‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 6 sur 71 · LXI · texte numérisé non relu

LXI

INTRODUCTION

La généralité de Rouen n’était pas mieux traitée que celle de Caen. Témoin la lettre suivante, que l’intendant de Rouen écrivait à Colbert : «Il y a une si grande quantité de pauvres dans la campagne et dans les villes, que le parlement a donné arrest par lequel il est ordonné aux curés , seigneurs et principaux habitans des paroisses de s’assembler pour faire des taxes sur les acres de terre pour la nourriture des pauvres; et, à l’esgard des villes, on fera des taxes sur les bourgeois, afin que chaque ville et paroisse nourrisse ses pauvres. »

Les doléances des échevins et députés du commerce de Marseille prouvent que la situation du Midi était aussi déplorable L Elles constatent «que le commerce est surchargé de très grandes dettes et n’a ni les fonds ni les moyens pour les acquitter, se trouvant si ruiné et si abattu qu’il semble tirer à sa fin. » Paris était aussi en proie à une profonde misère. Les pauvres adressèrent au roi une pétition2, où ils lui représentaient que «les charités des paroisses ne pouvoient plus les assister, estant surchargées de malades, d’invalides et d'orphelins.» Les hôpitaux étaient si pleins qu’ils n’admettaient plus de pauvres; «la campagne, qui devroit fournir du pain aux villes, crie de toutes parts miséricorde, afin qu’on lui en porte. »

Ce peuple mourant de faim et s’adressant au roi dans l’angoisse de la dernière misère mérite les sympathies de la postérité à plus juste titre que des financiers auxquels on faisait expier leurs exactions, et l’on ne peut qu’applaudir à l’acte de justice et de rigueur par lequel Louis XIV inaugura son gouvernement personnel : l’arrestation et le procès du surintendant Nicolas Fouquet. Décidé à frapper Fouquet et, avec lui, tous les traitants dont les malversations lui étaient signalées par Colbert, il prit de grandes précautions pour empêcher un soulèvement en Bretagne, où Fouquet avait de vastes domaines et de nombreux clients. Il s’y rendit lui-même, et disposa tout pour l’arrestation du surintendant avec un profond mystère. Un récit officiel de ces événements a été rédigé par Joseph Foucault, greffier de la chambre de justice3: «Le bruit d’un voyage que le roy devoit faire en

1 Correspondance administrative sous le régné de Louis XIV (t. I, p. 657-658), publiée par M. Depping clans la collection des Documents inédits relatifs à l’histoire de France.

J Correspondance administrative, ibid.

3 11 a été question plus haut du Journal de la chambre de justice, rédigé par Joseph Foucault. (Comparez les Mémoires

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Bretagne ayant longtemps couru sans que personne en pust conjecturer la cause, quoiqu’on en parlast fort diversement, Sa Majesté partit de Fontainebleau le premier jour de septembre 1661, suivie de M. le Prince, de M. le duc de Beaufort, de MM. de Charost, de Villequier, de Saint- Aignan , de Villerov et de peu d’autres seigneurs , prit la poste à Blois et se rendit trois jours après à Nantes. M. Fouquet, lors surintendant des finances, et qui, peu de jours auparavant, avoit disposé de sa charge de procureur général au parlement de Paris en faveur de M. de Harlay, maistre des requestes, partit un jour avant le roy en relais de carrosse 1 qui avoient esté disposés en divers lieux de sa marche. Mme sa femme et M. de Lyonne l'accompagnèrent jusques à Nantes. M. Le Tellier, secrétaire d’Estat, et M. Colbert, intendant des finances, firent ce voyage en mesme carrosse.

« La cour estant à Nantes, le roy assista aux estats de Bretagne, qui avoient esté convoqués et dont M. Boucherat, maistre des requestes, estoit commissaire de la part de Sa Majesté. Toute la province estoit en suspens, et l’on vouloit faire appréhender au peuple quelque chose d’extraordinaire; mais enfin on connut qu’il n’y avoit rien à craindre que pour M. Fouquet, que le roy fit arrester, et comme cette résolution estoit importante et que Sa Majesté n’en vouloit commettre l’exécution qu’à une personne de confiance, elle fit choix du sieur d’Artagnan, sous-lieutenant de la compagnie des mousquetaires, quelle manda, jeudy ier septembre2, pour luy prescrire les ordres qu’il avoit à suivre. On le trouva dans le lit avec une grosse

de L. H. de Loménie, comte de Brienne, t. II, p. 182, édition de 1825.)

