JOURNAL D'OLIVIER D’ORMESSON , T. I, P
Olivier d’Ormesson indique à peine l’arrestation des gentilshommes du duc de Vendôme, à Anet. Son récit a besoin d’être éclairci par d’autres documents. Les renseignements les plus complets se trouvent dans les mémoires
APPENDICE
que j’ai déjà cités sur la régence d’Anne d’Autriche. «M. de Vendosme, dit l’auteur anonyme, pensant qu’on le lairroit en repos dans sa maison d’Anet n’en put pas jouir longtemps, estant visité de ses amis de la cour et de force noblesse de ces quartiers-là. Sur quoy, des gens, pour se faire de feste et mériter de la cour, voulurent faire croire que ces complimens et visites estoient des assemblées et cabales contre le service du roy, et quelles pourroient produire quelques desseins contre la personne du cardinal, qui n’avoit point encore de gardes. L’on dit qu’un gentilhomme, Gaucheville, domestique de M. de Beaufort, pouvoit sçavoir quelque chose des desseins qu’avoit eus son maistre, et que, si on le pouvoit avoir entre les mains, on apprendrait beaucoup de secrets des choses passées et de celles qui se traitoient à Anet. La difficulté estoit de l’attrapper ; car M. de Vendosme ayant quinze ou vingt gentilshommes, soit des siens, soit de ceux qui estoient près de M. de Mercœur ou de M. de Beaufort, il estoit malaisé de prendre ce gentilhomme. Le prévost de l’Isle 1, nommé Petit-Puis, eut commission d’essayer de le surprendre. Il estoit comme impossible de le faire au chasteau. C’est pourquoy il suscita une femme de mauvaise vie de la connoissance de ce Gaucheville, laquelle s’en alla loger à Anet dans une maison où elle l’attira, et le Petit-Puis, y arrivant, le surprit. Quelques autres qui estoient avec luy, de la maison de M. de Vendosme, furent blessés, et luy amené à la Bastille , oùùi a tousjours demeuré jusques aux brouilleries de Paris , sans pourtant avoir donné aucun esclaircissement des choses que l’on désirait apprendre de luy; et parce que l’boste, qui avoit retiré cette femme, avoit esté accusé d’avoir eu connoissance de ce dessein et de ce que le prévost avoit fait, sa maison fut bruslée et M. de Vendosme accusé d’en avoir donné le commandement. Ce qui fit un grand bruit et esclata fort à la cour, comme une grande violence dont M. de Vendosme avoit usé. Il s’en excusa, disant que la chose estoit arrivée par une émotion populaire et sans son ordre. Mais, quand il eust eu encore de meilleures raisons, elles n’auroient pas passé pour bonnes à la cour en l’estât où il estoit. On fit informer du fait, et deux compagnies de chevau-légers furent ordonnées pour tenir main forte à la justice, et, comme elles s’acheminoient à Anet, M. de Vendosme se retira à Vendosme, où il ne fut pas longtemps en pa-
' Le prévôt de l’Ile-de-France.
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tience : ayant reçu des lettres du roy de venir rendre compte de ses actions et se justifier, il ne crut pas le devoir faire, et mesme on n’auroit pas esté bien ayse qu’il se fust présenté. Il se retira donc en Auvergne, en la duché de Mercœur, où ne croyant pas, dans la chaleur avec laquelle on le poursuivoit, estre en seureté, il passa à Genève, où l’on reconnut bientost qu’on ne prenoit pas plaisir à la cour qu’il y demeurast. Il entra dans la Suisse, où l’ambassadeur fit ce qu’il put pour empescher qu’il n’y fust souffert, de sorte qu’il fut obligé de passer en Italie, où son plus grand séjour fut à Florence et à Venise. »
GUERRE D’ITALIE. - SIEGE D’ORBITELLO (mARS-JUIN 1 6 A 6 ).
Le Journal d’Olivier d’Ormesson présente une lacune pour l’année 1 6 A 6 (mars-juin). Ce fut dans cet intervalle qu’eut lieu l’expédition d’Orbitello; j’en donnerai le récit d’après un témoin oculaire , René Le Voyer d’Argenson , qui fut intendant des armées françaises pendant cette expédition. Il a pris soin d’en faire une narration, qui est en partie autographe; elle est conservée à la Bibliothèque impériale du Louvre danà les manuscrits de la famille d’Argenson (t. XV, fol. 10-26).
«Vers la fin de mars 1 6 4 6 , un courrier du cabinet du roy porta à M. d’Argenson la lettre suivante accompagnée de celle de M. Le Tellier, secrétaire d’Estat, transcrite après la dépesche de Sa Majesté :