Cet acte s» Lrouv» en appendlc* à la nfU du tc-mo VII du
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■ mon neveu, et j'ai conféré au comte d'Artois celui de « lieutenant général du Royaume. Vos sentiments sont « trop bien connus par votre constante fermeté, par les « nombreux sacrifices que voua avez faits à votre atta- « chôment à la religion de nos pères et au souverain que « nous pleurons aujourd'hui pour qu'il soit nécessaire de « vous exhorter à redoubler de zèle et de fidélité envers « notre jeune et malheureux monarque et d'ardeur pour « venger le sang de son auguste père. Nous ne saurions
■ douter de l'appui des souverains, qui avaient déjà si géné- « reusement embrassé notre cause et si, dans un tel mal- « heur, il nous est possible de recevoir quelque consola- « tion, elle nous est offerte par t'eapoir de venger notre « Roi, de replacer son fils sur le trône et de rendre à notre « Patrie cette antique constitution qui seule peut faire son « bonheur et sa gloire. C'est l'unique objet de mes vœux * et de ceux de mon frère. Nos titres sont changés, mais « notre union est et sera toujours la même et nous allons « travailler, avec plus d'ardeur que jamais, à remplir ce a que nous devons à Dieu, à l'honneur, au Roi et à vous.
' « Lodis-Stakislas-Xavik». d
« J'ai chargé M. le prince de Condé et M. le maréchal « de Broglie de vous faire connaître la déclaration que j'ai « rendue en prenant la Régence. »
A Haïiiiii, en Westphalie, le 28 janvier 1793.
Par cette déclaration, Monsieur a nommé deux ministres d'État, le maréchal de Broglie et le maréchal de Castries.
Monsieur a fait passera tous les souverains de l'Europe cette déclaration, peut-être prématurée, par laquelle il se déclare Régent de France. Il est à craindre que l'empereur ne veuille pas le reconnaître dans une qualité qui pourrait nuire aux prétentions de la Reine si elle peut sortir de captivité. M. le prince de Condé, établi à Willingem, a fait célébrer en grande cérémonie un service pour le Roi. Voici le discours qu'il a adressé à la noblesse qui est auprès de lui:
« Messieurs, c'est dans l'amertume de nos cœurs que
BM JOURNAL D'feHICRATION
i noua venons de rendre le dernier des hommages que « bous prescrivaient le respect et rattachement sans borne « donl nous étions pénétrés pour l'infortuné Louis XVI. « Si noire inaltérable et constante fidélité n'a pu le sanrer « des horreurs de son sort, an moins elle l'a suivi jusqu'à « la tombe, où le plus atroce des crimes vient de précipiter
• le plus malheureux des rois. Une longue douleur n'éptu-
■ sera jamais' la sourco de nos larmes, et le comble des « maux pour toute flnve sensible est d'avoir à pleurer à Is « fois la perte de son Roi et les crimes de sa patrie- Mais
• vous savez, Messieurs, qu'il est de principe que le Roi ne « meurt point en France. Puisse le ciel préserver de tout
• les dangers qui l'entourent cet enfant précieux, qui, né m pour le bonheur, ne connaît encore de la vie que if
■ malheur d'être né ! Quel que soit le sort qui l'attende, il « ne peut être qu'agréable a Dieu que ce soit aux pieds de
■ ses autels, comme c'est l'usage en France, que noua «c nous livrions au premier élan de notre antique amour « pour nos rois et des vœux ardents que nous formons « pour notre légitime souverain. Le Koi est mort, Mes* « sieurs, le Roi est mort... Vive le Roi ! »
« Vive le Roi! » a été répété par toute ta noblesse et on a entonné le Domine sahum fat Rtgem .'...
Février 1793. — J'apprends indirectement, à la fin de ce mois, des nouvelles de mes terres d'Auvergne. On a tout vendu dans le château que j'habitais. Depuis près de trois siècles, c'était la demeure ordinaire de mes pères. La maison était pleine de meubles et depuis la mort de mou père j'en avais considérablement ajouté à ceux que j'y avais trouves. On m'assure que tout mon mobilier de Masaiac a monté à 76.000 livres, ce qui me semble énorme. Ce que je regrette le plus c'est une bibliothèque d'environ 6.000 volumes, contenant des ouvrages précieux, tels que l'Encyclopédie en 33 vol. in-fol-, Moreri, Le père Anselme ; une superbe édition de BulTon in-4°, ainei qu'une très belle et trï'S complète de Voltaire, de Rousseau, etc- 10 vol. gr. in-folio des voyages de Naples et de Sicile, de Grèce, de Suisse, de France, etc., chaque volume me revenant à plus d* 300 livre». Toutes ces perlas sont irréparables. Au sur
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plus, déjà beaucoup des plus riches seigneurs du royaume ont éprouvé le même malheur. Le baron de Breteuil, de son aveu, avait dépensé & Dangut 850.000 livres en meubles. Tout a été vendu et a vil prix. Le maréchal de Broglie m'a dit qu'il avait été également dépouillé en Normandie. La douzaine de serviettes s'y est donnée pour 12 sols. Voilà nos grands torts vis à vis du peuple que l'on excite contre nous ! Plus on leur fait augmenter la mesure du mal qu'ils nous ont fait plus ils sont enragés contre nous.
