‹ Journal d'agriculture tropicale: agricole, scientifique et commercialChapitre 40 sur 94 · I . Qqb sacs · texte numérisé non relu

I . Qqb sacs

Toia! 129.688 74.733 sacs

Au 7 mars, le stock à Londres était inférieur de 7.000 sacs à celui de 1902, même date; la différence avait été double (14.300 sacs) dans la première semaine de janvier.

Fait curieux à noter : Malgré les stocks considérables au Havre, il y a eu pendant plusieurs mois, sur le marché de Londres, une très bonne demande à destination du continent, et il ne se passait pas de jour sans quelque vente de cette nature.

Autant qu'on peut en juger par les chiffres qui ont été publiés de temps en temps, les progrès de la consommation ont été comme suit, dans les différents pays.

En France et en Hollande, accroissement peu sensible depuis 1898. Aux Etats-Unis,

la consommation a plus que doublé. En Grande-Bretagne et en Allemagne, augmentation satisfaisante. Aucun progrès en Autriche ni en Russie ; ce dernier pays, avec sa population colossale, ne ligure seulement pas dans le tableau que j'ai sous les yeux.

Ce tableau résume les livraisons comparées de 1898, 1901 et 1902 :

Consommation annuelle, en tonnes :

Gr.-Bretagne. . . 20.38o 18.910 14.330 tons

Etats-Unis 21.920 i8.63o 9.420 —

Allemagne 20,38o 18.240 i5.62o —

France 18.970 i7.65o [7.190 —

Hollande 14.430 14.250 13.670 —

Espagne -^.970 5.840 5. 120 —

Autr. -Hongrie. ^ -T^o 1.660 1.260 —

Total 100.840 q5.i8o 76.61010ns

J'en arrive donc toujours à la même conclusion : La consommation mondiale du cacao va de pair avec les progrès de l'approvisionnement, et lasituation doit être considérée comme très avantageuse pour les planteurs aussi bien que pour les fabricants. A moins d'imprévu, nous avons de bonnes chances de vendre nos cacaos avec la même facilité pendant le reste de l'année courante et l'année prochaine. (i)

Harold Hamel Smith.

'1} <i Gordian », la revue spéciale de Hambourg, organe des chocolatiers, défend avec beaucoup de méthode la thèse opposée et s'eiïorce de démontrer qu'on est à la veille d'une crise de surproduction. Nous attendrons, pour faire part à nos lecteurs des statistiques de ce confrère, qu'il en ait achevé le contrôle; la rédaction du a Gordian » a engagé, en effet, par la voie consulaire, une enquête sur la récolte de 1902. Les chiffres de plusieurs pays producteurs ont déjà paru, mais il en reste encore à recevoir. — .\. d. l. r.

Les Cafés Moka

Origines. — Destinations. — Qualité, etc. Lettre de M. Pierre Bardev

Monsieur, Ce travail est très intéressant mais, puis-

Vousavezbienvoulum'adresserl'épreuve, que vous voulez bien me demander mon

d'un article sur les cafés dits de Moka (i). ^^^^' )^ ^^^^^ ^'"^^i ^1"^ certains points sont à

rectirier ou tout au moins à commenter.

<( Moka » indique bien le pays d'origine et l'ancien port d'expédition du café d'Arabie,

':) P.iru depuis, dans le n" 22 du « J. d'.\. T. », en même temps qu'une analyse de la belle carte de M. Bardey. — N. D. L. R.

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N« 23 — Mai iqû3

Il nV a pas plus de caféiers à Moka même, café. Sa fève est longue et étroite, comme

qu'il n'y a de vignes à Bordeaux ; cependant son nom l'indique, et sa saveur est aussi ex-

les deux appellations sont justes, parce que quise que celle du café d'Arabie, avec un peu

c'est à Moka et à Bordeaux (« c'était », en ce plus d'âpreté cependant.

Il y aurait, à mon idée, entre ces deux provenances une différence de goût que je pourrais comparer à la différence existant entre les vins de Bourgogne et ceux de Bordeaux : l'un est plus sec, l'autre plus moel-

qui concerne Moka) que le commerce des produits respectifs des territoires adjacents, s'est centralisé.

