PARTIE COMMERCIALE
(Cours, Statistiques, Débouchés, etc.) HECHT FRÈRES & Cie : Bulletin mensuel du caoutchouc 179
A. PEDROSO : La sucrerie à Cuba . ... 181 L'Avenir du Palmier à huile au Sierra Leone 181
ACTUALITÉS
(Correspondances, Informations, Extraits, etc). H. NEUVILLE : La patate douce des Açores, et son exportation 181
G. LE TESTU : Le Palmier à huile au Dahomey (La question des pulpes épuisées.— L'âge de rapport, etc... — Critique des données de M. A. Iîreschin). . . 182
F. MAIN : Une innovation dans l'huilerie
Pag f s
de coton : Le procédé Me Farland Rey- NOHL i83
A. COUTURIER : Le cacao, et les sols de Samoa (Résultats des analyses chimiques du prof. Wohltmann) 184
Les fruits de la Guinée française, à l'Exposition d'Horticulture de Paris ... 184
L'histoire de l'évolution de la « gratte « de Maurice (A propos d'un vieux mémoire sur la défibration de l'aloës). ... i85
Les bénéfices du dattier dans le Sud-Algérien (D'après le commandant Rose) . . . 186
L'essence d'oranger (« ess. de petit-grain «) du Paraguay 186
Le sol de Java, et l'agrologie tropicale (Les recherches de MM. Kobus et Marr) 187
Le jute et l'abaca au Tonlcin : Raisons qui entravent l'extension de ces cultures (Ex. de la <( Dépêche Coloniale ») r88
L'exploitation du cocotier à Samoa : Séchage à l'éiuve. — Main-d'oeuvre. — Bénéfices, etc. (D'après M. de Courte). . . i8g
Les rendements de la canne à sucre aux îles Hawaï (D'après M. Vizzvona) 190
F. MAIN et la RÉDACTION : Les chanvres de Manille et de Sisal et les fibres concurrentes, au point de vue des moissonneuses-lieuses (Les expériences de M. Max Ringelmann. — La pratique française) 191
Avis aux Abonnés 192
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Annonces bibliographiques, S§ 397-412, sur papier bleu : Afrique en général, Afrique du Nord, Egypte, Afrique Occidentale Française, Djibouti, Abyssinie, la Réunion, Bornéo, l'Inde, Jamaïque, Etats-Unis.— Dattier, Chayotte, Patate douce. Caoutchouc, Gutta, Tabac, Manioc, Papayer, Bois industriels. — Apiculture. — Irrigation.— Ferments VIII et IX
FIGURES
Fig. II : La défibreuse de Torroella
Fig. 12 et i3 : Dessoucheuses à attelages . . . .
178 et 179
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N^' 24 — Juin 1903
LESI°'BBl901-ie02
du Journal d'Agriculture Tropicale
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Le JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
est en lecture sur les paquebots des C'^' :
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Par O. "WARBURG, Professeur à l'Université de Berlin, Directeur du Tropenpflan:{er
Traduction annotée et mise à Jour par J. VILBOUCHEVITCH
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Les abonnés du « Journal d'Agriculture Tropicale » sont priés d'adresser leurs commandes à M. Vilbouchevitch. 10, rue Delambre, accompagnées de mandats de 9 francs, plus le port. Le livre pèse 700 gramires. L'envoi recommandé coûte o fr. 25 en plus.
Troisième Année.
No 24-
3o Juin igoS
Une défibreuse à Henequen, sans chaînes.
La machine de Torroella.
Par M. F. Main.
En décrivant, il y a deux ans, la défibreuse de ToRRic (i), nous avons dit que plusieurs procédés de retournement automatique de la feuille avaient été imaginés au Yucatan ; la machine de Toroella, fort répandue déjà dans la patrie du Henequen, nous en montre un nouveau, mais, quoiqu'il soit fort simple, il ne constitue pas à beaucoup près le point le plus intéressant de cette machine, qui présente ceci de particulier, c'est qu'elle est sans chaînes.
La plupart des machines à défibrer le henequen ont un organe de préhension constitué par une roue dont la jante est embrassée sur une partie de sa circonférence par une chaîne de bronze à larges maillons. La tension considérable que doivent subir ces chaînes pour maintenir solidement les feuilles, l'effort énorme d'arrachement que subissent celles-ci lors du passage au tambour défibreur, enfin la matière même dont sont faites les chaînes, tout contribue à leur usure rapide, et à l'élévation de leur prix lorsque le remplacement est nécessaire.
Aussi s'est-on attaché depuis longtemps à la réalisation d'une machine sans chaînes, travaillant aussi vite que les machines à chaînes, qui, elles, sont à grande production. Plusieurs machines ont été imaginées; malheureusement nous manquons de rensei-
(i) « Journal d'Agriculture Tropicale )> n" i, du 3i juillet Kjoi. — Le présent article a été rédigé à la même époque, des circonstances extérieures en ont retardé la publication. La description donnée se rapporte donc à la machinetelle qu'elle était il y a deux ans ; nous savons qu'elle a subi des modifications, mais il est peu probable que celles-ci aient porté sur les organes essentiels. — N. dk la R.
gnements précis sur leur compte. L'une d'elles (Death, de Leicester) aurait des pinces que les ouvriers ne feraient jamais fonctionner, le travail à la main étant plus rapide qu'en faisant manœuvrer celles-ci. Une autre a été construite et décrite par M. Bœken, mais cet inventeur est revenu depuis, aux machines à chaînes.
Reste la machine de Torroella, dont on trouvera ci-contre une vue très nette.
N'ayant jamais vu cette machine en travail, il nous est impossible d'affirmer qu'elle remplit toutes les conditions requises, mais il est permis de dire qu'une grande ingéniosité a présidé à son établissement.
L'aspect général de la machine (Fig. i i), est celui de deux machines semblables accolées symétriquement, chacune d'elles présentant un organe de préhension des feuilles et un tambour défibreur. Ce dernier ne présentant rien de particulier, nous n'insisterons pas davantage sur sa construction pour aborder immédiatement l'étude des roues qui remplissent le rôle de chaînes des appareils similaires.
Disons de suite que le premier passage des feuilles a lieu devant le tambourdcdroite, auquel elles sont amenées par la roue située en avant et à droite, le sens de la rotation de la partie antérieure de cette roue étant de gauche à droite.
La roue proprement dite (celle qui est montée sur un arbre vertical portant une roue cône à sa partie inférieure), comporte à la partie supérieure de la jante un évidement dont la section est un V à pointe ro-
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gnée. Au-dessus de celle-ci et faisant avec elle un certain angle se trouve une seconde roue qui porte à la partie inférieure du bandage une saillie de même forme que l'évidement ci-dessus. Par conséquent, les deux roues étant en prise sur un point de leur circonférence, la saillie de Tune et l'évidement correspondant de Tauire forment une pince solide, quitient les feuilles dans une position horizontale et les présente ainsi au tambour défibreur. L'arbre de la roue inclinée est re-
à un niveau un peu inférieur à celui des deux précédentes; l'une a un plus petit diamètre que l'autre et tourne à l'intérieur de celle-ci. Elles sont excentriques l'une par rapport à l'autre, et en prise sur une partie de leur circonférence. Mais ici, les saillies et évidement sont plus prononcés, car il s'agit de retenir non des feuilles, mais des fibres. C'est en réalité une chaîne qui entoure une partie d'une roue, mais cette chaîne, au lieu d'être articulée, est rigide (i).
Fig. II. — Défibreuse à Henequen, système Torroella, modèle 1901
lié à celui de la roue horizontale par un joint universel, et son extrémité supérieure est maintenue par un fort ressort logé dans le col de cygne en fonte que l'on voit à l'avant du dessin.
C'est la partie la plus épaisse des feuilles qui est défibrée la première; les roues, continuant leur mouvement de rotation amènent les feuilles à demi nettoyées à la deuxième partie de la machine, d'apparence symétrique, mais un peu différente en réalité.
Ici, les deux roues qui formentpinces sont
Dans l'une et l'autre partie de la machine, les points où les roues de chaque système commencent à être prises ou cessent de l'être sont à peu de distance l'un de l'autre, et les deux systèmes tournent en sens inverse.
