GALÈRES
«Les vingt galères estoient commandées, sçavoir : la Capitane, où M. de Vincheguerre estoit, par M. d’Estoublon, capitaine ; la Baillibaade , par luymesme; la Valbelle, par luy-mesme; la Princesse, par le sieur de La Brossardière ; la Montoulion, par luy-mesme; la Pilière , par luy; la Bayarde , par luy; la Manse , par luy; la Mazarine , par M. de Bendol; la Allemagne, par luy-mesme; la Vins , par luy; la Fortias, par luy; la Banville, par le sieur François, lieutenant; la Chatelus, par La Tour, lieutenant; laFiesque, par le sieur Botte, lieutenant; la Montréal, par le chevalier de Montréal, lieutenant; la Ducale, parM. deVilage, capitaine-lieutenant; la Fronsac , par M. de Bogue, lieutenant; la Vincheguerre , par le sieur Martin, lieutenant; la Cardinale, parle sieur de Perussis, lieutenant.
«Nous nous embarquasmes le ilx. Le 2Ô, le vent fut contraire, et le 26, sur les deux heures après midy, le vent fut bon et fort frais pour la route de Levant, si bien que l’on mit à la voile; mais il fallut mouiller, sur le soir, aux isles d’Hyères pour attendre les barques et les galères, qui couroient fortune de se perdre ou de se séparer de nous.
« Le 27, à midy, on leva l’ancre de la rade des isles d’Hyères, et toute la nuit on continua la route. Le 28, sur les huit à neuf heures du matin, le calme nous prit à la veue des isles de Sainte-Marguerite et d’Antibes , si bien que nous ne peusmes arriver à la rade de Vadi que le 3o sur le midy. Aussytost M. le duc de Brezé ht donner advis à M. le prince Thomas, qui estoit à Rocque-Vignal, comme il a voit mouillé à cette rade, et M. le mar-
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quis Gennetin Justiniani, gentilhomme génois1, qui nous attendoit à Vadi2 et qui vint visiter M. le duc de Brezé, prit soin d’envoyer vers Son Altesse, qui estoit audit lieu de la Rocque, et ses troupes à l’Altare.
« Le premier jour de may, l’abbé Bosqueti arriva auprès de M. le duc de Brezé, de la part de M. le prince Thomas, qui se rendit à Vadi sur les deux heures après midy du mesme jour, avec les troupes qui se dévoient embarquer, composées de douze mille hommes de pied et de trois ou quatre cens cavaliers démontés, et de soixante chevaux pour sa maison et pour les officiers de ses troupes. Le marquis Ville vint escorter ce prince jusques à Vadi avec mille ou douze cens chevaux, et se retira à l’Altare avec cette cavalerie le mesme jour, dont le reste fut employé à embarquer ce que l’on put des troupes dudit sieur prince.
«Le 2 may, l’on acheva d’embarquer lesdites troupes, et M. le prince Thomas s’embarqua luy-mesme, vers le soir, sur l’ Admirai et fut salué d’une grande salve de coups de canon par tous les vaisseaux et galères de l’armée navale. M. le duc de Brezé alla prendre ce prince à Vadi, sur la rade, et l’accompagna dans son galion, où il le reçut avec toutes les civilités possibles et deues à sa qualité, luy laissant son grand appartement. Et encore que la jalousie du commandement de la mer ne permette pas de rendre aucune defférence à qui que ce soit, M. le duc de Brezé prit l’ordre dudit sieur prince, qui le donna, après s’en estre excusé plusieurs fois; ce qui ne fut aussy que par civilité, veu que M. le prince Thomas estoit bien général de l’armée de terre et M. de Brezé lieutenant général sous luy ; mais pour la mer, ledit sieur de Brezé en avoit tout le pouvoir, sans qu’il en eust esté rien osté audit sieur de Brezé par les pouvoirs que le roy avoit donnés à l’un et à l’autre.
«Le 3 au matin, le vent s’estant trouvé un peu bon, l’on mit à la voile pour continuer la route vers la coste d’Italie, et toute la nuit du mesme jour le calme nous prit, de sorte que les courans nous reportèrent vers Savone.
