‹ Journal d'agriculture tropicale: agricole, scientifique et commercialChapitre 82 sur 94 · PARTIE COnnERCIfLLE · texte numérisé non relu

PARTIE COnnERCIfLLE

Le Marché du Ca^outchouc

Par MM. Hecht frères & C'^

Para fin. — Il y a un mois, on considérait que la baisse de un franc cinquante par kilo qui s'était produite sur le caoutchouc du Para, était exagérée, et on n'avait pas tardé à remonter. Mais c'est un phénomène presque général que lorsqu'une matière première a atteint, par suite de circonstances exceptionnelles, un prix tout à fait exagéré, elle retombe ensuite à des cours extrêmement bas, le mouvement de baisse étant généralement plus rapide que celui de hausse.

Il y a un mois, on était remonté au-dessus de 12 francs pour Haut-Amazone; cette même marchandise s'est vendue au plus bas en novembre à 10 fr. 35 pour livraison janvier ou février. Au moment où nous écrivons on vient de remonter, et il s'est traité, il y a quelques jours, de fortes quantités à 10 fr. 55 pour livraison janvier. Depuis on a payé jusqu'à 10 fr. 80 et l'on parle de i o fr. 90 pour disponible.

Le Bas-Amazone qui était tombé un moment à 10 fr. 25 vaut actuellement 10 fr. 45 pour époques rapprochées; la récolte de cette sorte qui aétépréooce pourrait bien s'arrêter plus tôt que d'habitude.

Sortes intermédiaires. — Les Sernambys de Manaos ont été délaissés et on a traité une petite affaire à 8 fr. 90. Le Sernamby du Pérou vaut 8 fr. 85 pour disponible et 8 fr. 75 livrable ; les Slabs n'ont donné lieu à aucune transaction.

Les arrivages au Para pour octobre ont été de 2.440 tonnes contre 2.290 tonnes l'année dernière. Les recettes au 22 novembre étaient de 2.o5o tonnes. On peut raisonnablement s'attendre à une augmentation de récolte d'au moins i.ooo à i.5oo tonnes pour l'année entière.

Les statistiques générales donnent pour les diverses sortes, les chiffres sui-

vants, en tonnes, au 3i octobre 1903, comparé à fin octobre 1902 :

Sortes du Para : — —

Stocks à Liverpool 486 i.3ig

» à New-York 69 144

» au Para 346 108

En route pour l'E^urope 820 990

)) )) pour New-York 700 555

» « d'Europe à N.-Y.... — 60

Arrivages à Liverpool i-097 827

)) à New-York 860 866

Livraisons à Liverpool 885 892

» à New-York 867 920

Arrivages au Para en septembre 2.440 2.290

Id., dep.le i«''juil. 6.950 6.620

Expéditions du Para en Europe. 1.335 1.264

» » à New-York 1.020 1.009

Sortes d'Afrique :

Stocks à Liverpool 475 582

» à Londres 223 438

» à New-York 190 458

Arrivages à Liverpool 5o3 36i

» à Londres 147 90

). à New- York 695 75o

Livraisons à Liverpool 414 344

» à Londres 121 i53

» à New-York 695 582

Stocks de toutes sortes: 3.308 4.654

Sortes d'Afrique et d'Asie. — Les

prix ont continué à baisser, mais moins, en proportion, que pour les sortes du Para.

Nous cotons aujourd'hui: Twists du Soudan 8,65 à 8,85; Twists du Lahou 8,40 à 8,5o ; Niggers 8,70 à 9,25 ; Madagascar Niggers 2,65 à 6,25; Madagascar rosé 7,50 à 8,25 ; Madagascar noir 6,75 à 7,25 ; Loanda 7,io; Benguela 7,35; Mozambique prima 9,55 à 9,95 ; Tonkin noir 7,60 à 7,85 ; Tonkin rouge 8,45 à 8,75; Bornéo prima 6,35 ; Bornéo secondaire 5,45; Bornéo troisième

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 29 — Nov. 1903

4, i5; Grand Bassam, lumps choisis 5,75; lieu en décembre, comprendra près de

Grand Bassam pressé 7,85 ; Gabon 7,25. 600 tonnes.

