I . — Pas d'engrais
1 Chlorure de potassium.
—^ 2. — Engrais complet ^' SuperphosphatL'.
( Sulfati.' d'ammoniaque.
— 3. — Engrais sans po- \ Superphosphate.
tasse I Sulfate d'ammoniaque.
— 4. — Engrais sans acide \ Chlorure de potassium.
phosphorique | Sulfate d aiumoniaque.
On ne tient compte, pour ces observations et pour la mesure des récoltes, que des deux rangées les plus internes de chaque parcelle, les deux autres restant en dehors des expériences.
Il est bonde donner un numéro à chacun des arbres de la plantation, afin de pouvoir mieux suivre le développement des arbres pendant le cours de l'expérience.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 29 — Nov. 1903
Les Rats à la Martinique
Importance des dégâts causés par eux dans les plantations de canne à sucre. — Moyens de défense. — Poisons. — Chiens ratiers. — Serpents. — Crapauds. — Mangoustes. — Le crapâUd et rélevage des bœufs.
Par M. Paul des Grottes
De tous les ennemis de la canne à sucre à la Martinique, un des plus redoutables est bien certainement le rat dont la dent destructrice cause tant de ravages dans les plantations.
Il y a bien aussi le « manicou », petite sarigue non moins dangereuse que le rat, mais la chasse effrénée que lui fait le nègre, très friand de sa chair, en a tellement diminué le nombre que ses dégâts sont aujourd'hui fort limités et que l'espèce, même, tend de plus en plus à disparaître de l'île.
Le rat ronge la canne au pied jusqu'à ce que celle-ci, perdant l'équilibre, s'affaisse sous son poids, ce qui met en fuite le timide malfaiteur qui, revenu bien vite de sa frayeur recommence sur un autre sujet son œuvre destructrice.
Cet exposé schématique donne une idée des dégâts que peuvent commettre les rats dans une plantation, et ils sont considérables, en effet.
On reste parfois confondu devant l'étendue de ces ravages, véritables abatis de cannes et qui forment comme de grandes taches dans les plantations.
Mais, ce qui contribue à aggraver encore le dommage, c'est que la canne ainsi traitée, quoique végétant encore par les racines adventices qu'elle émet de ses entre-nœuds, n'a plus de valeur pour la fabrication du sucre (le sucre cristallisable se trouvant interverti dans le tissu de la plante à la suite de cet accident), et ne peut servir, tout au plus, qu'à faire du sirop et du rhum.
Une situation aussi périlleuse ne devait pas manquer d'attirer dès le début l'attention des HABITANTS (propriétaires de plantations) qui, de tout temps, se sont efforcés de combattre, par tous les moyens en leur pouvoir, un aussi préjudiciable ennemi.
Ce fut d'abord par le poison et les chiens
ratiers, dont l'usage continue encore aujourd'hui.
Le poison se prépare avec des aliments tels que le riz, la patate et le manioc, si communs sur les habitations, quelquefois aussi du lard, du poisson ou des crabes qui pullulent dans certains quartiers de l'i'e et dont les rats sont très friands.
On fait cuire ces alimentsauxquels on mélange une dose de poison, tel que phosphore, arsenic ou autre, et l'on dépose l'appât toxique ainsi préparé au pied des cannes et aux endroitsmarqués par la dent des rats.
Mais il faut varier souvent le poison pour qu'il reste efficace, car le rat, très défiant, en a vite deviné les effets meurtriers et se garde bien d'y toucher désormais, ce qui oblige à une grande surveillance.
Cet inconvénient n'existe pas avec les chiens ratiers qui sont confiés à un ouvrier spécial, le ratier.
Ce n'est pas un rôle banal que celui du ratier sur une habitation :
Traité comme un des ouvriers les plus indispensables à l'exploitation, il a case et jardin sur la propriété. Il dirige une meute de chiens spécialement dressés pour la chasse aux rats.
Il n'y a pas de race spéciale de chiens ratiers à la Martinique. On choisit simplement, parmi les chiens du pays, ceux qui font preuve d'aptitude au métier, et l'entraînement fait le reste.
Armé de sa houe qu'il porte sur l'épaule et de son coutelas qu'il tient à la main, l'ouvrier ratier, suivi de sa meute, s'enfonce dès l'aube dans les champs de cannes, traverse les sentiers et descend dans les ravins tandis que ses chiens, furetant tout autour de lui, ne perdent pas une piste.
Aperçoit-il un terrier, vite, il en ouvre les
N''29— Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
galeries avec sa houe, et pas un rat Si Ton ajoute à cela qu'un coup de badine
n'échappe à sa meute frémissante. suffit pour lui casser les reins et qu'il évite
Le soir venu, il apporte au gérant le pro- avec grand soin les lieux propres et entre-
duitde sa chasse. On compte les rats, dont tenus, l'on verra que le danger des piqûres
on coupe la queue pour qu'ils ne soient pas du trigonocéphale pourrait, à la rigueur, se
comptés deux fois, et sa Journée, comme réduire aux imprudences,
celle des autres ouvriers agricoles, est portée Du reste, les ouvriers agricoles qui culti-
sur le livre du salaire à raison de 5 c, 10 c. vent les champs de cannes sont rarement
et même i5 c. par rat, selon les époques et piqués, relativement au nombre de serpents
les circonstances. qu'ils tuent, et la crainte de ces reptiles
C'est au ratier qu'incombe le soin des n'empêche pas, non plus, les indii^ènes de
chiens, ainsi que la préparation et la pose se livrer à leur sport favori, la chasse noc-
des appâts toxiques, turne du manicou, pourtant si pleine de réels
Les habitants trouvent encore dans leTri- dangers.
gonocéphale un aide puissant pour la destruction des rats.
Le serpent trigonocéphale fut, de tout temps, la terreur de ceux qui n'ont pas vécu longtemps dans la colonie et qui, pour cette
Quelqu'un imagina, un Jour, d'introduire, à la Martinique, le crapaud, dans le but de détruire les serpents.
On est frappé, quand on jette un coup d'œil sur Thistoire économique des an-
raison, n'ont pas pris, en quelque sorte, un ciennes colonies, de voir le peu de méthode
contact sérieux avec lui.
Lui a-ton fait son procès sous toutes les formes!
Je n'ai pas l'intention de cultiver le paradoxe en cherchant à le réhabiliter, mais, pour être Juste, Je trouve qu'il ne mérite ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
Le trigonocéphale est, en effet, un des animaux les plus utiles à l'agriculture martiniquaise pour la guerre acharnée qu'il fait aux rats et aux insectes de toutes sortes, si nuisibles aux cultures.
Où le serpent abonde, on ne trouve pas de rats. Cela est presque un axiome.
Les propriétaires se reposent aussi sur lui du soin d'éloigner les voleurs nocturnes.
Il ne faut pas s'exagérer les dangers que font courir les trigonocéphales aux habitants de l'île.
Sans doute, il n'est pas agréable de se ren-
ou de contrôle scientifique qui préside aux initiatives les plus importantes.
