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noistre les lieux du campement et de la circonvallation pour le siège, qui se trouva plus difficile que l’on ne l’avoit creu à cause des éminences voisines et du lac au travers duquel les ennemis firent entrer dans Orbitello des barques chargées d’infanterie, qui estoit descendue du fort Philippe et de celuy de Porto-Hercole, qui en sont fort voisins.
«Le samedy 12, M. le prince Thomas et M. le duc de Brezé prirent leurs quartiers devant Orbitello, S. A. à la cassine tirant vers la colline, et ledit sieur duc à une autre cassine plus proche de la ville; et sur le soir il fut résolu de prendre un poste que les ennemis tenoient hors de la ville; mais il fut impossible d’y parvenir, d’autant que la nuit fut extresmement fascheuse à cause des grandes pluyes et du tonnerre, qui incommodèrent extresmement nos soldats. Ce mesme jour, M. d’Argenson alla visiter la place de Telamone pour voir si elle pouvoit estre fortifiée, et en lit son rapport à S. A. et à M. le duc de Brezé, qui résolurent d’aller eux-mesmes voir la place et sa situation quelques jours après, avec l’ingénieur, pour conclure ce qui seroit à propos d’y faire pour la rendre meilleure.
«Le 1 3 et le 1 i\ furent employés à desbarquer le canon avec les effets, les munitions et autres choses nécessaires pour l’artillerie; et le mesme jour 1 h , M. d’Argenson alla concerter avec M. le commandeur de Vincheguerre, par ordre de M. le duc de Brezé, pour faire traisner et conduire le canon
au camp par les forçats des vingt galères commandées par ledit sieur de
Vincheguerre , avec lequel et les autres capitaines des mesmes galères il fut résolu que l’on prendroit un homme de chaque galère, tant des Turcs que mariniers pour cet effet, du commandement et conduite desquels M. le chevalier de Vins, capitaine de l’une des galères, se chargea volontairement.
«Le i5, ledit sieur d’Argenson se rendit au camp auprès de S. A. et de M. le duc de Brezé pour y demeurer entièrement. Sur le soir, M- le marquis d’IIuxelles, le plus ancien mareschal du camp de l’armée, alla prendre 1 éminence de la chapelle, où les ennemis tenoient un corps- de-garde avancé, d’où il les chassa et s’y logea avec seureté, et commença l’ouverture delà tranchée parles régimens de Normandie et de Navailles, et fut suivi à cette occasion par le jeune baron d’Huxelles, son cousin germain, et par Pierre de Voyer, sieur de Chastres, bailly de Touraine, troisième fds dudit sieur d’Argenson, qui receut une mousquetade au bras si favorable, que,
comme elle venoit d’un peu loin, la balle fut amortie par sa casaque et son pourpoint sans autre blessure qu’une contusion.
« Le 1 6 au matin, M. l’abbé Bentivoglio arriva au camp et rendit compte à M. le duc de Brezé de la négociation par luy Dite avec M. le grand duc de Florence, avec lequel il avoit arresté le traité de neutralité absolue entre les deux couronnes, fort avantageux pour la France en cette occurrence, afin d’empescher le secours et l’assistance qu’il pourroit donner aux Espagnols contre nous en l’attaque de cette place d’Orbitello et des autres qu’ils tiennent en Toscane, et le raesme jour, sur le soir, la tranchée d’approche fut ouverte contre cette ville d’Orbitello.
« Le 17, M. le duc de Brezé fit augmenter le nombre des chaloupes, que l’on avoit commencé de jeter sur l’estang, dès le 1 A , par les soins du chevalier Paul, l’un des capitaines de vaisseaux, qui y fit la première garde durant cette fascheuse nuit, remarquable à cause du grand tonnerre et de la pluye extraordinaire , qui incommoda fort toute l’armée de terre et durant laquelle ledit sieur d’Argenson et le chevalier Garnier se perdirent dans le bois , entre le camp et la tour des Salines.
«Le raesme jour, sur l’apresdisnée, M. le duc de Brezé alla visiter la tranchée et donna les ordres nécessaires pour la continuation du travail commencé et conduit par les soins du chevalier de Glerville, ayde de camp et ingénieur du roy, assisté du sieur de La Neufville, autre ingénieur de Sa Majesté et homme de service, suivanl la résolution prise avec M. le prince Thomas , général de l’armée de terre.
«Le mesme jour, sur le soir, quatre pièces de canon furent amenées de la tour des Salines au camp par les Turcs et par les mariniers des galères conduits et commandés par le sieur chevalier de Vins, l’un des capitaines d’icelles, qui s’offrit volontairement pour faire cette conduite, pour laquelle il fut payé 2 5o livres de chaque pièce de canon.
