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JOURNAL
Décemb. 1670. sujet apparent du mescontenternent du roy estoit que M. de Lorraine avoit fait mettre des bureaux pour les sorties contre ceux du roy, avec deffense d’avoir commerce avec les François sur peine de la vie, et qu’il avoit fait oster des posteaux où estoient les armes du roy. Les politiques disoient qu’il suscitoit une ligue entre les princes du Rhin contre le roy; qu’il avoit demandé à entrer dans la triple alliance et qu’il avoit beaucoup plus de troupes qu’il n’en devoit avoir suivant les traités. Voilà la cause de la levée du camp; car toutes les troupes du camp y sont allées, et il faut remarquer qu’elles y ont esté en campant, sans loger ny dans ville ny dans village et sans aucun désordre, les soldais n’ayant pas destaché un fruit ny pris quoy que ce soit par les lieux où ils ont campé; ce qui doit estre admiré, la police estant à présent très bien observée parmy les troupes.
Depuis ce jour, il n’est rien arrivé d’extraordinaire, sinon le voyage du roy à Chambord durant le mois d’octobre.
Le 2 décembre mourut M. l’abbé de la Grange d’un flux de ventre et de la gangrène dans les intestins, après deux mois de maladie. 11 a souffert son mal avec une patience, une fermeté, une douceur et une dévotion admirables, ayant regardé la mort s’approcher à petits pas avec une liberté d’esprit et une force surprenantes. Il fut enterré aux Carmélites de Saint-Denys.
Le venclredy i4 décembre, M. de Basville fut reçu conseiller; il fut interrogé par M. le président de Maisons et M. Charpentier seulement.
Auparavant j’avois appris que M. de Nevers estoit revenu à Paris et avoit ramené Mme de Mazarin avec luy et l’avoit laissée à Nevers, et que depuis elle estoit venue dans l’abbaye du Lys, et M. de Mazarin me dit qu’on luy avoit proposé un accommodement avec trois conditions : que le procès criminel demeureroit en son entier; que Mme de Mazarin iroit dans l’abbaye du Lys, avec les domestiques qu’elle voudroit choisir; quelle n’en pourrait sortir sans son consentement, et que sa famille proposerait cet accommodement à Mme la princesse de Conty, qui se rendrait garante de l’exécution.
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J’oubliois que, dans le temps du retour du voyage de Chambord, M. de Mazarin avoit fait gaster et couvrir beaucoup de ligures antiques de son palais, à cause des nudités; que M. Colbert en avoit escrit au roy avec chaleur; que le roy luy avoit envoyé des gardes dans sa maison, et que cette action avoit fait un grand bruit dans le monde contre M. de Mazarin.
Au mois de décembre, les articles de mariage furent signés entre M. Phélyppeaux de Chasteauneuf, fds de M. Phélyppeaux de la Vrillière, reçu et exerçant la charge de secrétaire d’Estat, et M1]e de Fourcy. M. l’avocat général Bignon avoit esté le négociateur de ce mariage, et chez luy il y avoit eu beaucoup de négociations avec M. Caillarcl durant la fin des vacations et depuis.
L’on fit les articles pour le mariage de M. de Harlay de Beaumont de Bonneuil 1 avec Mile Boucherat.
Le dimanche i4 décembre, le mariage se fit au Louvre de M. de Nevers2 avec Mlle de Thianges3, par l’entremise de M. Colbert. Chacun en parle comme d’une marque du pouvoir de Mme de Montespan.
Le lundy i5 décembre, ma femme me dit qu’elle avoit appris chez M. le duc de Chaulnes la desclaration de mariage de Mademoiselle d’Orléans avec M. de Lauzun4; que MM. les ducs de Montausier et de Créquy, le mareschal d’Albret etM. de Guitry en avoient fait la demande publique au roy, et que le roy avoit dit qu’il ne l’approuvoit pas à cause de la mésalliance, mais qu’il ne pouvoit pas empescber une fille de quarante-trois ans de faire ce quelle vouloit; que le roy avoit fait appeler Monsieur pour le luy dire, et que Monsieur s’estoit rescrié sur cela et avoit dit qu’il falloit mettre Mademoiselle aux Petites-Maisons et jeter Lauzun par les fenestres; que
1 Voy. sur Harlay-Bonneuii les Mémoires de Saint-Simon (t. I, p. 392, 3g4 et suiv.).
2 Philippe- Julien Mazarini - Mancini , duc de Nevers.
3 Diane-Gabrielle de Damas, fdle de Claude - Léonor, marquis de Thianges ,
et de Gabrielle de Rochechouart-Morle-
mar, Elle était sœur de Mme de Montespan.
4 Voy. les Mémoires de Mlu de Montpensier, où sa passion pour Lauzun est racontée en grand détail. Tout le inonde connaît la lettre de Mme de Sévigné à M. de Coulanges sur le même sujet, à la date du 1 5 décembre 1 670.
Décemb. 1670.
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Déccmb. 1670. celte nouvelle avoit esté aussytost rendue publique el reçue de tout le monde avec un très grand estonnement. Je dis cette nouvelle chez M. Boucherat; elle surprit esgalement toute la compagnie, personne ne la voulant croire.
Le mardy 16 décembre, les ministres furent voir sur cela Mademoiselle, et tout le monde y alla, personne néantmoins n’approuvant ce quelle faisoit. Elle donnoit tout son bien à M. de Lauzun, la souveraineté de Dombes, le duché de Montpensier et le comté d’Eu. Le mercredy 17 décembre, la donation en fut faite, afin que, dans le contrat de mariage, M. de Lauzun pust prendre toutes ces qualités, et le jour des noces fut arresté au vendredy suivant.
Le vendredy 1 9 décembre 1 , allant à la Mercy, un gentilhomme de fhostel de Guise me dit à l’oreille que le mariage estoit rompu et que le roy avoit dit qu’il ne le vouloit point. En effet, l’on sçut aussytost partout cette nouvelle avec bien de la joye et de la surprise en mesme temps; car l’on ne s’attendoit point à un changement sy prompt. Je sçus de M. Le Pelletier que Madame, la douairière, avoit escrit au roy une grande lettre pour l’empescher; que M. le Prince avoit aussy parlé fort sagement au roy; que M. le mareschal de Villeroy avoit aussy parlé de son costé, et que le roy s’estoit rendu à leurs raisons, et cela durant l’apresdisnée du jeudy 18 décembre; car le matin du mesme jour il avoit commandé à M. de Lyonne d’escrire ce mariage à tous les ambassadeurs; mais le soir, ayant pris une résolution contraire, il envoya dire à M. de Lauzun et à Mademoiselle, par deux exempts, de venir parler à luy. Leur surprise fut grande; car ils jugèrent bien qu’il y avoit quelque changement. Le roy parla à M. de Lauzun le premier, et luy dit qu’il ne vouloit pas que ce mariage s’achevast pour beaucoup de raisons, et qu’il aurait soin de le faire aussy grand qu’il l’auroit esté par ce mariage. L’on dit que M. de Lauzun soustint ce coup avec bien de la fermeté et du respect pour le roy, qui en demeura fort content. Pour Mademoiselle, elle s’emporta extresmement, et dit au roy tout ce Voy. la lettre de Mme de Sévigné en date du même jour.
que la colère pouvoit luy inspirer, déclama contre M. Le Tcllier, qui Décemb. 1670. estoit son ennemy et celuy de M. de Lauzun, et dit mille choses contre le roy mesme; qu’il estoit un diahle; dont le roy ne s’esmut point. Au contraire, il la consola, luy dit qu’il partageoit son desplaisir, et tout ce qu’il put pour la satisfaire. M. le Prince estoit derrière une porte, où le roy l’avoit mis pour escouter tout ce qu’il diroit.
M. Le Pelletier nous dit, à M. de Fourcy et à moy, toute cette intrigue, comme y ayant eu part et ayant escrit la lettre pour Madame.
Tout le monde a loué le roy de cette action; car ce mariage tournoit à sa honte, ne pouvant avoir esté entrepris que de son consentement. La négociation en avoit commencé dès le voyage du roy en Flandres, où Mademoiselle avoit dit plusieurs lois à M. de Lauzun qu’elle ne vouloit plus estre la victime de l’Estat; qu’elle vouloit se marier et faire son mary d’un gentilhomme; que M. de Lauzun luy ayant demandé si elle pouvoit luy nommer quel seroit ce gentilhomme heureux, elle luy avoit dit qu’elle l’escriroit sur un papier, et en effet luy avoit envoyé un papier cacheté où il avoit trouvé escrit : « c’est vous. » Entin il y avoit huit mois que ce mariage se négocioit. La mort de Madame et l’espérance cl’espouser Monsieur l’avoient interrompu. Mais Monsieur n’ayant pas voulu y penser, il s’estoit renoué plus fortement et avoit esté conduit jusques au jour qu’il avoit esclaté. Il y auroit de quoy beaucoup raisonner sur l’intrigue de ce mariage. Car l’on dit que M. Colbert y avoit pris part, qu’il s’estoit rallié avec Mme de Montespan , avoit abandonné Mrae de La Vallière, et que toute cette cabale se formoit contre M. de Louvois , ennemi de M. de Lauzun. Ce sont des spéculations peut-estre peu véritables, mais chacun raisonne à sa mode.