1 D’après les Mémoires de L. H. de Loménie, comte de Brienne ( t. II, p. 187), Fouquet fit une partie du voyage sur la Loire : «M Fouquet, dit-il, accompagné de M. de Lyonne, son ami intime, passa dans une fort grande cabane à plusieurs rameurs; je les saluai. Un moment après passa une autre cabane, où estoit M. Le Tellier avec M. Colbert; je les saluai encore, et Ariste dit, sans que je fusse préparé à cela : Ces deux cabanes que nous voyons encore, l’une et l’autre, se suivent avec autant

d'émulation que si les rameurs disputoient un prix sur la Loire. L’une des deux, ajouta-t-il, doit faire naufrage sur la Loire. » Ce récit , où tout semble arrangé pour amener un trait, inspire beaucoup moins de confiance que la relation officielle.

2 On a dit plus haut que le roi avait quitté Fontainebleau le ior septembre et avait mis trois jours pour se rendre à Nantes. Il y a là une contradiction évidente. Il est probable que le départ de la cour eut lieu dans les derniers jours du mois d’août 1661.

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INTRODUCTION

fièvre, nonobstant laquelle le roy luy fit commander de se rendre près de Sa Majesté en quelque estât qu’il fnst. Le sieur d’Artagnan ne put obéir à cet ordre qu’en se faisant porter dans la chambre du roy, qui, le voyant en si mauvais estât, ne luy dit autre chose, sinon que, prenant une entière confiance en sa fidélité, il avoit jeté les yeux sur luy pour l’exécution d’une résolution qu’il luy auroit communiquée s’il avoit esté en meilleur estât; mais qu’il luy falloit remettre la partie à deux ou trois jours, pendant lesquels il luy recommanda d’avoir soin de sa santé 1.

«Le vendredy et le samedy, le sieur d’Artagnan fut visité de la part du roy sous divers prétextes, et le dimanche, s’estant rendu chez le roy sur le midy, Sa Majesté luy demanda tout haut des nouvelles de sa compagnie et tesmoigna quelle en vouloit voirie rôle, qu’il luy remit entre les mains. Le rov entra, en lisant, dans le cabinet; il en ferma iuy-mesme la porte, dès que le sieur d’Artagnan y fut entré, et, après quelques paroles qui tesmoignoicnt une obligeante confiance, Sa Majesté luy desclara qu’estant mal satisfaite de M. Fouquet, elle avoit résolu de le faire arrester. Elle luy recommanda d’exécuter cet ordre avec prudence et avec adresse, et luy mit en main un paquet dans lequel estoient les ordres qu’il avoit à suivre , luy recommandant d’en aller faire l’ouverture chez M. Le Tellier. Comme le sieur d’Artagnan se vouloit retirer, le roy luy dit qu’il falloit payer de quelque défaite ceux qui estoient à la porte et qui l’avoient vu demeurer si longtemps dans le cabinet. Ce qui l’obligea de dire à ceux qu’il rencontra en sortant qu’il venoit de demander au roy un don que Sa Majesté luy avoit accordé de la meilleure grâce du monde; et, de ce pas, s’estant rendu chez M. Le Tellier, qu’il trouva environné de beaucoup de gens, il luy dit tout haut que le roy lui avoit accordé une grâce dont il luy avoit commandé de venir demander promptement les expéditions. Ce qui donna occasion à M. Le Tellier de l'emmener dans son cabinet, où le sieur d’Artagnan se trouva si foible qu’il fut obligé de demander du vin pour prévenir une défail lance. S’estant remis, il ouvrit le paquet, où il vit une lettre de cachet pour

1 Pendant ce temps, on entretenait si bien les illusions de Fouquet, que, si l’on en croit les Mémoires du jeune Brienne (t. II, p. 200), il disait, le 4 septembre, que Colbert allait être arrêté. «J’ai moy-

mesme donné les ordres, ajoutait-il , pour le faire conduire au chasteau d’Angers , et c’est Pellisson qui a payé les ouvriers qui ont mis la prison hors d’estat d'estre insultée. »

INTRODUCTION

arresterM. Fouquet, une autre lettre concernant la route qu’il falloit tenir et tout ce qu’il avoit à faire pour le conduire jusques au lieu de sa prison, une autre lettre pour envoyer un brigadier et dix mousquetaires en la ville d’Ancenis pour exécuter l’ordre qui leur seroit envoyé le lendemain de leur arrivée, qui fut d’arrester tous autres courriers que ceux de Sa Majesté, afin d’empescher que la nouvelle de cet emprisonnement ne vinst à Paris par d’autres voyes. Il y avoit encore dans le paquet diverses lettres adressées aux gouverneurs des places, et toutes ces lettres estoient escrites de la main de M. Le Tellier.

