuil de o m. 08 manivelle. Avec le fardier ordinaire ( fig. 10),

de diamètre, deux hommes à la manivelle la chaîne d'attache a de la souche passe sur

peuvent fournir un effort vertical de 3,5 à la traverse ^, entoure cette dernière etle pied

4 tonnes. de la flèche F, à l'extrémité de laquelle on

Suivant le matériel qu'on possède, on peut attache les cordes de traction C; le dessin

modifier la disposition des systèmes d'arra- représente la position du fardier au début

chage; on peut, par exemple, employer un du travail; on cherche à faire tourner la

palan fixé à une petite chèvre dressée auprès flèche F, suivant le sens /", après avoir calé

de la souche. M. Ringelmann a fait aussi les roues R. employer un fardier ordinaire, et également le montage suivant : D'après M. Max Ringelmann.

Le Palmier à huile comme porte-ombre

Projet de vanillerie sous abri de bananiers et d'Ela;is, au Congo Français. — Comparaison des différents arbres porte-ombre dont on dispose au Congo.

Par M. G. Bkrthelot du Chesnay.

Les lianes à vanille peuvent être plantées Au pointde vue du sol, ce partagesera éga-

sur tuteurs vivants ou sur espaliers; nous lementpréjudiciableà la vanille; les terrains,

nous occuperons du deuxième cas qui, seul, même les meilleurs, sont pauvres en humus,

s'adapte au climat et au sol du Congo. qui, seul, en rend la culture possible. On

On sait que l'année s'y partage, comme comprend que, dans ces conditions, il im-

dans toutes les contrées équaioriales, en porte de ne pas appauvrir le sol par l'emploi

deuxsaisons : une sèche et une autrehumide. de tuteurs vivants.

En saison sèche, les nuages, qui recouvrent La plantation sur espaliers est regardée

constamment le ciel, se résolvent rarement comme plus coûteuse, surtout à cause de la

en pluie. Toutes les précipitations atmos- pourriture des barres horizontales et aussi,

phériques se bornent à des rosées abon- parfois, des poteaux. Cette destruction du

dantes, le matin, et à quelques pluies fines, bois oblige à les changer tous les 3 ou

l'après-midi. Or, le vanillier a toujours be- 4 ans, d'où de nouveaux frais; sans parler

soin d'humidité. Pendant les 4 mois de sai- du tort considérable causé aux lianes, dans

son sèche, il n'aura donc que le strict néces- ces nianipulations, parla maladresse et la

saire, et,s'il se trouve planté contreun arbre, brutalité des noirs.

et obligé, par suite, de partager avec son Pour éviter ces changements, et, par suite,

tuteur, il en souffrira fatalement. dégrever d'autant les frais de culture, il suf-

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 23— Mai 1903

fira d'employer des essences dont la durée ont toutes les conditions requises; mais

de conservation corresponde à celle de lava- parmi les innombrables espèces de la

nillerie, c'est-à-dire sept ans. forêt vierge, il y en a qui peuvent rendre les

Ces essences devront avoir un bois inat- mêmesservices. Beaucoupl'ontpensé comme

taquable à l'humidité et auxinsectes; d'autre nous et ont employé ou mis en avant: le

part, elles devront être assez répandues pour citronnier, Citrus limonum (M'limanu des

qu'on n'ait pas à perdre un temps précieux à indigènes); le manguier, Mangifera indica

leur recherche et à leur transport. (M'manga) ; l'arbre parasol, Miisanga Smithii

Trois espèces réalisent ces conditions: (M'CoMBo^CoMBO);rarbre parasol, Ff/exca/'f-

Le Psidium pomiferum ou goyavier tatum[Uis^wGK);\e vicin, Ricinus communis

(N'Geyefou des indigènes) [i\VErythro- [y[o^o),\' &vhrc 9i %xa.\sse, Angokea Klaineana

phleiim guineense (N'Cassa des indigènes), (Isano); l'arbre d'épreuve, Strychnos Icaja

le Gajacum officinale ou Gaïac vrai (N'Bota (Boundou).

des indigènes). Ces différentes espèces ne remplissent pas Dans certains endroits, on pourra joindre ^^^^^ ^^^^^ complète les diverses conditions à cette liste deux autres espèces: le Nouka exigées d'un bon porte-ombre pour vanildes Bavilis et le Sagna des Mayumbés, dont jjgj-g^ j| j^j f^^^ d'abord remplir les condile bois résiste même aux termites ; nous ne ^-^^^^ exigées d'un arbre-abri, pour n'importe connaissons pas la détermination botanique quelle culture : croissance rapide, taille de ces deux arbres. moyenne ne dépassant pas 1 5 mètres, racine On emploiera de préférence le gaïac pour ^on épuisante, feuillage tamisant les rayons les poteaux, en ayant sojn de planter, non solaires sans faire écran, bois mou non pas dans leur sens normal, c'est-à-dire dans cassant, capable de résister au vent, utilisacelui où l'arbre a poussé, mais dans un sens ^j^^^ possible des productions, inverse. Par cette simple disposition, les jtq second lieu, il faut qu'il en remplisse tubes capillaires disposés pour que la sève deux autres, spécialement exigées par le vamonte de bas en haut, se trouveront ren- nillier: d'abord, ilfaut un feuillagepersistant versés-, la moisissure ne pourra envahir le en saison sèche, et, ensuite, une ramuresusbois en les suivant, et la conservation du tu- ceptible d'être aménagée au point de vue de teur en sera notablement prolongée. l'intensité de l'ombre.

La vanille, ayant autant besoin d'ombre En examinant successivement chacun de

que d'humidité, la culture en espalier né- ces arbres, il est aisé de se rendre compte

cessite la plantation d'arbres d'ombrage, qu'aucun ne remplit la totalité de ces con-

Quelles sont les essences les plus propres à ditions.

remplir cette fonction de porte-ombre? Le Manguier et le Citronnieront un feuil-

Voilà une question difficile qui, pour lage très touffu, qui intercepte totalement

n'avoirpas été traitée aussi complètement que les rayons solaires, au lieu de les tamiser :

celle du même genre concernant les ca- la conséquence en est l'étouffement de la

caoyers et les caféiers, n'en est pas moins plante placée sous leur ombre.

fortement controversée! Les deux arbres Parasols sont à bois très

Peut-être, l'accord serait-il plus facile, si cassant, ce qui les rend dangereux lors des

l'on étudiait de plus près la flore spontanée tornades ; d'autre part, ils ne donnentaucun

du pays où l'on se trouve, au lieu d'im- Produit utile, ce qui n'est pas fait pour les

porter à grands frais les arbres à ombrage ^^^^"^ apprécier du planteur, qui n'aime guère

type des autres contrées? Evidemment, voir les terres occupées inutilement ! Enfin,

l'avocatier [Persea gratissima), le filao de ils ont l'inconvénient de perdre leurs feuil-

rinde [Casuarina equisidfolia), le bibas- ^^^ ^" saison sèche, au moment où le va-

sier {ErioboU-ya japonica) et bien d'autres "i^^ier a le plus besoin d'ombre.

, ^ ,1 ■ — ~7~A — T 'a- '• — A ■ ^- T. ... Le Ricin a une racine trop faible qui ne

(i) 11 s agit des Indigènes de race u Fiote » : Bavilis, ^ ^

Bayumbès, Bakounis. luipermet pas de résister aux vents violents

N'^ 23 — Mai igo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

il ne casse pas par morceaux, comme les arbres « Parasols », mais il se couche sur le côté et même se déchausse complètement. LTsano, comme le Strychnos, a une croissance trop lente, et le moindre élagage de leur feuillage met trop longtemps à se combler. Le second a, en outre, l'inconvénient de ne donner aucune production utilisable, et de contenir, dans son écorce, un alcaloïde très violent, la strychnine, que les noirs utilisentdansleur « poison d'épreuve», le fléau de toutes les agglomérations de travailleurs.