«La nuit suivante du mesme jour, les assiégés, après avoir tiré force coups de canon sur nos chaloupes de l’estang, pendant tout le jour, presque sans effet, crurent mieux réussir par une sortie qu’ils firent la nuit sur les travailleurs de la tranchée, que faisoit continuer M. de Saint-Aulnais, mestre de camp, par le régiment de Na vailles et de Chouppes; mais ils furent vertement repoussés jusque sur la contre-escarpe du fossé de la place par le sieur de Soustello, lieutenant-colonel du régiment de Navailles, et par le
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sieur de Navailles, le jeune, raestre de camp d’un régiment qui est en Piémont, qui avoit suivi M. le prince Thomas comme volontaire en cette occasion, et par le sieur de Nort, ayde de camp et capitaine au régiment de Normandie, qui furent tous deux blessés, chacun d’une mousquetade : le premier, fort dangereusement au travers du genouil; et l’autre, au bras droit. Le sieur de Lisle, ayde de camp, se trouva aussy à cette occasion, où il rassura et rallia les travailleurs, qui avoient pris l’espouvante.
u Le 1 8 , la mesme chiourme et les mariniers des galères amenèrent au camp quatre autres pièces de canon, et le lendemain encore trois autres pièces conduites par les soins du mesme chevalier de Vins. Le chevalier Garnier, un des capitaines des vaisseaux, fut commandé, par M. le duc de Brezé, pour avoir le soin particulier des chaloupes de l’estang au nombre de vingt-deux, et chaque capitaine des navires eut ordre d'y faire la garde jour et nuit, à son tour.
«La nuit suivante, le travail des tranchées fut continué par M. de Refuges, autre mareschal du camp, qui releva ledit sieur des Aulnais et qui fit grandement avancer le travail, sans y avoir esté beaucoup interrompu par les ennemis, qui se souvenoient qu’ils avoient esté repoussés si vivement à leur sortie de la nuit précédente.
«Le 19, le chevalier Garnier, qui avoit fait la garde la nuit précédente sur l’estang et reconnu les postes de la terre du costé du fort Philippe et de Porto-Hercole, d’où les ennemis pouvoient envoyer du secours dansOrbitello, en les embarquant sur l’estang, proposa de faire quelque fort sur le bord de l’estang et de le faire garder par un bon nombre d’hommes, tant pour la retraite de nos chaloupes que pour empescher l’embarquement et le passage des ennemis qui voudroient se jeter dans la place assiégée.
« Cette proposition obligea M. le prince Thomas d’aller luy-mesme reconnoistre le fort Philippe et celuy de Porto-Hercole , et les passages par lesquels les ennemis pouvoient venir et s’embarquer plus facilement sur l’estang pour venir au secours d’Orbitello; à quoy il fut assisté par ledit sieur de Saint-Aulnais, par le chevalier Garnier et autres; et, après avoir bien considéré tous les lieux, S. A. résolut de faire un fort au bas de la colline, sur l’estang, proche de la cassine blanche, où il y a une chapelle, et donna au chevalier Garnier le soin de ce travail et le commandement des troupes
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destinées pour la garde de ce fort, qui furent de cent hommes, tirés des vaisseaux, commandés parle sieur de Leschasserie , capitaine de l’un des vaisseaux, et pareil nombre de cent hommes, tirés des soldats des galères, commandés par un officier des galères, auxquelles troupes on ajouta le régiment de Chouppes et l’infanterie de S. A. qui pouvoient faire en tout cinq cens hommes, qui furent joints aux deux cens hommes de la marine. Et sur le soir du mesme jour, M. le comte Doignon, mareschal de camp, ayant relevé ledit sieur de Refuges, fit continuer fort diligemment le travail de la tranchée, pendant toute la nuit, par les régimens d’Huxelles et de Paluau, si bien que la place , pour mettre le canon en batterie, fut disposée pour y faire travailler les officiers de l’artillerie, et comme les ennemis s’apercevoient de cette diligence, ils firent grand feu toute la nuit, tant de leurs mousquetades que de leurs canons chargés de cartouches, blessèrent plus de quarante de nos soldats et en tuèrent cinq ou six.