Le samedy 20 décembre, M. de Fourcy, M. Le Pelletier et moy nous fusmes au lever du roy, et, après qu’il fut renlré dans sa chambre, M. Colbert comme secrétaire d’Estat luy présenta le contrat de mariage de M. de Chasteauneuf et de Mlle de Fourcy, lequel il signa et dit qu’il le signoit avec plaisir, et nous nous retirasmes.
Le dimanche 2 1 décembre, le mariage fut fait à Saint-Gervais par
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M. le coadjuteur de Rheims, qui dit la messe après midy. Au retour, l’on disna chez M. Le Pelletier en deux tables de quatorze ou quinze personnes chacune. M. et Mme Le Tellier y disnèrent. Le soir, l’on soupa chez M. de La Vrillière, et il y eut deux tables servies très magnifiquement. A minuit, les mariés s’estant couchés dans une autre chambre que celle qui estoit préparée, chacun se retira.
Le lundy 22 décembre, le fils du prince de Ligne, petit neveu de M. le marquis de Mouy, estant arrivé la veille à Paris, je le fus voir à la Croix de fer et l’emmenai chez moy. Il est très gay et très bien fait, et paroist avoir beaucoup de feu et d’esprit. 11 est entièrement sous ma conduite comme son tuteur.
Ce mesme matin, MUe Boucherat fut mariée avec M. de Harlay- Bonneuil à Saint -Gervais.
Le mercredy 24 décembre, je fus disner, avec le petit marquis de Mouy, chez M. de Montaigu, où estoient M. de Riberpré etM. Charamante, valet de chambre du roy. Après le disner, nous fusmes tous au Louvre, où nous présentasmes le petit marquis au roy, qui le reçut bien. Il salua ensuite la reyne, qui l’interrogea sur beaucoup de choses de sa maison, auxquelles il respondit fort bien. Toute la cour prit plaisir à le voir bien fait et fort résolu; nous le menasmes ensuite chez Monseigneur le Dauphin et de là au collège des jésuites, où il demeura.
Le roy alla le jour de Noël à Versailles, où il demeura jusques au dernier jour de l’an. M. l’archevesque de Paris estoit bien malade.
Le jeudy premier jour de l’an 1671, M. Hardouin de Péréfixe, arche vesque de Paris, mourut à deux heures du matin, son sang s’estant trop eschauffé et subtilisé, en sorte qu’il mourut par des saignemens du nez et transport du sang à la teste et au visage. Il est regretté de tout le monde à cause qu’il estoit fort civil et obligeant, de très bonne mine et fort doux. Il aimait trop la retraite et la soli tude et fuyoit les affaires. Il estoit âgé de soixante-cinq ans, et, selon les apparences, il devoit vivre beaucoup plus longtemps1.
Iiardouin de Péréfixe a laissé une Histoire de Henri IV
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Le samedy 3 janvier, je fus voir M. le cardinal de Bouillon, et Janvier 1671. causai longtemps avec iuy et l’abbé de Pont-Carré fort agréablement.
Le cardinal nous dit sur l’archevesché de Paris qu’il se garderoil bien de le demander, ayant reçu du roy une grâce et une dignité assez grande et extraordinaire pour son âge. Chacun raisonnoit sur le successeur à ce grand bénéfice, et la plus grande partie alioit à M. l’archevesque de Rouen1. 11 estoit bien auprès du roy à cause des dernières affaires de l’assemblée du clergé, ayant eu de grands clémeslés avec M. le coadjuteur de Rheims, dans lesquels le roy avoit tousjours pris son parti, et entre autres à l’occasion du sacrilège arrivé à Paris. M. farchevesque de Paris ayant ordonné un jeusne de trois jours, M. l’archevesque de Rouen crut que les prélats de l’assemblée dévoient en faire autant, et il ordonna trois jours de jeusne. M. le coadjuteur s’en moqua, et le mercredy que l’on devoit jeusner il fit un très grand festin de viande, et y fit disner tous les abbés du second ordre. Le roy en fut averti et dit que ce n’estoit pas le chemin d’avoir des éveschés, et en effet il fit M. l’abbé de Guemadeuc évesque de Lavaur, et depuis de Saint-Malo, en despit de M. le coadjuteur de Rheims, parceque le coadjuteur avoit dit qu’il ne seroit jamais évesque.
Le lundy 5 janvier, l’on sçut que M. l’arcbevesque de Piouen estoit nommé archevesque de Paris.
Le mercredy jour des Roys, 7 janvier (sic), l’on sçut que tous les éveschés vacans estoient donnés : i’archevesché de Tours à M. l’évesque de Vannes , Vannes à M. l’évesque de Lectoure, Lectoure à M. de Bar, évesque d’Acqs, Acqs à l’abbé de Chaumont, Grenoble à l’abbé Le Camus, Lavaur à l’abbé Amelot, conseiller au parlement, Coininges à M. l’évesque de Tulle, et Tulle au père Dom Cosme, feuillant, ou au père Mascaron.
La nuit du lundy au mardy 6 janvier, mourut M. Amelot2 3, pre-
1 François de Harlay de Chanvallon fut Mauregard, du Mesnil-Amelot et autres
en effet nommé archevêque de Paris. lieux, premier président de la cour des
3 Jacques-Charles Amelot, marquis de aides depuis 1668.
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Janvier 1671.
mier président de la cour des aydes, ayant pris une pilule pour se purger doucement, mais elle luy donna de si grandes douleurs qu’il en mourut dans les vingt-quatre heures.
Le mardy i3 janvier, MM. Le Laboureur ayant disné avec nous, on vint leur dire sur les trois heures que Mme la Princesse venoit d’estre assassinée clans sa chambre par un de ses valets de pied. M. le bailly de Montmorency y alla, et dit à son retour que c’estoit un nommé Duval, qui avoit esté son valet, et que M. le Prince avoit chassé de sa maison, lequel estoit entré clans la chambre de Mme la Princesse à l’issue de son disner, et Payant trouvée seule luy avoit demandé de l’argent, et elle Payant refusé sur ce qu’elle n’en avoit point, il avoit tiré son espée et l’avoit frappée clans le corps. Cette action fut aussytost respandue partout, et trouvée fort extraordinaire.
Le mercredy i4 janvier, estant allé voir des orangers avec M. l’abbé de Villiers, il me clit que l’histoire de Mme la Princesse estoit une infamie, cpie l’on vouloit estouffer cette affaire, et que M. le duc d’Anguien avoit fait évader ce nommé Duval, afm qu’on 11e le prist point1.
Le jeucly i5 janvier, je fus le matin aux Jésuites, où j’appris que ce nommé Duval avoit esté pris chez le nommé Frontin, chanoine de la Sainte-Chapelle, avoit esté conduit à l’hostel de Conclé, et de là aux prisons cle Saint-Germain; que l’on avoit informé du fait, et que les informations portoient que ce nommé Duval ayant pris querelle contre un autre2 et tiré l’espée, Mme la Princesse estoit sortie au bruit pour les séparer, et que , clans ce rencontre , elle avoit esté blessée par l’un d eux d’un coup d’espée; que l’on avoit conté cette histoire au roy de la sorte par bien des raisons.
Le vendrecly 16 janvier, je fus le matin au Palais, où la cause de M11,e Bailly contre moy fut plaidée par M. Le Verrier de sa part, et M. Isalis cle la mienne. Je fus obligé cle parler pour expliquer davantage l’affaire. Cela fut assez bien reçu, et Mme Bailly fut desboutée
1 Comparez les Mémoires de Saint-Simon, 2 Nommé Rabutin. (Voy. les Mémoires
t. V, p. i5 et 16. de Saint-Simon, ibiel. )
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de sa requeste. Je fus ensuite remercier M. le premier président, et Janvier 1671. de là disner chez M. de La Vrillière, où je sçus que M. de Chasteauneuf avoit l’agrément pour acheter la charge de greffier de l’ordre, de M. Jeannin. Après le disner, je fus voir M. et Mme d’Humières, et remercier M. Bignon qui avoit conclu pour moy.
Le matin, avant l’audience, les trois gens du roy entrèrent. M. Talon dit qu’il avoit eu avis que, le mardy dernier, deux hommes, l’un nommé Duval, l’autre Rabuslin [ou Rabastin], avoient pris querelle dans l’antichambre de Mme la Princesse et tiré l’espée; quelle, ayant accouru au bruit pour les séparer, avoit esté blessée par l’un d’eux, et qu’un crime de cette qualité pouvant passer pour estre de lèzemajesté en la personne d’une princesse du sang, ils estoient obligés de requérir qu’il plust à la cour commettre deux de Messieurs pour se transporter à l’hostel de Condé , et recevoir la déclaration de Mme la Princesse, interroger ce nommé Duval, qui estoit prisonnier aux prisons du faubourg Saint-Germain, et, à cette fin, ordonner qu’il seroit transféré, continuer les informations commencées, etc. Les gens du roy retirés, M. Hervé auroit lu leur requeste, sur laquelle il fut ordonné suivant les conclusions. L’apresdisnée, parlant à M. le procureur général de cette affaire, qui estoit fort différente du premier récit, il me dit quelle estoit vraye, sinon que la querelle s’estoit faite dans la chambre et non dans l’antichambre.