Proprium humant ingenHett odme qaem Ixseris [Tàcitb m Agricola). Pertwaciore» not faeil iniqvitas irx.
SéKEQUB.
Nous arrêtons ici les citations du Journal d'émigration de H. d'Eapinchal, bien que la suite du manuscrit contienne encore beaucoup de pages fort intéressantes, mais après avoir raconté la campagne de 1792, jour par jour, comme noua l'avons vu, H. d'Eapinchal décrit surtout les pays qu'il continue a parcourir, revient sur la biographie de divers personnages, expose les événements qui ae sont déroulés loin de lui et dont il a reçu seulement l'écho. Sauf en quelques passages un peu espacés, son récit n'a pins ce coté personnel qui constitue, selon nous, un des attraits principaux du Journal d'émigration proprement dit.
H . d'Eapinchal devait rester en Allemagne pendant quelques années encore. De ses trois fils, l'aîné, Henri, le quitta pour aller servir dans les hussards de Choiseul, rentra en France en 1798, devint officier des gendarmes d'ordonnance en 1808, puis capitaine de chasseurs à cheval. Le sscond, Alexis, après avoir servi s l'armée de Condé, impatient de revenir en France où il espérait rétablir un peu les affaires de sa famille, rentra en cachette, malgré les conseils qu'on lui donna : pris à Lyon, il y fut fusillé comme émigré, le 5 mai 1799. Quant su troisième, Hippolyte ', il suivit l'armée de Condé jusqu'à son licenciement, passa un moment au service de la Russie, rentra en 1801, en France, où il ne tarda osa h devenir officier : il put ainsi prendre part aux campagnes de l'Empire.
1 . Voir mi Stmvenirt militai*** publiés par MM. Frédéric llaaton et Boyer.
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En 1801, M. d'taplncbal revint à son tour en France Immédiatement, il n'ocoupa d'obtenir la radiation de la liste dm émigrés, ainsi que celle de tes deux flls encore vivante. Placé, suivant la régie, sous la surveillance de la police à Parla, il produisit, comme tant d'autres émigrés, des certificats de hautt fantaisie destinés à permettre au Ministre de pouvoir croirt qu'il n'était pas sorti de France et que son nom avait été inscris à tort sur la fatale liste. Par le premier, daté, on ne sait comment, du i" floréal III (20 avril 1795), « extrait du registre d? la municipalité de Saint-Lions1, composée du maire et de ses trois officiers municipaux et de six notables a, huit témoins, tous propriétaires dans la commune, certifiaient que H. d'Gspinchal avait a résidé sans interruption dans cette commune et dans la maison du citoyen J.-B. Morel, l'un des attestants, depuis le 1" avril 1792 jusqu'à ce jour I » Le second, tout aussi exact, du 13 frimaire IX {4 décembre 1800), signé par le maire de Vaiae, près de Lyon, et par neuf habitants de la ville, constatait que M. d'Espinchal avait bien habité cette commune depuis lr SB floréal Ul (14 mai 1708} jusqu'au 13 fructidor V (30 août 1797..
Ces témoins étaient de bonne composition, sinon de bonne foil
Se fiant peu a l'utilité de ces certificats dont il connaissait U valeur — et probablement le prix — H. d Espinchal mit sa œuvre les influences dont il pouvait disposer, spécialement celles du général Davout et de Lecouteulx de Canteleu, et, apret de longs mois d'attente, il obtint enfin sa radiation.
Il retourna alors (1803; dans le Cantal, à Hàisiec, dont u certain nombre d'habitants avaient demandé son retour, par une pétition datée du 23 brumaire X (14 novembre 1801). Là, au milieu des débris de sa fortune qui avaient échappé an naufrage, il vécut tranquille sinon heureux, mettant en ordre les notes prises au courant de aes voyages forcés, complétant ses nombreux manuscrits, demandant à l'étude de le consoler tant bien que mal de la disparition des splendeurs du passé, suivant avec intérêt la glorieuse épopée a laquelle aes deux fil» étaient associés, mais sans cesser de rester toujours fidèle à ut principes royalistes. En 1812, il devint maire de Maasiac. Puis, au retour du Roi, en 1814, on le réintégra dans son grade de maréchal de camp, avec l'ancienneté du 1" janvier 1793. Toutefois, il ne reprit pas de Service actif et mourut à Massiac, k x6 janvier 1833.