Cependant un arbre beaucoup plus répandu que tous ceux-là, l'un des plus communs dans toutes les forêts du Gabon- Congo, puisqu'il forme environ le 1/12 du peuplement, le Palmier à huile, ^/^w guineensis (Liba des indigènes) est tout indiqué pour remplir les conditions multiples du porte-ombre. Sa hauteur moyenne est de 12 mètres. Il est aussi peu exigeant que possible sur la nature du terrain. On le voit indifféremment pousser sur les terrains arides ou marécageux, qu'ils soient formés d'alluvions riches ou de latérite ferrugineuse ; aussi, sa croissance ne gêne-t-elle en rien celle des plantes voisines. Ses immenses feuilles de 4 m. et plus de longueur, s'allongeant dans tous les sens et sous tousles angles, forment, avec leurs folioles constamment mobiles, le tamis idéal. Sa résistance au vent — tant par la solidité de son système radiculaire que par la souplesse de son sîipe — n'a d'égale que celle du cocotier. Grâce à cette propriété, qu'ont tous les palmiers, d'avoir des feuilles à base persistante, il s'ensuit qu'elles ne sont jamais un danger pour les plantes abritées, lorsqu'elles ont cessé de vivre, soit brisées par le vent, soit par suite de l'âge. A mesure qu'elles se dessèchent, elles se rabattent de plus en plus, finissent par prendre la verticale le long du tronc, et c'est en glissant contre lui qu'elles tombent doucement à terre lorsque la dessiccation est achevée.

Quant à l'utilité du palmier à huile, elle est considérable pour le planteur, car elle lui permettra, soit d'obtenir une économie appréciable dans la nourriture de son per-

sonnel, pour le cas d'unepetite exploitation, soit de réaliser un sérieux bénéfice lorsqu'il s'agira d'une plantation considérable.

L'huile de palme(N'zÉTA N'GASSijentredans l'alimentation du noir pour une large part. Elle forme, alliée au piment, toutes les sauces indigènes, « mouamba », grâce auxquelles ils peuvent absorber des quantités considérables d'une nourriture plutôt fade. La quantité qu'ils consomment ainsi par semaine peut être évaluée à 1/2 litre, soit o k, 5oo environ, que l'on peut faire entrer en ligne de compte dans la ration hebdomadaire, qui sera de ce fait dégrevée d'autant. Dans le cas d'une grande plantation, c'està-dire couvrant au moins 20 hectares, les produits des palmiers seront en quantité suffisante pour être considérés comme ceux d'une culture secondaire, capable de parer à la monoculture toujours dangereuse, surtout quand il s'agit de la vanille.

Au Congo, la longueur moyenne d'une feuille de palmier à huile est de 4 m. 11 cm. dans la position horizontale, mais comme elle se recourbe toujours, la surface qu'elle ombrage sur le sol, lorsqu'il est midi, est diminuée d'un tiers à peu près et ne mesure guère que 2 m. 74. Donc, pour que la totalité d'un terrain, planté en palmiers à huile, soit ombragé, il faudra que les pieds soient placés à une distance de 2 m. 74 c. - 2 = 5 m. 48 cm. en tous sens; ce qui fait: 3 33 arbres à l'hectare.

La disposition à adopter pour coordonner une plantation de vanilliers avec celle des palmiers serait de placer, entre 2 lignes consécutives de ces derniers, 2 rangées d'espaliers, distantes entre elles et des lignes de palmiers de i m. 83, soit 37 rangées à l'hectare ; avec la moyenne ordinaire de 71 à 72 lianes par rangée (intervalle de 1 m. 40 entre les plant s), on obtiendra un peu plus de 2.600 vanilliers à l'hectare.

Le palmier à huile commence à produire dès la 5" année, moment où il donne i kg. d'huile et o k. 600 d'amandes. L'année suivante, il donne 2 k. d'huile et i k. 200 d'amande. La septième année : 3 k. d'huile et 1 k. 800 d'amande.

La 8° année, les vanilliers devront être

i36 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N'^ 23 — Mai igo3

arrachés et remplacés par de nouvelles bou- Grâce à cette ombre, la chaleur cachée ou tures, qui demanderont 2 années décrois- directe, qui jaunit et flétrit feuilles et tiges, sance avant de commencer à produire. La en saison sèche, ne pourra se faire senplantation (en la supposant tout entière du tir; la vanille émettra des racinesadventives même âge, ce qui a lieu rarement) ne don- et de longues pousses qui lui permettront, nerait donc aucune recette pendant tout ce Tannée suivante, de supporter sans faiblir temps, sans les palmiers. Ceux-ci entrant cinquante à soixante fruits, alors en pleine production, la moyenne de Le palmier à huile présente un seulinconleur rendement sera désormais de 5 kgr. vénient : c'est celui de pousser assez lented'huile et de 3 kgr. d'amandes. ment; il faudra trois ans pour que l'énorme Enfin, nous arrivons aux deux condi- bouquet qu'il forme au niveau du sol émette tions spéciales exigées du « porte-ombre » des feuilles assez longues pour décrire leur pour vanillerie : la persistance du feuillage courbe à deux mètres de hauteur; à ce en saison sèche et l'aménagement possible moment, il est apte à ombrager les espaliers de ce feuillage pour régler l'intensité de la ayant une hauteur de i m. 60. lumière et de l'ombre. Pendant les 3 premières années, il fau- Le palmier à huile partage, avec beaucoup dra remédier à cette insuffisance des pald'autres arbres, cette faculté de ne pas perdre miers en plantant sur leurs alignements, ses feuilles en saison sèche, moment où le et à égale distance de chacun d'eux, des vanillier, qui vient de donner sa récolte, a touffes de grands bananiers: de préférence, besoin de se refaire à l'ombre, en dévelop- la variété N'Donguila des indigènes, qui, en pant sa végétation; mais il est, pour ainsi 6 mois, atteint 5 m. de hauteur avec une dire, le seul arbre auquel il soit facile de faire longueur de feuilles de plus de 3 mètres. Les donner l'ombre voulue. espaliers seront de cette façon parfaitement L'absence de branches ligneuses permet abrités du soleil; mais il faudra se défier de supprimer lesfeuilles sans blesser l'arbre, des tornades de mars, ces hauts bananiers et sans que le vide subsiste plus d'une sai- résistant assez mal aux vents violents, son. Grâce à cet élagage facile et au comble- Si on a laissé subsister, lors du défrichement rapide du vide qu'il a causé, le pal- ment, des rideaux d'arbres perpendiculaires mier met la vanille, plantée sous son ombre, à la direction des vents régnants, ce qui doit dans les meilleures conditions pour pro- toujours se faire, la plantation sera suffiduire ou se développer. En saison des pluies, samment abritée pour n'avoir à redouter lorsque la liane donnera ses fleurs et aura aucun dégât.

besoin de mûrir ses gousses, quelques coups La 3" année (l'année de culture étant coude « MACHETTE (li », judicieuscmeu t appli- sidéréecommepartantdu i"octobre, moment qués, feront, dans le feuillage de chaque où commencent les pluies et où l'on plante) arbre, un émondage suffisant pour que la la vanille commençant à fleurir, on supprichaleur, l'air et lalumière pénètrent à profu- mera tous les bananiers qui l'ombrageraient sion jusqu'au vanillier. Lafloraison, comme trop, le moment éiant venu pour elle de la fructification, seront abondantes, et, de recevoir du soleil.

plus, les fruits auront cet arôme spécial aux Sept mois après, les gousses de sa

gousses mûries au soleil. i'^'^ récolte produites, elle aura besoin d'om-

Au contraire, à la fin de l'hivernage, lors- bre, et il lui en sera fourni une quantité suffi-

que se terminera la récolte — c'est-à-dire santé par les Palmiers arrivés à la hauteur

en avril — on laissera l'arbre à lui-même, nécessaire pour commencer efficacement

et les dernières pluies suffiront à développer leur rôle de porte-ombre,

de nouvelles feuilles, qui combleront les Les bananiers seront tronçonnés en com-

vides. mençant par la tête, de façon que leur chute

, , „ ; r T7T . , , n'endommage pas les espaliers, et ensuite

(1) Machette, sabre d abattis servant a tous les tra- .