Anvers. — On a vendu le 18 novembre Hecht frères & Cie.

environ 5oo tonnes avec une baisse moyenne 75^ rue Saint-Lazare,

de 60 centimes. La prochaine vente, qui aura Paris, 23 novembre 1903.

Fibres d'Agaves et Similaires.

Chanvres de Sisal, de Maurice, de Manille. — Aloès, — Ixtle, etc.

Dans les pays les plus variés, les colons continuent à se passionner pour les agaves et les plantes similaires.

Nous avons donné sur cette matière un très grand nombre d^articles, dès le premier numéro de ce Journal. Aujourd'hui plusieurs lecteurs nous demandent de leur dire quelle est la situation.commerciale des fibres en question.

Nous avons dépouillé à leur intention la dernière circulaire mensuelle datée du 16 nov. de MM. Ide & Christie, les grands marchands de fibres de Londres. Nous y avons ajouté quelques commentaires de notre cru.

Chanvre de Sisal : Mexique, sans affaires. Cours nominal : 36 s. le cwt.

Indes (Nous ne saurions dire si ce terme de la Circulaire désigne les provenances des Bahamas ou celles, toutes récentes, des Indes Orientales) : abondant; d'ailleurs très demandé. De 14 s. à 32 s.

Centre-Amérique : 78 balles, vendues à 26 s. 6 d. le cwt.

Cotes du Chanvre de Sisal (en cents) sur le marché nord-américain, le 2 nov. 1903, comparées aux deuxannées précédentes, même date (D'après MM. Smith & Shipper).

Disponible.. 7 V2 § "7'. 8 V-i

Flottant.... 7 V, 8 ^j.,—8 ^/, 8 Vi

Chanvre de Maurice : De vente difficile. — Cotes : « Common », 26 s.; « Pair », 3i s.; « Good white », 33 s.

Nous reviendrons très prochainement sur cette fibre en profitant des renseignements

contenus dans la note d'un de nos confrères de l'île Maurice, rédigée précisément en réponse à un article antérieur du « J. d'A. T. »

Lin de la Nouvelle-Zélande : Cotes, sur

termes éloignés : De 3o s. 6 d. à 3 i s. 9 d.

Arrivages dans les 9 mois janvier-octobre :

igoS ]go2

En Angleterre. . 2.202 tonnes 2.194 tonnes Aux Etats-Unis. 27.242 balles 12.607 balles

Chanvre de Manille : Ferme. Transactions limitées. La production de cette année aura été la plus forte connue; la consommation, de même.

Arrivages à Manille, depuis le commencement de l'année (cablogramme de Manille, du 16 nov.) : 865. 000 balles, contre 842.000 balles, même date 1902.

Arrivages totaux (année entiète)à Manille dans les cinq années précédentes (balles) :

1002 iQOi 1900 I899 i898

Cote, à Londres, pour livrable, c. i. f., 16 nov. 1903 :

« Good » à « Prime

roping » 40 s od à 52 s

« Fair current »... 36 s 6d » —

« Seconds » 33s od » —

« Good brown ».. 32S' od » —

« Ordinary » 3is od » —

« Quilot » 45s od » 55 s od

« Lupiz » 70 s o d » 1 00 s od

Stocks à Manille (balles) au 2 nov.,

d'après MM. Smith & Shipper :

iqoS 1902 1901

107,000 84,000 5o,ooo

N<'29— Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

Cotes du « Fair current » aux Etats-Unis, le 2 nov., d'après la même source :

Livrable 8 '/§ c. 10 V/, c. 11 ^/g c.

Chanvre des Indes-Orientales. — Allaha- BAD, no 2 : 10 s. ; id., n° 3 : 7 s. 6 d. ; qualité garantie: 1 1 s. — Bengal, n° i : 20 s.: id., n° 2 : 18 s. ; id. no 3 : 14 s. — Bombay, « flat »:8 s, à 20 s. — Godavery : cette année, très mauvais et dédaigné.