Lorsque les roues du premier système, tournant de gauche à droite, ont fait passer
(i)La roue interne n'est pas commandée; elle n'est qu'entramée par la roue externe. Son arbre est monté sur un axe horizontal placé à l'extrémité du col de cygne, et un fort ressort, logea l'extrémité d'un bras horizontal placé au-dessous de ce coldecygne, maintient les deux roues en prise.
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les feuilles devant le tambour, elles les abandonnent alors que les fibres sont tombées en dedans de la plus grande roue du second système. A ce moment, les deux roues excentriques, tournant en sens inverse, viennent en prise, maintiennent solidement les feuilles à moitié défibrées, qu'abandonne à ce moment le premier système de roues et les présentent à un second tambour. — La rotation continuant, les feuilles, complètement défibrées, sont abandonnées et recueillies par un aide.
Disons pour terminer que les roues sont montées sur billes, et actionnées par un seul et même arbre au moyen de deux pignons cônes.
On voit, par cette description succincte, la simplicité de cette machine et sa merveilseuse ingéniosité : plus de chaînes et plus de retournement proprement dit, cause de l'emmêlement des fibres. La force nécessaire est réduite au minimum par suite du montage et de la suppression des tendeurs de chaînes.
Mais s'il est permis de faire une observation sur une machine que Ton n'a pas vu marcher, il en est une qui se présente à l'esprit :
Lorsque les feuilles arrivent à la machine, leur épaisseur ne permet certainement pas l'encastrement complet des deux jantes l'une dans l'autre ; cette hypothèse est d'ailleurs confirmée par la présence du ressort qui les maintient en prise; il s'ensuit que si deux
feuilles d'épaisseur différente se trouvent cote à côte, l'une d'elles (la plus mince) doit être moins solidement tenue que la première. Et si cet encastrement a lieu complètement, il doit en résulter un tiraillement des fibres, encore emprisonnées dans le parenchyme de la feuille, tiraillement qui peut leur être préjudiciable. Il est vrai que c'est la partie la plus mince des feuilles que l'on présente d'abord au pincement, et que cela doit diminuer beaucoup cet inconvénient.
D'autre part, au deuxième passage, les fibres s'opposent moins à la jonction absolue des deux jantes que ne le feraient une feuille, mais cette jonction, qui fait faire aux fibres trois angles brusques, nuit peut-être à leur solidité. Il serait intéressant de savoir si le dommage causé aux fibres au point de serrage est plus ou moins important que celui causé par l'écrasement qui a lieu dans les machines à chaînes.
Quoi qu'il en soit, et en faisant toutes réserves sur le fonctionnement de cette machine, qui est donnée pour défibrer i5.ooo feuilles à l'heure, nous devons reconnaître qu'il y a là une tentative intéressante de substitution aux chaînes d'un organe automatique, plus parfait que les pinces proprement dites, et appelé probablement à être encore labase d'autresmachinesà grand travail.
F. Main, Ingénieur-Agronome
Sucre et Alcool de Bananes
Par m. h. Neuville.
En outre de son rôle direct si important dans l'alimentation, la banane se prête à divers emplois industriels, parexempleà lapréparation de conserves, ou de farines. Nous croyons utile de rappeler ici les essais faits dans deux autres voies moins connues pour l'uiilisation de ce fruit, à savoir : l'extraction du sucre et la préparation de boissons fermentées ou d'alcool.
Il va sans dire que nous ne saurions conseiller a priori la préparation de ces produits industriels. Dans certaines régions, récemment étudiées au point de vue spécial de la banane, la culture n'en a pas paru rémunératrice ; le serait-elle davantage par l'adjonction de sucreries ou de distilleries aux plantations? Il est impossible de répondre à cette questicwi d'une manière générale, mais
ib6
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nous pensons qu'il peut être utile aux planteurs iniércssés de mieux connaître certains emplois et certains débouchés du fruit qu'ils cultivent.
Prinsen Geerligs a obtenu un minimum de 13,08 % de saccharose.
D'après BuiGNET, ces fruits contiendraient (en poids de pulpe fraîche) 10 "„ de
Sucre. — Jusqu'ici, à notre connaissance, sucres réducteurs totaux, ci 5 % de saccha-
l'extraclion du sucre de bananes n'avait pas rose; il est intéressant d'opposer ces propor-
donné lieu à des essais industriels impor- lions à celles que i'on observe dans l'ananas,
tants, mais le journal américain « Tea, où se trouvent i i ,3 % de saccharose et 2 % de
Coffee and Sugar >< nous a tout récemment sucre réducteur (Buignet). Enfin, le « Teys-
appris qu'une Compagnie s'organisait, à mannia », de Java, a dernièrement repro-
Cuba, pour préparer 1.000 barils de sucre
de bananes par jour; nous ne reproduisons
cette information que sous toutes réserves.
Ce sucre se présenterait, à l'état sec, avec
une légère couleur brune; il serait très
, , , ., , , . Dextrose (il 12,70
agréable au gout, et posséderait une saveur Lévulose..'. q/ôo
duii, d'après l'annuaire de la société « Ooftteelt », les analyses de quatre variétés de bananes (pisangs), analyses dont nous extrayons les chiffres suivants :
P.Radja P. Radja sereh P. Mas P.Auibon 10,44 '^>94 5,7(3 11,35 10,08 9.49 rappelant quelque peu son origine. Ajoutons Saccharose 1,94 i,ig 3,86 2,46
enfin qu'il reviendrait à 40 ou 60 % moins Bien qu'il paraisse s'agir certainement ici
cher que la cassonnade ordinaire, et son de fruits mûrs, la teneur en saccharose est
prix de détail suivrait la même proportion. extrêmement faible, et la variabilité ainsi
A ce sujet, il est bon d'entrer dans quel- constatée de cette teneur mérite d'attirer
ques détails sur la teneur en sucre du fruit 1 attention,
en question (1). Chacun sait que la banane, Tout au moins dans les cas les plus favo-
d'abord très riche en matière amylacée, subit rapidement, à la maturité, une transformation qui amène cette matière à l'état de sucre.
Bien que les chiffres indiqués par les divers chimistes qui ont analysé les bananes varient quelque peu, nous pouvons admettre que celles-ci, à maturité complète, contiennent à l'état frais, de i 5 à 20 % (et même parfois 25 % ) de matières sucrées totales, et environ 5o % à Tétat sec. La nature exacte des différents sucres ici présents ne paraît pas avoir été complètement déterminée, non plus que l'influence des espèces ou variétés.
LÉPtNE indique, sur i3,i4 % de sucre total : 9,04 de sucre incristallisable, et 4,10 desucre cristallisable. Corenwinder a trouvé, sur un total de 20 % environ : 15,90 de sucre cristallisable, et 5,90 de sucre inter
râbles, la banane semble cependant pouvoir se prêter à une extraction industrielle du sucre cristallisable ; mais, ici, l'idéal de la sucrerie moderne, la suppression des mélasses, ne saurait, bien entendu, être poursuivi, la forte proportion du sucre incristallisable naturel s'y opposant. Il resterait à aviser au meilleur parti à tirer de ces mélasses.
Alcool. — Il serait possible de convertir en alcool ce sous-produit de la fabrication du sucre de bananes; nous manquons de renseignements directs sur ce sujet, mais, en ce qui concerne l'alcoolisation des bananes elles-mêmes, les renseignements sontau contraire assez précis. Des essais effectués depuis longtemps, ont surabondamment prouvé qu'il est possible d'obtenir un alcool de consommation avec les bananes mûres.
verti (mélange de glucose'et de lévulose) : il ^;^"^ lesquelles la saccharification de la ma
en conclut que les bananes pourraient donner lieu à l'extraction d'un sucre industriel.
(i) Pour tout ce qui concerne les sucres des fruits, et tous les sucres en générai, on consultera avantageusement l'ouvrage de M. Maquenne, dont l'éloge n'est plus à faire (L. .Maquenne : Les Sucres et leurs vrincipaux dérivés. Paris, chez Carréjl.
tière amylacée s'est produite spontanément. Si quelques tentatives récemment faites dans cette voie n'ont donné que de mauvais résultats, il paraît permis d'incriminer les procédés employés, les essais d'industries de
(i ) Glucose.
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fermentations se réduisant trop souvent à des sortes de cuisinages malpropres, dont Tissue ne peut qu'accidentellement être satisfaisante. Tous ceux qui voudront entreprendre l'alcoolisation de la banane d'après des procédés rationnels de fermentation et de distil-
Les 60 bananes employées donneraient 2 1. 20 d'une excellente eau-de-vie.