vaux de plantation. déracinés avec soin. Les troncs et les sou-

N^' -3 — Mai i(o3 journal D'AGRICULTURE TROPICALE i3-

ches seront alignés le long des planches trop loin les « malingames » (travailleurs

pour en soutenir les terres et y pourrir. 11 engagés pour une durée déterminée : 6 a

sera inutile de conserver, disséminées dans 8 mois), on aurait intérêt à passer des con-

la plantation, quelques touffes de bananiers, trats à forfait, avec les chefs des villages

comme on le fait quelquefois pour fournir voisins, a raison de tant par pied. Les jeunes

les fibres plates (dont on a toujours besoin Palmiers à transplanter seraient alors ame-

pour ligaturer les lianes), les folioles de nés à la plantation, à très bon marché, par

feuilles de Palmier — soit entières, soit les femmes des villages.

défibrées — pouvant être avantageusement C'est un système que l'on emploie souvent

employées pour le même usage. lorsqu'il s'agit de planter des bananiers en

Pour que le Palmier ait le développement grand nombre, par exemple pour abriter une

voulu à la fin de la 3^ année, il ne faudra cacaoyère en création. Le contrat à forfait

mettre en terre, lors de la transplantation, avec les noirs a l'inconvénient de ne pouvoir

que les plants âgés d'un an. VElœis est être employé lorsqu'on est pressé, car il est

excessivement robuste, et, pourvu qu'on le impossible d'y faire entrer une clause rela-

plante lors des pluies, même si le « ma- tive au temps. Jamais ils ne comprendraient

chette » du noir a endommagé sa motte, il qu'un contrat puisse être résilié, parce que

reprendra avec vigueur. On ne doit pas faire le travail convenu a été fait en 3o jours, au

de pépinières, mais se servir des jeunes lieu de l'êire en lo; le temps chez eux

Palmiers qui poussent à profusion dans le n'a pas de valeur !

sous-bois de la forêt. Il suffira d'y choisir les Dans cette étude, nous avions en vue la pieds hauts de o.8o à i m. : ils se trouvent région du Mayumbé ; mais, il est probable dans les conditions requises. que dans toute autre partie du Gabon- Un travailleur bien dressé peut rapporter Congo, on pourra se procurer à aussi bon a pied d'œuvre, dans sa journée, une ving- compte, quelle qu'en soit la quantité, des taine de jeunes plants à la condition toutefois plants de Palmiers à huile.

de le mettre à la tâche, car pour ce travail, la

-, , G. Berthelotdu Chesnav,

formation en équipe est impossible et, par

suite, aucune surveillance ne peut s'exercer. Planteur a Kakamoeka

Dans le cas où l'on serait obligé d'envoyer (Congo français).

Exploitation industrielle de TAgave americana

, * L'usine de délibralion de Al. FaSio.

Un de nos abonnés algériens, M. Fasio, de Bombay (-< J. d'A. T. » n^^ 7); on ne sau-

qui a jadis visité Maurice, grand centre d'ex- rait plus le nier, la fibre d'A. americana, bien

ploiiation d'aloès ' Foiircroya gigantea), se préparée, trouve preneurs à de bons prix,

livre actuellement à une exploitation régu- sur le grand marché des fibres ; elle y est ac-

Hère de l'aloès local, si commun en Algérie cueillie d'autant mieux qu'il y a pénurie de

et dans toute l'Afrique du Nord {Agave fibres pour corderie, depuis plusieurs an-

americana). Il emploie une défibreuse méca- nées.

nique de son invention. Il nous communique '< En 1901 -, écrit M. Fasio, « j'eus l'idée

d'intéressants détails sur l'accueil fait par de faire décortiquer, à la main, quelques

le commerce à sa fibre, dont les visiteurs du feuilles de nos aloès d'Algérie et d'en en-

Goncours agricole de Paris ont pu apprécier voyer la fibre à l'examen d'une des plus

kl beauté. Le témoignage de M. Fasio s'ac- fortes maisons françaises. Voici ce qu'elle

corJe bien ave: ceux d^ M. Perroid, de me répondit à la date du 3o mai 1901:

Tunis ('( J. d'A. T. .1 n" 4) et de M. Sutkr, « Autant que nous pouvons juger par le

i38 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 23 — Mai 1903

« petit échantillon que vous nous avez en- peu à peu le capital que j'allais engager dans

« voyc, nous pensons : la création d'une usine : je résolus donc de

(( 1" Qu'il serait possible d'en introduire monter cette usine.

« un peu dans notre fabrication et que l'em- « L'inauguration de « l'Usine de Décor-

■ ploi pourrait s'en développer successive- tication mécanique de l'Aloès » avait lieu

» ment. au mois d'août dernier. J'emportai en France

<( 2° Que le prix pourrait en être d'envi- d'ampleséchantillons de fibres d'aloès d'Al-

(' ron... (Ici la maison me cotait un prix gérie, de ma fabrication, qui furent essayés et

qui était le même que celui du Fourcroya agréés par les plus grandes corderies du

de Maurice, dénommé dans le commerce Nord et du Nord-Ouest.

« Aloès de Maurice » et souvent « Aloès » « Je voulais aussi avoir- des résultats de

tout court). pratique acquis à l'usine pendant quelques

« Après plus d'un an de recherches et d'es- semaines de marche normale, et dans cette

sais », continue M. Fasio, « j'ai réussi à cons- intention je fis imprimer des feuilles de jour-

truire une défibreuse qui procède du raspa= nées sur lesquelles sont notés tous les ren-

dor mexicain mais que j'ai profondément déments, les observations, etc., et qui cons-

modifié; elle décortique toute espèce de tituent en un mot un véritable journal de

feuilles d'agaves quelles qu'en soient les di- l'usine. Ces documents devaient dans mon

mensions en épaisseur ou longueur et elle idée venir à l'appui des demandes de con-

donne, de l'avis de tous les gens compétents, cessions que je me proposais de faire au gou-

des fibres superbes (i). Elle défibre égale- vernement de l'Algérie.

ment bien la ramie. « Pendant mon voyage en France je fis

» Donc, au mois de juin 1902 ma machine agréer notre fibre d'Aloès d'Algérie par plu-

à décortiquer était prête; il s'agissait de sa- sieurs industriels en textiles qui me promi-

voir si en décortiquant les aloès d'Algérie, rent d'en prendre, aussitôt que la production

cette industrie pourrait être payante. Préci- serait suffisante, et qui plus est, j'ai reçu

sèment à cette époque il y eut une hausse récemment d'un fort acheteur en textiles de

de près de 5o % sur tous les textiles, hausse Lyon une lettre m'informant qu'il serait

amenée par la guerre des Philippines; je disposé à payer pour ma fibre un cours sen-

pris des informations qui me donnèrent à siblement plus élevé que le cours actuel de

supposer que cette hausse persisterait ; d'ail- l'Aloès de Maurice afin, dit la lettre, de

leurs New-York commençait à accaparer le . s'affranchir de la tutelle des Anglais pour ce

Manille et il y en avait pénurie à Londres, produit. »

où il était remplacé par le Zélande. Le Sisal M. Fasio n'a encore exploité jusqu'ici que

devenu rare à Londres, s'y trouvait remplacé les agaves spontanés de sa région, où .il en

par un Aloès de l'Inde. existe d'importants peuplements. Mais les

« Il n'y avait donc plus à hésiter; il fal- peuplements spontanés ne tarderont pas à

lait lancer cette industrie en Algérie, j'avais, s'épuiser ; ils ne sont d'ailleurs pas toujours

du reste, des applications locales pour la disposés d'une façon bien commode pour

fibre de nos aloès qui me permettaient sinon l'exploitation. Notre abonné songe donc à

de gagner de l'argent mais au moins de join- provoquer la création de plantations ad hoc

dre les deux bouts et peut être de récupérer et d'en faire lui-même, avec usine de décor-

tication sur place.