N'ayant pas sous la main l'Encyclopédie de Watt, nous ne saurions dire à quelles espèces botaniques se rapportent ces indications de la circulaire de M M. Ide et Chris- TiE ; ni seulement, si ce sont des agaves ou plantes grasses similaires. D'ailleurs, Watt . même ne nous aurait probablement pas renseigné d'une façon complète. Le gouvernement de l'Inde vient d'ailleurs de charger M. le D"" Prain, directeur du Jardin botanique de Calcutta, d'inventorier les fibres exportées de la péninsule sous le nom de chanvre ; prochainement, nous pourrons donc en dire davantage sur ce chapitre ; • M. Prain, qui est de nos abonnés, ne manquera certainement pas de nous communiquer le résultat de son enquête.

L'ensemble des fibres importées en Angleterre sous le nom de « East-India Hemp », dans les 9 mois janvier-octobre, s'est monté à tonnes :

Aloès. Manille, pas d'affaires. —Bombay : de 8 s. à 19 s.

D'après Gilmore (V. « J. d'A, T. », no27, §454) la fibre d'aloès exportée de Manille, proviendrait de ÏAgave americana, qui serait cultivé dans ce but et sous son nom mexicain de « Maguey » dans les îles de Panay, Cebu et Mactan, ainsi que dans le nord de Luçon (provinces Zambales, Union, Ilocos Sur). L'exportation de 1901 s'est

montée à 875 tonnes de 2.240 Ibs., estimées à s 100 la tonne. Dans les 6 premiers mois de 1902, il a été exporté 867 tonnes, contre 562,5 t. dans la même période de 190 (.11 y a lieu de remarquer que la presque totalité de cette fibre se négocie avant la saison des pluies.

L'aloès de Bombay est certainement le produit de plusieurs espèces : Agave americana, A. viviparia, A. lurida, etc.. Dans de précédents numéros du « J. d'A. T. », nous avons insisté sur l'extension que semble vouloir prendre dans l'Inde l'exploitation de ces agaves, représentées le plus souvent par des peuplements subspontanés et, notamment, par des centaines de kilomètres de haies vives bordant les chemins de fer. Plusieurs de nos abonnés dans l'Inde sont engagés dans des entreprises de ce genre.

Mexican fibre. — « Extra long » : 3o s. ; « Fair », 27 s.; « Common », 25 s. Ce nom se rapporte certainement, au moins en partie, au produit de la petite agave que les Mexicains appellent Lechuguilla(.4^ave/2e?eracantha), également connu sur le marché sous le nom de Ixtle et de Crin de Tampico. Sous ce dernier nom, nous nous en sommes occupés assez longuement dans plusieurs numéros de Tannée 1901 du « J.d'A. T. ».

Aux anciens pays de production de cette fibre, il faut ajouter, depuis peu de temps^ la Basse Californie (Mexique); il doit y exister plusieurs entreprises d'Ixtle à l'heure actuelle; parmi les personnes qui s'en occupent, il y a des Français et même un abonné du « J. d'A. T. », qui emploie des raspadors de fabrication mexicaine. Nous n'avons d'ailleurs pas eu encore en mains d'échantillons ni de la fibre, ni de la plante. — D'immenses superficies d'^. hetcracantha:

existant dans les régions limitrophes des Etats-Unis (v. « J. d'A. T. », n>' 28, §465),. demeurent inexploitées.

ifk

JOURNAL D^AGRIGULTURE TROPICALE N° 29 — Nov. 1905

flCTUnUTES

Le Caféier nain de Thacienda Capetillo

Par M. René Guérin.

C'est à quelques lieues de Guatemala, dans la belle propriété de votre abonné M. Jean Rodriguez que j'ai eu l'occasion de voir le café dont je veux vous entretenir aujourd'hui. Je vous en ai fait remettre des graines dernièrement, et je vous envoie cijpint deux photographies ; une, représentant un arbre de deux ans, et l'autre, quatre branches chargées de fruits, récoltées l'année dernière sur des arbres de sept ans et demi (i).