Le dimanche 1 8 janvier, je fus le matin au collège de Clermont prendre le marquis de Mouy. Je le menai chez l’ambassadeur d’Angleterre, qui estoit encore au lit; il nous reçut fort civilement et parla bien françois. De là chez le résident d’Espagne, qui vint me recevoir sur le bas de la montée, et me parut bon homme. C’est un homme de mine fort espagnole, ayant les cheveux très noirs et de grosses moustaches noires, le teint basané et le front très haut. Nous vismes Mme de Riberpré, M. de Vendosme (le chevalier de Vendosme estant allé à la chasse), M. le marquis de Créquy chez Mme la mareschale sa mère, et par occasion Mme la mareschale de Créquy, que je vis avec Mme Du Plessis-Bellière pour la première fois, ne les ayant vues au-
JT.
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Février 167). paravant, ny elles moy. Nous parlasmes fort des histoires de M. Fouquet. J’allai ensuite chez M. le mareschal de Villeroy.
Du val, pour le coup d’espée donné à Mme la Princesse, fut jugé au parlement par la grand’ chambre et la Tournelle assemblées, et fut condamné aux galères. Mme la Princesse n’avoit pas voulu parler devant les commissaires du parlement, et l’instruction pour la preuve n’estoit pas entière.
Le 3 février, je fus, avec M. de Mouy, disner chez M. de Riherpré, et de là voir le ballet du roy.
Au mois de février, M. d’Estampes mourut. Je fus voir M. Le Tellier, qui me dit qu’il ne voyoit pas lieu d’espérer pour moy. Le lendemain , cette place fut donnée à M. de La Marguerie.
Le 1 1 février, Mme de La Vallière se retira à Chaillot chez les religieuses de Sainte-Marie, et laissa une lettre pour le roy, où elle luy annonçoit sa retraite et qu’elle n’emportoit que son habit gris, laissant le surplus comme estant au roy. Le roy luy envoya M. de Bellefonds et ensuite M. Colbert avec ordre de la mener à Versailles, où il alloit; ce qu’il ht, et la dame y alla sur la parole que le roy trouveroit bon quelle se retirast, si elle persévéroit.
Dans le mesme mois, l’on jugea au parlement des Italiens accusés d’avoir volé des diamans à Venise à un Arménien; ils estoient venus les vendre à Paris, où ils avoient esté pris. Us demandoient leur renvoy estant estrangers, et le crime commis hors le royaume. Leur déclinatoire fut jugé d’abord, et eux déboutés, attendu que l’ambassadeur de Venise ne les réclamoit point, et depuis ils ont esté condamnés aux galères.
J’ay discontinué d’escrire les choses principales pendant sept ou huit mois; j’ay recommencé le 4 décembre, et avant que reprendre l’histoire du jour, je dirai celles qui sont passées selon que ma mémoire me les fournira : premièrement la mort du fils aisné de M. le duc d’Anguien, dont M. le Prince fut touché; puis le voyage du roy en Flandre, où il fit travailler aux fortifications de Dunkerque et d’Atb, avec trente mille soldais effectifs. Jamais on n’avoit rien vu de
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pareil; ces trente mille soldats estoient partagés en trois corps qui se juillet 1671relevoient de cinq heures en cinq heures au travail. L’ordre y estoit très beau, et le roy y alloit les voir travailler deux ou trois fois le jour. Le roy revint au mois de juillet; le jour qui précéda son retour à Saint-Germain, M. le duc d’Anjou son fds mourut après avoir longtemps langui b
M. Amelot de Gournay1 2, président au grand conseil, mourut subitement d’une apoplexie, s’estant trouvé mal faisant une visite, et estant rentré chez luy sans connoissance, et sans qu’elle luy soit revenue.
Au mois de juillet, j’ay vendu la charge de mon fds d’avocat du roy au Chastelet au fds de Mme de Beaumont-Chassepot, dont le père avoit esté trésorier des parties casuelles, moyennant 48,5oo livres.
C’estoit bien vendu, à cause du nouveau règlement, qui avoit fixé la réception des officiers du Chastelet à vingt-sept ans comme au parlement. Il n’avoit pas i’aage; mais il espéroit passer sans qu’on y prist garde, comme avoient fait MM. de Marillac 3 et de Breteuil4 pour des charges de maistres des requestes, et M. Bignon pour la charge de président au grand conseil.
J’ouhliois que, durant le caresme dernier, M. de Marillac, voulant se deffaire de sa charge d’avocat général du grand conseil, se fîattoit qu’il pourroit y faire recevoir mon fils. M. Foucault me vint voir sur ce sujet, songeant à la charge d’avocat du roy pour son fils; et enfin, estant entré dans la confidence de cette affaire, je le vis deux fois chez luy, et il se chargea d’en parler à M. Colbert, et, en effet, le jeudy devant la semaine sainte, trouvant M. Foucault chez M. le premier président, il me dit qu’il avoit parlé àM. Colbert, qui avoit dit qu’il en falloit parler au roy, et qu’il me conseilloit de voirM. Colbert; que je serois le bien reçu et que cette tentative ne me pouvoit nuire,
1 II mourut le 18 juillet 1671.
2 Charles Amelot, seigneur de Gour¬
nay, né le 8 janvier 1620.
René de Marillac, seigneur d’Olin-
ville, reçu maître des requêtes en 1671.
4 François Le Tonnellier de Breteuil, seigneur de Fontenay, reçu également maître des requêtes en 1671.
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Août 1671. et nous convinsmes qu’au retour de M. Colbert, qui devoit aller à Rochefort, il me mesnageroit une audience, et, après cette confidence , M. Foucault alla parler à M. le premier président. Il est vray que c’estoit pour traiter de cette mesme charge pour son fils, et, en effet, il en conclut le marché à quatre-vingt-dix-sept mille livres. Je fus fort surpris de cette infidélité , quoyque je n’eusse aucune espérance que cette affaire pust réussir pour mon fils, auquel il falloit dispense.
Peu de temps après, M. Boucherat prit cette occasion pour demander une dispense pour M. de Harlay, son gendre, pour la charge de M. Bailly1, croyant qu’en l’accordant à Foucault l’on ne pouvoit luy refuser. Ils pensèrent estre refusés tous deux; mais M. le mareschai de Villeroy ayant parlé en faveur de M. de Harlay, le roy les accorda l’une et l’autre. L’on fut estonné que M. Boucherat, qui n’avoit point traité avec M. Bailly de sa charge, eust demandé cette dispense, et, en effet, M. Bailly s’en plaignit et ne l’a point vendue.
M. Colbert fit, durant les festes de Pasques, le voyage de Rochefort, qui est un port de mer que l’on construit, et l’on dit que c’est une très grande despense mal employée pour un dessein qui ne peut jamais réussir et où le roy est fort trompé. C’est une entreprise de M. Colbert, conduite par le sieur Terron, son parent. L’on avoit sur cela donné des mémoires au roy pour marquer les voleries de Terron ; mais, au retour de M. Colbert, on parla bien de cette entreprise, et le roy tesmoigna estre content de Terron. Néantmoins, le voyage du roy, qui avoit résolu d’y aller, fut rompu et n’a pas esté fait, et, selon que j’en ay ouy parler à gens connoissans, c’est une grande folye.
Durant le mois d’aoust, je fus avec M. le premier président à Bue, chez M. Hébert. En y allant, nous vismes le chasteau de Jouy à M. de Sourdis, et, après le disner, nous visitasmes la machine d’un homme de la Franche-Comté qui faisoit monter l’eau le long d’une coste de soixante pieds de haut. Nous vismes aussy les moulins à vent qui se font pour eslever les eaux de la rivière des Gobelins, qui commence Thomas Bailly était avocat général au grand conseil.
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au-dessus de Bue. M. Hébert est mort un mois après, sur la fin de septembre.
Le dimanche 4 octobre, Mmc Le Pelletier la présidente mourut, estant grosse, après huit jours de maladie de la petite vérole. M. Le Pelletier me manda cette nouvelle à quatre heures du soir. J’en fus fort surpris, ayant appris le matin, à sa porte, quelle se portoit mieux. C’est une grande perte à M. Le Pelletier, ayant dix enfans vivans.
Mme la procureuse générale estoit aussy malade de la petite vérole à Stains, estant grosse. M. le premier président estoit revenu de Basville pour elle b Mme la procureuse générale mourut le 9 octobre. M. le procureur général vint aux Pères de l’Oratoire; M. le premier président à Sainte-Geneviève. Je les fus trouver, et j’assistai à l’entrevue de toute la famille, qui vint voir M. le procureur général. Je ne vis jamais rien de si pitoyable ny une si véritable douleur.
M. de Lyonne estoit revenu malade de Fontainebleau, où la cour estoit. Il mourut à Paris le [ 1 er septembre 1671]. On raisonna aus~ sytost sur sa charge. L’on dit que M. Colbert vouloit l’eschanger avec la sienne. Il est vray que M. de Berny1 2, quoyque reçu en la charge de son père , se sentant trop foible pour la soustenir, offrit au roy de la remettre, et qu’il donna lieu au roy d’en disposer. L’on croyoit que le roy luy donneroit. un homme capable pour la faire et qui le conduiroit, et qu’il choisiroit M. l’archevesque de Toulouse, cy-devant évesque de Beziers3. Mais tout d’un coup le roy déclara secrétaire d’Estat M. de Pomponne4, ambassadeur en Suède. L’on dit que, lorsque le roy le nomma dans le conseil, M. Colbert prétendit qu’il estoit la créature de M. Fouquet et qu’il estoit pauvre. Ce qui ne destourna pas le roy de son choix. Chacun en fut surpris et satisfait; car il est habile et honneste homme. Je fus faire mes complimens chez
1 La femme du procureur général Achille de Harlay était hile du premier président. (Voy. plus haut, p. 520.)
2 Louis-Hugues de Lyonne, seigneur
de Berny. (Voy. ce qu’en dit Saint-Simon ,
t. IV, p. 25i .)