«Le Zi , sur le midy, le vent, tournant avec le soleil, donna moyen d’avancer un peu nostre route vers Porto-Fino, et toute la nuit il y eut grande
1 II y a genevois dans le manuscrit ; mais 2 Port de Vay ou Vadi, sur la côte de
c’est une erreur évidente. Gênes.
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tourmente, qui fit fort patir nos galères, si bien que le 5 au matin le capitaine des galères tira un coup de canon pour faire signal quelles ne pouvoient plus tenir à la mer, et, après avoir pris l’ordre de l’admirai, elles se retirèrent à la terre, prenant la route de Porto-Venere, où le vent ne permit pas aux vaisseaux d’aller, et, continuant leur navigation, nous nous trouvasmes au travers de Livourne, proche de l’isle de la Gorgonne, avec un vent fort frais; et ce mesme jour, M. l’abbé de Bentivoglio fut porté à Livourne par le navire du chevalier Garnier, accompagné des navires appelés le Dunkerqaois , commandé par Gabaret, et le Saint- Char les , par Friambault, dont le dernier prit une fluste chargée de bled, qui venoit des costes de Naples à Livourne, et amena sa prise à l’admirai.
« Le 6 , sur le soir, pendant que nos vaisseaux continuoient leur navigation entre l’isle de Capraia et la terre ferme d’Italie, tirant vers l’isle d’Elbe, de laquelle nous fusmes assez proches; mais, la nuit survenant, nos vaisseaux se tinrent sur les bords jusques au 7 du mesme mois, au matin, que l’admirai mouilla l’ancre devant l’isle de la Pianosa, d’où nous pouvions voir en mesme temps les isles d’Elbe et de Giglio devant et à costé de nous, celles de Corse et de Capraia derrière.
«Il fut jugé à propos de s’arrester à la rade de cette isle de la Pianosa pendant le reste de ce jour pour donner loisir à nos barques fort escartées de s’y rassembler, et pour donner aussy du temps aux galères de s’avancer versnous, M. le duc de Brezé leur ayant envoyé, dès le jour précédent, trois navires commandés par Linières, Gardane et Salnave, vers Porto-Venere, afin de leur servir d’escorte et aux barques qui avoient suivi les galères; mais, de crainte que quelques barques ne se fussent avancées jusques au port de San-Stephano, où le rendez-vous de toute l’armée avoit esté donné, en levant l’ancre de la rade de Vadi, M. le duc de Brezé envoya M. le comte Doignon, vice-admiral , monté sur le navire commandé par le sieur du Mé, avec les deux autres navires commandés par Friambault et Gabaret, avec ordre de mouiller vers San-Stephano pour asseurer nos barques, s’il y en trouvoit, à cause de deux galions que nous avions advis estre à Porlo-Hercoie, ou de se tenir sur les bords en nous attendant.
«Le 8 may, il fut mis en délibération, au matin, si nous attendrions des nouvelles de nos galères et de nos barques escortées, avant que de lever l’ancre de devant cette isle de la Pianosa; mais il fut jugé plus à propos
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d’appareiller sur le midy, et de nous mettre à la voile pour nous porter à San-Stephano, lèvent s’estant trouvé très-bon pour cette route, et comme nous fusmes vers le cap de l’isle d’Elbe, on aperçut nos galères avec quelques vaisseaux, qui paroissoient entre les isles d’Elbe et de la Pianosa et dans le canal de Piombino. Le reste de ce jour et la nuit suivante furent employés à la navigation, et, le 9 au matin, nous entrasmes dans la baye entre Telamone, San-Stepbano et la rade d’Orbitello , où le comte Doignon avec les trois vaisseaux avoit mouillé. Le mesme comte Doignon apporta à M. le prince Thomas et à M. le duc de Brezé un plan de toute cette coste et du fond pour le mouillage des vaisseaux, qui fut fait le plus proche qu’il se put du fort de San-Stephano, hors la portée du canon, où nos douze galères et le reste de nos barques escortées nous vint joindre sur le soir du mesme jour, qui fut employé à délibérer, à la veue des lieux, ce qu’il seroit plus utile de faire. La première chose conclue fut l’attaque du fort San-Stephano, pour laquelle on fit des préparatifs le soir et toute la nuit suivante. Cependant il fut jugé à propos d’envoyer sommer celuy qui commandoit dans Telamone de se rendre, avec des menaces de le faire pendre, s’il donnoit la peine de faire descendre à terre des hommes et du canon pour le prendre. Le trompette amena un officier avec luy, qui fut envoyé, de la part du gouverneur, pour capituler, offrant de rendre la place, si dans le douzième jour elle n’estoit secourue; ce qui luy fut desnié et obligea de faire avancer le navire commandé par le sieur du Menillet, avec deux autres et trois galères vers Telamone, le 1 o du mesme mois, et de faire tirer plusieurs coups de canon contre la forteresse, qui fut rendue le mesme jour, à condition de laisser sortir ceux qui la gardoient, armes et bagues sauves. Cependant M. le duc de Brezé s’estant chargé de l’attaque du fort de San- Stephano, durant que M. le prince Thomas faisoit desbarquer nos troupes vers la tour des Salines, qui est à l’embouchure du fleuve Albegna, que M. de Saint-Aulnais avoit eu ordre de prendre, dès le 10 au soir, avec le régiment de Navailles et le sien, et qu’il ne pust faire attaquer pour ce soir-là, d’autant que, la mer se grossissant à cette rade, les conducteurs du desbarquement se trompèrent et le firent de l’autre costé de la rivière, si bien qu’il se trouva entre nos gens et cette tour des Salines.
