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iement jusqu'au cratère. Une épaisse fumée sortait, mit obstacle aux regards curieux de la société et décida la prompte descente de tout le monde qui s'effectua eu dix minutes. Je n'eus par conséquent aucun regret d'être resté en route. Plus véridique que ne le seraient beaucoup de voyageurs qui y mettraient un peu d'amour-propre, j'avoue ingénuemenl que je ne suis pas monté au haut du Vésuve.
Toute la société a profité au bas de la montagne d'une excellente halte dont s'était précautionnée milady Bampfylde. Nous avons ensuite été voir tranquillement et à notre aise la dernière couche de lave, produite par une éruption assez forte qui eut lieu il y a quatre mois. On marche sur cette lave vitrifiée dont on sent encore la chaleur. Arrivés à l'endroit où elle s'est arrêtée et où elle se trouve concentrée, nous l'avons trouvée encore si brûlante que le bois qu'on y jette prend feu. Tout le monde est convenu que cet endroit est infiniment plus curieux que ne l'est en ce moment le sommet du Vésuve, où le brouillard et la fumée empochent d'y apercevoir quelque chose et où, d'un instant à l'autre, on court des risques, en recevant des éclats de pierre que le volcan lance plue ou moins presque continuellement.
Nous avons repris nos mules pour regagner Portici, en traversant plusieurs couches de lave dont la campagne est couverte tout à l'entour du Vésuve. Nous avons repris nos voitures à Portici et noua étions de retour à Naples vers quatre heures. J'ai dîné avec l'aimable et charmante Mmo des Boulets. Plus on voyage et plus on est convaincu d'une vérité : c'est que dans aucun pays de l'Europe, rien ne peut entrer en comparaison avec une jolie française, bien gaie, bien vive, bien leste, joignant à l'amabilité et a un grand désir de plaire tous les talents qui font lea agréments de la société. Telle est M'"" des Boulets, dont un mari, jeune mais maussade, n'a pas connu tout le mérite et dont elle a été séparée peu de temps après son mariage. Je la connais depuis son enfance. J'ai vu se développer en elle tous les charmes dont la nature l'avait douée. Je t'ai retrouvée dans le monde, embellie par les grâces que donne une éducation soignée et je la revois chaque jour avec un plaisir inexprimable.
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VOYAGE ÏM ITALIE 109
25 kt 26 février. — Beau temps, te premier jour, petite pluie le second. — Oratorio, concert, pharaon, même vie que les jours précédents.
27 FÉYaiKR. — Pluie à verse tout le matin. — Aujourd'hui service, catafalque pour le prince Jaci qu'on a enterré le 14. Grand'mesae en musique. Deux orchestres considérables, dirigées par Paisiello, qui s'y donne un mouvement extraordinaire. Toute la ville est invitée par les parents du défunt qui font les honneurs de cette cérémonie funèbre. L'église est magnifiquement décorée. AfQuence considérable de dames, d'officiers, d'étrangers, de spectateurs. Toutes les belles voitures paraissent. Les valets, les coureurs sont en grande livrée et il y en a de fort riches. Eofin, toute cette cérémonie a plutôt l'air d'une fête que d'une messe des morts.
28 février. — Temps remis au beau et & la chaleur. — ■ Tout ce qu'il y a de plus intéressant à visiter dans l'intérieur de Naples peut facilement se voir dans deux matinées, ainsi que nous l'avons fait. J'ai profité de la compagnie de M~* de La Guiche et de M™ des Boulets, pour faire tes différentes courses dont je vais rendre compte aujourd'hui quoique faites à plusieurs reprises. Quoiqu'il y ait quelques belles églises à Naples, on n'y fait guère attention qoaod ou a la mémoire toute fraîche de celles que l'on vient de voir à Rome. Cependant la cathédrale mérite quelque attention. Il faudrait se trouver à Naples le jour où s'opère la liquéfaction du sang de saint Janvier pour juger de la superstition des gens de ce pays. Hais on trouve ici, comme à Rome, le morne mélange de religion et de dépravation. En ce temps de carême, on trouve au coin des rues, des prêtres, des religieux en surplis et bonnets carrés, escortés d'un porte-croix et prêchant avec action le peuple qui s'assemble autour d'eux. Dans le même temps, à peine entrez-vous dans une église que des complaisants « rufiani » vous proposent des visites scandaleuses, en vous laissant même le choix du sexe'...