« Le lundy 5 septembre, le roy , pour mieux couvrir ce dessein, avoit lait une partie de chasse1, pour laquelle il fit commander les mousquetaires et les chevau-légers , qui se trouvèrent tous à cheval lorsqu’il sortit du conseil. Il parla encore assez longtemps à M. Fouquet, tandis que M. Le Tellier alla joindre M. Boucherat, qui s’estoit rendu à la porte du conseil par un ordre exprès, et lui donna une lettre de cachet qu’il avoit toute escrite de sa main, comme les autres, par laquelle le roy, faisant part de la résolution qu’il avoit prise à M. Boucherat, luy enjoignoit d’aller, aussitost que M. Fouquet seroit arresté, saisir les papiers qui se trouvoient en sa maison et en celle du sieur Pellisson, son commis.

« Le roy, voyant que toutes choses estoient bien disposées, quitta M. Fouquet, lequel, en descendant l'escalier, parla à tous ceux qui avoient quelque chose à luy dire. Il rentra dans sa chaise sur les onze heures2, et, comme il sortoit du chasteau, dont il avoit déjà dépassé la dernière sentinelle, le sieur d’Artagnan fit arrester sa chaise. M. Fouquet luy demanda s’il falloit que ce fust sur-le-champ ou s’il pouvoit attendre que ce fust en sa maison. Mais le sieur d’Artagnan luy ayant fait entendre que ce qu’il avoit à luy dire ne se pouvoit remettre, M. Fouquet sortit de sa chaise en ostant son chapeau à demi. En cet estât, le sieur d’Artagnan luy dit qu’il avoit ordre du roy de l’arrester prisonnier. A quoy M. Fouquet ne respondit autre chose, après avoir demandé à voir cet ordre et l’avoir lu, sinon qu’il avoit cru estre

1 Lejeune Brienne parle aussi de cette partie de chasse ( Mémoires de Brienne , t. II , p. 204).

2 On trouvera encore ici des différences notables entre le récit officiel et celui qu’a

laissé le jeune Brienne. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’entre les détails romanesques donnés par Brienne et le caractère sérieux et positif de notre récit, il n’y a pas à hésiter.

INTRODUCTION

dans l’esprit du roy mieux que personne du royaume 1 ; et en mesme temps il acheva de se descouvrir, et l’on observa qu’il changea plusieurs fois de visage en priant le sieur d’Artagnan que cela ne fist point d’esclat. Ce qui donna occasion au sieur d’Artagnan de luy dire qu’il entrast dans la maison prochaine, qui se trouva celle du grand archidiacre, dont M. Fouquet avoit espousé la nièce en premières noces2. En y entrant, il aperçut le sieur Codur, une de ses créatures, à qui il dit, en passant, ces mots : A Madame da Plessis, à Saint-Mandé.

« Le sieur d’Artagnan envoya immédiatement le sieur Desclavaux donner avis au roy de ce qui s’estoit passé , et dépescha un mousquetaire en la ville d’Ancenis pour donner ordre au brigadier qu’on y avoit envoyé avec dix mousquetaires le jour précédent d’arrester tous autres courriers que ceux de Sa Majesté3. Ensuite le sieur d’Artagnan demanda à M. Fouquet les papiers qu’il avoit sur luy, et, les ayant mis en un paquet cacheté, il chargea le sieur de Saint-Mars, mareschal des logis de la compagnie des mousquetaires, de le porter au roy avec un billet escrit de sa main, par lequel il faisoit savoir à Sa Majesté qu’aussitost qu’il auroit fait prendre à M. Fouquet un bouillon qu’il avoit envoyé quérir à la bouche, et que le sieur de Saint-Mars seroit de retour auprès de luy, il partiroit pour suivre ses ordres. En effet, dès que le sieur de Saint-Mars fut de retour et que M. Fouquet eut pris un bouillon, le sieur d’Artagnan le fit monter dans un des carrosses du roy, dans iequel entrèrent les sieurs de Bertaud, gouverneur de Briançon, de Maupertuis et Desclavaux, gentilshommes servans de Sa Majesté.

«La première couchée fut à Oudon, où le sieur d’Artagnan demanda, de la part du roy, à M. Fouquet un ordre de sa main au commandant qu’il avoit establi à Belle-Isle de remettre la place entre les mains de celuy que Sa Majesté y enverroit. Ce que M. Fouquet fit incontinent par un billet, qui fut aussitost porté au roy par le sieur de Maupertuis.