« M. le duc de Brezé commanda au comte Doignon de descendre sur le mont Argentaro avec quatre cens hommes des officiers et soldats de la ma-
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rinepour s’approcher du fort de San-Stephano, que le mesme duc fit battre de six de ses navires et de quelques galères, [jusqu’à ce] que celuy qui y avoit esté envoyé le jour précédent par Don Carlos de la Gatte, gouverneur des places de Toscane pour le roy d’Espagne, afin de commander dans ce fort, ayant esté tué d’un coup de canon, ceux qui estoient dedans perdirent le cœur et se rendirent audit sieur duc de Brezé sur les huit heures du soir du mesme jour, à discrétion. Les vaisseaux qui battirent ce fort furent V Admirai, le Vice- Admirai, le Contre* Admirai , le Sourdis , le Grand~ Ancjlois et le Saint-Jacques-de-Dunkerque , M. le duc de Brezé y estant en personne, sur l’ Admirai, pour donner les ordres.
«Le mesme jour, le desbarquement de toutes les troupes s’acheva de faire à la tour des Salines, qui avoit esté prise dès le matin, ceux qui la tenoient l’ayant abandonnée aussytost qu’ils virent que M. de Saint-Aulnais faisoit passer la rivière, et que l’on desbarquoit des soldats du costé de cette tour pour s’en emparer. Le prince Thomas s’approcha de la rade et se mit sur la Capitane des galères, d’où, l’apresdisnée , il descendit à terre, accompagné de Don Gabriel, son fils bastard, du sieur d’Aubusson, du comte de la Trinité, de l’abbé Boschetti et autres de sa suite, qui logèrent dans cette tour des Salines, où S. A. prit son logement, et aussytost qu’il y eut quelque nombre de gens desbarqués, S. A. alla reeonnoistre les passages et les avenues vers Orbitello, dont M. le marquis d’Huxelles s’estoit desjà un peu approché avec le régiment de Normandie et quelques autres troupes d’infanterie qu’il avoit fait desbarquer, le troisième fils dudit sieur d’Argenson , nommé le chevalier deChastres, ayant suivi ledit sieur marquis d’Huxelies comme volontaire à cette occasion, d’autant qu’il n’avoit encore aucune charge et qu’il estoit seulement sorti de l’Académie pour venir à ce voyage.
«Le ii, M. le marquis de Brezé alla visiter le fort de San-Stephano, où ledit sieur d’Argenson l’accompagna, et fut trouvé assez bon par ledit sieur duc, qui y laissa le chevalier de Leschasserie avec des troupes de la marine, en attendant que l’on y eust mis un gouverneur, et ledit sieur duc s’en alla incontinent après à cette tour des Salines, accompagné dudit sieur comte Doignon et dudit sieur d’Argenson, et fit conduire à S. A. les principaux officiers des ennemis qui estoient sortis du fort de San-Stephano pour les voir et recevoir, et les faire conduire où il seroit jugé à propos, et tout le reste de ce jour fut employé à faire les approches d’Orbitello et à recon-