On a été, dans cet exemple, assez heureux pour rencontrer des levures sauvages réalisant d'elles-mêmes à la fois l'interversion du saccharose et une fermentation normale de la
lation,aboutirontàla production d'un alcool masse sucrée totale. Cette rencontre fortuite
consommable ; nous les laisserons juges de ce tout qui concerne le cote économique de cette industrie, qui sera plus ou moins rémunératrice suivant les localités.
Aux Antilles et en Guyane, on a réussi à préparer des vins de bananes très appréciés, et au Congo, on préparerait, dit-on, un breuvage similaire, qui aurait même la réputation (vraisemblablement usurpée) d'être préventif contre la malaria. Enfin, le D"- Bo- NiLHA, aurait réussi à préparer, avec des bananes fermentées par levures sélectionnées, un alcool comparable à une bonne eau-de-vie de Cognac.
Il y a quelques années, M. Chalot a attiré l'attention sur la possibilité de fabrication de l'eau-de-vie de bananes au Congo, fabrication déjà réalisée au Gabon parles Missionnaires. Voici le procédé qu'il indique : employer de préférence la banane plantain {M. paradisiaca), ou « banane cochon » du Gabon, plus riche en sucre que les autres bananes de la colonie. Prenons comme exemple trois petits régimes d'une vingtaine de fruits chacun; on les laisse mûrir jusqu'à ce qu'ils soient bien jaunes, puis on les place dans une jarre de 5o litres environ, que l'on remplit d'eau. Laisser fermenter pendant trois jours en remuant tous les matins. Lorsque la pulpe est tombée au fond, on couvre le récipient pour empêcher l'évaporation. C'est le moment de distiller, (i)
M. Chalot recommande de distiller deux fois, pour obtenir un produit plus pur. Cette
ne se réalisera certainement pas toujours, et l'on doit s'attendre à devoir provoquerla fermentation du moût de bananes avec des levures pures, sélectionnées, qui tout en évitant la production d'alcools de mauvais goût, amélioreront le rendement..
ScHULTE iM HoFE s'est iuspiré, au moins partiellement, de cette idée, dans les essais d'alcoolisation de la banane qu'il fit, il y a quelques années, au Jardin botanique de Victoria. Il prenait des bananes bien mûres, d'abord dépouillées de leur écorce, puis broyés en une bouillie claire. Tant pour éclaircir ce moût, naturellement glaireux, que pour en intervertir la saccharose, ill'additionnaît d'un peu d'acide sulfurique, et provoquait finalement une fermentation au moyen de la levure de la pulpe fermentée de cabosses de cacao.
Au bout d'une journée, cette fermentation était en bonne marche; la bouillie glaireuse était transformée en une masse claire, liquide, et une sorte de marc s'était déposée au fond des récipients. La masse claire, décantée, était soumise à la distillation; mais, de même que dans les essais effectués avec le produit de fermentation de la pulpe de cacao, le moût fermenté de bananes moussait, et ne subissait que difficilement la distillation.
Vingt litres de moût ferrnenté donnaient 3 1. 2 d'alcool à 71°, 5 centésimaux, soit 2 1, 288 d'alcool à loo", c'est-à-dire 11,44% du moût. Un autre auteur, Ernst Henrici,
rectification serait inutile avec les appareils ^^ Costa-Rica, indique un rendement de 2
perfectionnés du type Egrot-Grangé ou Derov.
(i) Dans le cas où l'on ne soutirerait pas les jus clairs, ou vins, pour les distiller à part, il importerait que l'appareil distiilatoirc soit muni d'un agitateur. Mais la tendance de ces jus à mousser [v . plus loin) parait rendre préférable le soutirage.
à 3 litres d'alcool à 32" Cartier (— 83" centés. environ) par 3o kg. de fruit.
Ce rendement est élevé, si on le compare à celui du produit de fermentation des pulpes de cacao (8",,), ou de l'ananas (5,33), ou encore de la papaye (4,<J5), étudiés par ScHiT.iK iM HoKK parallèlement avec la ba-
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 24 — Juin ipoS
nane. L'alcool de bananes, bien préparé, banane. Nous serions heureux de connaître
serait légèrement aromatique. les tentatives qu'ils pourraient faire, ou voir
Tels sont les renseignements que nous faire, dans les deux voies dont nous venons
croyons utile de porter à la connaissance de parler, des nombreux agriculteurs qu'intéresse la H. Neuville,
L'Irrigation du Riz à Java et aux États-Unis
Notice sur deux récentes monographies.
L'irrigation du riz à Java.
Capitaine F. Bernard : Aménagement des Eaux à Java. — In-4'', 80 p. avec j5 figures dans le texte et 16 planches hors texte. Paris 1903. Librairie Polytechnique Ch.
Béranger. i5, rue des Saints-Pères. Prix: i5 francs.
Ce très bel ouvrage est un rapport établi à la suite de la mission d'études dont l'auteur a été chargé aux Indes Néerlandaises. Il s'agissait d'étudier le système de Java en vue des applications possibles en Indo-Chine. En même temps qu'un relevé très exact de tous les travaux exécutés et de l'état actuel de l'irrigation à Java, le capitaine Bernard dégage du plan adopté pour l'aménagement des eaux des conclusions économiques qui dominent tout son livre et lui donnent une remarquable unité.
Déjà dans une précédente publication sur l'Indo-Chine, parue chez Fasquelle, M.Bernard avait fait preuve de méthode et de sagacité en étudiant les conditions économiques générales de cette colonie.
L'Annamite et le Javanais se nourrissent également de riz ; et pratiquement, qui dit riz, dit irrigation.
Le livre débute par une courte introduction qui établit les diverses phases de l'évolution des cultures à Java, depuis l'institution de la Compagnie des Indes, en 1602, jusqu'à l'organisation actuelle.
L'auteur passe en revue les diverses régions de l'île, les différents bassins, et les barrages et canaux exécutés. Il y a là une étude topographique qui constitue un document d'une grande valeur, sur l'île de Java, et qui est complétée par des cartes très clai-
res. C'est le squelette même de tout le système d'irrigations de Java, avec les fleuves, les canaux principaux et les canaux secondaires, leur direction, leur débit, leurs particularités, et l'indication des régions irriguées, avec leur nature et leur superficie.
Dans la deuxième partie (pp. 36-57), nous trouvons un relevé technique, du plus haut intérêt, de tous les ouvrages d'art existants. Cette partie du livre dénote de la part de son auteur une connaissance profonde de l'hydraulique, et de l'art de l'ingénieur.
Nous ne pouvons mieux faire que d'indiquer ci-dessous les différents paragraphes de ce chapitre : Barrages et prises d'eau. — a) Barrages en glacis. — b) Barrages à parement vertical. — c) Barrages mobiles. — Canaux principaux et canaux secondaires.
— Aqueducs. — Siphons. — Déversoirs.
Quinze figures et treize planches sont affectées à cette partie de l'ouvrage. Nous y remarquons qu'à Java, le canal principal d'amenée forme la limite supérieure des terres irriguées, et que la distribution de l'eau se fait uniquement par gravité, contrairement à ce qui se passe sur le cordon littoral des Etats-Unis, où l'emploi des machines élévatoires est de jour en jour plus répandu.
Enfin, dans la dernière partie (pp. 58-8o), l'auteur examine la distribution proprement dite de l'eau dans les rizières, l'exploitation des travaux et les résultats acquis.
A Java, le gouvernement a renoncé à vendre l'eau; les indigènes se seraient en effet refusés à bénéficier des irrigations si cela avait dû être pour eux une source de charges nouvelles. L'eau est distribuée gratuitement et selon le rendement des récoltes, munitieusement contrôlé chaque année sur un
N° 24 — Juin 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
certain nombre de parcelles; le gouverne- l'ombre, jusqu'à présent, par les nombreux ment s'efforce de rentrer dans ses frais par la auteurs qui ont écrit sur la culture du riz répartition de l'impôt. La distribution de aux Etats-Unis.
l'eau et le roulement des opérations de culture sont soigneusement réglementés, et si l'Etat ne trouve pas toujoursdans ce système les revenus proportionnels aux dépenses engagées (ce qui d'ailleurs, disons-le tout de
La partie descriptive de l'opuscule comprend quelques points particulièrement intéressants : détermination du niveau à donner aux canaux; obstruction des canaux par les mauvaises herbes; description détaillée de
suite, n'est pas son but), il arrive à main- quelques usines élévatoires (« pumping
tenir et à améliorer une situation acquise.