«Le 20, le sieur de Saint-Hilaire, commandant l’artillerie de ce siège, travailla tout le jour et la nuit suivante pour achever ses batteries, sur lesquelles il fit conduire le canon à force d’hommes, et M. le duc de Brezé, ayant eu advis que les galères de Naples et celles de Sicile s’estoient jointes à Gayette (Gaëte) pour apporter des hommes dans les forts de Porto-Hercole et du mont Philippe, pour le secours d’Orbitello, et mesme que les ennemis avoient chargé d’infanterie un grand nombre de felouques napolitaines pour les conduire de Gayette à Porto-Hercole, et pour jeter les mesmes felouques sur l’estang, en plus grand nombre que celuy de nos chaloupes, pour passer leur infanterie destinée au secours d’Orbitello, il commanda àM. de Vincheguerre d’aller chercher les ennemis vers Cività-Vecchia et mesme jusques à Gayette, avec ordre de les combattre en tous les lieux, à la mer, ou à l’ancre, en cas qu’il jugeast de le pouvoir faire avec avantage.
« Le 21, nostre artillerie commença à tirer contre la ville au nombre de huit pièces, et, sur le soir et la nuit suivante, le travail des tranchées fut continué vers la place, d’où quelques soldats des nostres furent blessés ou tués, mais en petit nombre.
«Le sieur marquis de Grimaldi, frère du cardinal, estoit arrivé au camp, deux ou trois jours auparavant, avec six vingts chevaux qu’il amena de Rome, où ils avoient esté levés, et les cavaliers armés, par les soins de M. le cardinal Grimaldi, pour servir en cette occasion.
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« Le 22 se passa en continuant les tranchées du siège et la construction du fort, dont le chevalier Garnier avoit le soin et le commandement au delà de l’estang. M. le prince Mathias, frère du grand-duc, envoya de Sienne, où il estoil, plusieurs rafraischissetnens à M. le prince Thomas et àM. le duc de Brezé , auxquels il fit faire plusieurs complimens et démonstrations d'affection singulière, auxquels ils respondirent de mesme et envoyèrent aussy vers ce prince luy faire des complimens à Sienne. M. le prince Thomas dépescha aussy à Rome l’un de ses gentilshommes vers MM. les cardinaux d’Este et Grimaldi, qui l’avoient envoyé visiter, et envoya le comte de La Trinité vers M. le duc de Modène pour luy donner part de tout ce qui s’estoit passé depuis l’arrivée de l’armée navale du roy et nostre descente à terre, avec quelques autres instructions particulières qui ne se peuvent encore escrire, pour faire connôistre au duc de Modène l’estime que le roy fait de sa personne et de l'affection que M. le cardinal d’Este, son frère, tesmoigne pour la couronne de France.
u Le 2 3 fut aussy employé à la continuation du siège et à battre les deffenses de la place avec l’artillerie, qui lit beaucoup d’effet, et M. de Refuges, mareschal de camp, ayant fort avancé son travail, fut relevé au soir par M. le comte Doignon , qui fit un fort beau logement sur la contre-escarpe du fossé de la place, d’où les ennemis sortirent pour s’y opposer; mais ils furent repoussés si vigoureusement jusques à vue des demi-lunes, que l’un de leurs officiers fut tué d’un coup de pistolet par La Rente , l’un des gardes de M. le duc de Brezé, desquels gardes il y en eut sept ou huit de blessés ou de morts sur la place. Ledit sieur comte Doignon fit luy-mesme fort courageusement tout ce qui se pouvoit en cette occasion , où il exposa fort sa personne, et fut très-bien assisté des sieurs de Lisle , ayde de camp, du chevalier d’Anstrain (ou d’Austrain), aussy ayde de camp, qui fut blessé d’une mousquetade à la cuisse gauche, de Lunas (ou Limas), de Villeneufve et de La Brosse, capitaine, lieutenant et enseigne des gardes de M. le duc de Brezé, dont le dernier combattit un officier des ennemis, qui se présenta avec l’espée et la rondache, et le contraignit de se retirer honteusement bien que ledit La Brosse, enseigne, n’eust que son espée. Fontenelle, escuyer dudit sieur duc, et plusieurs autres de la maison dudit sieur duc, assistèrent à cette action, où le sieur de Sigogne, ayde de camp, qui estoit auprès dudit sieur comte Doignon , servit vaillamment avec beaucoup d’ap-
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plication et de travail pour la conservation de ce logement que les ennemis s’efforcèrent d’empescher toute la nuit par un très-grand feu, tant de leurs canons que de leurs mousquetades , qui tiroit de dessus les bastions et des courtines; mais tout cela n’empescha point que ce logement ne fust achevé et que la ligne de communication, depuis la teste de la tranchée jusques à ce logement, ne fust faite et bien avancée par ledit sieur comte Doignon durant le reste de la nuit et le jour suivant, qui fut le 2 4 dudit mois.