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9 mars. — Beau temps. Très doux. — La soirée de pharaon chez la princesse Catholica a été coupée par uq spectacle dont je n'avais encore nulle idée et qui, par sa monotonie, ne peut-être qu'un divertissement de carême. Sur un petit théâtre, des personnes de la société, richement habillées et costumées [selon l'exigence de la scène, représentent, au lever de la toile, avec la plus grande immobilité le tableau d'une catastrophe tragique. Après être restés quelques minutes dans cette gênante position et avoir laissé aux spectateurs le temps de contempler, d'admirer le tableau, la toile se baisse. Un quart d'heure après, nouvelle représentation et nouvelle scène, dont il y a quatre ou cinq variations. Dans les intervalles, on exécute des symphonies agréables. Je n'ai rien vu de si insipide, de si froid, que ce spectacle muet, immobile, inanimé '...
Rome. — 22 mars. — Temps magoiBque et chaleur. — Ayant désiré être présenté au Pape ainsi que plusieurs de nos compatriotes, le cardinal de Bernis voulut bien se charger de faire remplir à cet égard toutes les formalités préliminaires. Mes camarades de présentation sont le marquis de La Guiche, le comte de La Grandville, l'abbé de Balivièro et le comte d'Auger, maréchal de camp. Un gentilhomme ecclésiastique du cardinal nous conduit au Vatican dans les voitures de Son Émiueoce. Nous sommes prévenus qu'en entrant chez le Pape, il faut faire deux ou trois génutlexions, mais il n'est pas question de baiser la mule du Saint-Père. Nous conservons épées et chapeaux qu'il est d'usage de quitter, mais cela n'est point exigé des français et étrangers d'un certain rang. L'abbé de Balivière seul est astreint à' l'étiquette concernant les ecclésiastiques. Ils n'entrent chez Sa Sainteté qu'en longue soutane, sans chapeau et sans décoration d'ordre. Noua sommes introduits par un officier de la chambre et nous remplissons ce qui nous avait été prescrit. Le Pape noua donna une audience d'une demi-heure. Nous restâmes
1. Le 13 mars 1790, M. d'Kspinchal quitta Naples pour revenu- A Rome. — Mous ne reproduirons pus les passages du journal qui sont uniquement relatifs à des descriptions de la ville et des paysages ou qui ne sont que la répétition de ce qu'on a déjà lu.
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seols chez lui. Il causa familièrement et avec bonté et noua entretint beaucoup des affaires de France, dont il parla aussi avec infiniment d'esprit et de sagacité. Il noua parla aussi du cardinal de Loméoie et nous assura qu'il n'avait pis osé revenir à Rome et qu'en cela il avait agi prudemment. 11 nous apprit aussi son départ de Pise pour revenir ta France, ce qui l'étonnait beaucoup et ce qu'il regardait comme d'une imprudence extrême d'après la manière dont il s'était enfui. Nous avons su positivement qu'en passant par Florence, le cardinal de Lornéoie y vit M. Fontana, lui fil part de son projet de rentrer en France, l'assurant qu'avant quelques mois il apprendrait qu'il serait à la tête des affaires du Royaume. Pendant notre audience l'abbé de Balivière fit une partie des frais de la conversation avec » cafarderie ordinaire. Apres plusieurs belles phrases, plus ridicules les unes que les autres, il finit par demander au Pape un morceau de la vraie croix pour le, maréchal de Broglie, ce que le Saint-Père lui promit. Le comte d'Auger, original d'une autre espèce, demanda familièrement au Pape des nouvelles de Pologne et de Russie. Cela me rappelle, ce qu'on m'a confirmé à Home, la familiarité avec laquelle H. de Join ville, causait avec Sa Sainteté l'année dernière. Un jour, il interrompit la conversation par ces mots : ■ Une prise de tabac, Saint-Père ». C'est d'après de pareils traits que souvent on juge la nation française qui, à la vérité, y prête plus que les autres. Le Pape eut l'attention de parler français avec nous. Lors: qu'il nous congédia nous fîmes en nous retirant quelques apparences de génuflexions, mais l'abbé de Balivière se mil entièrement à genoux et demanda la bénédiction de Sa Sainteté....