Lorsque tous les travaux en cours seront terminés, le gouvernement aura mis à la disposition des cultivateurs de Java 775.000 hectares de terrains irrigués.
La plupart de ces travaux représentent un débours moyen de 3 à 400 francs par hectare, et si. par suite de conditions économiques différentes, la France n'a pas à marcher dans la même voie, il nous faut cependant admirer et chercher à imiter la largeur de vues et l'effort soutenu dont le gouvernement hollandais a fait preuve dans toute cette œuvre.
L'ouvrage du capitaine Bernard est complété par de nombreuses photographies de sites bien choisis; ces illustrations rehaussent encore la valeur du travail. — Nous
plants ») avec chiffres à l'appui.
L'auteur passe ensuite à l'étude des expériences faites dans une plantation importante, à Raywood sur la quantité d'eau consommée par acre, et les méthodes de mc= surage ; un diagramme des hauteurs d'eau maintenues sur les terres aux diverses périodes de la végétation complète utilement ce compte-rendu.
Les mêmes études ont été reprises sur la plantation de MM. Abbott brothers, fournissant des documents comparatifs.
Vers le milieu de la brochure, l'auteur entame la question juridique, les « water rights ». — Après avoir rappelé les textes de la Constitution américaine ayant trait à la propriété de l'eau en Louisiane et dans les Etats limitrophes, et les grandes lignes de
consacrerons un article spécial dans l'un des l'organisation des compagnies d'irrigation.
prochains numéros du «J.d'A. T.», aux renseignenients culturaux proprement dits, recueillis par l'auteurau cours deson séjour à Java et qui portent la marque de son esprit précis et profondément observateur.
* * L'irrigation du riz aux Etats-Unis.
Frank Bond & George H. Keeney : Irrigation ofRice in thc United States. — In-8'*, yj pp., nombreuses gravures et planches ; deux cartes. — Édition du Department of Agriculture. Washington. 1902.
Voilà encore un ouvrage fort intéressant, et qui sort des chemins battus. L'auteur nous montre l'irrigation des rizières de la côte sud sous un jour tout à fait nouveau. Sans se contenter en effet de parler sans cesse des canaux de distribution, des collec-
il cite les principaux articles des lois sur l'irrigation dans le Texas.
L'eau y appartient à celui qui en prend possession avec l'intention ferme de faire des travaux d'appropriation dans le but d'irriguer des terres à riz. Celui-ci doit, dans un délai de 90 jours à partir du commencement des travaux, faire une déclaration détaillée, indiquant les dimensions du canal, son tracé, le cube d'eau qu'il portera, avec spécification des prises d'eau, cours d'eau, etc. Les droits de priorité sont soigneusement définis.
La constitution de sociétés pour l'exploitation d'un canal est autorisée; ces sociétés sont traitées comme les particuliers; elles doivent vendre l'eau à un prix « raisonnable et juste », et en cas de disette, la distribuer au prorata des concessions de chacun.
La sauvegarde des ouvrages contre les
teurs et des levées, il aborde les questions déprédations, est assurée par une série de de droit et d'administration laissées dans sanctions pénales et pécuniaires.
170 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 24 — Juin iqoS
L'étude se termine par quelques chiffres note de M. Gkorge H. Kkeney sur la cul-
de prix de revient de rétablissement des lure et l'irrigation du riz dans les deux
puits et des pompes, et par quelques notes Carolines et en Géorgie.
(accompagnées de planches coloriées) Signalons de nombreuses phototypies donsur les oiseaux friands de riz; leurs dé- nant une idée de l'importance des canaux et prédations atteignent parlois des propor- des « pumping plants » et deux cartes, (dont tions importantes. A signaler aussi deux une en couleurs) des régions rizicoles du planches coloriées représentant les divers Texas et de la Louisiane, de la Géorgie et états et qualités du grain de riz glacé, y des Carolines. compris les brisures et déchets.
La brochure comporte enhn une courte
Égrenage du Coton
Les machines à bras. — Gins ci Presses.
Par M. F. Main
Parmi les plantes sur lesquellesPattention que technique, je crois qu'il y aurait avans'est plus particulièrement portée depuis tage à égrener sur place, et c'est surtout quelques années, il faut citer en première l'examen de la machine elle-même qui ligne le coton, dont la situation préoccupe m'amène à cette conclusion . en ce moment tous les gouvernements. Le II y a à examiner deux machines: l'égre- « J. d'A. T. » en a parlé longuement, dans neuse; la presse. Il y a d'autre part à envid'autres numéros. sager la main d'œuvre disponible et le mo-
C'est principalement en Afrique occiden- teur nécessaire,
taie qu'on songe à cultiver ce textile sur une La main d'œuvre est peu coûteuse, mais
grande échelle. elle est peu productive; si donc on veut em-
L'Association Cotonnière Coloniale, de ployer la main d'œuvre indigène, il faudra Paris, cherche à en organiser l'exploitation n'avoir recoursqu'à des machinesdemandant dans les colonies françaises; un groupement peu de force. Ces machines existent-elles? analogue, constitué à Liverpool, s'occupe des A cette question on peut sans hésitation réterritoires anglais, et le Kolonialwirtschaftli- pondre : oui. — Et cette conclusion m'amène ches Komitee, de Berlin, de ceux relevant de forcément à cette autre : si la machine à bras l'Allemagne. existe, on peut en accroître le rendement en
La question de l'égrenage semble inquiéter l'actionnant au moyen d'un manège, en angles personnes qui sont à la tête du mouve- mentant soit la longueur du rouleau dans le ment. cas du « roller gin », soit le nombre de scies
C'est ainsi que M. Eugène Poisson, dans (« sawgin»).
une note parue dansle « Bulletin du Muséum Parlons d'abord des machines à bras :
d'Histoire Naturelle », se demande s'il faut Les égreneuses à rouleaux (roller gins) ac-
envoyer le coton en Europe tel quel, pour tuellement en usage, dérivent du type Ma-
qu'il soit traité dans les usines spéciales, ou carthy; elles consistent essentiellement en
l'égrener sur place; ce dernier moyen aurait un cylindre de bois tournant en face de deux
l'avantage de diminuer les prix de transport couteaux, l'un fixe, l'autre mobile,
et de laisser sur place la graine, avec ses Les machines à bras demandent trois per-
sous-produits, huile et tourteaux. sonnes pour les servir : deux aux manivelles,
Sans avoir la prétention de résoudre la et une à l'alimentation. — La production est
question, qui est peut être plus économique de 4 à 6 kilogrammes de coton égrené à
N° 24 — Juin 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
l'heure, à une vitesse de la manivelle de 40 tours par minute. Le poids d'une pareille machine est d'environ i5o kilos et son prix varie de 4 à 600 francs, prise en Europe.
Les machines à scies se font également à bras; les petits modèles ont de 10 à 25 scies; et quoique les constructeurs indiquent que les modèles courants ont de 18 à 25 scies, il doit être bon de s'en tenir aux égreneuses ayant de 12 à 16 scies seulement. Le débit annoncé est de 20 kilos de coton égrené à l'heure et par série de 10 scies; mais il est peu probable qu'en pratique on arrive à dépasser i5 kilos environ, à la vitesse maxima de l'arbre des manivelles, soit 70 ou 80 tours.
Le prix est un peu inférieur à celui des roller gins; mais étant donné que ces machines sont construites aux Etats-Unis, et qu'il y a un fret assez considérable à cause de leur volume (un mètre cube aumoins), on peut se baser sur un prix sensiblement égal, soit de 4 à 600 francs, prises en Europe.
Les égreneuses à rouleaux sont plus particulièrement employées pour les cotons à très longue soie (Egypte); les égreneuses à scies abîment davantage la fibre, mais leur débit est plus considérable. Pour des essais, il y aurait lieu de préférer l'égreneuse à rou-
leaux, quitte à adopter ensuite des machines à scies si on reconnaît que la qualité du coton obtenu ne Justifie pas l'augmentation du prix de revient qu'entraîne la diminution de débit du roller gin.