3 Pierre Bonzi, qui fut dans la suite cardinal et archevêque de Narbonne. (Cf. les Mém. de Saint-Simon, t. IV, p. i34 elsuiv.)
4 Simon Arnauld, seigneur de Pomponne, fut secrétaire d’Etat de 1671 à 1679; il mourut en 1699.
Octobre 1 G 7 1 .
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M. Ladvocat, où je vis le bonhomme d’Andilly U qui devoit le lendemain aller à Versailles remercier le roy.
Le vendredy 2 3 octobre, je fus à Basville, y estant mandé pour m’y trouver, lorsque M. le procureur général y viendroit. M. l’archevesque de Sens y vint le mardy, et nous dit qu’il venoit de Beaumont, et que M. le procureur général ne viendroit que le jeudy. Durant ce temps, M. le premier président travailloit avec M. Fourcroy2 à des articles sur toutes les questions de Palais; c’est un beau travail.
Le jeudy 29 octobre, M. le procureur général arriva à Basville, y passa le vendredy, en repartit le samedy, et moy je revins ce jour-là à Amboille, blessé à la jambe d’une chute. Je disnai à Villeneuve avec les enfans de M. Le Pelletier; il plut tout le jour. Mon fils estoit avec moy. Ayant vu un billet de la mort du petit-fils de M. Auzanet, conseiller au grand conseille songeai à acheter sa charge, en escrivis à M. Isalis, qui me manda que M. de Brillac vouloit l’acheter. Je revins pour cela à Paris; mais je trouvai M. de Brillac parti pour Basville. Je luy escrivis, et par sa response il me manda que c’estoit pour moy qu’il avoit parlé à M. Auzanet.
Le 1 2 novembre, je revins à Paris, et, par l’avis de M. le premier président, je priai M. de Brillac de conclure le prix de la charge de conseiller au grand conseil. Mmc de Baraillon (sic), qui avoit celle de son fils à vendre, ne me la voulut bailler qu’à trente mille escus, qui est la fixation, et M. de Brillac fit le marché de celle de M. Auzanet à 88,5oo livres. C’estoit 6,000 livres plus que la dernière vendue du semestre d’esté. Mais celles du parlement estoient à la fixation, et l’on en donnoit des pots de vin au delà. Ainsy il fallut suivre le courant du marché. Si mon fils n’eust point espéré de pouvoir avoir la charge d’avocat général du grand conseil de M. de Marillac, il en auroit eu une à 63,ooo livres; mais il perdit cette occasion.
1 Arnauld d’Andilly était père d’Arnauld de Pomponne.
1 Bonaventure Fourcroy ou dé Fourcroy, né à Noyon, mort à Paris en 1692,
avocat et poète. — Les Arrêtés du premier président de Lamoignon ont été imprimés en 1702 et réimprimés en 1781 et 1 78.3
Le dimanche i3 novembre, je fus voir M. de Chaulnes et le priai de parler à M. Colbert, parceque je ne pouvois le voir. Il estoit enfermé chez luy; personne ne luy parloit, et l’on disoit qu’il estoit mal en cour, et que M. de Louvois luy avoit poussé de rudes coups, et qu’ils estoient à qui se perdroit l’un l’autre. M. de Chaulnes me dit le luncly au soir qu’il luy avoit parlé, et qu’il l’avoit trouvé en bonne disposition à mon esgard , mais qu’il luy avoit dit qu’il luy parlerait une autre fois de moy avec plus de loisir, et qu’à présent il ne luy parloit que de mon fils, pour lequel on ne luy demandoit poinf de grâce.
Le mardy 17 novembre, je signai mon traité avec M. Auzanet à 88,5oo livres payables à ma volonté, et ce pendant l’intérest au denier 22. Nous portasmes aussytost ce traité à M. Du Metz pour luy faire voir et remettre en ses mains ma démission. Ce jour-là, M. Colbert estoit allé à Versailles après une visite que M. Pussort y avoit faite le jour précédent.
Le lundy 19 novembre, le roy et toute la cour retournèrent à Saint-Germain.
Le samedy 21 novembre, je fus avec mon fils à Saint-Germain, parceque je sçus que M. Colbert devoit parler de mon traité au roy, à cause d’un nouveau règlement qui avoit esté fait pour empescher les pots de vin. En entrant, M. de Chasteauneuf me dit que le jour précédent le roy avoit dit au conseil des dépesches qu’il avoit esté bien informé qu’il y avoit trois maistres des requestes qui avoient esté reçus n’ayant pas l’aage, et qu’il leur ferait observer le règlement et perdre leurs charges, et que c’estoient Marillac, Breteuil et Bignon, et l’ordre fut donné à M. le chancelier de ne les souffrir faire aucune fonction de leurs charges. M. le mareschal deVilleroy me ditlamesme chose, et qu’il n’avoit point vu le roy plus en colère. Je présentai mon fils à M. Colbert, luy dis qu’il avoit l’aage, n’avoit point de parens au grand conseil, et que j’avois acheté moins que la fixation, 11 me dit. qu’il y avoit un règlement; je luy respondis que j’estois prest à l’exécuter et à faire porter aux parties casuelles, ou le prix de la fixation,
A'ovemb. 1671.
JOURNAL
Novemb. 1671. ou celuy dont j’estois convenu. Il me dit qu’il en rendroit compte au roy. Je menai mon fils faire plusieurs visites chez M. Le Tellier et M. de Louvois, qui nous reçut fort agréablement, et nous disnasmes avec M. de Condom. M. Colbert ne put parler ce jour-là de mon affaire, et je revins à Paris.
Le marcly 2 4 novembre, je retournai à Saint-Germain avec M. de Cordemoy. Je vis M. Colbert avant le conseil, luy donnai mon traité, l’extrait baptistaire et un mémoire. Au sortir du conseil, m’ayant vu dans l’ antichambre , et que j’avois passé dans la salle des gardes, il vint à moy et me dit qu’il avoit parlé de mon affaire, et qu’elle estoit résolue comme je le pouvois désirer, et luy ayant demandé ce que j’avois à faire, il me dit que j’avois à faire porter aux parties casuelles le prix dont j’estois convenu, et qu’il signeroit le rôle et feroit le reste. Après la messe du roy, je fus dire à M. Le Tellier ce qui avoit esté fait sur mon affaire. Il me retint à disner avec luy, et n’estions à table que luy, M. de Louvois, M. le duc d’Aumont et moy.
Le bruit estoit grand de la division des ministres, et qu’ils estoient aux extrémités l’un contre l’autre, et l’affaire des maistres des requestes en estoit une preuve; car il est certain qu’elle a esté faite contre M. Colbert, et que l’on avoit dit au roy qu’il se moquoit de l’exécution des règlemens pour ses amis, et qu’il avoit laissé passer ces maistres des requestes, quoyqu’ils n’eussent pas l’aage. Ce bruit de mésintelligence a fait dire cent nouvelles ridicules du retour de M. Fouquet.
Le mercredy 2 5 novembre, M. de Lauzun fut arresté prisonnier à Saint-Germain par Al. de Rocbefort, ses cassettes prises, et le lendemain conduit par Al. d’Artagnan avec cent mousquetaires à Pignerol1. J’appris cette nouvelle le jeudy matin chez Al. Le Nain; la cause en est inconnue. Cette conduite à Pignerol fait encore dire mille visions, que l’on va mettre Al. Fouquet en liberté, et que dans le mois de janvier l’on verra de grands changemens.
1 Comparez les Mémoires de Mademoi- moires- Anecdotes de Segrais, el Saint-
selle, à l’année 1671. Voyez aussi les Mé- Simon, t. XX, p. 4 7.
D’OLIVIER LEFÈVRE D’ORMESSON
Le vendredy 27 novembre, je fis porter aux parties casuelles Décemb. 1671. 88,5 00 livres, et 2,760 livres pour le droit de résignation, J’ay emprunté entièrement cet argent.
Le dimanche 29 novembre, M. Du Metz me dit qu’il avoit prévenu M. Colbert qu’il avoit reçu mon argent, et que M. Colbert luy avoit respondu qu’il en parleroit au roy.
Le samecly 5 décembre, je fus au parlement pour M. Le Camus1, lieutenant civil, qui fut reçu maistre des requestes honoraire, n’ayant que trois ans de service. M. de Fieubet fut aussy reçu maistre des requestes honoraire à dix-huit ans2. Je sçus que M. le procureur général avoit obtenu du roy que la dispense accordée à M. de Harlay pour la charge d’avocat général du grand conseil luy serviroit pour estre conseiller de la cour.
J’ay oublié cy- devant qu’à la fin d’aoust M. Le Camus, maistre des requestes, avoit esté déclaré lieutenant civil, moyennant cent mille escus pour les héritiers de M. d’Aubray, et qu’à la fin d’octobre le roy avoit donné à M. de Fieubet une place de conseiller d’Estat semestre, et dit en mesme temps à M. Pellisson3 de traiter de la charge de maistre des requestes; qu’il ne luy avoit pas promis de la payer, mais que l’on croyoit qu’il la payeroit en quatre ans.
