INTRODUCTION
On trouvera dans ce volume les notes personnelles prises par mon père à son arrivée à la présidence du Conseil, en mars 1917. Elles donnent une idée assez exacte des difficultés qu’il a rencontrées. Elles font voir comment il les a abordées et résolues.
J’ai dû les compléter par quelques correspondances.
Mon père m’avait appelé auprès de lui comme chef de cabinet à la présidence du Conseil et m’avait chargé de les classer.
Elles ont dû parfois être reproduites intégralement : les historiens y trouveront sur les « manoeuvres de paix » des précisions qu’on ne peut leur refuser.
Les notes se poursuivent jusqu’au moment de l’élaboration du traité de paix et des premiers essais d’application de ses clauses financières.
L’œuvre d’Alexandre Ribot au ministère des Finances ne pouvait être exposée ici. Quelques lettres de cette période montrent combien l’union devenait de plus en plus difficile à maintenir entre le gouvernement et le Parlement à mesure que la guerre se prolongeait.
J’ai cru devoir remonter jusqu’aux élections de 1914.
On se souvient qu’après le vote de la loi de trois ans, l’opposition de gauche avait concentré ses efforts sur la couverture financière de la loi : au congrès de Pau, les radi-
JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT
caux-socialistes avaient pris comme chef M. Caillaux et le ministère Barthou avait été renversé à la rentrée sur la question de l’immunité de la rente. Le 4 décembre 1913 Alexandre Ribot était prié par le président de la République de former un ministère de conciliation.
Si l’accord, sur la plupart des questions, semblait assez facile à réaliser avec M. Caillaux, celui-ci ne pouvait, étant chef de parti, se séparer de ses amis. Le parti radical était « enivré de sa victoire » ; il n’admettrait pas qu’on
n’offrît pas le pouvoir à l’un des siens.
Le président de la République devait se résigner à constituer un ministère radical-socialiste sous la présidence de M. Doumergue. Celui-ci prenait les Affaires étrangères ; M. Caillaux devenait ministre des Finances.
La période électorale était virtuellement ouverte. Briand dénonçait au pays « le ploutocrate démagogue » ; des discussions courtoises se poursuivaient au Sénat. Le nouveau gouvernement renvoyait après les élections un emprunt reconnu nécessaire ; on prétendait forcer la main à la haute assemblée en l’obligeantà incorporer dans la loi de finances le projet d’impôt sur le revenu tel qu’il avait été voté par la Chambre, et le vote du budget n’aurait également lieu qu’après les élections.
Celles-ci étaient fixées au 26 avril et au 10 mait
JOURNAL
D’ALEXANDRE RIRQT
et correspondances inédites