En ce qui concerne les presses, il ne faut pas chercher, avec une presse à bras, à faire un pressage parfait qui ne peut être obtenu qu'avec des presses hydrauliques ou à vapeur. Mais on peut parfaitement obtenir avec des appareils à levier et à chaînes, mus par deux ou quatre hommes, une densité permettant déjà de réaliser une notable économie sur le transport.
Il existe plusieurs modèles de presses à fourrage à bras, assez répandus dans le Midi de la France, et qui conviendraient parfaitement pour de petites plantations ou pour envoyer en France des chargements d'essais. Ces appareils valent de 5oo à 800 francs, pris en France.
Ajoutons d'ailleurs que la densité relativement faible des balles obtenues serait loin de nuire à la qualité des fibres qui, lorsqu'elles ont été trop fortement pressées, ne reprennent jamais, au cours de la fabrication, leur qualité primitive.
F. Main, Ingénieur- Agronome.
La Ramie en Californie
Végétation. — Epuisement. — Fumure. — Les faits acquis. Par M. E. W. Hilgard.
M. E. W. Hilgard, cité par M. Karpelès dans notre n" 23, et dont le nom est familier à nos lecteurs, nous écrit de Berkeley, quartier général du réseau agronomique de la Californie, qu'il dirige avec tant d'éclat depuis bientôt vingt ans.
Je suis avec un vif intérêt votre enquête sur la ramie, et je ne demande pas mieux que de faire part à vos lecteurs de notre expérience concernant cette plante ; elle a été, en effet, cultivée en Californie, plus ou moins (plutôt, moins], pendant plus de vingt ans.
Je coiTimence par vous déclarer qu'elle pousse a merveille, mais que jusqu'ici mes
concitoyens n'ont guère pu en tirer des bénéfices. La cause est exactement celle que vous indiquiez. La main-d'œuvre est chère, et je ne connais toujours pas de défibreuse mécanique satisfaisante. Nous les avons essayées toutes, ou à peu près; aucune ne nous a fourni le rendement nécessaire, (i)
Des deux espèces classiques de ramie cultivée, la verte, Boehmeria tenacissima^ ne réussit pas dans notre climat ; mais la blan-
(i) II y a du nouveau sous ce rapport : Voir ce que nous en disons dans le n" 22 du « J. d'A. T. »
JOURNAL D^AGRICULTURE TROPICALE N- 24 - Juin 1903
che, B. nivea, produit sur notre terre, très est arrivé bien souvent de creuser jusqu'à
riche, des récoltes colossales: Dans la haute i""25 et même r"5o, et nous avons vu les ra-
vallée du San-Joaquin, la ramie blanche, cines se continuer encore dans la profon-
bien irriguée, fournit chaque année quatre deur. Notre sol est une lourde argile noire,
coupes de liges de i^^So de haut ; ceci repré- (« black adobe » comme disent les gens du
sente, à l'acre (i), environ 9 tonnes métri- pays) d'une grande fertilité naturelle, et
qucs de tiges sèches, soit 1.700 kilos de presqu'uniforme jusqu'à la profondeur de
lanières (« ribbons»). Eh bien, aucune des trois pieds (i) .
machines que nous avons vu défiler en Cali- Je ne vois d'ailleurs point de coniradiciioii
fornic, n'était assez forte pour traiter, ne fondamentale entre ce que je viens de dire
fût-ce que vingt hectares de pareille récolte ; et ce que raconte votre confrère de l'Inde. Il
il en fallait des trois et quatre pour cette y a bien longtemps que j'ai démontré (2),
superHcie. D'oii nécessité d'une mise de que les sols des régions arides telle que la
fonds, en machines, hors de proportion avec nôtre, sont nécessairement plus riches que
l'importance de la culture. Aujourd hui per- ceux des pays tropicaux, continuellement
sonne ici ne veut entendre parler de ra- lavés parla pluie. Dans ces derniers pays, les
m^ie(2). processus de décomposition, extrên-ici-nent
Chez moi à Berkeley, nous subissons l'in- intenses, arrivent à renouveler les éléments
tluence des brouillards causés par le courant de fertilité, emportés par la pluie, dans une
de l'Alaska, et le climat de notre côte est mesure suffisante à la subsistance des cul-
plutôt frais; aussi ne pouvons nous faire que tures moyennement exigeantes ; mais il n'y
deux coupes annuelles. En outre, les défi- a pas de doute, la ramie est bien l'une des
breuses en sec (3) ne sont guère applicables plus exigeantes qu'il y ait; en particulier, il
chez nous, par suite de l'humidité de l'at- lui faut beaucoup de chaux :
mosphère. Ces mêmes machines produisent Une récolte pareille à celle citée plus haut
des lanières de toute beauté, dans le climat en contient, au bas mot, 590 kg., principa-
plus sec des parties centrales de notre lement dans la feuille. Or, il est bien connu
vallée. que les sols tropicaux sont en général exces-
Quoi qu'il en soit, nous cultivons la ramie sivementpauvres en chaux (3) ; au contraire
à Berkeley depuis plus de vingt ans sur le les sols des régions arides sont presque in-
même terrain, sans autre fumure que la res- variablement très riches en chaux. Rien
titution des feuilles. Cela ne nous empêche d'étonnant que dans les régions tropicales de
pas d'avoir, cette année encore, comme les la Chine ou de l'Inde, où les sols sont géné-
années précédentes, une récolte magnifique, raîement très peu profonds, la ramie ait be-
Evidemment, à première vue, ces faits ne soin de fumures généreuses, tandis que, dans cadrent pas avec les constatations du colla- nos régions arides, le sol étant plus riche et borateur anonyme du « South of India beaucoup plus profond, la simple restitution Observer », que la ramie « épuise le sol des feuilles et du déchet des tiges suflit à enterriblement >) (4). Je conteste d'ailleurs tretenir la fertilité des champs pendant de formellement l'affirmation du même auteur, longues années; à plus forte raison, lorsque que « la ramie puise sa nourriture exclusi- des irrigations bien comprises viennent y vementdans la couche superficielle du sol ». apporter à la fois l'eau et des éléments mi- Ghez nous, ici, en déterrant des plants de néraux. ramie destinés à la multiplication, il nous
(i) I pied o'"3o48
(i) L'acre = oh. 4047. (2) V.3n particulier l'ouvrage de M. Hilgard : Sol
(2) Il y a du nouveau sous ce rapport. Voir ce que et Climat, traduction annotée de M J. Vilbouchiînous en disons dans le n" 22. — n. de l. r. vituh, publication des «Annales de la Science agrono-
(3) Machines traitant les tiges' de ramie préalable- inique française et étrangère », 1893. — n. d. l. d. ment desséchées; par opposition aux « délibreuscs en (3) V. les documenis sur l'agroiogie tropicale vert ». — N. DK L. R. publiés dans les numéros précédents du « J. d'A.
N^" 24 — Juin 190? JOURNAL D'AGRICULTURP: TROPICALE
Il peut se faire que dans la zone tropicale a augmenté du simple au quadruple, dans
— c'est là qu'elle est bien chez elle — la Ra- les trente premiers centimètres; mais la pro-
mie verte ait un système radiculaire diffé- portion d'azote dans le dit humus n'est plus
rent de celui de la Ramie blanche. qu'un sixième de ce qu'elle était dans le sol
Mais chez nous, je n'ai pu constater au- initial,
cune différence entre les deux. Je répète que Pour conclure : A mon avis, le jour oii la
la ramie verte est mal à l'aise dans nos cli- question de main-d'œuvre (ou de traitement
"^^ts- mécanique) aura été résolue, les sols riches,
On m'apporte à l'instant le résultat d'une irrigués, des climats arides pourront faci-
série d'analyses concernant le sol de la par- lement soutenir la concurrence avec les sols
celle mentionnée plus haut, et où nous cul- tropicaux, pour la culture industrielle de la
tivons la ramie depuis plus de vingt ans : En comparant avec l'état du sol au début de cette culture, tel qu'il est consigné dans nos archives, je constate que la teneur en humus
ramie.
E. W. HiLGARD.
Berkeley, Cal. — Juin iqoS.
Impressions du D' Yersîn, sur THevea en Annam, en Malaisie, et à Ceyian.
I.a plantation de Nha-Trang. — Comparaison avec l'Amazonie. — Les procédés de M. Holi.oway.