Le lundy 7 décembre, M. Du Metz me manda qu’il avoit reçu l’ordre de payer à M. Auzanet les 88,5oo livres, et faire expédier le rôle, et que M. Colbert en avoit parlé une seconde fois au roy au conseil du samecly, et en effet, ce mesme jour samecly, M. le premier président estant allé à Saint-Germain, M. le mareschal de Vdleroy luy avoit dit que mon affaire estoit faite, et M. le premier président me l’avoit dit. Sur quoy j’ay sçu qu’il avoit parlé au roy de l’affaire de M. de Marillac, et que le roy luy avoit dit qu’il estoit fasché que cela fust tombé sur une personne du mérite et de la naissance de M. de
1 Jean Le Camus, seigneur de Beaumés et du Port, avait été reçu maître des requêtes le 28 juillet 1667.
2 Olivier d’Ormesson veut dire après
dix-huit ans de services comme maître des requêtes.
3 Pellisson fut reçu maître des requêtes le 11 décembre 1671.
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)ccemb. 1671. Marillac, mais qu’il n’aimoit pas à estre trompé, et il ne souffrit pas que M. le premier président continuast à luy en parler.
Le mardy 8 décembre , j’envoyai Novion à Saint-Germain pour faire signer le rôle plus promptement; la quittance du huitième denier fut aussytost expédiée à Saint-Germain pour estre contrôlée le vendredy au soir, qui est le jour que M. Colbert signe le contrôle.
Le samecly matin 12 décembre, je menai M. Salmon, garde des rôles, avec mon fils, à Saint-Germain pour faire sceller les lettres de provision extraordinairement. Arrivant à Saint-Germain, je retirai la quittance contrôlée, que M. de Cestre, commis au contrôle, y avoit laissée. Nous trouvasmes M. le chancelier qui entendoit la messe; il estoit assis, la teste penchée dans son estomac et me parut fort abattu. Après la messe, M. Salmon luy ayant parlé dans son cabinet, je le saluai et luy présentai mon fils, et il me dit qu’il estoit mon serviteur, et l’on me fit signe de me retirer. M. Boutet, son secrétaire, apporta une liasse d’autres lettres, qui furent scellées avec les miennes, et M. Salmon me dit qu’il m’avoit fait retirer parceque le bonhomme, qui ne connoist plus personne, connoist encore sa foiblesse et a peine quand on la voit; car l’on scella toutes ces lettres, sans qu’il les vist sceller, et elles despendent de la fidélité de Boutet, qui est à présent le véritable chancelier et garde des sceaux.
Au sortir de chez M. le chancelier, je fus au chasteau et vis avec mon fils M. Le Tellier, qui nous parla de l’histoire du Chastelet jugée au parlement, à la Tournelle, pour un recollement fait par le greffier Le Cointre sans assistance d’aucun juge; il n’avoit pas voulu y souffrir M. Bonneau, conseiller au Chastelet, et Al. 1e lieutenant criminel avoit signé depuis ce recollement pour l’autoriser, et, sur ce que Messieurs du Chastelet avoient fait signifier une plainte sous le nom du procureur du roy, il avoit suscité une affaire au sergent, décrété contre luy et l’avoit fait emprisonner; ce qui avoit fait une grande contestation entre les officiers du Chastelet. Al. le procureur général avoit parlé à la Tournelle, et parlé fort rudement contre le procureur du roy, qu’il avoit traité comme un misérable, et mesnagé le
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lieutenant criminel, et, par l’arrest, Ton n’avoit prononcé que contre le greffier une aumosne; on l’avoit seul blasmé et rien dit contre les officiers principaux. C’estoit faveur; car ils s’estoient fort mal conduits et sont l’un et l’autre fort descriés et passent pour des fripons.
Je vis, après, M. Colbert, que je remerciai; il me respondit fort civilement. De là, j’allai faire complimenta M. de Turenne sur la promotion de M. le cardinal de Bouillon à la dignité de grand aumosnier. Nous montasmes ensemble chez le roy, et, estant entrés par le moyen de M. de Rochefort, capitaine des gardes, qui rentra pour le dire à M. de Gesvres, premier gentilhomme de la chambre, je vis prester le serment à M. le cardinal de Bouillon, à genoux sur un carreau devant le roy assis. M. Colbert, secrétaire d’Estat, lut le serment, et le cardinal avoit les mains jointes entre celles du roy; ensuite M. d’ Amont, l’un des trésoriers du marc d’or, mit le serment de commandeur de l’ordre en main dudit sieur cardinal, qu’il lut luy-mesme, et enfin luy attacha la croix au col avec le cordon bleu. Le roy paroissoit fort gay et fît toutes ces grâces avec des termes fort obligeans. Après, m’estant trouvé sy près de luy qu’il crut que je voulois luy parler, il s’avança à moy, et je le remerciai de la grâce qu’il avoit faite à mon fils de l’agréer pour une charge de conseiller au grand conseil. Il me dit : « Il me servira bien. » Après, chacun se retira, et il ne resta que ceux qui sont du conseil des finances.
J’appris que le roy avoit donné au prince de Marsillac La Rochefoucauld le gouvernement de Berry, dont M. de Lauzun estoit pourvu. De là, je fus voir M. Pellisson, chez qui estoit M. Salmon, où je mangeai un morceau, et ensuite nous revinsmes à Paris avant quatre heures, et je remenai M. Salmon chez luy avec beaucoup de remerciemens de l’honnesteté avec laquelle il en avoit usé.
Le dimanche i3 décembre, je commençai les sollicitations du grand conseil pour la réception de mon fils. Je demandois qu’il fust reçu, non seulement sans estre interrogé, mais sans luy donner de loy, suivant qu’ils avoient fait à M. Foucault, qui avoit esté pourvu de la charge de procureur général des requestes de l’Hostel. Je
Décemb. 1671'.
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trouvai beaucoup d’honnesteté sur cela en tous Messieurs, et MM. Du Verdier, de Genouillac et de Cbarny se firent une affaire de gagner tous ceux qui, sous prétexte de formalité, pouvoient y faire difficulté.
Le lundy i4 décembre, je fus à la grand’chambre pour la réception de M. farchevesque de Rheims, duc et pair. Il y avoit grand monde. Je parlai à M. Le Tellier et luy donnai un mémoire pour l’affaire du marquis de Mouy, qui estoit malade à Nancy, et pour pourvoir à la seureté des effets mobiliers. Estant auprès de luy, M. le premier président passa. On luy dit par deux fois qu’il passoit, et enfin il répliqua, « Laissez-Ie passer, » et puis dit qu’il n’y avoit point de difficulté à la réception de son fils, car il avoit l’aage. Je crus que ce mot estoit mystérieux, à cause que M. le premier président luy avoit dit ce mot, luy imputant que c’estoit luy qui avoit fait l’affaire de l’aage à M. de Marillac. Enfin, il me parut qu’ils ne sont pas bien ensemble et qu’il y eut affectation de ne se point saluer; car M. le premier président passa sans le chercher et s’arresta seulement à M. de Louvois. Je fis fort bien ma cour à toute cette famille.
M. le Prince et M. le Duc vinrent au parlement; il y avoit dix-huit ducs, et l’on remarqua qu’il n’y en avoit aucun de la famille de M. Colbert, et néantmoins j’y vis MM. de Luynes et de Chevreuse; car tout le monde veut que ces deux ministres soient en rupture ouverte. Les ducs tenoient les deux bancs, le banc ordinaire et celuy qui est visà-vis les présidens. M. le premier président ny les présidens ne se levèrent point lorsque M. le Prince et M. le Duc entrèrent par le milieu du parquet, et lorsque M. le premier président demanda l’avis, il n’osta point son bonnet aux ducs, qu’il nommoit du titre du duché, mais seulement aux princes du sang, qu’il ne nommoit point. Les maistres des requestes estoient au banc d’en-haut. Après la réception, au rapport de M. le doyen, M. le Prince et tous les ducs demeurèrent à la cheminée; car ils ne marcheroient qu’ après les présidens. M. le Prince me parla avec bien de la bonté. M. Talon vint à cette séance; il avoit esté marié ce jour mesme avec Mlle du Boulay-
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Favier, et presque au sortir de l’église il estoit venu au Palais pour estre à l’audience.
Le lundy et le mardy, je fis toutes les sollicitations des deux semestres du grand conseil.
Le mercredy 1 6 décembre, je fus avec mon fils à l’entrée de Messieurs du grand conseil; y estoient MM. de Fourcy, de La Grange, de Colanges, de Lezeau, d’Eaubonne et de Lamoignon. Tous Messieurs du grand conseil estant entrés, au lieu de nous donner simplement jour pour mettre le soit monstre sur les lettres, ils dirent qu’estant assemblés ils ne dévoient pas remettre, et nous donnèrent le soit monstre et soit informé. Ce fut une grâce extraordinaire et contre l’usage de cette compagnie, qui ne délibère que sur les affaires pour lesquelles les semestres sont assemblés.
Cette mesme matinée, ils délibérèrent entre eux sur la réformation que l’on vouloit faire de leurs commissions et de les réduire aux cinq cas1 et de leur oster la communauté des espices. M. Pussorl avoit parlé de cela devant le roy et avoit fort appuyé cet avis; mais d ne fut pas suivy, et le roy dit qu’il falloit examiner cette affaire plus amplement. Il y eut grande division entre les présidens et conseillers du grand conseil; car les présidens veulent bien que l’on oste la communauté d’espices, afin d’augmenter leur autorité, et les conseillers dirent qu’ils renonçoient volontiers aux commissions, pourvu qu’ils maintinssent la communauté d’espices, qui conservoit l’union entre eux et qui avoit esté establie avec connoissance par des lettres patentes; ils convinrent de dresser des mémoires.