Le sort des intérêts les plus considérables de la colonie peut être souvent mis à la merci d'une imagination fantaisiste.
Le crapaud, certes ! fut utile au pays, mais ne répondit en rien aux attentes de celui qui l'avait lancé. On croyait que le serpent, en mangeant le crapaud, en mourrait. Il n'en a rien été, et cette légende s'est évanouie comme bien d'autres. Mais le crapaud rend de signalés services à l'agriculture, car c'est un grand insectivore.
Loin de souiller les eaux qu'il envahit et où il pullule, il les assainit en dévorant jusqu'aux larves des moustiques.
Un de ses plus heureux succès fut la destruction des sangsues dans les plaines humides du Lamcntin.
Les sangsues s'étaient tellement mulii-
contreravec une de ces bêtes si repoussantes,
mais ce serpent a ses mœurs qui, une fois P^'^'es dans ces gras pâturages qu'elles les
connues, le rendent beaucoup moins dange- ^^^'^"' '^'^^^'^ absolument impropres à l'é-
reux qu'on ne le croit communément.
Il est très casanier et ne s'éloigne de son gîte que dans un faible rayon, dort généralement le Jour et nechasse guère que la nuit. Enfin, il fuit toujours devant un ennemi, à moins d'être surpris dans son sommeil ou dans son site.
levage.
Les crapauds les dévorèrent en fort peu de temps.
Je signale, en passant, ce fait à ceux qui ont mission de veiller aux intérêts agricoles de nos nouvelles possessions, et, particulièment de Madagascar, où d'immenses plaines
332 JOURNAL D^AGRICULTURE TROPICALE N° 29 — Nov. 1903
sont absolument perdues pour l'élevage par s'attaquèrent à toutes les bêtes, utiles comme
l'abondance des sangsues. nuisibles. Elles dévorèrent non seulement
Il y a là, peut-être, en germe, une expé- les rats et les serpents, mais encore les oi-
rience féconde en résultats heureux. seaux de basse-cour et les animaux, même
Il y a une dizaine d'années environ, on les plus utiles à l'agriculture, comme les
introduisit à la Martinique la mangouste lézards et les crapauds.
dans le but d'y détruire, à la fois, serpents Bien plus, non contentes d'une si belle
et rats. ripaille, elles voulurent encore essayer du
On l'avait fait venir de la Jamaïque, où régime végétarien et se rabattirent sur les
elle fut importée de l'Inde en 1872. fruits, et l'on s'aperçoit, maintenant, cruelle
Les plus grandes espérances étaient fon- déception! que les mangoustes mangent
dées sur ce nouveau champion, dont on con- enfin la canne elle-même qu'elles étaient
naissait du moins les mœurs. On l'avait vu, appelées à défendre.
dans des combats livrés en cage avec des En résumé, l'introduction de la mangouste
serpents ou des rats, terrasser et tuer sans à la Martinique a entraîné avec elle autant
merci ses adversaires. d'inconvénients graves que d'avantages sé-
On se racontait ses prouesses avecenthou- rieux pour le pays,
siasme, et nul ne doutait plus qu'il ne fût Certes ! ce n'est pas un résultat négligeable
appelé à débarrasser l'île, à brève échéance, que la disparition des rats et des serpents
de ces détestables engeances. des plantations fréquentées par les man-
C'était l'âge d'or entrevu en rêve. goustes, et la récupération d'un dizième, au
Mais les illusions furent de courte durée. moins, de la récolte totale de l'île, qui était
Au premier lâcher de mangoustes qui fut autrefois perdue par le fait des rats, pèse
fait à l'une des usines de la Colonie, on re- d'un bon poids dans la balance,
çut aussitôt les doléances du propriétaire Mais, les trop nombreux griefs contre la
voisin, dont plusieurs sujets de basse-cour mangouste diminuent ces avantages; tel
venaient d'être égorgés. la destruction des crapauds dans les plaines
Le plaignant fut dédommagé de sa perte, du Lamentin, ce qui fit revenir les sang-
et l'on considéra comme une frasque pleine sues.
d'entrain cet acte expéditif du nouvel adver- On eût pu éviter tous ces ennuis par l'ap-
saire des rats. plication d'une méthode plus rigoureuse:
Mais ce fut bien, après, une autre sur- telle celle préconisée par le regretté Sagot,
prise. et consistant à faire l'élevage des mangoustes
Les mangoustes se multipliant, en effet, en lieu clos pour ne lâcher que les sujets
mâles (i).
, ^ r-c i A'K ^ . f 'f ■. j I Paul des Grottes. (il Cf. « J. d A. T. », n° 27, Les mefatts de la
mangouste. — N. d. l. R. Paris, nov. igoS.
Le Cacao aux îles Samoa
L"œuvre accomplie. — Le sol. — La main-d'œuvre. — La question des variétés. — Taxation commerciale du cacao de Samoa. — La maladie du « limis-mia ». — Les rats.
Par M. Harold Hamel Smith.
Le « J. d'A. T. )) s'est déjà occupé à plusieurs a exposé les principales conclusions de M. leprof. reprises du cacaoyer à Samoa. En dernier lieu, Wohltm\nn, quanta la fertilité du sol deSamoa, dans le n° 24, M. A. Couturier, qui s'intéresse envisagé sous le rapport des exigences du calcul particulièrement à la fumure du cacaoyer (v. caoyer. « J. d'A. T. )) 27 et 24, La fumure du cacaoyer), L'éminent chimiste agricole allemand a publié
N"29 — Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
depuis, dans le « Tropenpflanzer », une série de rapports très détaillés qui embrassent tous les côtés delà question Cacao à Samoa; nous aurons peut-être l'occasion de revenir encore un jour sur ce travail, résultat d'une étude agronomique et économique approfondie, faite en personne et sur place. — Signalons, à ce propos, qu'un de nos abonnés à Samoa, M. Ettling, vient de publier, toujours en allemand, un petit manuel pratique de la culture du cacaoyer, qui s'adresse naturellement en première ligne aux colons de l'archipel. Il est curieux de noter que cet auteur ne fait aucune mention du « limis-mia ». — N d. l. R.
Dans son livre Le Cacaoyer^ paru en 1 900, M. Henri Jumelle glisse sur Samoa, en se contentant de ces quelques mots : « Sur les avantages du cacaoyer dans ces îles, les opinions diffèrent. Alors que certains plante urs sont optimistes, d'autres objectent la cherté de main-d'œuvre sur un sol d'origine éruptive qui interditl'emploi des animaux ou des machines. Les rats qui pullulent et dont il est bien difficile de préserver les plantations, sont un autre obstacle. Mais ce sont là en sommie des considérations d'ordre purement pratique, et au point de vue général il n'en reste pas moins intéressant de constater que le cacaoyer, dans cette partie de l'Océanie, peut réussir. Il donne une première récolte vers la cinquième année ».
Au moment où je vis ces lignes, j'en fus surpris, je l'avoue ; car déjà à cette époque, j'avais assez lu et entendu dire de Samoa pour me former une opinion plus nette ; que j'étais dans le vrai, les événements l'ont prouvé.