M. Rodriguez a reçu cette variété, il y a environ i5 ans, d'un de ses amis de San- Ramon (République de Costa-Rica), où elle existe, paraît-il, assez abondamment. La présente communication fournira peut-être, à l'un de vos correspondants dans ce pays, l'occasion de nous renseigner sur ce point (2). Chez M. Rodriguez, la variété a été en partie conservée pure, en partie hybridée.

Voici les caractères du caféier en question, sur lesquels M. Rodriguez a appelé mon attention :

L'arbre n'atteint jamais une grande hauteur: I mètre au plus; on peut donc le désigner très justement sous le nom de Caféier nain. Un peu au-dessus du sol, le tronc se divise en deux ou trois branches principales sur lesquelles se développent les branches secondaires, presque horizontales, couvertes de feuilles et chargées de fruits qui donnent" à l'arbuste un très bel aspect. Vous reconnaîtrez aisément sur la photographie la disposition et la quantité de fruits dont sont chargées les branches. Les feuilles sont brillantes en dessus, d'un vert plus foncé que dans l'espèce commune.

(i) Nous avons reçu les photographies et quelques feuilles sèches, bien conservées, mais pas de graines; elles se seront égalées. — N d. l. R.

(2) Notre excellent collaborateur^ M. Henri Pittier, est tout indiqué pour le faire. Nous lui avons transnnis une copie de cet article. — N. d. l. R.

Comme avantages directs, on doit aussi ajouter les suivants : Résistance plus grande aux intempéries : pluie, vent, variations de températures ; d'où rusticité à une altitude plus grande. — Production plus abondante. — Récolte beaucoup plus facile; l'arbre ne dépassant pas la hauteur d'un homme, il n'y a plus besoin d'échelles pour faire la cueillette, et les branches ne risquent plus d'être brisées par les ouvriers qui les attirent à eux.

Enfin, et c'est surtout sur ce point que M. Rodriguez voudrait attirer l'attention, l'arbre s'accommode et résiste à des conditions climatériques vraiment défavorables. A «Capetillo », hacienda de M. Rodriguez, à 1.200 mètres d'altitude, j'ai vu des arbres dans un terrain assez mauvais, sans ombre, en pleine saison sèche, présenter un bel aspect de vigueur et de développement.

En outre des avantages que présente ainsi cette variété dans les pays à café, comme arbre producteur, M. Rodriguez croit qu'elle aurait des chances de succès en Europe comme arbre d'ornement. Il est certain qu'avec quelques soins, ce caféier nain se maintiendrait en parfait état dans bien des sites, et qu'en raison de sa forme élégante et de son magnifique feuillage, il constituerait dans les pays favorisés d'Europe, quelque chose de beau et de curieux à la fois.

L'aimable propriétaire qui a bien voulu me fournir ces renseignements, que je suis heureux de transmettre aux lecteurs du «Journal d'Agriculture Tropicale », a déjà fait parvenir des graines à quelques-uns de ses amis, et je ne doute pas qu'il serait tout disposé à en fournir de nouvelles à ceux qui s'adresseraient à lui.

René Guérin,

Directeur du Laboratoire Central

de Guatemala.

2 octobre igoS.

No 29— Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

Moulin pour broyer

les coques d'arachides.

Mon cher Directeur, Vous me dites qu'un de nos correspondants, résidant dans l'Inde, vous demande si une râpe à manioc pourrait convenir pour broyer des coques d'aracliides. Je crois qu'il n'y aurait aucun inconvénient; toutefois le travail serait imparfait, la râpe étant peu ou

Tout le monde connaît la guerba : une outre suspendue au bout d'une corde se remplit d'eau au fond d'un puits, et lorsque la traction opérée par un animal, bœuf ou chameau, l'a élevée jusqu'au sol, elle se vide dans un récipient quelconque au moyen d'une manche jusque-là repliée contre son bord supérieur.

Le Capitaine Fesch a installé un appareil

pas réglable; il serait probablement aussi ^"^^^g"^ '^' ^" chevalet en porte-à-faux,

assez lent.

