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Journal d'Eugénie de Guérin

La famille de Guérin, d'origine vénitienne, est établie en France dès le IXe siècle. L'un de ses membres les plus illustres fut Guérin, évêque de Senlis, chancelier de France sous Philippe-Auguste. On retrouve des branches seigneuriales dans le Quercy, le Rouergue, le Gévaudan. Au commencement du xix* siècle, celle du Languedoc habitait le modeste manoir de Cayla, dans le Tarn, non loin d'AIbi et de Gaillac, tout près de Cahuzac, et à quelques centaines de mètres du hameau d'Andillac. dans les derniers prolongements des Cévennes, qui continuent les ondulations de l'Albigeois, aux horizons étroits et bornés, au sol crayeux, aux arbres maigres.

«Le château de Cayla, a dit Lamartine, se composait d'une cour, autrefois pavée, et dont les eaux des écuries avaient défoncé les larges dalles. Les fumiers des chevaux, des vaches et des moutons, entassés immémoriablement aux portes, tapissaient les murailles de ces bâtiments et servaient partout de clôture. Les cuisines ouvraient par un perron élevé de quelques marches sur ce vaste cloaque ; quelques sureaux et quelques houx, dont la forte racine ne craint pas le sol des bergeries, croissaient dans les angles des murs ; les portes et la barrière à claire-voie étaient sans cosse ouvertes et permettaient nuit et jour aux passants de monter les degrés de pierre pour venir demander le morceau de pain, le coup d'eau à puiser au seau suspendu derrière la porte, et aux paysans du hameau d'Andillac de vivre pour ainsi dire en commun avec les habitants de la maison. //

L'intérieur de l'habitation tenait plus de la ferme que du château. La prairie environnante, quelques vignes, quelques champs étages sur la colline constituaient tout le patrimoine familial.

Tel est l'endroit ou naquit Eugénie de Guérin, au mois de janvier 1805, et c'est dans ce cadre que s'écoula toute sa vie.

Elle était l'aînée de quatre enfants. Elle ne fut point jolie, mais posséda une beauté qui ne périt pas, celle de l'âme.

Elle avait quatorze ans quand elle perdit sa mère. Jusqu'alors un peu sauvage, aimant surtout les bêtes et les oiseaux, elle reporta toutes ses affections et toutes ses pensées sur son frère le plus jeune, Maurice, de nature tout identique à la sienne, à ce point qu'elle put dire : Lui et moi étions les deux yeux du même front.

C'est de cet amour presque maternel que naquit son Journal, écrit pour l'absent, quand Maurice s'éloigna du pays pour suivre le cours de ses études et sa carrière à Paris et au loin.

Maurice mourut en 1839. Le Journal se continua encore en mémoire du défunt. Eugénie ne lui survécut que neuf ans. Atteinte du même mal que son frère, elle s'éteignit au Cayla le 31 mai 1848.

«On n'analyse pas l'Œuvre d'Eugénie de Guérin, a dit M. Ernest Gaubert; on l'aime... Son st)'le coule, comme coule cette âme et comme coulent ses jours, avec simplicité et harmonie... Elle a le sensde la composition, soit que l'habitude de l'ordre dans sa vie domestique lui eut appris la valeur de l'ordre dans une narration, soit que son perpétuel besoin de clarté et les livres qu'elle avait lus — elle n'avait lu que de bons livres — l'eussent avertie en cette matière. Elle peint avec fidélité ce qu'elle voit. Elle ne recule pas devant le détail réaliste, c'est vrai ; néanmoins elle sait mettre delà poésie dans la moindre chose.»

« Il ne faudrait pas croire, a écrit M. Trébutien, que Mademoiselle de Guérin, ait ignoré complètement, ni même qu'elle fut irrévocablement résolue à ensevelir dans une obscurité volontaire les dons de l'esprit que Dieu lui avait prodigués. Plus d'une fois... elle a songea écrire pour être lue... Or de tous les ouvrages qu'elle eut entrepris de dessein prémédité, aucun n'aurait mieux rempli cet objet que le Journal où elle a noté pendant huit ans tous les élans spontanés de son esprit, tous les battements involontaires de son cœur.

Nous nous trompons fort, ou peu de livres publiés de notre temps auront exercés sur lésâmes une influence plus douce et plus pure. »

Les œuvres complètes d'Eugénie et de Maurice de Guérin ont été publiées en trois volumes in-12.

r journal et fragments d'Eugénie de Guérin.

2° Lettres d'Eugénie de Guérin.

3° Maurice de Guérin, Journal, lettres et poèmes.

Ces volumes sont en vente à la librairie J. Gabalda et C", rue Bonaparte, 90, Paris, au prix de 3 fr. 50 l'un.

Une pauvrette m'a remis une lettre (page 14).

I » Cahier — 16novembre 1834— 1 3 avril 1835

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