Moka, aujourd'hui totalement déchue et sans commerce, fut une cité importante, trafiquant avec l'Inde et Suez. Et, comme les leux, quoique tous deux excellents, cafés d'Arabie, sortis par Moka, transitaient II faut ignorer complètement l'Yemen et en Egypte, les consommateurs ont cru qu'ils son climat pour prétendre que « cette contrée poussaient dans ce dernier pays. C'est une n'est pas favorable à la production de café complète inexactitude. Auxcaféiersd'Arabie, vraiment bon ». Il y a, au Yemen, environ de Harar et de Kaffa, il faut des altitudes i i 5. oookilomètres carrés de pays à altitudes d'au moins i.ooo mètres, qu'il est impos- allant de i.Soo à 3.ooo mètres, oh la végésible de rencontrer dans la plaine du Bas- tation du caféier rencontre les plus propices NiL conditions nécessaires à son épanouisse- La plus grande partie du café Moka est ^ent: chaleur du jour, fraîcheur delà nuit; consommée en France ; l'Amérique du Nord avec des cours d'eau à débit permanent, qui vient en deuxième ligne. Ensuite, par rang suffisent à toutes les irrigations, d'importance, l'Angleterre, l'Autriche, l'Ita^- I^ P^ut se faire que des cafés venus du lie, l'Allemagne, la Belgique, la Hollande, ^'^^'^ ^^ Egypte, en repartent sous l'étila Suède, l'Espagne et la Russie. ^^^^^^ ^^ « Moka», mais fort heureusement Dans les pays avoisinants l'Arabie, il se ^^' gouvernements respectifs d'Aden et consomme peu de fèvesde café; les indigènes d'Hodeidah ont prohibé l'importation des ayant coutume de boire une infusion de dé- cafés étrangers, de sorte qu'on peut encore se bris de coques et de pellicules, préalable- procurer, dans l'Yemen ce qu'il y a rarement

ment grillés.

Le longberry n'est pas du café d'Egypte : il est le produit des plantations situées dans la province de Harar, aujourd'hui possession éthiopienne. J'en parle par expérience, ayant habité ce pays de i88i à i883, alors qu'il était colonie égyptienne ; c'est bien peut-être la causé de l'origine erronée attribuée à ce

ailleurs : du café Moka pur.

Dans l'espoirque ces renseignements donnés en hâte et que je n'ai pas le temps d'appuyer de statistiques officielles (ce que je ferai cependant quelque jour) pourront peutêtre vous intéresser, je vous prie d'agréer,

etc., etc.

Pierre Bardey.

Aden 20 avril iqo3.

La flotubilité du Kapok

Dans notre n° 16, nous avons publié un long article d'ensemble sur le kapok ou édredon végétal, duvet extrait des gousses del'Eriodendroti anfracluosum, le « fromager >> des colonies françaises. Nous y indiquions, comme principale application de cette matière première, le rembourrage des meubles, matelas, oreillers, etc., mais nous ignorions à ce moment une propriété très intéressante du kapok, qui luiassure de ce côté un avenir particulièrement brillant et le met hors concours, tout au moins pour ce qui concerne l'ameuble-

ment et l'équipement maritimes. En effet, à la suite de notre article, nous avons reçu la visite du directeur d'une Société dont l'objet consiste à exploiter les diverses applications de \a flottabilité du kapok (le principe est breveté). Le dit industriel venait nous demander de le mettre en rapports directs avec les producteurs de cette matière première qu'il achète actuellement sur le marché hollandais, et à celte occasion il nous a laissé un prospectus dont on trouvera plus loin les principaux passages :

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Le kapok, encore presque inconnu dans puces, punaises, mites, etc. Les rats ne le

la marine française, est déjà, depuis quatre mangent pas.

années, couramment employé dans les flottes Les appareils en écorce de liège perdent, de guerre impériales allemande, anglaise et après avoir été mouillés, une grande partie russe, dans les grandes Compagnies de navi- de leur flottabilké ; ils se rétractent et éclagation (suit une liste de quinze noms) et dans tent en séchant. Ils pourrissent très facilenombre de bâtiments de commerce et de ment. Quant au liège calciné, tous ceux qui yachts. ^n oi^t fait usage savent par quels inconvé-

II se recommande par sa flottabilité, sa nients de malpropreté il fait payer sa légè-

commodité, son imputrescibilité. Il est pro- reté relative et quels dommages en résultent,

pfe et économique. ^^^ '-1'-^^ Tenveloppe qui le contient vient à

On rembourre avec du kapok les ceintu- pourrir ou à crever. Le kapok, au contraire,

res de sauvetage, cordelières, bouées, dé- est toujours aussi propre que le coton le plus

fenses, oreillers, matelas, coussins, vête- fin.