Si votre abonné en possède une, il ne risque pas grand'chose d'essayer; sinon, il fera beaucoup mieux d'employer un de ces petits moulins concasseurs américains, à meules en fonte, très répandus aujourd'hui aux Etats-Unis. Ces appareils, destinés spécialement au maïs, conviennent bien pour toutes sortes de matières, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte dans de nombreux essais, je les ai fréquemment recommandés pour des produits très divers, et toujours avec succès. Il existe, aux Etats-Unis, une dizaine de maisons, fabriquant ces moulins sous le nom de « Corn grinding mills ».

Veuillez agréer, etc.

F. Main.

L'irrigation dans le Haut-Tonkin

Les appareils élévatoires du capitaine Fesch.

. Le « Bulletin Économique de l'Indo- Chine » de février igoS, a publié une note, d'une vingtaine de pages, intitulée : Appareils élévatoires pour irrigation dans le Haut-Tonkin. Cette note due à M. le Capi-

surplombant la rive à pic du fleuve. Il a remplacé l'outre par une sorte de tonnelet guidé par deux câbles pendant les 20 mètres de son ascension pour éviter les pertes d'eau par baquetage; il a enfin résolu d'une manière simple et élégante le problème de la vidange du récipient en haut de sa course, sans manœuvrer de cordes supplémentaires, sans risques de vidange en cours de route.

Lorsque la rive n'est pas à pic, et que le chevalet ne peut surplomber l'eau, l'appareil peut encore servir; il doit pour cela subir quelques modifications que nous trouvons, accompagnées de figures très claires, dans la deuxième partie de la note. La machine est un peu plus compliquée ce qui est inévitable, le problème étant plus difficile.

Mais nous insisterons avant tout sur ce que la construction de l'appareil peut être et a été réalisée avec les seuls outils et matériaux dont on dispose aux colonies lorsqu'on se trouve à de grandes distances de tout centre important. A ce titre, tous les colons auront intérêt à lire la courte notice du capitaine Fesch. Disons pour terminer que ces travaux, dont des modèles ont figuré à l'Ex-

taine Fesch, du i- régiment étranger, est la position d'Hanoi, ont valu une médaille d'or

description des appareils préconisés et ins- ^ j^^j. gmeur

tallés par cet officier sur les bords du Song-

Bang-Giang, pour l'alimentation en eau des

cultures et des postes-militaires de la plaine

de Ta-Lung.

Bien que cet appareil, comme le dit luimême l'auteur de la note, ne soit qu'une application d'un appareil bien connu, la guerba arabe, nous croyons intéressant de signaler cette installation en raison des modifications ingénieuses qu'a subi cet appareil pour son adaptation à des conditions locales toutes particulières.

A propos des bananiers stériles.

Lettre de M. F. d'Herelle.

Après MM. Holuer, Roux (« J. d'A. T. », n" 25), Teissonnier /'«J. d'A. T. », n° 26), voici encore un planteur qui conteste l'explication proposée par MM. van der Ploeg et van Romburgh et partagée par Mme J. d'AROOLLO Verrao.

M. EsMENjAUD, sur Tautorilé duquel s'appuie M. d'flERELLE, est bien connu des lecteurs du .( J.d'A. T. », Où sa signature a figuré plusieurs:

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 29 — Nov. 1903

fois. En ce moment encore, nous avons sur le marbre une excellente note de lui, relative à l'utilité des engrais verts dans les bananeries ; elle passera dans le prochain numéro. M. d'HÉRELLE même nous a déjà donné, un jour, une excellente note sur la culture de la vanille (« J. d'A. T. » 1902, p. 184). — N. D. L. R.

« J'ai demandé à M. Esmenjaud qui est un

convient de bien établir et faire connaître les faits précis etindiscutables quand ils se présentent et peuvent étrecontrôlés par chacun. J'ai acheté au Bon Marché, à Paris, un très beau linge de literie, draps et taies d'oreillers, offert sous le nom de « Linge de Ramie ».