Les rats sont certainement un fléau dans une plantation de cacao, mais je préférerais encorele rata l'écureuil, car il existeplusieurs moyens de se débarrasser des rats tandis que le fusil peut seul quelque chose contre l'écureuil. Or, si Samoa estafiligé de rats, Trinidad lutte à la fois contre les rats et les écureuils, et n'en envoie pas moins sur le marché de Londres des quantités de plus en plus fortes de cacao.
Je ne comprends absolument pas comment ie fait de posséder un sol d'origine volcanique constitue, aux yeux de M. Jumelle, une infériorité pour Samoa. C'est exactement le cas
de toutes les Antilles britanniques qui produisent du cacao : Trinidad, Grenade, Dominique. C'est de là que leur vient cette surface vallonnée et ce sol si riche qui en font des pays d'élection du cacao (i) pendant qiie Barbados, île plate d'origine corallienne, ne saurait produire avantageusement autre chose que de la canne à sucre et des plantes vivrières.
Un rapportspécial du consul britannique, publié au printemps de cette année, insiste sur le danger résultant du fait que les cacaoyères de Samoa se trouvent dans la zone des ouragans. C'est là certainement un grand risque, nos pauvres îles St-Vincent et la Jamaïque viennent de nous le rappeler dans des conditions bien tristes. Quoi qu'il en soit, mes correspondants de Samoa n'ont pas du tout l'air de s'inquiéter d'une pareille éventualilé.
Les difficultés provenant de l'insuffisance et de rinsécuriié de la main-d'œuvre sont, comme le fléau des rais, communes à tous les pays chauds.
L'impression générale se dégageant du rapport précité de notre consul, est que tout le monde à Samoa attache la plus grande importance à l'industrie naissante du cacao, contrairement à ce qui était le cas il y a 3 0U4 ans. Le cacao est aujourd'hui à la base de tous les projets d'avenir de l'ile. Il est malheureuxque les autorités, effrayées parles possibilités d'introduction de certaines maladies du cacaoyer qui ravagent plusieurs grands pays producteurs, aient cru devoir interdire l'importation de toute graine vivante ; de sortequ'il est impossible d'introduire des variétés nouvelles et d'améliorer parce moyen la qualité des récoltes.
Un ami m'écrit à ce sujet : x Je considère la prohibition comme absolument inutile (2). De toute façon elle ne s'applique qu'aux îles allemandes dont, d'ailleurs, malheureusement, l'île Upolu avec la capitale Apia. Ainsi Tutuila étantdu ressort desEtats-Unis, n'est point atteinte par l'acte de prohibition ».
(i) Comparez : A. Couturier, La fumure du cacao, « J. d'A. T. » n» 27. — N. D. L. R. (2) Il s'agirait de le prouver. — N. D. !.. R.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 29 — Nov. 1903
Mon correspondant continue : « Certainement, nous souffrons du manque de maind'œuvre, mais bien davantage du manque de routes dans l'intérieur ; on s'en occupe d'ailleurs, mais il se passera bien du temps avant que nous n'ayons ce qu'il nous faudrait ».
Les premiers cacaoyers de Samoa provenaient de Java, comme le « vieux-rouge » de Ceylan. Et tout comme à Ceylan, le cacao de Samoa change de plus en plus quant à l'aspect extérieur ; je ne saurais en préciser la raison. Quoi qu'il en soit, à la cassure, il reste si beau que les acheteurs de Londres demandent à en recevoir toujours de pareil et sans chercher mieux. Certains planteurs sont hypnotisés parle « crioUo» de Caracas, qu'ils voudraient à tout prix introduire dans l'archipel afin de remplacer, par cette variété célèbre entre toutes, leurs arbres actuels. Un négociant de Londres écrivait dernièrement à un de ces hommes, qui ne sont jamais contents de ce qu'ils ont:
« Envoyez-nous donc simplement ce que vous avez. Nous possédons un échantillon qui vaudrait à l'heure actuelle entre 100 et 1 10 sh. le cwt; vous ne ferez pas facilement mieux, tant pour l'apparence extérieure que pour le poids et la cassure. Restez donc tranquille et appliquez-vous seulement à améliorer la préparation, plutôt que de vous engager dans les dépenses que comporterait l'introduction, de Caracas, d'une nouvelle face; même si vous y réussissiez, vous auriez peu de chance de vendre votre cacao mieux qu'aujourd'hui ».
Le cacao est cultivé tautà Upolu, l'île principale, qu'à Savai, l'île la plus grande de Tarchipel; mais c'est surtout dans la première que cette culture a pris de l'importance. La surface totale complantée en cacao est estimée à un peu plus de 2.000 acres, dont la moitié entrera en rapport d'ici un an ou dix-huit mois et le reste, un an plus tard. Actuellement, on récolte dans les 3o.ooo Ibs ; ce chiffre se compose de quantité de lots provenant de petites plantations d'essais, réparties à travers l'archipel. Impossible de dire quelle sera la production d'ici 5 ou 10 ans, dar de nouvelles plantations sont créées tous les jours.
Je demandais récemment à l'un des planteurs les plus entreprenants de Samoa:
« Qu'est-cequi vouspousseà aller contre le sentiment du marché de Londres et à rechercher le remplacement de votre cacaoyer par du criollo »? — « Je veux », fut la réponse, « planter une parcelle de race pure en l'isolant d'une façon complète, afin de voir ce qu'elle produira dans notre sol ; car j'ai la profonde conviction que notre cacaoyer, originaire de Java, est un hybride : nos cabosses n'ont ni forme, ni couleur, ni consistance bien définies ; les unes ont la peau épaisse et verruqueuse, les autres l'ont très fine et souple ; avec cela, toute la gamme des couleurs, depuisle jaune et l'orangé jusqu'au rouge foncé, légèrement teinté de carmin »( i ). L'acte de prohibition n'a pas mis Samoa à l'abri des maladies; il y en a une notamment que les indigènes appellent limis-mia et qui cause de réels dégâts. Mon ami me ditqu'elle atteint aussi bien les cacaoyers du pays que ceux importés, dès qu'il y a contact entre les deux. Il incrimine un cryptogame et se livre en ce moment à une étude microscopique dont les résultats sont destinés à la publicité; je serai tenu au courant.
A la fin du rapport consulaire déjà cité, je trouve un Post-Scriptum avertissant les candidats-colons qu'il n'y a rien à faire à Samoa, en matière de cacao, à moins de posséder un capital minimum de £ i.ooo. Cette estimation est confirmée parles correspondances privées. Aussi l'avenir semble-t-il être aux sociétés par actions; il y en a déjà une ou deux, si je ne me trompe. La première en date, d'entre elles, avait défriché et complanté environ 5oo acres à la date de juin 1903. D'après une note récente, deux nouvelles sociétés auraient été lancées en Allemagne, et on n'aurait plus d'inquiétude quant à la main-d'œuvre, les travailleurs Chinois introduits dans l'archipel ayant fini
(i) La situation est la même dans tous les pays de grande culture de cacao. Le greffage a été préconisé comme moven d'y remédier ; c'est en eftet le meilleur, a priori ; il s'agirait de savoir si les résultats prati-, ques ont répondu aux espérances. Les principaux protagonistes du greffage du cacaoyer sont M.Thierry à la Martinique, M. Harï à la Trinidad et M. Carru- THERs à Ceylan. — "N. d.l. R.