ments. Enfin, on l'emploie pour le remplis- Le kapok est souple et doux comme de la

sage des cloisons étanches. soie; agréable à porter, prenant toutes les

Le kapok est doué d'une flottabilité excep- formes, il donne le minimum d'encombre-

tionnelle. Cette fibre est soyeuse, légèrement ment avec le maximum de facilités d'adap-

savonneuse au toucher, inaccessible à l'eau tion.

et capable de porter 3o à 35 fois son propre Les ceintures ordinaires, en liège torréfié poids dans Teau, alors que le liège ordinaire ou non, paralysent les mouvements, rendant porte à peine 5 fois, le liège calciné et le poil la nage, la manœuvre ou le travail impossible renne i o fois. blés, au point que, même en face du danger,

La densité et la faculté d'imbibition du les matelots se refusent souventà les revêtir,

kapok sont infiniment moindres que celles Le kapok, au contraire, épouse tous les

de toutes les matières employées jusqu'à ce mouvements, comme une étoffe agréable à

jour pour la confection des appareils de sau porter.

vetage. Ces qualités ont éié nettement éta- Tout objet composé ou garni de kapok

blies dans les expériences faites à Hambourg devient un appareil de sauvetage d'une efïi-

à Glascow, aux chantiers de Saint-Nazaire, cacité d'autant plus grande que cette appli-

au Laboratoire allemand des brevetsdont on cation peut être étendue à une grande quan-

connait la sévérité, etc., etc. tité d objets nécessaires pour d'autres usages

Une expérience faiteau Laboratoire indus- à bordde touslesnavirçs etdesembarcations.

trieldeM. Mazure, a donné les résultats Et cela, non seulement sans augmentation

suivants : un paquet de kapok qui le jour de de prix pour ces objets, mais toujours avec

rimmersion portait 32 fois son propre poids, une économie importante sur leur prix d'a-

portait encore 2b fois après 3o jours. chat et sur leur durée à la mer.

Une telle garantie ne peut être donnée sur Ces applications multiples permettent aux aucun des produits usités en général dans la armateurs des combinaisons exceptionnelleconfection des appareils de sauvetage. Quant ment avantageuses qui leur donnent la taciaux engins gonflés d'air ou de gaz, ils ne lité de fondre plusieurs budgets en un seul sauraient entrer en comparaison, car on peut et de réaliser sur chacun de ces budgets des dire que c'est une question de hasard s'ils réductions notables, tout en multipliant la restent gonflés ou non. sécurité à bord de leurs navires.

Le kapok, par son inaptitude à prendre Un mot d'avertissement encore, aux pro-

l'eau et la facilité avec laquelle il sèche, est ducteurs: Toutes les provenances de kapok

inaccessible à la pourriture, à la fermenta- n'ont pas une flottabilité égale ; la Société

tion et aux mauvaises odeurs. Il est totale- des Engins de Sauvetage n'achète que les

ment inhospitalier aux insectes parasites: lots portant au moins 3o fois leur poids.

JOURNAL D^AGRICULTURE TROPICALE N° 23 — Mai 1903

nCTUflLITÉS

Les exigences de la Ramie dans la province de Bengale.

Par M. Jules Karpelès.

M. Jules Karpelès, de Calcutta, qui nous avait déjà donné, dans le n° i3 du « J. d'A. T. », une note sur son entreprise de ramie, nous écrit à propos de l'article publié dans le n° 22, d'avril igoS :

Dans votrenumérodu 3o avril, vous publiez une étude sur la ramie et faites appel à vos correspondants pour répondre à votre coup de grelot et faire bénéficier de leur expérience la communauté. Bien que le terme soit un peu présomptueux pour le moment et que je craigne fort que ceux qui pourront profiter des bons conseils du « témoin oculaire » cité dans votre numéro d'avril ou de ma minime expérience, for ment à peine une communauté, je serai très heureux si les quelques remarques que me suggère l'article en question vous paraissent de nature à intéresser vos lecteurs, et surtout s'il s'en trouve parmi eux quelqu'un que mon exemple encourage et dont les communications profiteraient à mon entreprise. Je crois qu'en fait d'exploitation agricole de la ramie en grand, nous sommes tous, tant et si peu que nous sommes, logés à la même enseigne et qu'il est plutôt risqué d'ériger en principes les expériences tout isolées et très limitées qu'ont pu faire jusqu'ici les quelques pla"nteurs de ramie qui sont sortis de la période de laboratoire ou, si vous aimez mieux, de jardinage.