(i) Dans une expérience récente, on a défibré suc- En attendant, il défibre ce qu'on lui ap-

cessivement du Sisal, du Tampico des feuilles de ^j-te. L'excellente comptabilité technique

Dracœna Qiût tourcfoya, Qn\.\i\ a\i y ucca guatema- ^ .

lensis. LeF. Deledepantii et le Yucca, dont M. Ch. de l'usine a déjà, permis de faire de très utiles

Rivière fait grand cas, ont pu être défibrés sans constavaiions quant aux bénéfices à espérer

préparation préalable ; les teuillesdur. gtganteaont . . . .

Lié d'abord passées au broyeur mécanique, qui les de l'ex p'oitaiion des diverses espèces botaniaplatit sans les écraser. Le cas des Dracœna et du

Yucca est intéressant en raison de l'extrême minceur ^

des feuilles de ces arbrisseaux. Certaines feuilles d'Agaves, courtes et

N"23 — Mai iqo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

minces, contiennent une proportion de fibres très supérieure à celle qu'offre 1'^. americana ; mais, à poids égal, elles prennent plus de temps à décortiquer et nécessitent plus de main-d'œuvre, puisqu'il faut traiter davantage de ces feuilles, plu| petites; or. on met sensiblement autant de temps à défibrer une feuille pesant 5oo grammes qu'une autre pesant i kilogramme.

Les feuilles internes des A, americana, c'est-à-dire les plus Jeunes, fournissent une fibre plus blanche et plus abondante que celle des feuilles externes (feuilles vertes). Cependant, M. Fasio qui ne tient pas à épuiser les peuplements par une exploitation trop radicale, recommande à ses fournisseurs de ne lui apporter que des feuilles externes.

La culture de l'Oranger à Jaffa.

Par M. M. Apfelbaum.

La culture de l'oranger règne en maîtresse aux environs de Jaffa; elle s'étend sur un rayon qui atteint jusqu'à quinze kilomètres au Sud-Est de cette ville, et couvre u ne surface de plus de douze cent cinquante hecia. res dont neuf cents en vieilles plantations et le reste en plantations récentes.

La variété qui s'y est créée, et qui est connue sous le nom d'orange de Jaffa, jouit d'une réputation universelle. Les bénéfices élevés de cette culture la font propager avec activité et l'on est frappé de constater combien d'orangeries sont en voie de création.

Les vieilles orangeries sont très divisées, on en trouve que peu qui ont plus de trois hectares. Par contre, les nouvelles peuvent atteindre jusqu'à dix hectares.

La production s'est sensiblement augmen.

tée pendant ces dernières années. En 1895, l'exportation des oranges s'élevait à deux millions de francs. Aujourd'hui elle aattein^ le chiffre de trois millions de francs.

Terrain. — Les premières orangeries de Jaffa ont été créées sur un sol trop argileux; aussi, ces orangeries tendent-elles à disparaître, le pourridié et autres maladies cryptogamiques y faisant des ravages considérables.

Les nouvelles plantations se font sur des terrains silico-argileux, parfois même sur des terrains tout à fait sablonneux.

Variétés. — Diverses variétés d'orangers sont spéciales à cette région.

C'est tout d'abord l'oranger « Schamouii ■< qui forme le fond des plantations. Cet arbre

a les feuilles très grandes, la tige plutôt grêle, le fruit d'une remarquable grosseur, d'une forme ovoïde, déprimée au sommet, la peau donnant plutôt sur le rouge que sur l'orange, est très épaisse, ce qui lui permet d'affronter les longs voyages. La chair, un peu grossière, mais très douce, ne renferme aucune graine. C'est la vraie « orange de Jaffa ».

Deux autres variétés fournissent plutôt des fruits pour la consommation locale, ce sont l'oranger " Beledy » dont le fruit est rond, la peau fine et la chair très juteuse et l'oranger x Hetmaly " dont le fruit rond et à peau épaisse n'est pas très estimé, mais ces deux dernières variétés donnent de plus nombreux fruits.

Multiplication. — Les anciennes orangeries de Jaffa étaient greffées sur citronniers acides. Aujourd'hui on ne greffe plus que sur limettier (CzYrz/i' Linietta], rarement sur bigaradier. Ce dernier porte-greffe donne des sujets robustes mais il a une tendance naturelle à la biennalité, c'est-à-dire à donner une bonne récolte suivie d'une moindre ; il tarde à se mettre à fruits et est en général moins fertile que le limettier.

La multiplication se fait le plus généralement par boutures, rarement par semis.

Le bouturage se fait en février.

Les boutures qui ont vingt-cinq centimètres de long sont plantées dans des plates-bandes ameublies et bien fuméqs, disposées en contre-bas du sol. Pour les planter, l'ouvrier se sert d'un marteau en bois

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 23 — Mai ir,o3

avec lequel il les enfonce en tapant dessus motte dans le trou, de façon telle que l'arbre

comme sur des simples piquets. Deux yeux soit de trente centimètres plus enterré de ce

sont laissés hors de terre. On plante à un qu'il ne Téiait en pépinière. On rejette la

écartement de vingt centimètres en tous sens, terre autour de la motte, on tasse au fur et à

sans trop s'occuper de la régularité des mesure et on finit par laisser une cuvette

lignes. On arrose copieusement pour ohie- destinée à recevoir l'eau d'irrigation qui est

nir le tassement du .sol aussitôt après la donnée de suite après la plantation, pour

plantation, et on continue les arrosages obtenir le tassement nécessaire à une bonne

toutes les fois que les plantes le réclament, reprise.

Ce sont du reste les seuls soins qu'on donne Les arbres, dans les vieilles orangeries,

à ces jeunes plantes pendant les deux années sont plantés sans aucun alignement, mais

qu'elles passent en pépinière. aujourd'hui on plante en lignes espacées de

Les deux yeux laissés hors de terre se deux à deux mètres et demi en tous sens,

développent et forment deux tiges qui sont Greffage (Roga'a). On greffe en écus-

laissées intentionnellement pour appliquer son, soit à œil poussant, soit à œil dormant,

plus de greffons, et avoir ainsi plus de La dernière méthode est la plus employée,

chance de réussite. elle se fait dans la deuxième quinzaine de

Le greffage ne se pratique jamais en pépi- septembre et se poursuit jusque vers la fin

nière. On greffe sur des arbres plantés à octobre.

demeure, deux ans après la plantation. Pour opérer, on incise d'abord l'écorce du

Préparation du sol. — Le terrain qui sujet en forme de x à trente centimètres de

doit recevoir la plantation est défoncé à la hauteur. On décolle ensuite comme grefl'on,

main à une profondeur variant de soixante une lanière d'écorce rectangulaire portant

centimètres à un mètre. Ce défoncement se un ou deux yeux, qui est introduite dans

fait parfois aussi à la charrue défonceuse, l'incision pratiquée, au préalable, sur le

dans ce cas il ne dépasse pas cinquante cen- sujet. On place deux yeux sur chaque arbre

limètres. pour plus de chance de succès. On attache

Si le terrain est en coteaux à pente rapide, avec une ligature en raphia ou en fibre de

on a soin dele niveler pour adoucir la pente bananier. Dix jours après, on visite les

et on établit des terrasses que soutiennent greffes et on détache celles dont l'incision

des murs en pierres. Par économie, on éta- s'est cicatrisée.

blit sur les murs les canaux d'irrigation. Au printemps, quand la greffe commence

