CHAPITRE VI VENISE
16 mai 1790. — Aussitôt qu'on sort du canal pour entrer dans leB lagunes, on découvre la superbe ville de Venise, au milieu des eaux. On en est encore distant de trois milles. A moitié chemin, on est arrêté par la barque des commis de la douane qui vous fouillent rigoureusement. Cependant, ayant peu de bagages et faisant une gratification de quelques paules aux commis, on passe facilement. Mais plus loin vous êtes harcelé par des barques de prétendus commis qui cherchent à tirer de vous quelque argent. Mais lorsqu'on est prévenu, on les laisse crier. N'ayant pas le droit de vous fouiller, ils n'osent pas entrer dans votre bateau et finissent par vous quitter en vous accablant d'injures, piqués de n'avoir pu vous attraper.
Arrivant à Venise pour la première fois et sans conducteur, on est vraiment très embarrassé, surtout dans un moment de presse. Toutes les auberges passables sont pleines et on y payerait une chambre le triple plus cher qu'en tout autre temps. Ne sachant où débarquer, on me conduit dans un mauvais bouchon de la place Saint-Marc, où je suis indignement logé et où je patiente en attendant de trouver mieux. N'ayant pas vu la cérémonie ' du matin, nous allons visiter le Bu centaure dans l' après-dîner, où on laisse au peuple la facilité d'y monter. C'est une immense galère, entièrement dorée, formant une grande salle dans toute sa longueur et au-dessous de laquelle se tiennent les rameurs. Le doge, placé à une des extrémités, accompagné