No 29— Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
par s'acclimater et par rendre de bons services (i).
Au moment de déposer ma plume, je retrouve un rapport commercial que j'eus l'occasion d'adresser à un planteur de S^moa, au mois de juillet dernier. Il intéressera peut-être vos lecteurs par les détails qu'il contient. Il y avait deux échantillons :
N" I . — Rouge clair pâle, bien fermenté, avec bonne cassure, d'une teinture brunâtre bien égale, fèves de belle dimension. Valeur : 90 sh. le cwt.
N° 2. — Rouge brun terne, une certaine proportion des fèves, d'ailleurs petites, étant maculées et tachetées, bonne cassure pour la plupart des fèves, défectueuse pour quelques-unes. Valeur : 75 sh. le cwt.
En admettant l'échantillon n» i comme type de ce que Samoa peut produire de mieux, je n'hésite pas à déclarer ce cacao excellent; tout ce qu'on pourrait désirer, ce serait de lui voir un peu plus d'éclat, de soyeux; j'entends parler de l'aspect extérieur de la fève.
Le « Tropical Agriculturist » publiait, dans son cahier d'août, une lettre fort inté-
(i) Le «Tropical Agriculturist » a publié, depuis, un renseignement moins rassurant:
Chaque ouvrier Chinois revient au planteur à 750 marks environ, avant d'avoir commencé à travailler (frais de recrutement, transport, retour payé d'avance, etc.}- — N. d. t. R.
ressante, adressée par un planteur allemand de Samoa à un de ses amis a Ceylan. J'en extrais ces quelques passages : « Notre grande préoccupation est de garder le sol propre entre les rangées de cacaoyers; c'est extrêmement difficile, à cause du caractère envahissant des herbes et broussailles du pays. Mon premier cacao, récolté sur des arbres de 3 ans \'o , a été estimé à Ham-.bourg, à plus de 80 marks. La culture du cacao ici s'étend rapidement. Une nouvelle société allemande est annoncée, qui se propose de mettre en valeur 2.000 acres; une autre société, anglaise, entend en planter i.5oo.
« Le cacao que j'ai introduit de Ceylan, est couvert de fruits. Celui provenant çie graines du pays, me donne moins de satisfaction : Sur des arbres âgés de 3 et 4 ans, je vois les branches noircir et se dessécher en commençant par le sommet. J'ai trouvé sur l'écorce des taches de pourriture; je les ai excisées et cautérisées et ai recouvert de cire les blessures, mais je n'arrive pas à me débarrasser de la maladie. Quelques-uns des arbres malades sont bien éclairés, d'autres sont à l'ombre; les uns et les autres sont atteints également ».
Harold Hamel Smith.
Londres, octobre igoS.
Le Cocotier au Congo français
L'expérience acquise. — Conditions de réussite. Par M. G. Berthelot du Cheskay
Le cocotier, Cocos nucifera, Liba li mpou- tombe, c'est-à-dire au moment où l'amande,
Tou des Bavilis, n'est pas une espèce spon- encore incomplètement formée, est pleine
tanée de la flore congolaise; partout où il d'un lait abondant. On aime assez à boire ce
existe, il a été importé comme arbre d'agré- lait, toujours si frais par les plus grandes
ment, formant parfois de magniHques ave- chaleurs,
nues, comme à Libreville. Le coco est respecté par le noir, il en est
En général, tout centre européen de la peu friand et manifeste à son égard cette récôte, si petit soit-il, a son bouquet de coco- pugnance instinctive des aliments dont il tiers; sur les plages dénudées et torrides où n'a pas coutume de manger. Il y a là un fait se trouvent en général les factoreries, son très heureux pour les Européens qui entreombre est précieuse ; son Iruit yeouj o urs prendraient la culture du cocotier ; les indiutilisé à l'état frais, avant que la noix ne gènes ne s'habitueront pas de si tôt à faire
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N» 29 — Nov. 1903
de l'amande fraîche ou sèche leur nourriture et le planteur n'aura pas à craindre les rapines de ses travailleurs.
Les groupements de cocotiers éloignés de laplagesontassez rares, mais comptentparmi les plus importants du pays ; citons surtout : 1" ceux de la Mission catholique de Loango, plantés dans le sable noir de la plaine de Loubou, à 1 ,700 mètres de la lagune ; et 2°, ceux du Cayo, éloignés (à vol d'oiseau) de 1 1 kilomètres delà côte Matève. Cesderniers renferment les plus beaux arbres du Congo et l'immense avenue qu'ils forment le long du lac, rivalise avantageusement avec celle de la route à Plateau, de Libreville. Nous ne nous souvenons pas de leurs dimensions exactes, mais leur hauteur se rapproche sensiblement de celle des vieux cocotiers qui bordent une partie de la route à Glass, le long de l'estuaire du Gabon.
Cettecocoterie dulac Cayo fut faite par une Compagnie hollandaise, la N. A. H. V.(i), bien avant l'occupation française. Tous les anciens postes de cette société, passés aujourd'hui en des mains diverses, portent la trace de leur origine commune et se distinguentdes nouveauxcomptoirs parleurs vieux arbres fruitiers : manguiers, avocatiers, orangers et, surtout, cocotiers. C'est ainsi que les bosquetsde cocotiers de Bas-Kouilou, Touba et Kakamoeka comptent parmi les plus âgés de la colonie.
Ces trois postes sont échelonnés le long du fleuve Kouilou ; le dernier est à 75 kilomètres de la côte ; ce serait donc la cocoterie la plus éloignée du littoral dans tout le Congo français; à moins que les factoreries du Haut-Ogooé n'aient planté récemment des cocotiers, ce que nous ignorons.
noix par an. A Touba, et à Kakamoeka surtout, c'est l'inverse qui a lieu : la production est considérable, puisqu'on compte, sur le même pied, jusqu'à 8 régimes de 7 à 9 fruits ; mais, les palmes sont courtes (4°'5o au plus),, peu nombreuses, et le tronc trapu qui se dresse à peine à 8 mètres, s'épaissit jusqu'à un diamètre de o"'40.
Ces différences de développement si notables sont dues, évidemment, à l'influence maritime nulle dans l'intérieur, très intense au contraire au Bas-Kouilou (brises continuelles et régulières, air salé, sol sablonneux, imbibé d'eau saumâtre).
Lestornades de l'hivernage ne peuvent être assimilées, d'aucune façon, aux brises marines: d'abord, elles ne transportent pas de particules salées; en second lieu, elles sont de trop courte durée (^/^ d'heure) pour que l'arbre ait le temps de s'assouplir et de se fortifier. Aussi, la rigidité du cocotier de l'intérieur est-elle caractéristique.