Le mercredy, à midy, je menai mon fils chez M. Charpentier, M. de La Reynie et M. le lieutenant criminel du Cliastelet, pour estre tesmoins, et, le soir, M. le lieutenant particulier y fut ainsy que M. le curé de Saint-Nicolas. C’est l’exactitude du grand conseil; car, au parlement, le greffier va recevoir la déposition chez les tesmoins officiers.
Décemb. 1671.
1 Ces cinq cas étaient probablement les sonnes; les interdictions; les servitudes,
matières bénéficiales renvoyées aux offî- et les appositions ou levées de scellés, ciers royaux : les questions d’état de per- (Voy. Claude de Ferrière, Dict. de droit.)
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Décemb. 1671. Le jeudy 17 décembre, au grand conseil, on ordonna que les semestres seroient assemblés pour le jugement de l’information au samedy. Je fis enregistrer mes lettres de vétéran et demeurai à l’audience. Ce jour et le vendredy, je fis exactement toutes mes secondes visites.
Le samedy 19 décembre, mon fils fut reçu au grand conseil tout d’une voix, sans loy ny examen, et cette grâce se fit le plus honnestement que je pouvois désirer. La compagnie me fit entrer et prendre ma place avant que de le faire entrer; ainsy je luy vis prester le serment. Jamais on ne put tesmoigner plus d’estime et d’amitié que ces messieurs nous en tesmoignèrent à mon fils et à moy. Au sortir du grand conseil, M. Charpentier, doyen, et rapporteur de mon fils , estant fort gay et content, alla chez Mme d’Arnours luy dire cette réception; il s’y trouva mal, revint chez luy et tomba en apoplexie, dont néantmoins il s’est sauvé.
Durant mes sollicitations, ayant esté saluer M. le cardinal de Bouillon, M. l’archevesque de Paris y vint. M. le cardinal de Bouillon prit la droite sur luy, et, après un quart d’heure de conversation , il sortit, et M. le cardinal de Bouillon, voulant le reconduire, sortit le premier de sa chambre; mais, après bien des civilités, il n’alla pas plus loin.
La nuit de Noël, à la messe de minuit à Saint-Nicolas. L’on parloit fort d’un voyage du roy, qui devoit partir le 5 janvier pour aller en Champagne voir ses troupes. M. de Louvois estoit parti pour aller dans toutes les places frontières.
Le jeudy dernier jour de l’année 1671, je fus au collège d’Harcourt à une sabatine que soustenoit le second fils de M. Colbert, abbé. Il n’y avoit que peu de personnes, n’y ayant eu aucune thèse distribuée. De là, à l’acte de M. l’abbé de Novion1 en Sorbonne, desdié à M. Colbert. Je trouvai en sortant M. l’archevesque de Paris qui y alloit, et j’ay sçu depuis que M. le cardinal de Bouillon, ayant esté averti que M. l’archevesque disoit qu’il ne prétendoit céder à qui Jacques Potier, qui devint évêque de Sisteron et ensuite d’Evreux.
D’OLIVIER LEFEVRE D’ORMESSON
que ce soit dans Paris, et que l’on croyoit que, par cette raison, luy, cardinal de Bouillon , esvitoit de se trouver avec luy, il avoit fait observer quand M. farchevesque sortirait de chez luy pour aller à cet acte, et aussytost estoit monté en carrosse pour y aller; et, en effet, peu de temps après que M. farchevesque fut entré dans la salle et eut pris place, M. le cardinal de Bouillon estoit entré sans s’arrester aux civilités quon luy faisoit pour trouver M. farchevesque en place , lequel se serait levé en voyant entrer M. le cardinal de Bouillon, et, sans se rasseoir, se seroit retiré.
Ce jour-là, je fus disner chez M. le duc de Chaulnes avec Madame1, et y disna fabbé de Grammont de Toulouse. L’on dit que M. l’ambassadeur d’Angleterre estoit parti en poste pour l’Angleterre, et qu’ii y avoit quelque raison extraordinaire.
Le vendredy premier jour de l’année 1672, le matin à Saint- Nicolas faire mes dévotions.
Le samedy 2 janvier, le matin, en Sorbonne, à l’acte du fils de M. d’Arbon. De là, chez M. Le Tellier. L’on dit que M. de Charost avoit reçu des nouvelles qu’il y avoit de grands désordres en Angleterre; que le traité de Suède avoit esté conclu avec M. de Pomponne, c’est-à-dire la neutralité jusques à ce que l’Empereur commence à armer, et, s’il arme contre nous, les Suédois se déclarent pour nous.
L’on me dit que l’interdiction de M. le président Nicolaï2 s’accommodoit; qu’il avoit subi l’interrogatoire devant M. Pussort, et qu’au premier jour il seroit restabli. Il a désiré un ordre particulier du rov pour estre interrogé. Ce jour-là, MM. Le Laboureur disnèrent avec nous, et fabbé nous dit plusieurs choses curieuses sur les généalogies de plusieurs familles de Paris3.
Le dimanche 3 janvier, M. de Charost me vint voir, et, ne m’ayant
1 Élisabeth-Charlotte de Bavière, mariée, le 16 novembre 1671, à Philippe d’Orléans , frère de Louis XIV.
2 Voy. plus haut, p. 56 1.
3 Les deux frères Le Laboureur, dont parle souvent Olivier d’Ormesson , étaient
Louis, bailli de Montmorenci, mort en juin 1679, et Jean, prieur de Juigné, mort en juin 1675. Le premier a laissé des poèmes médiocres, et le second d’utiles et savants traités sur divers points de l’histoire de France.
Janvier 1672.
JOURNAL
Janvier 1672. pas trouvé , il me fit dire que le voyage du roy estoit rompu. Toutes les troupes marchent en Allemagne et chacun raisonne sur le dessein : les uns disent que c’est pour Juliers, que le roy achète, les autres pour Cologne, en faveur de l’archevesque. L’on nous dit que M. Le Camus fi procureur général de la cour des aydes, estoit nommé premier président de cette compagnie, et qu’il en recevoit les complimens. C’est un très bon choix, estant habile et très instruit des affaires de cette cour.
Je fus voir M. de Pomponne, revenu de son ambassade; il avoit vu le roy, en avoit esté reçu très agréablement et estoit entré en fonction de secrétaire d’Estat et de ministre. M. de Louvois revint, au mois de janvier, de son voyage en Allemagne auprès de l’électeur de Cologne et de Lévesque de Munster, où il avoit establi dix mille hommes de troupes du roy et leur avoit fait prester serment de fidélité à M. de Cologne. A son retour, le roy, estant très content de sa conduite, l’a fait ministre d’Estat et l’a reçu dans le conseil secret avec MM. Le Tellier, Colbert et de Pomponne.
Le jeudy 28 janvier, mourut à Saint-Germain, à sept heures du soir, M. Pierre Séguier, chancelier de France, après trente-neuf ans de service dans cette charge, depuis le 10 février 1 6 3 3 , qu’il reçut les sceaux vacans par la disgrâce de M. de Chasteauneuf; et, en 1 635, !il eut] la dignité de chancelier de France par la mort de M. d’Aligre, décédé en sa terre de La Rivière2. Depuis quelques années, ledit sieur chancelier estoit fort deschu de la vigueur de son esprit, et, sur la fin, il ne connoissoit plus ceux qui l’ahordoient et avoit perdu la mémoire; mais, dans ses derniers jours , l’esprit luy estoit revenu entier, et il est mort avec beaucoup de piété et de connoissance. Sa famille avoit reporté au roy les sceaux quelques jours auparavant. Le roy les avoit reçus avec bien de l’honnesteté et avoit dit qu’il ne les vouloit garder qu’en dépost et pour les rendre à M. le chancelier, lorsqu’il seroit revenu en santé.
1 Nicolas Le Camus fut reçu premier 1672; il mourut en 1715. — 3 Cf. les
président à la cour des aides le 12 février extraits des Mémoires d’André d’Ormesson.
D’OLIVIER LEFÈVRE D’ORMESSON
Dans ce mesme temps, M. Barin de La Gallissonnière1, maistre des Février 1672. requestes, intendant à Rouen, a obtenu une place de semestre dans le conseil, vacante par la promotion de M. de Pomponne, et ce par le crédit de M. de Montausier2.
La vacance de la charge de chancelier fait beaucoup raisonner sur le choix que le roy fera pour remplir cette place. D’abord, l’on a dit que c’estoit pour M. Le Tellier, depuis pour M. le premier président, et chacun nomme celuy qu’il luy plaist. Mais le roy ne se descouvre point, sinon qu’à son disner ayant esté dit qu’il y avoit eu des chanceliers gens d’espée, l’on a prétendu qu’il vouloit choisir un homme d’espée.
Le jeudy 5 février, estant chez M. Boulanger d’Hacqueville, il me monstra un paquet qu’il venoit de recevoir de la part de M. d’Aligre.