«Le mardy 6 septembre, le sieur d’Artagnan partit d’Oudon et alla

1 Ces détails sont d’accord avec les discours que le jeune Brienne prête cà Fouquet (Mémoires , l. 11, p. 200).

2 La première femme de Fouquet se

nommait Marie Fourché.

3 Malgré ces précautions, l’éveil fut donné par l’émissaire de Fouquet, qui profita des chevaux de relai que le surintendant avait fait placer de sept lieues en sept lieues.

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coucher à Ingrande, où le roy passa à deux heures après minuit. Le mercredy y septembre, M. Fouquet arriva au chasteau d’Angers et fut loger dans le chasteau que le commandant avoit remis, suivant l’ordre du roy, entre les mains du sieur d’Artagnan, qui retint, pour le garder, soixante mousquetaires avec les sieurs de Saint-Mars et de Saint-Léger, mareschaux des logis de la compagnie, et renvoya le reste au roy.

«Cependant M. Boucberat qui, dès le moment que M. Fouquet avoit esté arresté, s’estoit transporté en la maison où estoit Mme Fouquet, l’a trouvée gardée par six mousquetaires. Il entra dans la chambre et luy fit entendre avec civilité l’ordre que le roy luy avoit donné de visiter les papiers de M. son marv. Elle demanda où il estoit et s’il ne luy estoit pas permis de l’accompagner. Mais M. Boucberat, qui n’avoit rien à luy respondre sur cela, ne songea qu’à exécuter sa commission, Il fit ouvrir les cassettes qui estoient dans sa chambre, dans lesquelles il ne rencontra aucuns papiers. Il entra ensuite dans le cabinet de M. Fouquet, d’où il fit transporter tout ce qu’il y trouva de papiers. On observa que, dans cette occasion, Mme Fouquet fit paroistre beaucoup de courage, qu’elle ne fit rien d’indécent, quelle ne dit rien qui tesmoignast de la foiblesse, et mesme quelle ne pleura pas

«Le sieur Pellisson 1, commis de M. Fouquet, et celuy en qui il avoit le plus de confiance, fut aussi arresté dans sa maison par des mousquetaires que le sieur d’Artagnan y avoit envoyés, et M. Boucherat, s’y estant transporté, se fit représenter ses papiers, qui furent enfermés dans une malle et portés à M. Le Tellier.

«Les sieurs Pecquet, médecin de M. Fouquet, et La Vallée, son plus ancien valet de chambre, s’estant présentés pour le servir, furent enfermés avec luy sans aucune communication avec les gens du dehors.

«M. Fouquet, prisonnier, parut inquiet et abattu pendant les premiers jours de sa détention. Il mit toutes choses en usage pour gagner ses gardes et pour avoir des nouvelles; mais tout cela fut inutile par les soins et l’application extraordinaire du sieur d’Artagnan , qui faisoit d’ailleurs à son prisonnier tous les bons traitemens dont il se pouvoit aviser. Ce qui n’em-

1 Paul Pellisson- Fontanier, né en 1624 et mort en 1693. 11 a laissé plusieurs ouvrages, et, entre autres, des Mémoires composés pour la défense de Fouquet.

(Cf. sur les relations de Pellisson avec Fouquet, l'Etude sur la vie et les œuvres de Pellisson , par M. Marcou; Paris, 1859, 1 vol. in-8°, chez Didier et Durand.)

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INTRODUCTION

pescha pas M. Fouquet de tomber dans une maladie qui le mit presque à l’extrémité.

«Le 22 novembre, M. d’Artagnan reçut ordre du roy d’envoyer quérir le sieur Pellisson, qui estoit prisonnier dans le cbasleau de Nantes, et de le faire conduire dans celuy d’Angers par tel nombre de mousquetaires qu’il aviseroit. Ce qui fut exécuté par vingt mousquetaires commandés par le sieur de Saint-Mars, entre les mains duquel M. le marescbal de La Meilleraye 1 remit le prisonnier, qui arriva au cbasteau d'Angers le 2 5 dudit mois de novembre.

«Le rr décembre, par un nouvel ordre du roy, le sieur d’Artagnan conduisit les deux prisonniers au faubourg de Saumur, du costé du pont; le second, il les conduisit à la Cbapelle-Blanche ; le troisième, au faubourg de Tours, et le quatrième au cbasteau d’Amboise2, où il remit M. Fouquet, son médecin et son valet de chambre, à la garde du sieur de Talois3, enseigne des gardes du corps, suivant le commandement exprès de Sa Majesté, et partit, le sixième jour de décembre, d’Amboise pour mener le sieur Pellisson à la Bastille, où il le mit la garde du sieur de Bessemaux, le 12 du mesme mois \

1 Le maréchal de La Meilleraye , dont il a été souvent question dans le tome 1 du Journal d’Olivier d'Ormesson, était gouverneur de Bretagne.