Pour n'avoir aucun doute sur cette fabrivéritable expert en la matière (vingt ans de cation, j'ai soumis ces échantillons à M. Gapratique, et l'une des plus grandes planta- velle-Brierre, filateur à Lille et expert dans tions de la côte !) ce qu'il pensait au sujet de la question.

la prétendue cause de stérilité de bananiers, Il m'a fait connaître que ces tissus, étaient

signalée dans votre n° 25 ; il affirme que bien en China-grass, la matière première l'explication est erronnée : Il a souvent étant certainement originaire de Chine, car planté des rejets de bananiers qui n'avaient les autres provenances sont insignifiantes, pas encore porté de fruits, et ces rejets ont Ce spécialiste ne trouve pas étonnant que

toujours ensuite fructifié tout aussi bien que le linge de Ramie entre de plus en plus dans des pousses de bananiers ayant déjà porté. les usages courants, etil aeu la complaisance C'est donc ailleurs qu'il faut chercher la rai- de m'établir le calcul suivant : son delà stérilité de certains bananiers. Ré- « Une paire de draps de 2 m. 40 de large

siderait-elle dans la composition chimique faite avec ce textile, pèse environ 5 kilog. delà terre? Si M. Baillaud ou M. van dek « 2.000 paires de draps pèseraient donc

Ploeg, ou tout autre planteur ayant éprouvé 10.000 Ivilog. et nécessiteraient l'emploi de l'échec en question, voulait m'envoyer quel- 3o tonnes de China-grass brut ou à peu près. ques échantillons de sa terre (7 ou 8, de II n'y a donc rien d'étonnant à ce que ce

25o gr. chacun) pris à divers endroits dans linge puisse se vendre en sérieuse quantité la plantation, et à diverses profondeurs, je puisque l'on peut tirer facilement de la

Chine environ i.ooo tonnes de Chinagrass par an.

J'ajouterai donc, en présence de cette situation, que si des usines françaises et surtout étrangères mettent déjà dans le com-

serais très heureux d'en faire l'analyse : étudiant comparativement la constitution chimique de la terre prélevée ici, dans une bananerie en rapport, il serait possible d'arriver à une conclusion. Dans le cas ou des lecteurs du « J . d'A. T. » me feraient parve- nierce courant des tissus de ramie, on peut

nir de ces échantillons, je désirerais également qu'ils me fissent connaître, au moins approximativement, la quantité d'eau qui tombe, chaque mois, à l'endroit où se trouve la plantation, et si le sous-sol est perméable

penser que le grand centre industriel de Lille a été bien imprudent, étant donnée la crise qui menace de lin, d'avoir si peu encouragé, dans les colonies françaises, les producteurs de Ramie ou, pour mieux dire,

où imperméable, ainsi que la nature du sous- j^g études générales afférentes à cette grosse sol: argileux, sablonneux, rocheux, etc. » question.

Veuillez recevoir, etc.

F. d'Herelle,

Ingénieur-chimiste.

3 octobre igoS.

Santo-Tomas, Guatemala, G. A.

Ch. Rivière.

Machinerie pour le traitement des fruits du Palmier à huile.

Le système Fr. Haake.

Linge de Ramie Lettre de M. Ch. Rivière.

Une lettre privée de M. Schulte im Hofe et le n" du 10 novembre de la « Dépêche Coloniale » nous ont appris simultanément le résultat du Il y a une telle incertitude, une telle obs- concours institué par le Comité d'Économie Co- <;urité dans cette question de la Ramie qu'il loniale de Berlin : ,

N'*29~ Nov. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE 35i

Pour l'apprécier en détail, nous attendrons la ... Les progrès de cette industrie furent

publication intégrale du rapport officiel ; peut- lents jusqu'au milieu du xix-^ siècle, époque

être, profiterons-nous alors de l'occasion pour si- vin , , , • .

, ., , . • .. .A I ii laquelle une récolte produisit 230. 000 ton-

gnaler aussi les choses très intéressantes, dans la ^ ^

même voie, trouvées récemment par des in ven- "^s- ^^ ^ ^941 un an avant la guerre hispano-

teursétrangers auconcours. Mais, dès aujourd'hui, américaine, ce chiffre s'est élevé, pour toute

nos lecteurs nous sauront gré, croyons-nous, de l'île^ à 1.054.214 tonnes qui ont rapporté au

donner l'information parue dans les journaux. p^^ 400 millions de francs.