Plantation. — Après le nivellement du à pousser, on supprime complètement la

terrain, on procède au traçagee et à la con- tète du sujet à dix centimètres au-dessus de

fjction des trous pour la plantation. Ceux- l'écusson. Les jeunes pousses sont attachées

ci sont circulaires, de soixante centimètres à des tuteurs qu'on place au pied de chaque

de diamètre sur quatre-vingts centimètres sujet. On ne pratique point d'élagage, on

de profondeur. laisse se développer autant de branches que

Les arbres en pépinière étant très serrés, possible. Le pincement est rarement usité,

la terre y est entièrement occupée par les aussi n'est-il pas rare de voir des jeunes

radicelles, et elles maintiennent si forte- greffes atteindre pendant la deuxième année,

ment la masse qu'on se sert d'une scie pour une longueur de qtiatre et même de cinq mè-

séparer sur trois côtés la motte de chaque très. Lèvent a beaucoupdeprise sur cesarbres

arbre. Celui-ci est ainsi sorti avec le plus Je et cause de grands dégâts dans les nouvelles

terre possible et ne fane pas, même si on le plantations. L'oranger de .laffa, très sensible

transplante en plein été. Aussi plante-t-on aux vents, doit être cultivé à basse tige,

pendant presque toute la saison chaude. Exploitation. L'exploitation d'une oran-

Le moment de la mise en place étant gerie se fait par l'intermédiaire d'un

venu, on comble en partie les trous avec de « beyardji » (jardinier) qui reçoit deux

la terre mélangée de fumier. On met la « kerates » (un douzième) du revenu brut,

N° 23 — Mai 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

ou bien encore le tiers du revenu des légumes, car le plus souvent quand les arbres sont encore jeunes, les indigènes cultivent des légumes, comme culture intercalaire, sans trop s'inquiéter de l'avenir de ces arbres. Les légumes rapportent bien et allèrent ainsi les frais d'entretien pendant les premiers temps. Et puis, le proverbe français : « Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras » n'est pas inconnu des Arabes.

Le beyardji a, à sa charge, la garde de l'orangerie, la replantation, le greffage, la surveillance des piocheurs et l'arrosage.

Travaux et soins de culture. En hiver, les orangers ne reçoivent aucun soin. Ce n'est qu'au printemps que l'on donne un ou deux piochages. Les herbes qui sont alors ■très hautes, au lieu d'être enfouies dans le sol, sont sarclées et jetées au loin.

Le piochage se fait de vingt-cinq centimètres à trente-cinq centimètres de profondeur, à l'aide d'une houe très large appelée « tourieh » que les indigènes manient avec beaucoup d'habileté. Le beyardji, surveillant du piochage, veille à ce que ce travail se fasse par tranchées parallèles (schabta) à la terre retournée, tranchée que chaque piocheur doit avoir soin de laisser ouverte devant lui.

Arrosage . — Le climat de Jaffa est sec. Il y a pénurie d'eau en avril et absence complète de mai à novembre. Pendant cette période on se sert de l'eau des puits pour les irrigations. Cette eau est puisée par des norias et déversée dans des bassins, ad hoc\ et ensuite envoyée dans toutes les parties de la plantation au moyen des canaux en maçonnerie et de rigoles tracées entre les lignes d'arbres.

Les norias Sont actionnées par desmulets, des chameaux ou des moteurs à pétrole.

Celles actionnées par les moteurs à pétrole sont en fer et de construction tout à fait moderne. Les autres sont en bois et d'une construction primitive.

Pour les faibles profondeurs, le chameau est h préférer au mulet, il est plus sobre, coûte moins cher d'entretien et fournit autant de travail que le mulet.

Le débit d'une noria varie de huit à trente

mètres cubes à l'heure, suivant la profondeur.

La profondeur des puits est entre quatre et vingt-cinq mètres. Leurs rendements en eau varient avec la profondeur creusée audessous de la nappe et non avec leurs diamètres.

Dans les terres sableuses, on a souvent à redouter l'éboulement des puits ; il se fait un continuel appel de sable qui est entraîné par l'eau. Les parois, autour de la construction, se vident et il se forme des galeries qui provoquent leur dislocation ; aussi n'est-il pas rare de voir ces puits s'effondrer. C'est là le grand tracas des propriétaires d'orangeries.

L'irrigation se fait dans des cuvettes, mesurant quatre-vingts centimètres à un mètre vingt de diamètre et à trente centimètres de profondeur, qui sont pratiquées au pied de chaque arbre.

On n'arrose que pendant les heures les plus fraîches de la journée. Cet arrosage se donne tous les cinq à dix jours, suivant que les terres sont légères ou compactes.

Les jeunes greffes ne sont arrosées que trois ou quatre fois au plus, pendant la saison sèche.

Binage. — Ce travail se borne à l'approfondissement et au binage des trous d'arrosage. C'est ce que les indigènes appellent « Gaara »; il se pratique en août. On détruit alors les racines superficielles qui seraient atteintes par les instruments de culture et exposées à la sécheresse. On force ainsi l'arbre à émettre des radicelles qui, se trouvant plus bas, ont moins à redouter l'action de la sécheresse. Après le « gaara », pour ne pas exposer les racines nouvellement coupées au contact direct de l'eau, on attend, avant d'arroser, que l'arbre ait bien soif: une quinzaine de jours.

Fumure. — Le fumier est distribué dans les trous d'arrosage, après le gaara, pendant le mois d'août. On emploie le fumier frais, tel qu'on le ramasse dans les étables. On emploie aussi, comme engrais, de la bouse de vache desséchée que les Bédouins ramassent dans les champs derrière les troupeaux.

Cette matière est tellement sèche qu'on est obligé de la piler avant de l'employer. En

'42 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N» 23 — Mai 1903

général, on manque d'engrais et cela se con- que sa grosseur normale, mais elle estencoreçoit, vu la grande quantité d'orangeries. La verte et acide. On cueille par un beau temps question des engrais devient d'autant plus et après que la rosée s'est dissipée. Les ouimportante que les nombreux arrosages que vriers sont armés de sécateurs et coupent le nécessite cette culture, amènentl'épuisement pédoncule au ras du fruit. Une orange dont du sol, le pédoncule est arraché, est considérée Maladies. — Dans les vieilles orangeries comme « sakat » (blessée) et impropre à l'exqui, du reste tendent à disparaître, on trouve pédition. On met les oranges dans des pale pourridié, des lichens et diverses autres niers garnis intérieurement d'une toile. Les végétations cryptogames qui vivent sur les fruitsysontposésavecprécaution pour éviter racines et tiges des orangers. Sur les feuilles les meurtrissures. Ces paniers ainsi remplis on trouve 2 cryptogames, non encore dé- sont portés au magasin où on les vide sur terminés, l'un à filaments incolores, l'autre des paillassons et où l'on procède au triage, à mycélium brun. Les arbres ne sont l'objet Les ouvriers trieurs classent les oranges suid'aucun traitement ; dès qu'un oranger est vaut leur grosseur en ayant soin de rejeter malade, les indigènes plantent, à son pied les blessées et celles dépourvues de pédonmême, un nouvel arbre qui est appelé à lui cule. Après le triage on enveloppe les fruits succéder. Ce nouveau planté reprend et dans du papier pelure et on les place dans pousse relativement bien pendant les pre- des caisses qu'on arrange avec beaucoup mières années, mais il n'est pas appelé à d'art pour éviter les dégâts que provoquevivre longtemps, raient les secousses du voyage. Ces caisses Etant en contact direct avec Tarbre ma- sont séparées en deux compartiments mesulade, il ne tarde pas à hériter de ses parasites rant chacun trente-quatre centimètres sur et à succomber, à son tour, au bout d'une trente-quatre de large et vingt-sept centilutte plus ou moins longue. mètres de hauteur. Une caisse contient de Le Kermès de l'oranger (typhous, en cent quarante-quatre à deux cents oranges, arabe) fait beaucoup de ravages dans les suivant la grosseur des fruits. Si les rangées orangeries. Plusieurs insecticides ont été sont alternées de 4 sur 4 et 4 sur 5, chaque essayés par les Européens, mais aucun n'a caisse contient 144 à i52; si touteslesrangées donné de résultats tout à fait satisfaisants. Le sont de 4 sur 5, elle est de 160, et si elles mélange de savon et de pétrole ainsi que le sont de 5 sur 5, elle est de 200. On n'expéjus de tabac n'inquiètent pas outre mesure die que des caisses ne dépassant pas le nomces insectes. Le bichlorure de mercure et bre de 160.