C’estoit un règlement fait par le roy, par lequel il dit que, S. M. ayant résolu de retenir les sceaux, elle fait sçavoir ses intentions sur ce qu’elle entend estre observé jusqu’à ce quelle en ayt autrement disposé; qu’elle donnera sceau un jour chaque semaine; quelle a fait choix des sieurs d’Aligre, de Sève, Poncet, Boucherat, Pussort et Voisin, conseillers d’Estat, pour y avoir séance et voix délibérative, avec six maistres des requestes dont elle fera choix au commencement de chacun quartier, et le conseiller du grand conseil, grand rapporteur en semestre, et choisit pour le présent quartier les sieurs Barentin,
Le Boulanger d’Hacqueville, Le Pelletier, de Faucon, de Lamoignon,
Pellisson. Les conseillers d’Estat seront assis selon leur rang, et les maistres des requestes debout autour de la chaire du roy; les grand audiencier et garde des rôles seront debout après le dernier conseiller d’Estat, et le chauffecire ensuite, et le contrôleur au bout; les gardes-quittances et autres officiers derrière les chaires des conseillers d’Estat. Les lettres de justice seront rapportées les premières , remplies du nom de celuy qui en aura fait le rapport et par luy signées en queue. Le grand audiencier présentera ensuite les lettres
1 Jacques Barin, seigneur de la Guer- 2 M. de Montausier remplissait les fonc-
che et de La Gallissonnière. lions de gouverneur de Normandie.
Février 1672. dont il sera chargé; le garde des rôles, les provisions des offices, et les secrétaires du roy feront lecture des lettres de grâce, qui seront délibérées par les conseillers d’Eslat et maistres des requestes, et résolues par Sa Majesté. Les procureurs et syndics des cinq collèges des secrétaires du roy auront entrée, et il en sera choisi de chacun collège, sçavoir : huit de l’ancien, quatre des cinquante-quatre, autant des soixante-six et un des vingt de Navarre. Le procureur du roy des requestes de l’Hostel et procureur générai des grandes et petites chancelleries aura entrée et place derrière les maistres des requestes. Voilà ce que contient ce règlement en neuf articles dont j’ay copie, fait à Saint-Germain-en-Laye, le 4 février 1672. Signé LOUIS, et, plus bas, Colbert ’.
Ce règlement fait raisonner; on ne l’approuve pas, ne pouvant pas durer longtemps ny les affaires s’expédier. L’on dit que la raison de ce règlement est pour avoir le temps de réformer tous les abus que l’on prétend estre dans la chancellerie , et diminuer l’autorité et la fonction de cette charge de chancelier. Car, comme on a pris pour maxime de supprimer les grandes charges, celle de connestable, d’amiral, J’on veut aussy, sinon supprimer, au moins anéantir celle de chancelier et donner toute l’autorité aux ministres; et, sur cela, l’on m’a dit que M. le Prince avoit observé que l’on n’avoit supprimé ces deux grandes charges que pour faire M. Colbert amiral et M. de Louvois connestable; et, comme M. Colbert fait depuis dix ans la principale partie de la charge de chancelier, en distribuant, tous les employs aux maistres des requestes, en proposant seul au roy les personnes propres pour remplir les charges qui viennent à vaquer, les donnant toutes à ses parens, comme celle de premier président de la cour des aydes et de lieutenant civil à M. Le Camus; celle de procureur général de la cour des aydes à M. Du Bois2, fds du premier
1 Ce règlement se trouve textuellement dans un manuscrit de la famille d’Ormesson conservé c\ la Bibl. imp. f. Sorbonne, n° i38o, f° 227 v°. Il n’a pas été publié
dans le recueil des Anciennes lois françaises.
2 Claude Du Bois , ou Du Bosc , fut reçu procureur général à la cour des aides le 20 février 1672.
D’OLIVIER LEFEVRE D’ORMESSON
commis de l’espargnc, son parent; de premier président à Rouen à Février 1672. M. Pelot, qui a espousé une Camus; estant le maistre de l’agrément pour toutes les charges de la robe, dont on ne peut estre pourvu que par son ministère, à cause de la consignation du prix, M. Colbert, qui a usurpé tout cet employ par la foiblesse du défunt, ne veut pas le perdre par l’establissement d’un nouveau chancelier, qui voudra faire sa charge.
Le lundy 8 février, le roy tint le premier sceau, où le règlement fut observé exactement. Les maislres des requestes rapportèrent, et le roy escouta toutes choses avec une attention et une connoissance surprenantes.
M. d’Aligre tint le lendemain le conseil dans le chasteau et fit les mesmes fonctions que le chancelier, ayant pris sa place et signant les arrests comme luy. 11 y a eu pour cela un règlement qui dit seulement qu’en attendant que le roy ayt pourvu à la charge de chancelier, M. d’Aligre, comme doyen, fera les fonctions de chancelier pour l’expédition des affaires de justice et des finances.
Le 16 février 1G72, ayant esté averti fort incertainement que le roy prenoit M. Fleury pour le mettre précepteur auprès des princes de Conty1, qui avoient perdu madame leur mère d’un transport au cerveau quelques jours auparavant2, et que le roy vouloit faire eslever auprès de M. le Dauphin, et ayant sçu depuis que cet avis estoit certain, je fus, le mercredy 17 février, avec mon fils voir le père Ferrier, qui nous dit comme la chose s’estoit passée : que M. de Montausier en avoit fait la première proposition à M. Flécliier3; que le roy luy en avoit demandé avis et dit d’en communiquer avec M. de Condom, et que le roy s’estoit déterminé à M. Fleury; qu’il sçavoit qu’il
1 Le prince de Conli, mort le 21 février 1666, avait laissé deux fils: Louis, mort le 9 novembre 1 685 , et François- Louis, prince de La Roclie-sur-Yon, qui devint, après la mort de son frère, prince de Conli, et roi de Pologne en 1697; il mourut en 1709. (Voyez les Mémoires
de Saint-Simon, t. VII, p. 82 et suiv. )
2 Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conli, était morte le 4 février 1672.
3 Esprit Fléchier, né en 16.82, dans la suite évêque de Lavaur et de Nîmes, mort en 1710. 11 est surtout célèbre par ses oraisons funèbres.
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vrier 1(572.
logeoit avec moy et qu’il avoit dit que je ne serois pas fasché de le luy donner, et qu’il me conseilloit d’aller voir le roy sur cela.
Le vendredy 19 février, je fus à Saint-Germain avec mon fils, et nous allasmes d’abord voir M. de Condom, me plaindre de ce qu’il ne m’avoit pas averti de cette proposition. Il nous expliqua comme cette affaire s’estoit faite : que M. de Montausier avoit nommé d’abord M. Fléchier et, après, M. Fleury; qu’il avoit fait au roy l’affaire de M. Fléchier difficile , et que le roy, croyant que c’estoit un homme qui faisoit le difficile pour se faire mieux acheter, avoit pris la résolution de choisir M. Fleury; qu’il avoit sçu qu’il logeoit chez moy; qu’il luy en avoit parlé, et, enfin, il me fit connoistre qu’il n’avoit eu part à cette affaire que par l’avis que le roy luy en avoit demandé, et enfin nous nous séparasmes avec bien de l’amitié.
Je fus chez le roy, et, prenant le temps qu’il regardoit au miroir son tour de cheveux, je luy dis que le père Ferrier m’avoit dit l’honneur qu’il faisoit à M. Fleury de le mettre auprès de MM. les princes de Conty, et que je venois le luy offrir et luy tesmoigner ma joye qu’il y eust quelque chose dans la maison qui luy fust agréable; que M. Fleury estoit un homme de grande probité et de capacité; qu’il y avoit cinq ans qu’d estoit avec moy et que j’espérois que Sa Majesté seroit contente de sa conduite. Le roy entendit cela agréablement et me dit qu’il esloit bien ayse du bon tesmoignage que je luy rendois de Fleury, et que je luy avois fait plaisir de luy en parler. M. le cardinal de Bouillon et quelques autres me dirent après, qu’ils avoicnt remarqué que le roy m’avoit parlé agréablement, et le cardinal me dit, ayant sçu ce que j’avois dit au roy, qu’il avoit eu grande envie d’avoir Fleury et luy en avoit fait parler.
Je vis, après, M. de Turenne et M. LeTellier, qui sçavoient le choix de M. Fleury. Nous vismes aussy M. de Montausier, qui nous parla de cette proposition comme l’ayant faite. Je mangeai un morceau chez M. de Turenne, vis M. de Pomponne et revins de bonne heure à Paris.
Le lundy 22 février, le soir, M. de Condom estant venu à Paris
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pour parler à M. le Prince sur l’affaire des princes de Conty, je luy Février 1672. menai M. Fleury, et ensuite nous fusmes voir M. le Prince, auquel je présentai M. Fleury; il le reçut bien et me fit beaucoup d’amitié, et M. le Duc aussy.
Le mardy 2 3 février, M. Fleury estant allé voir M. Lancelot1 faire la leçon aux princes de Conty, je le fus quérir et saluai ces deux petits princes, qui me parurent avoir bien de l’esprit. De là, je menai M. Fleury chez Mme de Longueville, qui le reçut assez froidement, estant faschée de ce que, la princesse de Conty luy ayant laissé par son testament l’éducation de ses deux enfans, le roy les luy ostoit et faisoit maison neuve, ne pouvant souffrir M. Lancelot ny aucun janséniste auprès d’eux 2.
J’ay appris que toutes les grandes cérémonies qui se dévoient faire pour l’enterrement de M. le chancelier estoient changées, et qu’il ne s’en feroit aucune; car les héritiers avoient prétendu qu’un prince du sang devoit mener le deuil, et que M. le Duc ne l’avoit pas voulu faire; les quatre derniers présiclens de la cour estoient d’accord de porter les quatre coins du poile.