Voici le texte de la « Dépêche coloniale « : ta • ' 11

^ Depuis cette époque, non seulement les

« Quatre-vingts fabriques allemandes ont ravages de la guerre, mais surtout le déve-

fourni des modèles, lesquels ont été expé- loppement de laculture de la betterave dans

rimentés par une commission d'examen les pays tempérés, les primes avec lesquelles

composée d'un ingénieur et de représentants les gouvernements européens l'ont favorisée,

des maisons du Cameroun et du Togo. la baisse des prix du sucre qui s'en est sui-

« Le prix a été attribué aux machines pré- vie, ajoutés aux difficultés causées parles

sentées par la fabrique Fr. Haake de Berlin, contributions intérieures et les prix surélevés

'( La maison Haake a adopté un dispositif des transports, auraient frappé mortellement

composé de deux tambours munis de lames l'industrie sucrière de l'île si les cultivateurs

qui, par leurs mouvements, enlèvent la chair cubains n'avaient apporté dans leurs explol-

des graines, lesquelles sont retirées complè- tations des méthodes scientifiques plus éco-

tement nettes de la machine. La chair est nomiques. Ils produisirent à meilleur mar-

amenée dans un mortier chauffé et com- ché et en plus grande quantité, au moyen de

pressée par un système soit hydraulique, vastes usines centrales et grâce à l'exubérante

soit à vis. fertilité du sol.

« Pour concasser les graines, on utilise la Les variétés de cannes à sucre les plus réforce centrifuge; elles sont projetées contre pandues sont la Canne blanche (appelée dans des parois fixes à l'aide de disques rotatifs d'autres pays Canne de Batavia, de Bourbon munis de lamelles. Le produit est emporté ou d'Otaïti) et la Canne cristalline ou censur un ruban de transport oblique qui laisse jrée (connue ailleurs sous le nom de Canne tomber toutes les graines restées entières; Pinang). Leur longueur moyenne est de les coquilles sont également entraînées et 3 mètres et leur diamètre 5 centimètres ; on sont évacuées plus loin. » en voit quelques-unes qui ont jusqu'à 5 mètres de long.

Dans les terres fertiles et bien cultivées

La canne à sucre à Cuba ^^^^' ^"^' ^"^ "^°^' ^" "^^'^ '' ^^"^' ^P°^"^

de la maturité complète, jusqu'à 18 % de

D'après M. le consul Dupas. j * 1 j

^ sucre ; cependant, la moyenne des cannes

Dans le n" 27 du « J. d'A. T. ^l. AuG. Pe- apportées aux usines n'a que [4 "„ .

DROSO nous a raconté, d'après les documents le- t ^ .^„«^x..- 1 „♦ i„^ „..„^x^ -.0 j^ t--,u..:^«»:«~

' ^ Le matériel et les procèdes de labrication

eaux, le système de culture delà canne à sucre ., , ,,

.J , T>,, -7 „ j„,- sont arriéres et Ion n extrait que 6? "0 du

imagine par,M. le D"^ de Zayas, agronome distin- ^

gué de la Havane. M. Dupas, consul de France, sucre contenu dans les cannes, nous présente la culture telle qu'elle est pratiquée Les deux variétés désignées ci-dessus dongénéralement (Supplément au « Mon. off. du nent, dans les terres vierges, la première an- Commerce ... 16 avril 1903. - Cuba en 1901 : ^^e, 100.000 kg. par hectare, les coupes sui- La province de Santiago) : ... . . ,v

vantes vont en diminuant peu a peu jusqu a

Le sucre est la principale production de 60.000 kg. ; dans les vieilles terres le rende-

i'île de Cuba. La terre etle climat favorisent ment cultural va de 80 à 5o.ooo kg. par hec-

tout particulièrement la culture de la canne tare. On peut admettre comme moyenne

à sucre. Des 28 millions d'acres que mesure 70.000 kg. ; le rendement industriel en sucre

l'île, 2 millions sont employés à cette cul- étant de 9 '/j ''"» ^^ poids de la canne, on

ture... obtient donc 6.65o kg. de sucre par hectare.