Les différences considérables en rende> ment s'expliquentparlaplusou moinsgrande richesse du sol. 11 semblerait qu'au Bas- Kouilou, où les cocotiers sont plantés sur l'étroite langue de terre qui sépare la rive gauche du fleuve de la mer, le sol dût être une de ces marnes de sables alluvionnaires, comme on en rencontre généralement au débouché des cours d'eau importants, mais déjà un examen superficiel permet de reconnaître qu'il n'est composé que de sable de mer presque pur.
Dans le haut fleuve, les rives sont toujours constituées d'alluvions très riches, très argileuses, dues aux débordements périodiques de la fin de l'hivernage (avril et mai). Les
Lorsque l'on remonte le Kouilou, on est cocotiers y sont plantés en bordure, sur un
frappé de la différence qui existe entre des arbres, sensiblement du même âge, suivant qu'ils sont plus près ou plus loin de la côte. A Bas-Kouilou, à l'embouchure, le fût, garni de 3o palmes et plus, est élancé, souple, atteignant jusqu'à 12 mètres de hauteur.
rang ; dans cette terre noire, fendillée en saison sèche, leurs racines s'étendent latéralement d'une façon extraordinaire; c'est ainsi qu'à Touba elles gênent dans leur croissance de jeunes avocatiers plantés à> 8 mètres environ de la rive. La cause en est
Donc, splendide végétation ; la production, dans la position de l'arbre sur la crête même
au contraire, est faible: une trentaine de de la berge, toujours très à pic, position qui
. l'oblige à n'avoir de racines que d'un côté;
(i) Nieuve Afrikaansche Handels-Vennootschap. mais aussi, et surtout, dans la COUche plas-
N0 2q — Nov. iQo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
tique et compacte du sous-sol, peu favorable au développement des racinesenprofondeur.
A Kakamoeka, un cocotier ayant été déraciné par un orage, nous avons pu nous rendre compte, en examinant l'ouverture béante découverte par la souche, du petit nombre et de la faiblesse des racines des couches profondes : l'arbre semblait pour ainsi dire posé sur le sol.
Comme conclusion à tirer de ces remarques, nous pouvons dire que les conditions les plus favorables au cocotier seront réunies lorsqu'on disposera d'un terrain sur le littoral, à la fois léger et riche.
Or, si nous considérons le littoral Bavili, l'aspect en est partout le même: c'est d'abord la plage sablonneuse étroite et raide, où déferle la barre ; puis, une sorte de petite dune de sable amoncelé par la mer, lors de la dernière kalème (i). Haute de un à trois mètres et taillée à pic par des éboulements continuels lorsque le flot est au plein, elle s'étale en pente douce du côté de la terre, se recouvrant par plaques, d'une maigre végétation de plantes rampantes où les Convolvulacées dominent. A la base de cette dune (qui, souvent réduite à rien, peut atteindre, dans d'autres cas, jusqu'à 5o mètres de largeur), dans les sables déjà fixés par le Pourpier de mer, Sesuvium Portulacas^ trum L. (1) et le Chanvre d'Afrique, Sanseviera guineensis, poussent, plus ou moins serrés les uns contre les autres, des Palmiers éventail, Borassus JlabelliferL.. (3).
Le long rideau des roniers ne s'interrompt qu'en de rares endroits pour laisser voir une broussaille épaisse et courte, inclinée vers le Nord-Est et dont les feuilles ont été complètement retournées dans cette direction par les vents. En arrière de cette première ligne de végétation arborescente etabrités par elle, se sont développés, toujours parallèlement à la mer, des arbres de petite taille, où l'on rencontre le Citronnier de mer, Ximenia gabonensis H. Bn. (4) et surtout le N'zimou, Mimusops cuneifolia Bakkr.
(i) Grandes marées de la saison sèche.
(2) Bembele koutou des indigènes.
(3) Ntefa des indigènes.
(4) LiNCHEs GHEN dcs indigènes.
Au fond de la dépression comprise entre les sables du littoral et la terre ferme, dort une eau saumâtre peu profonde (o'"6o), au niveau variable, où les derniers arbres de la lisière boisée plongent plus ou moins, suivant les apports des ruisseaux et les infiltrations de la mer. Ce marigot a de 5o à 100 mètres de large, sauf dans les endroits où il se transforme en lagune, comme à Malonda (Terre de Foutou). Son eau noire et croupissante ne s'aperçoit guère que dans les trouées où passent les sentiers; partout ailleurs, elle est recouverte par la végétation arborescente des Pandanus, des Palétuviers, et, surtout, par celles des plantes aquatiques : Nymphaea, Aroïdées, Papyrus...
Lorsqu'on a traversé le marécage, on se trouve devant un sol dénudé qui se relève brusquement à i, 3 ou 5 mètres de hauteur, présentant l'aspect d'un sable gris ardoisé, à consistance marneuse. Cette terre, extrêmement sablonneuse, constitue, à elle seule, une plaine parfaitement horizontale, bordée d'un côté par la zone littorale, et de l'autre, par les collines rougeàrres, de latérite ferrugineuse, qui étayent les premières élévations de l'intérieur (altitude de 10 à 70 mètres).
Lalargeur de cette bande de terrains plats dépend de la plus ou moins grande distance qui sépare les collines de la mer. Réduite parfois à 5o mètres (pointe Lekonde), elle peut atteindre jusqu'à 5 kilomètres (pointe Indienne) ; mais, en général, elle se tient aux environsde 1.200 mèt:es(terresdeTchisanga, Mibanga, Kouania). A première vue, ces plaines couvertes d'herbes courtes, maigres, clairsemées, semblent stériles; on y trouve le vétiver, Andropogon miiricatiis, Retz (i), et des graminées peu exigeantes, comme l'avoine savane, Setaria seîosa{2). Ce n'est que sur les bords des petits cours d'eau qui se rendent à la mer, que la végétation épaisse du marécage reparaît, interrompant, pour un moment, la monotonie de la steppe.
La couche supérieure du sol est donc éminemment pauvre et ses sables infertiles correspondent à une épaisseur de i , 3 ou
(i) LiBouNDOU Li FiMBou dcs indigènes.
(3) Saba, des indigènes.