Par M. P. CiBOT.
M.R. CfBOT, l'auteur de l'étude Le caoutchouc au Rio-Beni, si remarquée dans nos n»** 18, 20, 21 et 23, a eu la bonne chance de rencontrer un autre de nos abonnes, -M. le D'' Yersîn, l'éminent bactériologiste, directeur de l'Institut Pasteur de Nha-Trang (indo-Chine), actuellement en congé à Paris; les notes qu'il nous communique à la suite de cet entretien, sont de nature à intéresser le public. Rappelons que la culture de l'FIevea dans la Presqu'île de Malacca a été longuement traitée dans de précédents numéros du « J. d'A. T. ».
Dans un prochain numéro, nous donnerons quelques détails de plus, sur l'exploitation du caoutchouc à Kepitigalla, ainsi que des figures qui permettront de mieux se rendre compte de la manière de procéder de M. Holloway.
Nous laissons la parole à M. Cibot.
Je tiens à vous faire part de la très intéressante conversation que j'ai eue à l'Institut Pasteur, de Paris, avec M. le D"" Yfrsin, au sujet des plantations de caoutchouc en Indo- Chine et à Ceyian.
Voussavczque ce savant a installé, il y a déjà cinq ans, dans les environs de l'Institut Pasteur de Nha-Trang, dont il est directeur, une plantation d'Heveas, qui s'étend sur environ
dix hectares. Il refuse de se prononcer sur le rendenient de ces arbres à caoutchouc, qu'il ne pourra, dit-il, indiquer avec quelque certitude avant deux ans, cependant il a bien voulu me fournir quelques renseignements qui montrent la plantation sous un jourasstz satisfaisant.
Vous savez que l'une des objections que l'on fait à la plantation de l'Hevea hors de l'Amazonie, est la saison sèche, qui empêcherait la récolte du latex et nuirait à la bonne venue de l'arbre. Or, dans la région de Nha-Trang, il y a bien une saison sèche très accentuée durant 4 mois, mais elle concorde parfaitement avec la saison de même durée que j'ai observée dans le Rio-Beni. Trois années d'observations sur ces deux points ont donné une moyenne de :
125 jours de pluie par an pour Nha-Trang
,21 — — — le Rio-Beni
la température moyenne annuelle étant de : 26" centigrades pour Nha-Trang 250-. — — le Rio-Beni
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 24— Juin 1903
De ce fait que la région du Rio-Beni à saison sèche accentuée, permet à l'Hevea de croître et de donner un bon rendement, je ne prétends pas déduire que Ton ne puisse rencontrer un habitat plus favorable que Nha- Trang; M. Yersin reconnaît lui-même que les arbres de sa plantation, tout en accusant
Amazonie un seul seringuero, dans la matinée, pique plus de i5o arbres distants de 3o à 35'" et place de 450 à 5oo tichelas. De plus, il lui reste assez de force pour, dans l'après-midi, fumer le latex de sa récolte journalière!
Le D'' Yersin n'a pu m'indiquer les quan-
un accroissement moyen de o"'io (en cir- tités récoltées en moyenne par arbre à
conférence) par an, paraissent être en retard d'un an sur ceux des plantations de Ceylan, et de deux ans sur ceux de la Péninsule Malaise. Mais, en somme, le facteur auquel on doit attacher le plus d'importance, est le sol : il le faut bas, inondable même, et d'alluvions riches; le sous-sol doit être argileux, afin de retenir l'humidité autour des racines. Ces conditions, sont en partie réunies dans la vallée voisine de Nha-Trang où a été établie la plantation d'essai de M. le D'' Yersin.
J'ai été surpris du faible pourcentage des graines, tirées de Ceylan, qui arrivaient à germer à Nha-Trang: 10 % à i5 % seulement. Les arbres de Nha-Trang ont d'ailleurs commencé à fructifier, et il ne sera plus besoin de recourir à l'introduction Je graines de Ceylan.
En revenant en France, M. Yersin a visité la célèbre plantation d'Heveas de Kepitigalla, à Ceylan, que M. F.-J. Holloway, très
Ceylan, mais j'ai cru cependant voir percer en lui quelques doutes au sujet des rendements merveilleux indiqués dans certaines plantations, et qui lui paraissent obtenus sur certains sujets choisis; cela est tout à fait ma manière de voir, vous le savez, et j'ai tâché de bien faire ressortir ces différences individuelles, dans les articles que vous avez publiés dans votre Journal. Le D'' Yersin estime avec raison, qu'on ne pourra établir de calculs certains qu'après observation du rendement de plusieurs milliers d'arbres en bloc.
Il a pu voir aussi les galettes de caoutchouc préparées à Kepitigalla par simple coagulation et sans enfumage : Après avoir passé le latex sur un fin tamis métallique, on le verse dans de petites assiettes de fer blanc où il se coagule spontanément; on l'y laisse au repos 24 heures. Les galettes sont aplaties doucement avec la main d'abord, puis,
satisfait des résultats obtenus, continue à au moyen d'un rouleau de bois, manié à la
augmenter considérablement chaque année.
M. Yersin a vu employer le très curieux outil imaginé par M. Holloway, pour remplacer le machadino brésilien, et cet instrument lui a paru assez rationnel en ceci qu'il entaille bien l'écorce, sans endommager l'aubier..
A mon avis, cela peut être vrai pour de jeunes arbres à écorce mince, inais cet outil serait-il aussi bon pour entamer l'écorce des vieux Heveas comme j'en ai vus en Amérique et qui a souvent plus de 10 millim. d'épaisseur? Je ne le crois pas; et en tout
main que l'on passe sur les deux faces; elles sont ensuite placées sur des claies de bambou où elles perdent encore une grande partie de leur humidité, et, après quelques jours, on les accroche à des fils tendus dans un séchoir à air libre, où elles sont laissées environ deux mois. Il faut veiller attentivement à ce que les moisissures n'envahissent le caoutchouc, et un homme est spécialement occupé à les enlever au fur et à mesure qu'elles apparaissent.
On a, paraît-il, obtenu à Londres, pour ces caoutchoucs qui se présentent bien, en
cas, la saignée de vieux arbres au moyen de minces plaques translucides, un prix plus
l'outil de Holloway, demanderait énorme- élevé que pour le Para fin. Je m'en demande
ment de temps; déjà à Kepitigalla, la saignée la raison, puisqu'en Amazonie les caout-
se fait très lentement, puisque nous voyons choucs de coagulation spontanée, non fumés,
qu'il faut 3 hommes pour saigner une cen- en plaques épaisses, il est vrai, mais sans
taine d'arbres distants seulement de 4 à mélange d'impuretés — sont classés et ven-
5 mètres et placer 400 godets; tandis qu'en dus comme « entre-fin ».
NO 24 — Juin 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
En somme, la conclusion que j'ai pu tirer de cette conversation avec M. Ykrsin, admirablement documenté, est qu'en choisissant Judicieusement son terrain et son climat et en sélectionnant attentivement les individus, l'exploitation de l'i/t'vea ne semble pas du tout impraticable en Indo Chine. Le Ficus y peut être mis en exploitation plus rapidement, il est vrai, mais son produit est d'une qualitéindubitablement inférieure à celui de VHevea. Quant aux évaluations de rendement moyen par arbre, il faut attendre encore plusieurs années avant d'avoir des statistiques reposant sur l'observation d'un assez grand nombre de sujets, pour qu'elles aientle caractère de véritables m^oyennes.
Je voudrais revenir encore sur la question d'individualité : il est bien évident que les différences individuelles de rendement entre les Heveas d'une plantation donnée, seront aussi accentuées en Indo-Chine qu'en Amazonie et partout; il serait donc aussi aventuré de nier en principe la possibilité d'une culture rémunératrice de l'Hevea, d'après quelques observations négatives isolées, que d'annoncer pour la totalité des sujets, des rendements énormes, en se basant sur des exceptions heureuses.
Agréez, etc.
P. CiBOT.
Yerba Mate
Ce qui empêche l'expansion du maté en Europe. Note de M. Em. Daireaux.