Tarséniate de soude paraissent faire le même Les très grosses oranges qui ont jusqu'à

effet, aune dose moindre d'un pour cent; à vingt centimètres de long, sont emballées

une plus forte dose les insectes sont tués, dans des caisses plates ne contenant qu'une

mais l'action délétère de ces toxiques se fait ou au plus deux rangées, ces oranges ont leur

alors sentir sur la végétation. La « petleina », clientèle spéciale en Orient; tandis que les

a base de goudron, donne de meilleurs résul- autres sont envoyées dans les plus grands

lars, mais son emploi revient à un prix assez ports de l'Europe et en majeure partie en

élevé. Angleterre.

Toutes ces solutions sont appliquées à La vente se fait à la caisse, mais le plus

l'aide de pulvérisateurs ou de seringues, souvent en bloc (damane). La caisse vaut

dès que les insectes apparaissent. autour de quatre francs. La cueillette est

Récolte et expédition. — La floraison a toujours à la charge de l'acheteur, lieu en mars et la maturité en novembre. On Pendant la saison de la récolte, les plus n'attend pas la maturité complète pour faire grandes maisons anglaises envoient des la récolte. Les expéditions commencent en représentants pour traiter avec les acheteurs, septembre et se terminent en février. Ceux-ci leur fournissent les oranges franco- En septembre, Torange a déj^ atteint près- bord Jaffa et reçoivent un acompte de cinq

N" 23.— MAr i9o3 JOlîRNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

francs par caisse. Si les oranges arrivent en Un hectare rapporte trois mille francs brut,

bon état à destination, les représentants soit de vingt à vingt-trois pour cent du capi-

complètent suivant les prix de la bourse, tout tal engagé. Comme on le voit c'est une cul-

en se réservant une petite commission. ture très rémunératrice; on s'expliquera

Bénéfices. — On estime à dix mille francs donc facilement la fièvre qui règne à Jaffa

le coût d'un hectare d'orangerie en plein rap- pour la création des nouvelles orangeries,

port et de cinq à sept cents francs l'hectare, fièvre dont l'acuité n'est tempérée que par la

suivant l'importance de l'orangerie et la pénurie et le taux exorbitant des capitaux,

profondeur de l'eau, les frais de culture an- M. Apfelbaum.

nuels. Richon Lezion (Syrie), octobre 1902.

Essais de cultures à Pondichéry

Supériorité de l'arachide Mozambique et du coton Egypte. — Le séné de Tuticorin. Par M. A. Poulain, Président delà Chambre d'Agriculture de Pondichéry.

Arachide. — Le rapport officiel du gouvernement anglais, sur l'arachide dans la Présidence de Madras, contient des chiffres intéressants :

La superficie ensemencée à la fin de décembre dernier s'élevait à 42 i .000 acres (environ 170.000 hectares) pour les neuf districts cultivant ce produit ; ce chiffre équivaut à deux fois et demi les emblavures moyennes des cinq dernières années et à une fois un quart de 1901. L'augmentation s'est répartie sur presque tous les districts, mais particulièrement dans celui de South Arcot. On l'attribue principalement à la culture de la variété de Maurice, qui a donné récemment de très beaux résultats. L'état de la récolte est généralement bon, et le rendement est estimé à 83 % de la production normale.

La conclusion de ces estimations est qu'il faut nous attendre à une récolte totale de 2.100.000 balles, ce qui, en déduisant la consommation locale de Soo.ooo balles laisse 1.600.000 balles pour l'exportation; c'est-àdire, un chiffre semblable à celui de l'année dernière (i).

Il y a donc eu augmentation de surface ensemencée, mais il y a diminution de ren-

dement dans les" terres cultivées en arachides depuis plusieurs années. Nos cultivateurs connaissent l'assolement, mais ne le pratiquent pas, par cupidité.

Nos arachides commencent à dégénérer :

la richesse en huile diminue, l'amande est plus petite d'année en année. Si on ne fait pas introduire de nouvelles semences, nous reverrons les mauvaises récoltes.

J'ai fait quelques essais pour me rendre compte de la meilleure variété qui convient à nos terres et à notre climat, et je suis obligé de délivrer la palme aux Mozambique et aux Gambie. — C'est de Maurice que j'ai fait venir quelques sacs d'arachides, semence Mozambique ; je n'en ai pas encore fait la récolte, mais d'ores et déjà je peux constater que mes amandes sont le double des graines qu'on récolte à côté de moi, la plante a eu une végétation magnifique; elle est indemne de la maladie du « puschi » dont vous avez déjà parlé dans votre Journal (1). Notez que j'ai semé en terre non irriguable (sable rouge), mais j'ai fortement fumé en cendres de buis, fumure essentiellement potassique.

Une petite 'plantation de graines de Java a été une vraie ruine. Non seulement le rende-

(i) Une correspondance parue dans un journal de (1 ) Nous avons publié, dès notre n" i.detrèsnom- Ceylan s<ius le titre signilicatiF La résurrection de breux articles sur l'arachide, dont plusieurs de M. Poison dic/îf'r^, et qui nous a été aimablement envoyée i.ain.U n'y a guère de question touchant celte culture, par notre confrère de Calcutta, M. Cn. Judge, estime qui n'ait et éétudiée ou, tout au moins, abordée dans ce l'exportation probable de igoS à 2.000.000 sacs de Journal (Voir igoi, pp. 12, i5, 16, 64, 91, 92, 120, i64lbs; ce serait le record dans cet ordrede transac- 140, n)2; '902, pp. 33, i3i, 159,224, 284, 348: /90.?, lions. — N. D. L. R. p. ■>(). — N. D. !.. R.

144 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 23 — Mai 1903

ment a été pauvre, mais l'huile, dont on Contrairement à diverses autres variétés

retire à peine 3o % , est d'une couleur rouge essayées par moi, telles que le Pernambouc,

tirantpresque sur le brun. Quant à l'amande, le Cambodge dont les capsules se piquent

elle est blanche et présente un aspect très avant maturité, les égyptiens restent intacts:

joli; au goût elle est sensiblementplus douce j'ai compté jusqu'à 25 à 3o capsules par

que les autres variétés. branche.

La variété reçue de la Réunion, a dégénéré Planté en mars, l'égyptien a parfaitement

de 5o '« dès la première année. supporté nos plus grandes chaleurs de l'été.

Celle reçue du Japon adonné un résultat Après la récolte, j'ai rajeuni mes plantspar la

assez satisfaisant la première année, mais à j^^j^g^ ^ 20 centimètres au-dessus du sol;

la seconde la dégénérescence était telle j'ai fortement fumé et irrigué, qu'elle équivalait à un petit désastre

Séné. — Je me suis livré à un essai de séné.

Malgré tout, la seconde récolte fut infé-

™ . . rieure en rendement et en qualité; c est donc

dont la semence me venait de 1 uticonn '

^ , , . , . , en culture annuelle qu il faut traiter ce co-

Inde , qui produit, comme vous savez, la

,.' , . T 1 • •> • 1 tonnier. qualité supérieure. Le produit que ) ai obtenu, a été envoyé à Marseille et a été classé Le cotonnier du Nord, connu sous le nom comme drogue de toute pr-emière qualité. anglais de « Red » (rouge) parce qu'il est de Coîon. — Un petit carré de coton égyp- couleur nankin, assez foncée, pousse très tien, variété Mitafifi m'a donné un magni- bien chez nous et donne un produit que les fique résultat: le coton est soyeux, fin et filateurs achèteraient volontiers pour la fadoux. J'ai essayé de décider aussi nos natifs brication de leurs guinées, mais, comme je à en faire quelques essais mais je me suis ^'ai dit, nos cultivateurs natifs neveulent pas buté à leur routine; on ne fait pas de cul- s occuper de coton, ture de coton de nos côtés, et c'est suffisant A. Poula.in.

pour que personne ne veuille même pas l'es-

Pondichérv, 12 février iqo3.

sayer . •" ^

Conditions et rôle du flétrissage, d'après les dernières recherches de AL Mann.