Avau. i790. — i" avril. — Temps couvert. Pluie et froid. -Aujourd'hui, jeudi saint, la journée entière se passe soit au Vatican, soit à Saint-Pierre, soit dans leB églises pour y voir toutes les cérémonies du jour. C'est dans les pièces du Vatican où sont les grands tableaux de Raphaël que se fait la cérémonie de la Cène. Le Pape y lave les pieds à 12 pèlerins. La foule y es t. ai considérable que l'on acheta bien cher un spectacle qui n'a d'autre mérite
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que de voirie Pape remplissant cette édifiante fonction. Les pèlerins passent ensuite dans une salle servie somptueusement, le Pape mettant les plats sur la table et donnant des assiettes à ces pauvres. Dans une autre pièce, on voit tous les cardinaux réunis à une table magnifique où chacun apporte son couvert, ce qu'on appelle, je crois, u le Cadenat ». Après ces cérémonies, le Pape passe à l'églîse. Apres l'office, porté sur un brancard, en habits pontificaux, le Pape se rend sur le balcon de la façade de l'église pour y donner la bénédiction au peuple, à la ville, au monde entier. Cette cérémonie est des plus augustes et des plus imposantes. La place Saint-Pierre et la grande et longue rue qui y aboutit sont pleines de peuple. Une grande quantité de voitures sont rangées à droite et à gauche, le dessus du péristyle qui règne autour de la place est couvert de monde. La foule est contenue dans la place par les magnifiques chevau-légers du Pape, en bataille. Aussitôt que Sa Sainteté paraît sur le balcon, il se fait surle-champ le silence le plus exact. Tous les yeux se tournent vers te pontife. Chacun est attentif, attendant sa bénédiction. Au moment où elle se donne, le canon du château Saint Ange tire, on lui répond d'un bout de la ville. Toutes les cloches de Rome sonnent au même instant et tout concourt à former le spectacle le plus imposant, le plus magnifique et le plus religieux qu'on puisse voir. Alors on jette au peuple de dessus le balcon des indulgences et des milliers de bras s'élèvent pour en recevoir. Après dîner, on retourne au Vatican pour les ténèbres, dans la chapelle Sixtine, et on y entend le fameux Miserere en musique, qui nous a tous complètement attrapés vu sa célébrité. Je n'ai pas entendu de messe du Roi à Versailles, quelque jour de l'année que ce soit, dont la musique ne vaille mieux que celle-ci et généralement que celles que j'aientendues dans toutes les églises de Rome. Asept heures, après les ténèbres, on se rend dans l'église Saint-Pierre pour y voir l'immense croix de lampions suspendue du milieu de la voûte et dont la clarté suffit pour éclairer parfaitement la totalité de ce vaste édifice. L'invention de cette croix est due à Michel Ange. On retourne ensuite au Vatican, à l'exposition du Saint-Sacrement dans la chapelle
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VOYAGÉ BN ITALIE
Pauline. On ne peut se Apurer la beauté de cette illumination oit le goût et le tact se trouve réunis. Il y a sûrement plus de 3000 bougies allumées. Dans cette même soirée, les églises de Rome sont également illuminées et on se donne le plaisir de les courir. J'en ai visité quelques-