M. Daireaux, l'un des meilleurs connaisseurs de l'Amérique latine, l'auteur du bel ouvrage Z,.^ vie et les mœurs à la Plata {i), nous écrit :
M. Ch. du Val, qui s'occupe depuis vingt ans de répandre la Yerba en Europe, connaît mieux que personne la question au point de vue commercial; cependant, permettez-moi d'ajouter quelques détails qui compléteront, peut-être utilement, l'article si intéressant qu'il nous a donné dans le n» 22 du « J. d'A. T. ».
En premier lieu, je désire vous signaler les essais de culture faitspar M.Thays, directeur des parcs et jardins de laville de Buenos- A.yres, votre abonné. On avait, avant lui, et depuis Bonpland même, fait de nombreuses tentatives d'acclimatation et de multiplication de la plante, en dehors de sa région naturelle qui s'étend sur une grande longueur mais n'occupant qu'une bande de terres très étroite, du 21" au iy° de latitude Sud. M. Thays, à Buenos-Ayres, c'est-à-dire à une distance de i5 degrés de latitude sud
(i) Deux volumes; Hachette, éditeur. La 2" édition (i8.S()) contient '35 pages sur la Yerba Mate et l'ancien empire des Jésuites, premier berceau de l'importante industrie à laquelle cette leuille donne lieu.
de la région privilégiée de la Yerba, est arrivé à la faire germer, en serre, et à la faire pousser ensuite en pleine terre. Il n'y a donc plus d'obstacles naturels à la culture de la Yerba Mate, du moins dans des régions où le thermomètre ne s'abaisse pas au-dessous de zéro.
La question de la consommation est plus compliquée; M. du Val même, malgré ses constantes recherches, n'est pas arrive à combiner un mode d'infusion aussi simple que celui appliqué au thé ou au café.
L'écueil réside en ceci : que la feuille de la Yerba, qui est une feuille de houx, aussi dure et recouverte d'un vernis aussi résistant que celle du houx d'Europe, doit subir une torréfaction assez forte pour se débarrasser des mucilages résistant à l'infusion.
Dans le procédé paraguayen, qui consiste à infuser dans une courge et à sucer l'infusion au moyen d'un tube garni d'un filtre, la poudre subit des infusions successives et l'aromc se développe par le fait que les infusions se renouvellent; le consommateur se rend compte nettement de l'amélioration à mesure qu'il avance.
Les Sud-Américains eux-mêmes, recon-
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N^ 24 — Juin igoB
naissent que ce mode de consommation dans une marmite, et après avoir laissé repo-
manque d'élégance; ils font les dégoûtés, ser, on sert chaud; les ouvriers y joignent
mais il n'est pas difficile de leur faire avouer du pain ou du biscuit de mer et l'absorbent
que dans l'intimité ils restent fidèles aux comme une soupe chaude, le matin princi-
anciens usages. paiement ; elle est fort appétissante et répand
Quoi qu'il en soit, on a essayé d'infuser une odeur très agréable, beaucoup plus riche
les feuilles dans une théière; le savant ingé- en arôme que certains thés de Ceylan.insi-
nieur agronome M. Barbier, laissait tremper pides drogues que la réclame impose seule à
les feuilles, revêtues de leur vernis naturel, la consommation.
pendant 24 heures, dans une première eau Le jour où nos ouvriers de France auront
qu'il jetait pour infuser à nouveau une se- à portée de la main ce produit très bon mar-
conde fois; ainsi traitées, les feuilles four- ché, car la Yerba ne coûte guère plus d'un
nissent une boisson agréable. franc le kilo, ils s'apercevront vite qu'ils ont
On a essayé de même du filtre des café- fait une excellente acquisition alimentaire : tières en faisant passer l'eau, comme dans la il est vrai que le jour où ils s'en aperceconfection du café, sur une poudre menue; vront, l'État vigilant frappera le maté d'un le liquide qui en sort est chargé de la majeure impôt qui en arrêtera la consommation, partie des éléments de la feuille; mais il n'a Dans les colonies françaises, des essais de jamais une belle couleur, il est toujours d'un culture sont à faire certainement. M. Thays verdâtre un peu terreux. est un compatriote, élève d'ALPHANo; il a
En somme, on cherche encore; et c'est là transformé la ville de Buenos-Ayres en
la vraie raison qui empêche l'expansion de quelques années, en peuplant de nombreux
ce breuvage hors de l'Amérique du Sud, jardins d'essences nouvelles et fort belles.
Dans cette région, par contre, il faut recon- amenées par lui de toutes les régions de l'A-
naître que la consommation augmente cons- mérique du Sud. Cet homme de bien et
tamment : les travailleurs italiens qui y exé- d'initiative fournira volontiers, sans aucun
cutent tous les grands travaux agricoles, de doute, les indications nécessaires pour faire
construction de chemins de fer ou autres, aboutir les essais qu'on désirerait entre-
ont adopté une soupe au maté qui est un prendre, mets des plus agréables et des plus reconstituants : On fait bouillir la poudre de Yerba
Emile Daireaux.
Sur les Corozos du Guatemala
Les deux espèces. — Extraction et propriétés de l'huile. Par M. René Guérin.
On rencontre dans certaines régions de la République de Guatemala des quantités considérables de corozo (i). A certaines épo-
(i) M. Jules Grisard, conservateur du Musée commercial de l'Office colonial, qui possède un merveilleux dictionnaire des noms vulgaires (inédit), nous écrit a ce propos : « Les fruits recueillis sous ce nom sur le versant du Pacifique paraissent appartenir à l'E/cr/s melanocarpa, Gaertn. (Corozo Colorado, des Colombiens) et ceux récoltés sur la côte de l'Atlantique à VAttalea Cohune Mart. (Corozo GALLiNAzo, dcs mémcs) ; mais en l'absence de documents botaniques authentiques il est absolument
ques, les fruits recouvrent complètement le sol où ils restent abandonnésà la destruction lente du temps. Il y a déjà plusieurs années, j'avais cru utile de signaler aux planteurs du
impossible de se prononcer d'une façon certaine. De toute façon « Corozo » ne veut pas dire nécessairement Phytelephas, c.-à-d. « Corozo » ou « Ivoire végétal » des boutonniers. » — Nous pouvons y ajouter que plusieurs pays ont exposé à Paris, en 1900, sous le nom d'jE'/crfs, des d'Attalea; on trouvera, dans nos précédents numéros, des détails sur cette confusion dont nous avons eu connaissance à l'occasion du « CoQuiTO DE AcEiTÉ » du Mexique. — N. de la R.
N- 24 — Juin iqo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE 177
Guatemala l'intérêt qu'il y aurait à extraire La graisse filtrée à chaud, s'est solidifiée la graisse des amandes de corozo. J'avais très lentement en laissant apparaître peu à reçu au Laboratoire central deux sortes de peu au sein de la masse des cristaux étoifruits assez différents l'un de l'autre. Les lés d'acides margarique et palmitique. La fruits qui avait été cueillis sur le versant graisse solidifiée est très blanche, d'une du Pacifique, dans le depanement d' « Es- saveur agréable et ne rancit pas — Elle fond cuintla », à environ 600 m. d'altiiude, à 24°5. — Réaction neutre — Densité à ib°, étaient charnus et la chair jaunâtre, juieuse 0,922 1 . — Elle se saponifie très facilement et onctueuse recouvrait le noyau sur 1/2 cen- en donnant un beau savon blanc de très timètre d'épaisseur. Il paraii que les animaux bonne qualité : dans cette opération, il nese sauvages en sont très friands. Le noyau très sépare pas de glycérine. J'emploie cette dur, contenait une amande oblongue, par- graisse, depuis plusieurs aimées, avec beaufois double, à pulpe blanchâtre, graisseuse coup de succès pour le graissage des mouet d'une saveur agréable. Le fruit entier vements d'horlogerie des appareils enregispesnit environ 5o gr., le noyau i5 gr., et treurs du Laboratoire.
l'amande intérieure de 2 à 3 grammes. n aurait été intéressant d'extraire la
L'autre sorte avait été récoltée sur la côte graisse des fruits à enveloppe sèche, quoi-
de l'Atlantique, dans le département de que je crois qu'elle est identique à celle
Zacap*a à une même altitude. Les fruits, un préparée au Laboratoire. Mais, je le répète,
peu plus gros, pesaient de 60 à 65 grammes, je n'avais pas une quantité suffisante de
Le noyau était simplement recouvcnd'une fruits pour faire l'opération, enveloppe fibreuse, sèche, peu épaisse et j'ai fait Fextraction de la graisse sur très adhérente au noyau. L'amande inté- 50 ^ijog ^Ig ^oix qui m'ont donné 8 kg. Heure pesait de 5 à 6 grammes, mais présen- d'amandes desquels j'ai extrait 3 kg. 25o de tait le même aspect que celle de l'autre graisse, soit 41 %. Il restait dans le tourteau variété. environ 637 % de graisse. Ce tourteau Possédant une quantité assez considérable pourrait, sans doute, servir pour l'alimentades fruits à enveloppe charnue c'est sur ^ion des animaux: il contient 11, 25 % de cette sorte que j'ai exiraii la graisse qui figu- matières azotées. Il se conserve parfaiterail à l'Exposition de 1900 dans la section ment car depuis l'année i899J'en ai une cerdu Guatemala. taine quantité en parfait état.