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5 mètres, suivant les endroits. Au delà de on devra donc s'assurer que les sables de la ces profondeurs, le sous-sol est constitué surface ont i m. 5o d'épaisseur, au maxipar une couche foncée, plus riche et très mum. Dans ce cas extrême, il sera néceshumide, provenant probablement des allu- saire de creuser des trous d'au moins vions des fleuves côtiers, repoussées par les 2 mètres cubes, mais la dépense considéracourants contre le littoral, antérieurement ble qui en résultera, sera largement comau dépôt de la couche de sable. Les modifi- pensée par l'économie du défrichement, cations continuelles du rivage, d'une année Dans tout ce qui précède, nous parlons à l'autre, sont une preuve qu'il est encore d'une plantation faite dans un but. industriel, en pleine formation. c'est-à-dire dans laquelle les arbres de-
Si donc, nous supposons des cocotiers vront produire dès la sixième année et avoir plantés dans des trous assez grands pour à partir de la dixième, un rendement annuel que leurs racines, du moins les plus pro- minima de 5o noix par pied. Car, s'il s'agit fondes soient en contact avec le sous-sol simplement de faire pousser quelques cocofertile, nous aurons réalisé les meilleures tiers autour d'une factorerie, le sol sablonconditions de végétation et de fructification; neux de la surface suffira à la croissance de puisque, à proximité delà mer, nous aurons l'arbre. Nous avons vu à Conkouati util donné aux palmiers un sol perméable et vingtaine de cocotiers plantés pour ainsi ^^^"^- dire dans le sable pur de la dune et qui.
Nous tenons de M. Chalot que, sur d'au- dans leur septième année, mesuraient pour
très parties du littoral Congolais, au Gabon la plupart 2 mètres de fût et 4 mètres de pal-
oùil a passé 10 ans, il ne faut pas, non plus, me. Quelques uns comptaient trois régimes
se fier aux apparences pauvres de la surface de différents âges. Il est vrai qu'à une extré-
sablonneuse. C'est ainsi qu'à l'Ile aux Per- niité de l'allée quatre sujets étaient restés
roquets, où la Plantation Jeanselme a une petits et rachitiques avec sept ou huit palmes
courte avenue de cocotiers, les arbres ont seulement comme couronne, et pas un fruit.
-acquis un développement extraordinaire. Ce qui peut convenir pour abriter une
parce que les sables parfaitement stériles qui factorerie et fournir quelques fruits frais au
constituaient la couche superficielle du sol, bout d'un temps plus ou moins long, ne
ne faisaientque recouvrir un dépôt de vases, saurait suffire à un planteur qui attend une
des plus riches. récolte rémunératrice à une époque déter-
Toutefois, il faudrait se garder de croire minée. Aussi, croyons-nous indispensable à que la culture du cocotier est possible par- la réussite d'une cocoterie, un sous-sol d'allutout dans les plaines du littoral ; il y a beau- ^ion riche. L'échec de la plantation Brandon, coup d'endroits où la couche de sable est tel- sur la pointe de Denis, constituée uniquelement épaisse (jusqu'à 5 mètres) qu'il serait ment par des sables, en est une preuve, impossible de mettre le jeune plant en contact avec l'alluvion fertile. Avant de planter, G. Berthelot du Chesnay.
La culture du Castilloa au Mexique
Variabilité de l'espèce. — Infériorité du caoutchouc des arbres jeunes. — Mauvaises herbes et cultures intercalaires. — Croissance. — Grossièreté des procédés d'extraction.
A propos du voyage de M. Henry C. Pearson.
SPe.irson (Henry C.) : Rubber Planting on Nos lecteurs savent que les Américains the Isthmiis of Tehuajitepec. ln-4°. 27 pp. ; ont engagé de nombreux millions dans des nombreuses vues photographiques. Tiré à plantations de caoutchouc Castilloa, dans la part du « India Rubber World ». New- partie sud du Mexique. Aucune de ces plan- York, 1903. Prix :$ o.5o. tations, créées depuis peu, n'est encore dans
N°29 — Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE SSg
la phase d'exploitation, du moins pour ce n'avons rien trouvé. A moins qu'il ne s'agisse
qui est des Castilloas ; et d'ailleurs, quel- de la plantation « Filisola » ; dans ce cas, la
ques-unes ne sont point du tout sérieuses : chose s'expliquerait par l'extrême pauvreté
de vraies entreprises d'escroquerie. Le mou- du sol.
vement mérite néanmoins la plus grande at- Comme Koschny, Preuss, Guérin et tant
tention des planteurs de toute la zone équato- d'autres, M. Pearson a constaté que de cer-
iriale. Il intéresse également, et au plus haut tains Castilloas l'incision fait jaillir un latex
point, les consommateurs de caoutchouc, fluide et à coagulation relativement lente,
Notretrèsaimableconfrère M. H. C. Pearson tandis que celui d'autres arbres, de tous
est directeur de 1' « India Rubber World », points pareils et poussant à côté, exsude en
excellente revue mensuelle du caoutchouc et gouttes épaisses qui se figent presque immé-
de ses applications, bien connue de ceux de diatement. Il paraît que les mêmes arbres
nos lecteurs qui sont de la partie; c'est à ce fournibsent un latex plus fluide dès qu'ils
titre qu'il a tenu à aller se rendre compte par ont été saignés pendant un certain temps,
lui-même de l'état des choses dansl'isthme de Notreconfrère n'a, d'ailleurs, pas approfondi
Tehuantepec. le phénomène.
Déjà, l'année dernière, la région avait été A la p. 1 1 , il rapporte certaines paroles de
visitée par M. C. O. Weber, l'auteur du M. Adams, de la plantation « Ixtal » ; il y est
livre « The Chemistry of India-Rubber (v. question de Castilloas dont le latex est si
« J. d'A. T. » n" 25, § 4i3). A la suite d'un fluide et coule en si grande abondance, qu'on
séjour d'une quinzaine de jours dans une risquerait de les faire saigner à mort si on
importante plantation de l'isthme, il publia ne rebouchait artificiellement la blessure,
plusieurs articles dans son organe habituel, Rappelons que Koschny, dontles idées sem-
r « India Rubber Journal » de Londres, On blent avoir pénétré jusqu'à notre témoin,
pourrait leur reprocher un certain manque attribue ce caractère à une variété définie,
de simplicité ; le théoricien, le raisonneur, que les huleros du Costa-Rica appellent,
y paraît trop; au surplus, on ne distingue dit-il, « hule negro ». M. Pearson met en
pas très bien ce qu'il a puisé dans les livres doute la possibilité même du fait. Ce passage
et ce qu'il a vu de ses yeux. de sa relation n'est pas très claire.
Nous aimons mieuxla manièrede M.Pear- Retenons ce qui est dit du latex des jeunes
SON, qui ne cherche pas midi à quatorze heu- arbres saignés, à titre d'essai, dans la plan-
Tes. N'étant ni botaniste, ni agronome, il n'a tation « La Ventura » : Tous ceux au-des-
pu entrer dans le détail des questions cultu- sous de quatre ans donnèrent un latex
raies; il fait aussi une large part à l'élément imparfait, dont le caoutchouc demeurait
anecdotique etpittoresque ; cependant, nous poisseux. Ceci cadre parfaitement avec les
avons quand même retiré du profit de son faits connus par ailleurs. M. Pearson note
« rapport », quelque peu superficiel, mais que la « maturation » du latex a lieu pro-
aussi sans prétentions. gressivement en partant de la base : à cer-
Lecteur attentif du « Journal d'Agriculture tain âge, le jeune Castilloa fournit déjà du
Tropicale », il a posé partout la question bon latex par les incisions pratiquées au
de savoir si l'on avait remarqué des Castilloa bas du tronc que le latex extrait des parties
elastica dépourvus de caoutchouc (v. « J. hautes du même tronc est encore visqueux.