Par M. Charles Jubge.

On s'occupe de plus en plus, dans l'Inde concours d'innombrables efforts empiriques

anglaise, de l'étude scientifique de la fabri- et individuels.

cation du thé. M. Neuvilli: vous a donné, Il y aune différence énorme entre la façon

dans le n" 18 du « J. d'A. T. », un aperçu dont on faisait le thé dans l'Inde, il y a trente

général des faits acquis dès à présent. Pour ans, et la fabrication moderne. Aux envi-

ma part, plus on avance dans cette direction, rons de 1870, la feuille subissait douze opé-

plus je m'aperçois que la science n'a pas rations distinctes, dont voici Fénumération

grand'chose à apprendre aux meilleurs de (entre parenthèses, les termes anglaisj : nos planteurs; tout au moins, pour ce qui i. Flétrissage (« AVithering »]. — 2. Pre-

est de la pratique industrielle. Des expé- mier roulage (« RoUing )>). — 3. Deuxième

riences précises, exécutées par des chimistes roulage. — 4. Fermentation (« Fermen-

et des bactériologistes compétents, confir- ting «). — 5. Premier bassinage (« Pan-

ment d une façon étonnante le bien fondé ning «). — 6. Troisième roulage. — 7.

des procédés de préparation du thé, tels Deuxième bassinage. — 8. Quatrième rou-

qu'ils se sont établis chez nous h la suite du iage. — 9. Exposition au soleil (« Sunning »).

N" 23 — Mai ioo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

— 10. Premier grillage (« Firing «). — H.Mann, spécialiste attaché à 1' « Indian

I I. Refroidissement (« Cooling ») et Frisage Tea Association » ; ses recherches scienti-

(>< Crisping »).— Deuxième grillage (« Dhoo- fiques ont été résumées dans sa monographie

^ing '')(L)- Tlie Ferment of the Tea leaf,- dont la

Quelle différence entre cette procédure deuxième partie vient de paraître. M. Manu longue et fastidieuse et la fabrication ac- s'est livré, pendant douze mois, à toutes tuelle, qui ne se compose que de cinq opé- sortes d'expériences dans les théeries de l' Asrations : I. Flétrissage. — 2. Premier rou- sam et du Cachar, et il déclare, sans amlage. — 3. Oxydation. — 4. Deuxième bages,qu'ilnetrouverien d'essentielàajouter roulage (souvent omis). — 5. Dessiccation ni à enlever des quatre grandes manipuladans des machines, au moyen d'air chaud. tions classiques telles qu'elles sont prati-

Guidés par la seule observation des résul- quées dans les exploitations bien tenues-, il

tats, les planteurs anglo-indiens ont éliminé se borne à mettre en lumière les phénomènes

successivement les pratiques inutiles; la intimes qui sont la raison d'être des dix opé-

simplihcation qui en résulte est encore bien rations. C'est déjà un grand service de

plus accentuée que ne le laisse supposer la comparaison des deux énumérations ci-dessus : en effet, jadis chacune des cinq opérations, conservées dans le procédé actuel, comportait maints détails pénibles et oiseux, basés sur des idées fausses quant à la nature

rendu, car, comprenant mieux ce qui se passe, les planteurs sauront obtenir avec plus de sécurité les effets désirés.

Nous disions tout à l'heure, que les planteurs ne se rendaient pas compte des phénomènes intimes qui composent la première

des processus intimes. Tout cela a changé phase de la fabrication appelée flétrissage, et

aujourd'hui.

Nos pères ne se rendaient pas compte de la grande importance du flétrissage initial, et faisaient peu attention à cette opération. Ils y voyaient simplement le moyen d'amollir la feuille, afin qu'elle puisse être enroulée. L'oxydation (ou fermentation, comme on disait en ce temps-là) était conduite d'une manière fausse, ce qui causait un échauffement spontané exagéré des feuilles, très préjudiciable à Ir. qualité du thé.

Notre petite liste, de tout à l'heure indique que la fabrication moderne ne com-

qu'ils y voyaient uniquement une condition mécanique de l'enroulage. Malgré cette idée fausse, ces dernières années nos planteurs avaient reconnu que les détails du flétrissage exerçaient une influence décisive sur le résultat final de la fabrication ; et sans bien comprendre, ils s'étaient cependant attachés à surveiller de très près cette première phase de leur industrie.

Une découverte de M. Mann, publiée il y a un an, leur donna raison au delà de ce qu'ils s'imaginaient eux-mêmes. En effet, au cours de sa campagne de 1901, ce savant

prend que quatre opérations essentielles avait constaté, pendant l'opération du flétris- (puisque le 2" roulage n'est pas toujours g^ge, une énorme augmentation de la teneur

des feuilles en enzyme, ce ferment qui règle toutes les modifications chimiques de la feuille de thé dans la suite de son traitement. Dans certains cas, l'enzyme augmente du simple au double; or, il a été démontré qu'une relation directe existe entre la quantité d'ensyme dans la feuille fraiche et la qualité du thé manufacturé. On voit donc tout l'intérêt qu'il y a à conduire le flétrissage de façon à favoriser le développement (i) Le « panning » consiste à chauiler le ilié dans r\ ' uides bassines métalliques profondes, installées sur de de 1 enzyme. Dans sa récente publication, petits fourneaux. — Le c dhooling » consiste à se- yL Mann énonce plusieurs principes suscepcher le thé au-dessus de réchauds, dans des tamis en ,.111 ■ bambou ou en fu de fer. libles de guider les planteurs dans ce sens:

nécessaire). Chacune a sa destination très spéciale : deux sont d'ordre chimique; les deux autres, d'ordre mécanique. L'esprit d'investigation de nos savants se donne carrière principalement suj- le terrain de la chimie et de la bactériologie.

La contribution la plus récente à la théorie de la fabrication du thé est due à M . Marold

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N^ 23 — Mai igo3

En premier lieu, il établit que Tassouplissement de la feuille et raccroissement de l'enzyme ont lieu simultanément, mais sans coïncider exactement ; les deux processus ne marchent pas du même pas.

cinq heures, par exemple) au cas où le flétrissage a été retardé par une humidité excessive de l'atmosphère.

4° Si le planteur désire obtenir un thé parfait, il faut qu'il s'arrange de façon à

Des expériences extrêmement complètes faire coïncider, le plus qu'il pourra, le mo-

et effectuées par tous les temps, ont démontré qu'à la température de 76'^-86'' Fahr. (24° 3o° C), ce qui est l'amplitude normale des oscillations de température dans les flétrissoires en Assam, le développementmaximum de l'enzyme se trouve atteint au bout de vingt heures environ. Le processus mécanique — l'assouplissement de la feuille — est fortement influencé par les conditions atmosphériques : Lorsque l'air est saturé d'humidité, la dessiccation de la feuille se trouve retardée, cela retarde également l'assouplissement et il peut arriver que la feuille soit prête, chimiquement, longtemps avantde l'être mécaniquement. Le contraire peut se produire par un temps très sec.

Une autre constatation vient encore compliquer les choses : c'est que la teneur sn enzyme, une fois arrivée à son maximum, ne reste pas stationnaire, mais décline à moins que les feuilles ne soient enlevées du flétrissoir. Plusieurs séries d'expériences ont prouvé à M. Mann que la perte de ce fait pouvait être très importante.

Sans entrer dans le détail des chiffres, voici les conclusions auxquelles arrive M. Mann :

i" Dans les conditions normales du flétrissage, le moment de l'enzyme maximum

ment de la maturité chimique et celui delà maturité mécanique.

Les planteurs de l'Inde sont à même de se conformer à ce conseil ; ils savent, par des procédés mécaniques, retarder le flétrissage en temps sec et l'accélérer en temps humide; et du moment qu'ils sont avertis, il n'y a pas de doute qu'ils ne s'appliquent à tirer le meilleur parti de cette latitude.