' La Fontaine, qui montra tant de dévouement. à Fouquet, parle, dans ses lettres à sa femme, de son voyage au château d’Amboise, où il visita la chambre qu’avait occupée Fouquet. a Je detüandai, dit-il, à voir celte chambre; triste plaisir, je vous le confesse; mais enfin je le demandai. Le soldat qui nous conduisoit n’avoit pas la clef; au défaut , je fus longtemps à considérer la porte et me fis conter la manière dont le prisonnier estoit gardé. Je vous en ferais volontiers la description; mais ce souvenir est trop affligeant :

Qu’est-il besoin que je retrace Une garde au soin nompareil,

Chambre murée, étroite place.

Quelque peu d’air pour toute grâce ,

Jours sans soleil ,

Nuits sans sommeil ;

Trois portes en six pieds d’espace ?

Vous peindre un tel appartement Ce seroit attirer vos larmes;

Je l’ai lait insensiblement :

Cette plainte a pour moy des charmes.

Sans la nuit, on n’eust pu m’arracher de cet endroit. »

:1 Ce nom est écrit tantôt Talois ou Tallois, tantôt Talouet, Tallouet, Talhouet.

* Guy -Patin (lettre du 6 décembre 1 66 1 , édit, de t84fi, t. 111, p. a35) dit que Fouquet traversa Paris le G décembre; mais le récit officiel a plus d’autorité qu’une correspondance dont les dates ont souvent été changées ou ajoutées par les éditeurs. On peut en dire autant de la plupart des

INTRODUCTION

«Peu de temps après, le roy donna ordre aux sieurs de Talois et de Carrat, préposés à la garde de M. Fouquet, de le mener à Paris dans un carrosse de louage, qui leur fut envoyé à cet effet; le sieur de Talois luy fit entendre ce nouvel ordre, dont il parut surpris. Il tesmoigna le lendemain qu’on luy avoit fait plaisir de le préparer à ce voyage, et que ce changement luy faisoit de la peine. Il demanda mesme, à diverses reprises, au sieur de Talois à quoy ce voyage, qui le rapprochoit du roy, devoit aboutir, et si c’estoit pour quelque chose de mieux ou de pis. Sur quoy le sieur de Talois lui dit quelques bonnes paroles pour le remettre.

« Le jour de Noël, le sieur de Talois le fit monter dans un carrosse, où entrèrent le sieur Pecquet, La Vallée, le sieur Talois, le sieur Batine, mareschal de la compagnie des mousquetaires, et les sieurs Bonin et Blondeau, qui avoient amené le carrosse à Amboise, d’où le prisonnier fut conduit en la ville de Blois par vingt-six mousquetaires. Il coucha à l’hostellerie de la Galère. Le second jour, il coucha à Saint-Laurent-des-Eaues , aux Trois-Rois ; le troisième , à Orléans , au faubourg de Paris , à la Salamandre ; le quatrième , à Toury, au Grand-Cerf; le cinquième, à Étampes; le sixième, à Corbeil, aux Carneaux, d’où il fut conduit au chasteau de Vincennes, le dernier décembre. Il dit, en passant près de sa maison de Saint-Mandé, qu’il y auroit plus de plaisir à prendre à gauche qu’à droite; mais que, puisqu’il avoit esté si malheureux que de desplaire au roy, il falloit prendre patience.

«11 fut accueilli avec beaucoup d’injures dans tous les lieux où il passa1, et quelques soins que les gardes pussent prendre pour escarter la populace, il fut impossible d’empescher qu’il n’entendist, les imprécations que l’on faisoit partout centre luy. Ce qu’il supporta avec beaucoup de courage et de résolution.

«On le mit dans la première chambre du donjon du chasteau, qu’on meubla , avec tous les cabinets qui l’accompagnent, de meubles qu’on avoit tirés de sa maison de Saint-Mandé. L’on enferma avec luy les sieurs Pccquet et La Vallée. Le sieur Talois, avec vingt-quatre mousquetaires, fut chargé de garder le dedans; et le sieur de Marsac, lieutenant au gouvernement

correspondances; les éditeurs des lettres respondance, qui a été classée avecincurie. de Voltaire sont aujourd’hui embarrassés 1 Voy. la confirmation de ce fait dans

pour déterminer la chronologie de sa cor- le Journal d’ Olivier d’Ormesson, t. II , p. 99.