J'ai d'abord essayé de détruire la partie Je dois ajouter que j'ai su depuis l'époque
charnue en les laissant plusieurs mois dans ç\q cette première étude que les deux variétés
l'eau, puis en les faisant bouillir avec ce de fruits se trouvent à la fois dans les deux
liquide. C'est dans ce traitement, qui ne m'a régions, c'est-à-dire sur la côte de l'Atlanti-
donné aucun résultat favorable, que j'ai pu que et du Pacifique. Il s'agit, sans doute, de
recueillir une petite quantité de l'huile con- deux espèces ou de deux genres différents,
tenue dans la chair extérieure. Cette huile L'examen botanique (i)des organes, que je
jaunâtre, saponifiable, qui surnageait à la m'occupe de réunir actuellement, permettra
surface de l'eau, n'existant qu'en petite seul d'établir cette différence. quantité, j'ai pense qii'elle n'était pas digne
d'intérêt. Renp: Cukrin,
J'ai réussi rà nettoyer parfaitement le noyau Directeur du Laboratoire central
en le faisant bouillir avec une lessive de de Guatemala, cendre très concentrée : je pensais que le
résidu pourrait être employé comme engrais, Guatemala, 3 mai 1903. Les noix ont été brisées entre des cylindres et les amandes pressées entre les plateaux,
légèrement chauffés, d'une forte presse ^ , , . ,. ■ , .
^ ^ ^ {i) M. Udo Dammer, le spécialiste berlinois bien
hydraulique. connu, nous a offert de s'en charger. — N. de i.a R
JOURNAL D'AGRICUTURE TROPICALE N° 24 — Juin 1903
Mise en culture des terres neuves.
Extraction des souches. — Machines actionnées par des attelages. D'après M. Max. Ringelmann.
Nous avons publié dans notre n" 23 un premier extrait, illustré, du traité de M. le professeur Max. Ringelmann : Travaux et Machines pour la mise en culture des terres (i); nous y exposions les dessoucheuses actionnées à bras d'hommes. Nous allons continuer aujourd'hui en citant quelques types de machines de même destination, actionnées par des attelages. Rappelons que nous reproduisons seulement une partie des figures qui accompagnent le texte original :
On a cherché à faire des machines actionnées par des animaux, pour arracher les fortes souches de plus de 3o cm. de diamètre. L'essoucheuse américaine («Stump Pul- 1er ») se compose d'une forte arcade portée par deux roues ; sur l'avant, et obliquement, est placée une vis qui peut être mue par un volant à poignée; l'écrou, guidé par deux
tringles glissières, reçoit une chaîne qui passe sur une poulie de renvoi fixée à la partie supérieure de l'arcade. Lorsque la souche à extraire ne présente pas une grande résistance, un ou deux
Fig. 12. — Arrachage d'une hommes toursouche par un mouvement nent au volant; de rotation.
SI la résistance
est trop élevée, la chaîne de traction est mouflée sur une poulie mobile attachée par des chaînes à la souche et, au besoin, on remplace le travail des hommes par celui d'un cheval; ce dernier se déplace alors suivant une ligne droite, en tirant un câble, enrou-
(i) Un volume, 5 francs. Edition de la Librairie agricole de la Maison Rustique. \'oir l'analyse de ce livre, par M. F. Main, dans le n" 18 du « J. d'A. T. «.
lé préalablement sur un petit treuil lequel par vis sans fin, transmet le mouvement au volant.
Lorsque les souches dépassent o m. 5o de diamètre, on ne peut plus agir verticalement pour les extraire; il faut alors exercer sur la souche un mouvement de rotation dans le plan horizontal afin de briser, par torsion, les racines pivotantes. On dégarnit au préalable la souche, en faisant une tranchée dont la profondeur atteint souvent un mètre, et on coupe à la hache les racines traçantes; on enfonce, dans l'étoc S, un ou plusieurs crampons A (fig. 12) qu'on relie par une chaîne a avec un levier B horizontal, qu'on fait tourner à bras d'homme ou en y attelant des animaux (suivant la résistance, on applique ainsi un ou plusiers leviers B). — Dans les chantiers importants on peut agir sur l'extrémité du levier 5 (fig. 12), par un câble qui s'enroule sur un treuil.
D'autres fois la lêie de la souche reçoit, par des crampons, une chaîne ou un cordage sur lequel on exerce un effort dans le plan horizontal, au moyen de moufles dont une des chapes est attachée à un point fixe, un arbre pir exemple. On remplace ces moufles par un treuil mû par un animal. Voici, à titre de renseignement, quelques machines actuellement employées aux Etats- Unis :
Le treuil de la Mohland C" se compose d'un tambour entraîné par une flèche, à l'extrémité de laquelle on attelle le cheval; la monture du tambour est reliée à un point fixe ; le câble passe sur une poulie mobile à la chape de laquelle est attaché le câble amarré de la souche à extraire. Le tambour du modèle Cyclone, de la Snow Wind Mii.L C° (Fig. i3) peut, par le volant B, se débrayer de la flèche F; le bâti est maintenu en place par deux câblesm,», et on voit
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en a le câble de traction. Dans une autre de diamètre, il faut compter de 8oà 100 jourmachine, de la MoNARCH Grubber C°, la nées d'hommes travaillant à la pioche ; si flèche entraîne, par un boitard, le tambour Ton emploie le treuil il suffit de 12 journées qui porte une spire hélicoïdale, dans laquelle de cheval et de 24 journées d'hommes, s'enroule régulièrement le câble; ce dernier Les treuils de défoncement (i) convienpasse sur une poulie, et son extrémité vient nent très bien pour les travaux de dessouse fixer au bâti maintenu en place par un ou chement et, par l'emploi de poulies de
deux câbles; comme dans les deux modèles précédents, le tambour est solidaire d'une couronne à rochets qu'un cliquet empêche de tourner en arrière lors d'un arrêt du cheval. Quand les souches ont été coupées trop près du sol pour qu'on puisse, sansterrassement, les entou-
renvoi , on peut travailler sur une dizaine d'hectares sans avoir besoin de déplacer le treuil.
Le transport des __';: souches s'effectue ordinairement en les traînant sur le sol, ou en les chargeant sur des traî- ^^\^^^Ê neaux, des voitures —^^Jm-^iM ordinaires, ou en
Fig. i3. — Treuil Cyclone (Snow Wind Mil) C°
les attachant sous des fardiers; pour
rer par une chaîne ou une corde, on se sert faciliter ce travail de déplacement des d'un crochet, ou harpon à deux pointes, grosses souches (et mêmes des roches), pourvu ou non de poignées ou de manche- on emploie, aux Etats-Unis, des chariots rons (l'ensemble a l'aspect d'une charrue spéciaux ; le bâti surélevé à sa partie censous-soleuse); le câble est attaché au cro- traie occupée par un treuil, mù par une chet que l'ouvrier dirige des mancherons en manivelle (placée près du siège); le treuil faisant piquer les pointes dans la souche à est pourvu d'un frein à levier; à l'arrière, o'", I 5 ou o'", 20 au-dessous du sol. Avec les la traverse est très haute, afin qu'on puisse machines que nous venons d'examiner, faire reculer le chariot, en le faisant passer deux hommes et un cheval peuvent arracher, par-dessus la souche (ou la roche) à enpar heure, de 6 à 8 souches de o'",io à lever, o'", 18 de diamètre. Pour essoucher un hectare garni d'environ 800 souches de o'", loà o"',i8
D'après M. Max Ringei.mann.