Les autres constatations de M. Mann, touchant le flétrissage, sont d'un intérêt pratique relativement limité :

La feuille flétrie à la lumière se fane (s'assouplit) un peu moins vite, mais s'enrichit d'enzyme un peu plus vite que lorsque le flétrissage a lieu dans l'obscurité. Les expériences de M. Mann, relatives à ce chapitre, me laissent, cependant sceptique quant à la question de savoir si le fait est dû réellement et uniquement à la différence d'éclairage ; en effet, en empêchant la lumière de pénétrer dans le flétrissoir, l'expérimentateur diminuait en même temps, fatalement, l'aération. Au point de vue de la fabrication, il serait d'ailleurs oiseux de nous attarder à la disciission de ce point, puisque M. Mann conclut en faveur de l'accès libre de l'air et de la lumière; or, c'est là, dès à présent, la

coïncide en pratique avec celui où la feuille pratiqua courante des théories indiennes. Il se trouve suffisamment assouplie pour être ne faudrait pas que nos lecteurs se mépren-

roulée; ce qui est fort heureux pour le fabricant.

2" Toutefois par un temps très sec ou très humide, il peut se produire entre les deux processus un désaccord flagrant.

3° A la température observée [jG^-Sô" Fahr.), la feuille se trouve prête, chimique-

nent, c'est de lumière diffuse qu'il s'agit ici ; il n'est pas d'usage, dans l'Inde, de laisser tomber, sur le thé à flétrir, les rayons directs du soleil.

La relation entre l'heure de la cueillette et la richesse en enzyme, n'est encore, à l'heure actuelle, qu'une question d'intérêt

ment parlant, au bout de dix-huit ou vingt purement académique, et les constatations

heures, le degré d'assouplissement atteint de M. Mann sur ce point ne sauraient être

au même moment pouvant être à point ou enregistrées qu'en tant qu'indications provi-

exagéré, selon que l'air est normal ou trop soires et révoquables.

sec. La maturation chimique de la feuille M. Mann estime que de bon matin la

exige quelques heures de plus (jusqu'à vingt- feuille (sur Tarbre) est plus riche en enzyme

^fo ^3 — Mai iqo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

qu'elle ne Test à la tin de la journée; dans fournit le meilleur thé ; dans ces conditions

certaines expériences, il a trouvé une diffé- il est sage d'attendre.

rence du simple au double. Mal-heureuse- Dans un prochain article, nous nous occu-

ment, les planteurs, eux, bien placés pour perons des recherches de M. Mann sur

juger une question de ce genre, ne sont nul- l'oxydation (fermentation) du thé.

lement fixés sur le point de savoir laquelle, Ch. Judge.

de la cueillette du matin ou de celle du soir, Calcutta, mars igoS.

La Question de rÉpuisement des Forêts à Caoutchouc

Considérations sur l'avenir des forêts d'Hevea du bassin de l'Amazone. Par M. Paul Cibot.

Dans de précédents articles, parus dans nos . n""- 18, 20 et 21, M. Cibot nous a raconté, en se basant sur sa longue expérience personnelle dans les forêts du Rio-Beni (Bolivie), comment on saigne l'Hevea (caoutchouc dit de Para), comment on coagule le latex, et ce qu'on obiient de produit par an et par arbre. La question qu'il examine aujourd'hui, préoccupe essentiellement les planteurs qui ont engagé des capitaux dans la culture de l'Hevea et des caoutchoutiers en général; car ils escomptent précisément l'épuisement des sources naturelles.

M. Cibot y croit, même en ce qui concerne l'Hevea, qui est le plus résistant en même temps que le plus important des fournisseurs de caoutchouc connus. Mais même si les « gomales >■ naturels devaient durer plus longtemps, s'en suit-il que les plantations d'arbres à caoutchouc soient condamnées d'avance à la ruine faute de débouchés ? Nous ne le pensons pas, pour cette simple raison que les applications industrielles du caoutchouc n'ont pas dit leur dernier mot.

1 1 est probable que jusqu'à certaine limite encore irès reculée, plus on produira de caoutchouc plus on en usera, surtout si les prix de cette matière première diminuent. Sans même parler d'applications nouvelles, quel ne serait .l'accroissement de la consommation le jour où les fabricants, y trouvant leur avantage, se mettraient à employer du bon caoutchouc, non sophistiqué pour la confection de dilférents objets qui n'ont actuellement de caoutchouc que le nom et qui ne font d'ailleurs qu'un très mauvais usage ?

D'autre part, il est parfaitement possible que le caoutchouc d'Hevea cultivés d'Extrême-Orient ou de Java, revienne un jour à meilleur compte que celui des forêts du bassin de l'Amazone. Cela s'est bien vu pour les quinquinas que le commerce tirait jadis des forêts d'.^mérique ; aujourd'hui Java approvisionne, à peu de chose près, le monde entier. — N. di; la R.

Le caoutchouc naturel d'Hevea est-il susceptible de venir à manquer un jour? Telle est la question qui se pose devant l'emploi, de jour en jour plus répandu, de cette précieuse substance.

Nous connaissons bien, pour les avoir parcourues dans diverses régions, les forêts qui renferment des Heveas, et nous savons l'immensité du bassin de l'Amazone; mais chaque )our aussi, les « gomeros » s'enfoncent plus avant au sein des forêts qui bordentles rivières de ces régions peu connues et après quelques années d'exploitation doivent aller plus loin chercher d'autres « gomales )) vierges.

On nous objectera les gomales du Bas- Amazone qui sont en exploitation depuis trente ans, mais nous répondrons qu'ils ne donnent plus grand produit et que ceux des Tocantins sont épuisés.

Nous avons vu au cours de sept années d'observations que les arbres peuvent être travaillés avec méthode quatre ans de suite, après quoi ont besoin d'une période de repos.

En raison même de ce travail méthodique, les gomales peuvent être repris périodiquement, mais il est hors de doute que si depuis trente ans l'exportation du caoutchouc du Para avait été de 25.000 tonnes comme en 1899, la pénétration des forêts amazoniennesserait bien plusavancéequ'ellc ne l'est aujourd'hui.

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En admettant le rendement de 5oo kg. rés environ qu'il faudrait évaluer la super-

de caoutchouc par an, pour une estrada de ficie de forêts pouvant renfermer des He-

i5o arbres répartis sur une surface de veas. Il convient de déduire la moitié de ce

i5 hectares, les 25 .000 tonnesde caoutchouc chiffre pour la surface des gomales connus

Para exportées annuellement -du bassin de à ce jour; il resterait ainsi 140,000 kilomè-

l'Amazone représenteraient le produit de très carrés de gomales vierges.

7.500 kilomètres carrés de gomales. Or, L'épuisement n'est pas imminent, cela est

le bassin de l'Amazone mesure bien bien certain, mais, malgré tout le vague que

5.600.000 kilomètres carrés, mais il ne faut peuvent avoir de pareilles évaluations, il

pas compter plus du vingtième comme fo- f^^^ envisager le moment où — dans vingt

rets renfermant des Heveas; ceux-ci, en ^ns, dix peut-être — toutes les rivières de

effet, ne se rencontrent pas en peuplements ^g^ immense bassin amazonien auront été

denses, ils sont disséminés dans l'épaisseur fouillées; et c'est alors que, les lianes à

de la forêt qui borde les cours d'eau sur une caoutchouc étant épuisées aussi en Afrique

largeur de plusieurs kilomètres, d'ailleurs et les gomales naturels produisant de moins

très variable. Le reste des forêts ne renferme ^^ moins, la période d'exploitation rémuné-

pas un seul Hevea. Il y a aussi les immenses j-atrice commencera pour les plantations

pampas où ne poussent qu'une herbe dure et d'Heveas qui se feront aujourd'hui, quelques arbustes sans valeur; il y a enfin les marais, les cours d'eau et les régions montagneuses.

Ce serait donc à 280.000 kilomètres car- P. Cii50t

C'est dans ces plantations que nous voyons la réserve de caoutchouc de l'avenir.

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