INTRODUCTION

de Vincennes et capitaine -lieutenant de la compagnie des petits mousquetaires, fut chargé de la garde des dehors. Mais, ne s’estant pu accommoder sur l’exécution de leurs ordres, le roy prit résolution de remettre la garde du prisonnier au sieur d’Artagnan , et luy en donna les ordres le 3 janvier 1662.

« Le lendemain , le sieur d’Artagnan s’estant rendu au donjon du chasteau de Vincennes sur les quatre heures du matin avec cinquante mousquetaires de sa compagnie, deux mareschaux des logis et le sieur Bertaud, le sieur de Marsac luy remit la place entre les mains; M. Talois remit aussy la personne de M. Fouquet, son médecin et son valet de chambre. Depuis ce temps jusques au jugement du procès de M. Fouquet, le sieur d’Artagnan a continué cette garde avec tant d’exactitude que luy seul entroit dans la chambre de M. Fouquet; il luy portoit toutes les choses nécessaires, sans souffrir qu’aucun autre que luy eust communication avec M. Fouquet, son médecin et son valet de chambre. Et cela fit que M. Fouquet, qui avoit tesmoigné beaucoup d’inquiétude et de curiosité pendant les premiers jours de sa détention, se voyant si bien renfermé et si soigneusement gardé, perdit l’espérance de recevoir des nouvelles de ce qui se passoit au dehors, et, ne pensant plus qu’à soi-mesme, on ne l’entendit plus parler que du mespris des vanités du monde et du bon usage qu’il feroit de son affliction s'il plaisoit au roy de le reléguer en quelque lieu, aux extrémités du royaume. »

Avant la translation de Fouquet à Vincennes, la chambre de justice qui devoit le juger, ainsi que les financiers compromis dans son procès, s’était réunie à l’Arsenal. Elle tint sa première séance le 3 décembre 1661. Le journal de Joseph Foucault donne un récit complet de cette séance. Comme il n’en est pas question dans le Journal d’Olivier d’Ormesson, je reproduirai ici la narration du greffier de la chambre de justice; c’est le complément nécessaire de notre journal.

«DU SAMEDY TROISIEME JOUR DE DECEMBRE 1 6 6 1 , EN LA CHAMBRE DITE DU CONSEIL, PROCHE LA CHAMBRE DES COMPTES.

« Ce jour, sur les huit à neuf heures du matin , le sieur Fransine de Grandmaison, lieutenant criminel de robe courte de la prévosté et vicomté

INTRODUCTION

de Paris, le prévost de l’Isle, leurs lieutenans, exemps et archers, s’estant rendus à la chambre des comptes, ont disposé leurs archers et officiers des deux costés du grand escalier, depuis le bas jusques à la porte de la chambre du conseil, où la chambre devoit prendre sa séance, et ont posé à la porte d’icelle un des exemps du lieutenant criminel de robe courte. M. Talon, premier avocat général de la chambre, et maistre Joseph Foucault, secrétaire du roy, nommé pour greffier, s’y sont rendus les premiers , et peu après MM. Chouart et Pussort, conseillers au grand conseil. Sur les dix heures et demie sont venus M. de Lamoignon, premier président; MM. de Nesmond, président du parlement; Poncet, Boucherat, Besnard de Rezé, maistres des requestes; Regnard, Catinat, de Brillac et Fayet, conseillers de la grand chambre, précédés de douze huissiers, estant descendus de la maison de M. le premier président par un escalier de bois fait exprès et attaché, d’un costé, à la gallerie qui respond à la Sainte-Chapelle, et, de l’autre, au pied du grand escalier de la chambre des comptes.

«Peu de temps après, M. Phelippeaux de Pontchartrain , président de ]a chambre des comptes; MM. de Moussy et le Bossu-le-Jau , maistres des comptes, aussy précédés de six huissiers de leur chambre, s’y sont rendus, et MM. Baussan et Le Féron, conseillers en la cour des aydes. La chambre, au surplus, s’est trouvée remplie de plusieurs conseillers de la cour, maistres des comptes, et autres personnes du barreau et de qualité, que la curiosité de voir cette première action y avoit attirés.

« Tous MM. les commissaires ayant pris leurs places dans l’ordre qui sera dit après , il s’est passé environ une demie heure de temps sans rien faire en attendant Monseigneur le chancelier.

«M. le premier président, ayant eu avis par le prévost de l’Isle que Monseigneur le chancelier approchoit, a nommé MM. Poncet, Besnard de Rezé, Catinat et Fayet pour l’aller recevoir; ce qu’ils ont fait jusques au bas de l’escalier de la chambre des comptes.