d'A. T. » n"* I, 2,4,6, et 25) ; la réponse Mentionnons en passant des renseigne-
était invariablement négative. Il a incisé ments assez utiles sur la récolte des graines
lui-même des centaines d'arbres, et tou- de Castilloa (p. 14), et arrêtons-nous à ce
jours il en sorti du latex caoutchoutifère, que M. Pearson rapporte concernant les
sauf dans un cas brièvement mentionné à moyens de lutte contre la broussaille qui
la p. 8, avec promesse d'y revenir dans la tend à envahir les jeunes plantations et dont
suite du récit ; nous avons d'ailleurs cherché le nettoyage périodique constitue une très
en vain dans les 20 pages qui suivent, nous lourde charge :
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 29 — Nov. 1903
Dans la plantation « Solo Suchil » (p. 18), pour maîtriser les mauvaises herbes, M. R. O, Price fait planter entre les rangs des Castilloa, une sorte de patate douce (« camate ») qui recouvre le sol de ses pampres et le défend d'une façon absolue contre toute tentative d'envahissement. Dans le n° II du « J. d'A. T », notre ami Léon Hautefeuille, se basant sur les faits observés par lui à Cayo Romano (Cuba), se prononçait en faveur de la même plante, au point de vue de l'entretien économique des plantations d'henequen.
D'autres planteurs : M. James C. Harvey, M. W. CocKRELL, préfèrent, pour le même usage, le « cowpea » et le « velvet beau », deux légumineuses dont il a été souvent question dans le « J. d'A. T. ». M. Cock- RELL recommande particulièrement une variété de cowpea dite « w^hippoorwill » (p. 27). — L'opinion de M. Harvey est d'un certain poids car, dans sa plantation « La Ventura », il est à la tête d'un véritable petit jardin botanique. Une belle collection de végétaux de toutes origines a été constituée également à la plantation « La Buena Ventura ».
M. Pearson donne un grand nombre de
les plantations créées avec les capitaux nordaméricains sont encore trop jeunes, il existe cependant, dans le pays, de grands arbres spontanés, et aussi nous venons d'en voir un exemple — quelques petites plantations d'un certain âge dues à l'initiative locale.
Les procédés de saignée des arbres et de préparation du caoutchouc notés par M. Pearson au cours de ses nombreuses visites aux Américains installés dans le pays, sont grossiers et, en somme, identiques à ceux employés de tout temps par les indigènes. Quelle différence, par exemple, avec l'exploitation raisonnée, scientifique, avec l'outillage parfait de l'hacienda « Aguna » décrite par M. René Guérin dans le n° i 5 du « J. d'A. T. », et même avec les méthodes, moins coordonnées, de la finca « El Baul » dont le même auteur nous a entretenu dans dans le n° 3 du « J. d'A. T. » ? Rappelons que l'une et l'autre se trouvent au Guatemala.
M. Pearson constate que le procédé de saignée au « machete », pratiqué par les Indiens de l'isthme de Tehuantepec, n'est pas seulement barbare, mais encore très difficile : il est aussi malaisé d'escalader le tronc en s'aidant d'une corde, que d'asséner
photographies et quelques mensurations sur l'écorce, sans tâtonnement ni gâchage,
très instructives quant à la rapidité de croissance du Castilloa. Ainsi, à « La Ventura », chez M. Harvey, les plus beaux des arbres, âgés d'un peu plus de 4 ans et poussant en pleine lumière, sans porte-ombre, mesuraient en moyenne 23 pouces de circonfé-
des coups qui portent au bon endroit. La plupart des « huleros » improvisés de la région s'acquittent également mal de l'un et de l'autre et massacrent l'écorce sans qu'il en résulte grand profit, car une bonne partie du latex tombe à terre ou est éclaboussée
rence à un pied au-dessus du sol, et 22 pieds dans tous les sens.
de haut; le plus beau de tous accusait même Nous ne voulons pas clore cette notice
32 pouces de circonférence et 25 pieds de sans attirer encore une fois Fattentionsur les
haut. Chez un Mexicain, Senor Sanchez, sur nombreuses vues qui accompagnent le texte
le Coachapa, M. Pearson vit des arbres de M. Pearson; nous avons trouvé particu-
d'environ 10 ans et qui avaient environ 16 à lièrement intéressantes, à notre point de
18 pouces de diamètre et 3o pieds de haut, vue, celles de la p. 5 (Champs de Maguey,
11 est assez curieux que l'auteur n'ait pas eu près Mexico), p. 11 et 23 (Caféiers sous l'om-
l'occasion de recueillir quelque renseigne- bre de Castilloas), p. 24 (Allée de Castil-
ment sur le rendement du Castilloa; car si loas, à Del Corte).
N'>2q— Nov. iqo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
L'Élevage dans les Cocoteries des îles Samoa
Le double rôle des bestiaux. — Le débroussaillement par le pâturage. — Qualités et inconvénients des principales plantes de couverture introduites: Seasilive, Buffalo-grass, Desmodium.
D'après M. le professeur Reinecke
Il y a un an, des abonnés de Marseille nous écrivaient :
« Nous possédons en Afrique, dans la province de Mozambique, de vastes plantations de cocotiers. Ces arbres étant plantés à une distance de huit mètres, chaque sujet occupe par conséquent une surface de 04 mètres carrés. Les frais de défrichement et d'entretien de ces surfaces nous mettent dans la nécessité de chercher à les utiliser par une culture secondaire, intercalée entre les cocotiers. Une culture simple, un produit qui ne demande pas des machines compliquées ni des préparations coûteuses conviendrait mieux qu'un produit riche; il ne s'agit que de profiter de l'espace déjà défriché : pourvu que le revenu des récoltes couvre les frais de culture et d'entretien des terrains, le but désiré sera atteint. Nous vous serions reconnaissants si vous pouviez nous renseigner sur toute culture susceptible de nous convenir dans ces circonstances. »
Cette question nous était posée ainsi depuis quelques mois lorsque nous reçiàmes le livre si attachant de Reinecke : Samoa (v. « J. d'A. T. », n° i5, § 228, feuilles bleues). Nous crûmes y trouver un cas assez analogue à celui de nos amis du Mozambique et nous nous empressâme"; de faire traduire le chapitre : Entretien et récolte des cocoteries. Des circonstances fortuites ont retardé la publication de cette traduction.
En l'offrant aujourd'hui à nos lecteurs, nous y avons ajouté quelques données complémentaires extraites d'un exposé plus récent, du même auteur, publié dans les « Beitraege zur Kolonialpolitik» de Susserott, IV« année, 5^ cahier. Toutes les descriptions de Reinecke se rapportent aux cocoterie.s de la « Deutsche Handels-und-Plantagengesellschaft der Sûdseeinseln » {vulgo, « D. H. P. G. ).). — N.D. L. R.