2 atbil. — Temps remis, mais froid et grand vent. — Aujourd'hui, le vendredi saint. On passe encore sa journée iu Vatican et à Saint-Pierre comme la veille. La matinée est employée à l'office du jour. Ces trois jours de dévotion ?t de cérémonie attirant un grand concours, le Vatican est outertà tout le monde. On y visite les appartements, la bibliothèque, le muséum. La foule y est très considérable. Apres dîner, on peut retourner aux ténèbres et y entendre «icore le Miserere. Dans l'intérieur de l'église, on peut se donner le spectacle d'une absolution générale. Le grand pénitencier, assis sur une estrade assez élevée et armé d'une longue gaule, en louche les pénitents qui se présentent s lut et les absout de leurs péchés. Je n'ai pas profité de l'occasion et, quoique j'eusse besoin1 comme un autre d'une ample rémission, je pense qu'un des assistants que j'examinai en avait plus besoin que moi. Cet homme, porteur d'une figure atroce, b' approchant du grand pénitencier, parut loi faire une confidence dont ii eut horreur. Il n'en toucha pas moins le pécheur, qui s'en alla méditer et exécuter peut-être quelque nouveau crime. Après les ténèbres, le Pape se rend dans l'église pour y faire sa prière, adorer la croix et y faire ses dévotions aux reliques. Ce moment de prière au milieu de cette immense église, qui n'est éclairée que par la croix illuminée, le silence, le recueillement général de tous les assistants, strictement à genoux sur le marbre, à droite et à gauche, donnent, pendant environ une demi-heure, le spectacle le plus imposant et le plus religieux. Lorsque le Pape est sorti de l'élise, on s'y promène avec une indécence incroyable et comme dans un vauxhall.
3 «Tan.. — L'air est très froid tout le jour. — On se
repose aujourd'hui des fonctions religieuses. Depuis mon
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114 JOURNAL D'ÊMIGHATION
retour de Naples, noua avons eu des détails sur ce qui se passe à Paris depuis trois mois. Je n'entreprendrai pas d'en rendre compte, il ne pourrait qu'être inexact à 300 lieues du théâtre des principaux événements...
Ayant peu fréquenté les sociétés romaines, je quitterai sans regret les habitants de Rome. Si j'y avais fait un plus long séjour, au lieu de m'ennuyer dans les tristes et cérémonieuses conversations, j'aurais cherché à pénétrer dans les sociétés d'un rang moins élevé. La haute bourgeoisie offre plus d'agréments dans tous les genres que la noblesse, sans en excepter la galanterie. Dans cette classe, la quantité des jolies femmes est infiniment plus considérable, et les hommes y sont généralement si peu galants, qu'avec peu de soins on trouve facilement des dames payer par une tendre reconnaissance les attentions et les complaisances qu'on a pour elles. J'ai rencontré de fort agréables romaines à un concert public, à une piastre le billet, où s'était rendue toute la bonne compagnie de la ville. J'y ai retrouvé une célèbre cantatrice que nous avons connue à Paris, bous le nom de la D"° Georgi. Après ce concert, on a dansé peu, faute de danseuses. Tous ces endroits publics sont pleins de galants ecclésiastiques, très occupés auprès des dames, faisant aussi effrontément l'amour que pourrait le faire un capitaine de dragons. Il est vrai que souvent ces abbés ne le sont que par leur costume, presque tout le monde à Rome le prenant pour sa commodité. Ceux qui sont dans la prélature, qui se destinent aux affaires et aspirent au chapeau de cardinal et sont attachés à la chapelle du Pape, ne sont point engagés dans les ordres...
Mon épouse et mon (ils sont établis à Turin et y attendent mon retour. J'aurais fort désiré pouvoir faire connaître Rome à mon 61s, que j'étais très impatient de revoir, ne l'ayant jamais eu si éloigné de moi depuis sa naissance. Mais la saison commence à s'avancer et il est important de voir Venise à la mi-mai. Je me borne donc à le faire venir à Bologne, où je lui donne rendez-vous pour les premiers jours de mai. Je fais tous mes arrangements pour m'y rendre, en prenant la route d'Ancone. Je fais l'acquisition à Rome d'un chariot de poste aûn de ne plus
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