Le roy continua de tenir le sceau tous les lundys avec le mesme ordre. M. Pussort y parle beaucoup et forme toutes les difficultés, comme estant le maistre; mais souvent il est seul de son avis, et, dans une contestation qu’il eut contre Boulanger d’Hacqueville sur une lettre de réfusion3, Boulanger l’interrompit, luy résista fortement, et, par la délibération, fit passer la lettre. L’on a dit qu’un secrétaire, lisant une rémission, le roy avoit rebuté, disant : « Ce sont des coquins qui ont manqué de parole et n’ont pas donné à mes gens ce qu’ils avoient promis. » Sur quoy le solliciteur de la rémission ayant parlé au secrétaire et luy au valet de chambre du roy, et le
1 Claude Lancelot , né à Paris en 161 6, mort en 1695. 11 fui le principal auteur des grammaires dites de Port-Royal. On a également de lui des Essais de morale.
2 Voy. sur les relations de M°,e de Lon¬
gueville avec les jansénistes , 1 e, Port-Royal,
de M. Sle-Beuve, t. IV, p. 259, 5 1 4 etsuiv.
3 Terme de pratique. On disait réfusion de dépens pour indiquer les frais d'un jugement par défaut, dont on était obligé de rembourser la partie, avant d’être reçu à se pourvoir contre le jugement.
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Avril 1672. valet ayant dit au roy que les sommes promises seroient payées, le roy fil lire la lettre et l’accorda. Cette histoire a esté publique. L’on m’a nommé les gens, et il est vray que l’on avoit promis cinq cens pisloles aux valets de pied du roy.
Le samedy 2 7 février, M. Fleury nous quitta et alla, avec les princes de Conty, s’establir à Saint-Germain.
Le samedy 2 avril, mourut assez promptement madame la duch esse douairière d’Orléans; elle estoit sœur du duc de Lorraine. Peu de temps auparavant, le roy avoit donné à M. de Caumartin et à M. Bouchu deux places de semestres dans le conseil, vacantes il y avoit longtemps.
Le dimanche 3 avril, je vis M. de Lislebonne, qui estoit venu icy négocier pour M. de Lorraine, et je luy présentai le marquis de Mouy. L’on me dit qu’il s’en retourneroit sans rien faire , et que le roy, sçachant que M. de Vaudemont estoit allé servir en Flandre avec des troupes, avoit dit que, quand le duc de Lorraine auroit retiré ses troupes de Flandre et osté ses garnisons de Bitsch et deHombourg, il entendroit parler d’accommodement.
Le mardy 5 avril, mourut M. de Morangis, âgé de soixante-treize ans passés, ayant esté peu de jours malade. Ce mesme jour, les nouvelles arrivèrent de la mort de M. de Nesmond1, maistre des requestes, à Limoges, deux mois après son arrivée comme intendant; d est mort du poumon. Ce mesme soir, ayant fait collation avec M. le premier président, je fus voirMlle Chalucet, que M. de Basville espouse2. C’est une Fille de condition de Bretagne, à qui on donne trois cent mille livres argent comptant, soixante mille livres en une terre et quarante mille livres en bagues et bonnes denrées.
Le mercredy 6 avril, le parlement, les chambres assemblées, vé-
1 Henri de Nesmond , seigneur de Saint- Disanl et de Breteuil, maître des requêtes depuis i665.
Nicolas de Lamoignon, marquis de Bâville, épousa Anne -Louise Bonnin de Chalucet, fdle du marquis de Chalucet.
lieutenant de roi pour les ville et château de Nantes. Le marquis de Bâville est surtout célèbre par son rôle en Languedoc, dont il était intendant, ou plutôt roi, comme dit Saint-Simon. (Voy. les Mémoires de Saint-Simon, t. XV, p. 23 9.)
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rifia cinq édits avec liberté de suffrages. Ils avoient esté la veille exa- Avril 1672. minés par des commissaires nommés de toutes les chambres. Le roy sera bien satisfait de cette vérification; car il craignoit d’estre obligé de venir au parlement pour les faire registrer en sa présence.
Le 18 avril, je fus à Amboille avec ma famille et le marquis de Mouy, et j’y demeurai jusques au dimanche [24 avril]. En arrivant, j’appris qu’il y avoit eu démeslé à la cour, et que les mareschaux d’Humières et de Bellefonds estoienl renvoyés chez eux pour n’avoir pas voulu obéir à M. de Turenne, et que le roy avoit donné les sceaux à M. d’Aligre.
Le lundy 2 5 avril, je fus le matin à Saint-Germain et j’y menai le marquis de Mouy pour faire sa cour. J’allai d’abord chez M. de Turenne, qui me tesmoigna beaucoup d’amitié sur mes affaires. Je présentai le petit de Mouy à M. le Prince, qui le reçut bien et moy aussy. Je montai chez le roy, qui vit agréablement le marquis de Mouy, mais ne luy dit rien. Je pris occasion de luy demander si, durant son absence, Sa Majesté auroit agréable que j’escrivisse à M. le prince de Ligne sur les affaires de son fds; il se prit à rire, disant qu’il n’y avoit pas de difficulté. Néantmoins, je luy demandai s’il avoit agréable de commander qu’on m’en expédiast un brevet. 11 me dit cl’en parler à Colbert, ou, comme s’il eust cru que M. Colbert me fust suspect, il ajouta : « Ou à qui vous voudrez; cela n’importe. » Je vis ensuite M. Colbert et luy parlai, et il me dit de luy en donner un mémoire; ce que je lis. Après, je pris congé de M. de Louvois, qui me reçut avec beaucoup d’honnesteté. Je menai le marquis de Mouy à monseigneur le Dauphin et à MM. les princes de Couty, et disnai chez M. de Condom. Je fis mes complimens à M. d’Aligre, qui avoit esté chez le roy comme garde des sceaux, ayant le mesme exempt Picot et les mesmes gardes de M. le chancelier. Il entre dans cette charge ayant commencé son année quatre-vingt. Il est fort habile dans les affaires; mais ceux qui le voient travailler disent qu’il baisse beaucoup et s’affoiblit. Par ce choix, chacun juge que M. Colbert est le patron; car M. Le Tellier avoit prétendu à la charge de chancelier et l’auroit
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Avril 1672. esté, si M. Colbert ne s’y fust opposé formellement, ayant dit au roy que, si M. Le Tellier entroit dans celte charge, il nepouvoit plus le servir; car il le trouveroit contraire à tout ce qu’il voudroit faire, et si M. de Louvois, estant le principal instrument de la guerre de Hollande, n’avoit pas eu le crédit, au commencement de la guerre, de faire son père chancelier, d le feroit encore moins à la fin1, et les affaires du conseil prenoient une forme qui ne changeroit que par la mort de M. d’Aligre, outre que le roy avoit donné la place de directeur des finances de M. d’Aligre à M. Pussort. Ainsy, c’estoit l’eslever d’un pas et le disposer à eslre pareillement son successeur en la place de garde des sceaux.
J’appris à Saint-Germain l’histoire des mareschaux de France, qui est que le roy, ayant jugé que ses armées pouvoicnt se joindre, vou~ loit qu’il n’y eust qu’un seul commandant; que M. de Turenne obéist à M. le Prince, et à luy les mareschaux de France. Le roy ayant pris cette résolution le vendredy 22 avril, la proposition en fut faite à M. de Bellefonds, qui refusa, prétendant que c’estoit le déshonorer, puisque les mareschaux de France n’obéissent qu’aux princes du sang ou au connestable , et enfin , ayant parlé au roy et estant demeuré ferme, il fut relégué à Tours. La mesme proposition ayant esté faite à M. le mareschal d’IIumières, il dit qu’il suivroit l’exemple de ses anciens, et, afin d’esviter de respondre jusques à ce M. de Créquy eust parlé, il se retira à Mouchy. L’on avoit envoyé un courrier à M. de Créquy, avec ordre de quitter l’armée s’il ne vouloit pas obéir. L’on attendoit sa response.
Le mardy au soir 26 avril , chez M. le premier président, qui estoit revenu faire les noces de M. de Basville, son fils. Il avoit esté le matin à Saint-Germain, avec les députés du parlement, recevoir les ordres du roy. J’appris que M. de Créquy estoit revenu le lundy au soir, estoit allé le mardy matin à Saint-Germain; qu’il avoit parlé au roy,
1 Ces conjectures ne se réalisèrent pas , Tellier, fut nommé chancelier, le 200cel la guerre de Hollande ayant affermi le tobre 1677, peu de jours après la mort crédit de Louvois, son père, Michel Le d’Etienne d’Aligre.
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et, après avoir olTert toutes sortes d’expédiens, n’avoit puse soumettre Avril 1672. à obéir sans se déshonorer; qu’il avoit ordre d’aller à Marines1, M. de Bellefonds à Tours et M. d’Humières à Angers. La chute de ces trois mareschaux est surprenante; les uns les blasment, les autres les plaignent et croient qu’ils n’ont pu en user autrement sans se déshonorer.
Le mercredy 27 avril, le roy partit dès le matin, quoyqu’il ne dust partir que le lendemain 28‘2. Le jeudy 28 avril, je vis Mme Du Plessis- Bellière sur la disgrâce de M. de Créquy, son gendre.
1 Bourg du département de Seine-et- 6 avril 1672. Il partait pour aller assister
Oise. aux conquêtes de l’armée que comman-
2 Louis XIV avait déclaré la guerre à daient Coudé et Turenne. la Hollande par un manifeste en date du