L'auteur anonyme cité dans votre n" 22, nous renseigne sur ce qui se pratique en Chine : tout ce qu'il dit est probablement très exact et très bien observé, mais ne peut avoir, comme votre préambule le fait très bien remarquer, aucun intérêt pour l'Européen désirant exploiter la ramie, même avec la main-d'œuvre indigène des pays d'Extrême-Orient; car le China-grass est cultivé par Je Chinois dans son jardin et nulle part jusqu'ici on ne connaît, en Chine, d'exploitation d'un vrai champ de ramie, d'une étendue de plusieurs hectares.

D'autre part la décortication de la tige de ramie se pratique en Chine exclusivement à la main; lorsqu'il s'agit de récolter en vue du transport à l'usine, pour décortication à la machine, on ne saurait donc aucunement se guider sur l'expérience des Chinois.

Je cultive la ramie aux Indes depuis 1898, et mon expérience ne concorde nullement avec celle de votre anonyme. Notre champ deramie primitif, de loacres (environ4hectares) a donné de 4 à 5 récoltes par an tous les ans, sans interruption et sans autre engrais que la restitution au sol de tout ce qu'on lui avait emprunté, sauf la fibre, sans autre irrigation que la pluie, qui tombe de juin à octobre et représente un total de 60 à 65 pouces (i.5oo à i.65o mm.) dans la province du Bengale.

Nous n'avons jamais semé de graines mais exclusivement importé, ou transplanté^ des rhizomes; ces derniers ont toujours donné d'excellents résultats etémettent généralement de i5 à 25 poussespar rhizome en 6 mois, lorsqu'ils ont été plantés pendant lespluies.

Nous avons constaté qu'abandonnées à elles-mêmes les racines s'enchevêtrent et finissent, après 2 ou 3 ans, par s'étoufîer mutuellement, de sorte que l'émission de nouvelles pousses se trouve totalement arrêtée. Mais nous avons aussi constaté qu'en laissant entre les plants un espace de 25 à 5o centimètres environ, que l'on entretient en sarclant après chaque coupe et en pratiquant une taille régulière, des racines, jusqu'à 3 centimètres au-dessous du sol, on obtienî, sans démolir aucunement les souches, une croissance et une production continues.

C'est du moins ce qui s'est produit chez nous de 1898 à 1903. Il est bien possibleque l'avenir nous réserve quelque surprise; cependant, votre éminent collaborateur, le professeur Hilgard, de Berkeley (Californie) a constaté, comme nous, que la ramie peut se passer de toute fumure si on lui restitue intégralement ses feuilles et les déchets de

N^ 23 — Mai 1903 JOURNAL D\^GRICULTURE TROPICALE

décortication. Il est probable que ceci ne s'applique pas à tous les sols, aussi faut-il choisir pour Texploitation de la ramie les sols qui s'y prêtent, et ne pas tenter d'en imposer la culture aux sols qui rendraient nécessaire une fumure artificielle; cela reviendrait trop cher.

Jules Karpelès.

Choses de Maurice.

Les conséquences du surra. — L'effetdes cyclones sur la richesse des cannes.

Lettre de M. P. de' Sornay.

Dans les numéros de 1902 du >< Journal d'Agr. Trop. », vous avez publié quelques notes vraiment intéressantes sur le surra, épizootie sévissant à Maurice (i). Vous me permettrez de compléter ces notes en vous faisant connaître les conséquences de ce fléau.

A part quelques rares privilégiés, tous les agriculteurs de ce pays ont été cruellement éprouvés. Au mois de juin 1902, toutes les mules, constituant le charroi des propriétés sucrières, avaient été enlevées parle surra. Tous les planteurs, à quelques exceptions près, ne possédant aucun moyen mécanique pour apporter à l'usine les cannes à couper, eurent recours à des achats plus ou moins onéreux de bœufs créoles et de Madagascar.

Quelques propriétaires pensèrent trouver leur avantage dans ce mode de travail et surmenèrent ces bœufs afin d'activer leur coupe avant de les voir atteints de la terrible maladie. Au bout d'un mois ils perdirent toutes leurs bêtes dont le nombre s'élevait à deux cents et même davantage pour certains établissements Le résultat finala été que bien des administrateursse sont vus forcés de suspendre leur coupe et de renoncer à la plantation des cannes jusqu'à Tannée prochaine.

Le gouvernement s'occupe d'établir une statistique de la mortalité des équidés et des bovidés depuis l'apparition du surra jusqu'à ce jour. Aussitôt que ces notes auront été pu-

[i) Voyez : « J. d'A. T. », n°' ro, 11, i3, i?, i7.

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