«Monseigneur le chancelier est monté, précédé des lieutenant criminel de robe courte , prévost de l’Isle , de plusieurs de leurs officiers , des huissiers du conseil et de la chancellerie avec leurs manteaux à manches, toques fie velours à cordons d’or, chaînes d’or au col, deux desquels avoient des masses, et estoit accompagné de six anciens de MM. les conseillers d’Estat, lorsqu’il est entré dans la chambre.

INTRODUCTION

«MM. le premier président, président de Nesmond et président de Pontchartrain ont esté le recevoir un peu plus bas que le milieu de l’espace qui est entre les sièges où Messieurs sont assis, et, après s’estre fait civilité et dit des paroles qui n’ont point esté entendues, lorsque ces Messieurs prenoient leurs places, il y a eu quelque contestation entre les huissiers du parlement et du conseil sur les places qu’ils dévoient occuper, et les deux espaces par où l’on entre au parquet sont demeurés aux huissiers du conseil qui portent les masses1.

«Tous MM. les commissaires se sont placés en cet ordre sur un banc couvert d’un tapis de fleurs de. lys ayant un marchepied tout proche, et, entre les deux fenestres de la chambre, estoit assis Monseigneur le chancelier, et ensuite, à sa main gauche , sur le mesme banc, MM. le premier président, présidents de Nesmond et de Pontchar train. Sur un autre banc couvert d’un tapis de fleurs de lys , placé à la main droite de Monseigneur le chancelier, d’un costé de la chambre estoient assis MM. d’Ormesson2, de Morangis et de Lezeau, conseillers d’Estat; Poncet et Besnard de Rezé, maistres des rcquestes; Catinat et Fayet, conseillers du parlement. Sur un banc de l’autre costé de la chambre, respondant à la gauche de M. le président de Pontchartrain , estoient assis MM. d’Aligre , d’Estampes et de la Marguerie, conseillers d’Estat; Boucherat, rnaistre des requestes; Regnard et de Brillac, conseillers; de Moussy et le Bossu-le-Jau , maistres des comptes; de Raussan et Le Féron, conseillers delà cour des aydes, et sur un autre banc, qui est au bout de la chambre et qui regarde en face celuy de Monseigneur le chancelier et de MM. les présidens, estoient MM. Pussort et Chouart , conseillers au grand conseil. Au coin du banc de Monseigneur le chancelier, à sa droite, estoit M. Talon, avec un petit bureau couvert d’un tapis vert; à l’opposite et la gauche de M. le président de Pontchartrain , rnaistre Joseph Foucault, greffier, ayant un bureau devant luy.

«Les huissiers ayant fait faire silence, Monseigneur le chancelier, faisant l’ouverture, a dit qu’il ne peut assez exprimer la satisfaction qu’il a de venir annoncer à une compagnie choisie la résolution que le roy a prise de luy commettre la recherche des abus qui ont esté commis dans ses finances;

1 Un dessin représentant ta séance de 2 H s’agit ici d’André d’Ormesson,

la chambre de justice accompagne ce doyen du conseil. Son fils Olivier n’assisrécil. tait pas à cette première séance.

INTRODUCTION

LXAIII

que Sa Majesté n’estimoit pas que la paix qu’il avoit donnée à ses peuples fust une pleine paix si, après les avoir délivrés d’une guerre estrangère, il ne les affranchissoit encore d’une guerre domestique et intestine, dont l’avidité des financiers les afïïigeoit depuis un si longtemps; que, comme ce dessein estoit le plus grand qui pust estre conçu dans l’esprit et dans le cœur d’un grand roy qui aime ses sujets, c’estoit aussy beaucoup de gloire à ceux qu’il avoit choisis pour l’exécuter, puisque ce choix estoit un tesmoignage tout particulier de son estime et de sa confiance; qu’ après ces deux puissans motifs qui les dévoient animer à bien faire leur devoir, il n’avoit rien à leur dire, sinon qu’ils eussent tousjours cette pensée dans l’esprit qu’en faisant régner le roy par la sévérité de sa justice sur quelques-uns de ses sujets, ils le feroient encore mieux régner par amour dans le cœur de tous les autres, et participeroient au titre de restaurateur de son Estât, qui devoit estre un des plus glorieux titres de son règne.

«M. le premier président ensuite, se tournant du costé de Monseigneur le chancelier etluy adressant la parole, a dit:

» Monsieur, nous ne pouvons entendre des paroles plus glorieuses pour «le roy, et plus avantageuses pour le bien de son Estât que celles qu’il vous « a plu de nous dire présentement.