« Ce jour [2/1 may] se passa à continuer de tirer nostre canon contre les deffenses de la place, et à démonter leurs pièces et à faire jeter aussy quelques bombes dans la ville, où elles firent beaucoup d’effet. Le chevalier Garnier commença aussy le mesme jour à tirer contre la ville, au travers du lac, les quatre pièces de canon qu’il avoit fait mettre en batterie dans son fort, qui s’alloit avançant, et achevant tous les jours de se mettre en deffense, et sur le soir de la nuit suivante, on continua la tranchée sur la contre-escarpe pour s’approcher de la demi-lune, et pour asseurer le logement fait le jour précédent avec quelque opposition tousjours de la part des ennemis, qui tirèrent fort de leurs bastions et courtines tout ce jour, qui fut aussy employé à la confection des fascines , blindes, chandeliers et autres choses nécessaires pour la continuation de ce siège. Et sur le soir, M. le duc de Brezé, accompagné des sieurs marquis d’Huxelles, comte Doignon, abbé Bentivoglio et d’Argenson, alla par-dessus le lac visiter le fort dudit sieur Garnier, auquel il donna les ordres nécessaires pour la continuation et pour la deffense d’iceluy.
«Le 2 5 au matin, on aperçut, fort proche de Porto-Hercole, cinq galères et deux brigantins à la voile , qui estaient des ennemis , lesquels estoient si vivement poursuivis de nos galères que les cinq des ennemis n’osèrent se jeter dans le port et reprirent la mer, où elles se sauvèrent par la force de leur chiourme , y ayant apparence quelles estoient armées au double de nos forçats, et quelles avoient esté ainsy armées pour escorter trente-cinq felouques napolitaines, chargées d’officiers réformés et d’infanterie, qui furent attaquées par le chevalier du Vilage, l’un des capitaines de nos galères, sous la forteresse de Palme avec une telle vigueur, que tous ces officiers réformés et fantassins espagnols furent contraints de se jeter à la mer et de se sauver dans les bois, abandonnant leurs trente-cinq felouques, dont nos galères en amenèrent vingt-sept et coulèrent le reste à fond , si bien que ce
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premier secours de Naples, destiné pour troubler nostre siège d’Orbitello, fut dissipé par ce moyen. Et sur le soir du mesme jour, qui fut employé à la continuation du siège, le marquis Tobie Palaviccino, sergent de bataille, que M. le prince Thomas avoit envoyé au-devant de M. le cardinal Grimaldi, vint donner avis à S. A. que Son Eminence devoit coucher à Montalte.
«Le 27, M. le cardinal Grimaldi arriva au camp L
« Le 3o au soir, M. le comte Doignon, entrant en garde, gagna la demilune et y fit un logement.
« Le 5 juin , au soir, les ennemis mirent le feu au pont de fascines que l’on avoit fait pour traverser le fossé et attacher le mineur, et bruslèrent les fascines jusques à demi-pied dans l’eau, quelque résistance qu’ayent peu
1 Le cardinal Grimaldi possédait au plus haut degré la confiance de la France, et c’est avec lui que, d’après la lettre suivante adressée au marquis cl’Argenson, ce dernier devait s’entendre pour les affaires de Naples : « Le roy, par l’avis de la reyne régente , sa mère , ne désire pas qu’en traitant avec ceux du royaume de Naples l’on s’arreste précisément à ce qui est contenu dans le projet du 5 mai dernier et au mémoire de mesme date qui faccompagnoil (voy. p. 710 et 7 13) ; mais bien que, sur les propositions qui seront faites par ceux du pays , l’on prenne les expédiens qui seront le plus à leur satisfaction, et qui feront l'effet que l’on désire , qui est d’endommager le plus que l’on pourra les ennemis et les chasser du pays, si l’on le peut, concertant le tout avec M. le cardinal Grimaldi; ce que Sa Majesté a voulu faire sçavoir au sieur d’Argenson, afin qu’il ayt à s’y conformer.
« Il sçaura aussy que Sa Majesté fait
adresser audit sieur cardinal Grimaldi des dépesches par lesquelles elle le convie de se rendre en l’armée et d’assister aux conseils qui y seront tenus , pour donner ses avis sur toutes affaires et occurrences, et que Sa Majesté mande à M. le prince Thomas et à M. le duc de Brezé de considérer sa personne et ses avis comme la confiance que Sa Majesté a toute entière en luy, sa dignité et sa capacité le requièrent, afin que ledit sieur d’Argenson fasse en cela ce qu’il devra de son costé.
« Et si l’on se résolvoit d’aller au royaume de Naples et que la présence dudit sieur cardinal fust jugée utile, l’intention de Sa Majesté est que l’on l’engage, s’il se peut, à faire ce voyage, et qu’en quelque lieu qu’il se trouve l’on luy rende tousjours la defférence qui luy est due*.
« Fait à Paris le xv juin 1 GAG .