352 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N» 29 — Nov. 190?

Les terres sont excellentes et se prêtent à ter encore longtemps avec succès sur le

toutes les cultures. La quantitéd'eau de pluie marché sucrier, qui tombe chaque année, 2 mètres, est suffisante pour que les cannes à sucre n'aient pas

besoin d'arrosage. Certaines plantations exis- Avantages et inconvénients

tent depuis un temps immémorial ; mais.on ^® ^^ culture du tabac sous abri.

ne tire d'abondantes récoltes que pendant une D'après l'expérience cubaine,

dizaine d'années, après lesquelles il faut arra- Extrait d'un rapport de M. Carden.

cherlesvieillessouchesetreplanterlechamp. Depuis quelque temps, on entend beaucoup

On n'emploie ni fumier, ni engrais chimi- parler de tabac cultivé sous abri de bâches. L'ini-

ques. Les labours, quand on en fait, sont tiative de ce genre de culture vient des Etats-

très superficiels. Beaucoup de cuhivateurs ^"''' '^^ installaiions similaires ont été créées

, , . , également à Cuba, et le « Indische Mercuur »■

se contentent de deux ou trois sarclages. « j • -

f^ mené, depuis un an, une campagne énergique

Les dépenses de cultures, découpe, charroi pour l'insiituiion d'essais en grand à Sumatra, à l'usine et frais généraux portent le prix de M. Alb. Pedroso nous communique à ce sujet revient de la tonne de cannes à i dollar l'avis transmis à son gouvernement par M. Carden 5o cents (i), prix qui pourrait être abaissé si minisire britannique à la Havane : l'on disposait de moyens de transport plus « Les opinions diffèrent sur l'avantage de rapides et plus économiques que les lourdes la culture de tabac sous bâches. On paraît charrettes attelées de trois ou quatre paires cependant d'accord sur les faits suivants : de bœufs. Les fabricants paient les cannes 1° Le tabac cultivé sous couvert donne en sucre, à raison de quatre à cinq de sucre une plus grande proportion de feuilles bonpremier jet pour cent de cannes apportées, nés pour robes que celui cultivé à l'air libre, ou, comme l'on dit dans cette province, de 2° La couleur de la feuille est plus claire, 90 a iio livres de sucre par « tonelada » de qualité très appréciée par les acheteurs de cannes (la tonelada valant 2.500 livres ou cigares en Europe et principalement par le i.i5o kg.). Les comptes se liquident chaque marché anglais.

quinzaine ou chaque mois, et le cultivateur 3" Le bénéfice sous le rapport de la texture

est payé, soit en nature, soit en sucre dont il et de la couleur des feuilles est, jusqu'à

disposée son gré, soit en argent pour une un certain point, contrebalancé par une cer-

valeur égale à celle de son sucre en le sup- taine perte de saveur et d'arôme,

posant vendu à New-York. 4^' Les abris diminuent l'évaporation du

Avec de vastes étendues de terres fertiles sol ; à ce titre ils sont avantageux quand la

encore inexploitées et la proximité du mar- saison est sèche, mais accentuent les mau-

ché des Etats-Unis, si le nouveau gouverne- vais effets d'une atmosphère surchargée,

ment de l'ile réussità mettre à exécution son 5° La culture sous abri est un moyen de

programme qui consiste à doter le pays d'un protection efficace contre les ravages de cer-

système de contributions équitables, d'un tains insectes. Etant donné la nature un

tarif douanier qui ne taxerait pas de droits peu contradictoire de ces faits, et que les

excessifs à l'importation les outils nécessaires dépenses de premier établissement sont con-

à cette exploitation, de nouvelles facilités de sidérables, il sera prudent d'attendre les

transport à prix plus réduits et des traités de résultats de l'expériencede plusieurs saisons

réciprocité bien compris, Cuba pourrait lut- consécutives, avant de prendre parti prati-

(i) Le dollar = 100 cents = 5 fr. 20. quement dans cette question. »

Page 1