Samoa, par Reinecke, pp. 2o3-2o6 :
Depuis le moment où l'on a planté la noix de coco (qu'on a pris soin de choisir parmi les plus grosses des palmiers les plus productifs) le cocotier n'exige plus aucun soin: il pousse en dépit des mauvaises herbes et broussailles et jette plus tard lui-même ses fruits mûrs aux pieds du planteur. Toutefois, il est nécessaire que la terre soit bien propre pour apercevoir et ramasser les noix
tombées. Or, des plantes, pour la plupart étrangères à Samoa, se multiplient sous l'ombre du cocotier.
La plus dangereuse est la sensitive, la tendre et pudique mimose [Mimosa pudica) si appréciée dans les serres, en Europe. Ce Mimosa se présente à Samoa sous un aspect des plus broussailleux et rébarbatifs et se montre vraiment impudent vis-à-vis des plantes, des animaux et des hommes : il étouffe et recouvre les premières et pique cruellement les derniers. La force de propagation et d'envahissement de cette mauvaise herbe est inouïe et cause bien des tracas aux régisseurs de la « D. H. P. G.»; aussi, la Société a-t-elle promis une prime élevée à qui découvrira un moyen de destruction certain et pratique. Les noix de coco sont rapidement recouvertes par le pullulement du tapis végétal sur lequel elles tombent et le ramassage devient si pénible aux pieds nus et aux jambes des travailleurs que beaucoup, à bout de ressources, se décident à emprisonner leurs extrémités inférieures dans des chaussures et des culottes.
Il existe une graminée encore plusenvahissantequele Mimosa, c'est le « buffalo-grass » de l'Amérique du Nord [Monerma repens).
Sans se reproduire par graines à Samoa — chosecurieuse — cette herbe, introduite dans les cocoteries, a disputé victorieusement la place à l'ennemi et l'a étranglé avec ses longs bras. On espérait aussi trouver dans cette plante un bon fourrage pour le bétail. C'est que les graminées indigènes, tendres et en partie très estimées du bétail, sont malheureusement des plus exigeantes quant au sol et ne résistent pas aux pâturages fréquents, pas plus qu'aux mauvaises herbes; de sorte, qu'en général, on manque de bon fourrage, sur les meilleurs sols de l'ile.
Mais le buffalo-grass n'a pas eu l'agrément des bestiaux : tantôt, il n'est pas assez tendre
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et juteux pour eux ; d'autres fois, ils le rejet- tion qu'on restera maître des deux mauvaises tenta cause de son vilain goût de moisi ; ce herbes, subjuguées, mais toujours prêtes à dernier résulte de ce que la plante forme un reprendre le dessus dès qu'on ne s'en occufeutrage épais et imperméable à l'air, de perait plus. La Société y procède d'ailleurs sorte que les parties inférieures des pousses en ce moment. Elle y trouvera de grands sont généralement brunies et comme pour- avantages, car le bétail ayant du fourrage en
abondance, son entretien et son engraissement reviennent à un prix extraordinaire de bon marché ; sans considérer que c'est encore lui qui se charge de l'entretien des cocoteries, causant ainsi une grande économie de main-d'œuvre.
ries.
Le cocotier ne se trouve pas bien, non plus, de la cohabitation avecle buffalo-grass; car les racines du cocotier ont grand besoin d'air ; elles pénètrent d'ailleurs rarement à une grande profondeur dans le sol ; au contraire, elles courent souvent à la surface môme, et cette couverture imprévue d'herbe feutrée ne leur convient pas du tout.
Sur ces entrefaites, M. Krueger, de Mulifanua, observa que les bêtes à cornes trouvaient très à leur goût les jeunes pousses du Mimosa, bien qu'ils se gardent de pénétrer dans les vieux buissons :
M. Krueger fit donc détruire, au sabre d'abatis, les vieux buissons épineux, et dès que les souches abattues se disposèrent a reconquérir de nouveau le sol par leurs rejets, on y mit les bœufs, les vaches et les veaux, qui dévorèrent toutes les jeunes pousses avec un plaisir évident. Le Mimosa devint ainsi la base de l'exploitation du bétail dans les cocoteries de la « D. H . P. G. ».
Le butîalo-grass ne tarda pas à être vaincu à son tour: le capitaine Hufnagel trouva que le feu lui était très dangereux par les temps secs, alors que l'herbe, tout en paraissant fraîche et verte, offre, dans ses parties inférieures, un aliment facile aux étincelles, Sans provoquer d'incendie dangereux, on put donc, par un vent favorable et avec une surveillance attentive, détruire le feutre épais qui couvre le sol et le transformer en cendres fertilisantes, sans endommager le
Reinecke, in « Beitraege zur Kolonialpolitik. », iv« année, 5^ cahier :
Chevaux, ânes, bœufs, et, par dessus tout, porcs réussissent bien à Samoa, et leur entretien revient relativement à bon compte; de même, pour la volaille. Il ne faut pas songer à l'exportation, mais les besoins locaux et, au besoin, la vente au chef-lieu, offrent des débouchés suffisants.
Il est probable qu'on ne réussira guère avec le mouton, à cause de l'air saturé d'humidité et qui en imprègne la toison, de sorte que les bêtes ne peuvent plus transpirer. Peut-être, y aurait-il lieu d'essayer de les tenir toujours tondus de près?
C'est l'élevage des bovidés qui offre le plus d'intérêt dans l'archipel, à cause des avantages indirects qui en résultent pour l'entretien des cocoteriesque les troupeaux désherbent en même temps qu'ils les fument.
Les bestiaux préfèrent le Mimosa jeune au bufîalo-grass et s'en trouvent fort bien ; tou tefois — c'est probablement une conséquence du climat — la tuberculose v fait de fâcheux
moins du monde les cocotiers. En outre, on ravages ; d'autre part, le lait est très maigre,
vit encore cette fois le bétail se repaitre des repousses; le mal était encore changé en bien.
Pour tirer parti des ressources fourragères considérables résultant de cette nouvelle manière de traiter le Mimosa et le buffalograss, il faudra à présent que la« D. H. P.G. » augmente le nombre de lêie de ses troupeaux ; c'est d'ailleurs à cette seule condi-
au point de rendre la préparation du beurre tout à fait désavantageuse; le peu qu'on en obtient n'a, d'ailleurs, pas bon goût.
Pour y remédier et comme le Mimosa, le buffalo-grass et les autres mauvaises herbes exotiques ont à peu près complètement évincé de la zone cotière et des cocoteries les bonnes herbes indigènes, les administrateurs de la a D. H. P. G. » continuent à
N°29— Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
RANKENKLEE
expérimenter avec des plantes fourragères
variées ; en dernier lieu, leurs préférences se Eau 10,40 %
sont arrêtées sur le Desmodium polycarpum, Cellulose . . . 3o,o5
espèce littorale que les colons allemands ap- Cendres.... 5, 08
pellent Rankenklee (traduction verbale, Protéine i5,63
Trèfle A pampres). Les analyses qui suivent, Mat. grasses 4,20
permettent de comparer la valeur nutritive Mat. extract. 34,64 des trois plantes envisagées :