« 11 y a si longtemps que tous les véritables magistrats, que tous les gens « de bien, que tous les bons François estoient touchés d’une douleur très- « sensible voyant, qu’en mesme temps que la France estoit triomphante au «dehors, quelle estendoil ses frontières de toutes parts et quelle portoit la «terreur dans les pays voisins, elle estoit dans la dernière désolation au de- « dans et paroissoit comme abandonnée au pillage et aux rapines de cette « sorte de gens qui font tout leur bien du mal des autres. Les peuples gémis- « soient dans toutes les provinces sous la main de l’exacteur, et il sembloit « que toute leur substance et que leur propre sang mesme ne pouvoit pas « suffire à la soif ardente du partisan.

«Nous ne doutons pas, Monsieur, que dans cette première dignité de «l’Estat, où vos mérites vous ont élevé et conservé depuis tant d’années, «vous n’ayez esté le premier à connoistre et à ressentir très -vivement ces « malheurs. Nous sçavons aussy combien le roy a esté touché de cette mi- « sère générale de son royaume.

« Mais il n’y avoit que la paix qui pust donner les moyens d’apporter les

LXXIV INTRODUCTION

« remèdes nécessaires à un si grand mal. C’est pourquoy, aussytost qu’il a « plu à Dieu d’en faire naistre les occasions, nous avons vu que ce prince si «glorieux s’est arresté de luy-mesme au milieu de ses victoires et que, s’éle- « vant au-dessus de tous les sentimens que la guerre peut donner à un roy si «généreux et si victorieux, il a monstré qu’il préféroit la qualité de père « du peuple à toute la gloire que les armes et les conquestes peuvent « donner.

«Toute la France voit maintenant de quelle sorte ce prince incompa- « rable s’applique à réparer les ruines qu’elle a souffertes, et, dans les pre- « mi ers commencemens de la cessation de ses maux, elle ressent desjà des «effets de cette bonté toute royale qui luy font espérer de jouir bientost du «plus heureux règne quelle ayt. jamais connu. Mais, entre toutes les choses « qui relèvent ses espérances, il n’y en a point quelle considère davantage et « dont elle attende un plus grand secours que ce qui se présente aujourd’huy, «c’est-à-dire l’eslablissement d’une chambre de justice. On sçait combien il «y a quelle le désire comme la véritable consolation de tous ses maux, et «comme le seul moyen par lequel, en ostant le bien aux injustes possesseurs «qui les ont ravis si violemment, on puisse les employer pour soulager la « misère de ceux auxquels ils appartiennent très-légitimement.

« Aussy elle reçoit cet establissement comme un effet singulier, comme « une marque certaine de la sagesse de sa conduite et comme un gage très- « asseuré de la durée de son règne. Mais, Monsieur, comme tout le succès de « cette grande affaire despend du soulagement que le pauvre peuple en re- « cevra, et que le prince sera la véritable balance avec laquelle on pourra «peser le bien qui en peut revenir à l’Estat, et que d’ailleurs la misère de «ces pauvres gens est presque dans la dernière extrémité, tant par la con- « tinuation des maux qu’ils ont soufferts depuis si longtemps que par la cherté «et la disette presque inouïes des deux dernières années, nous vous conju- « rons de représenter de plus en plus au roy ces grandes considérations , et «de seconder, comme vous faites très-dignement, les pensées bienfaisantes « que ce monarque incomparable conçoit incessamment pour les besoins de « ses peuples.

«Cependant, puisqu’il a plu à Sa Majesté de nous choisir pour un si «grand ouvrage, nous pouvons vous dire que, d’un costé, nous luy sommes « très particulièrement obligés de l’honneur quelle nous fait de nous donner

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«des marques si sensibles de son estime et de sa confiance, et, de l’autre, «nous nous trouvons en mesme temps très-chargés envers elle par le devoir «de la reconnoissance, et envers le public par les grandes choses qu’il « attend de nous dans une commission si importante.

«C’est pourquoy nous emploierons tous nos soins pour y agir d’une ma- « nière digne de l’honneur d’im si grand choix, et pour faire en sorte que « ce prince si bon et si juste commisse que nous correspondons, autant qu’il « nous est possible, aux grands biens qu’il veut faire, et que tous ses peuples «ressentent au plus tost par le soulagement de leurs misères, et mesme «que toute la postérité sçache que ce n’est pas en vain que ce grand roy a «rassemblé des principaux officiers de toutes les compagnies de son « royaume pour travailler au point le plus important de la réformation de « son Estât.

«En quov, Monsieur, nous serons principalement animés parles grands « exemples que vous avez donnés à tous les magistrats du royaume depuis « que vous en estes le chef, et par ceux encore que nous espérons recevoir «de vous en cette fonction, que nous vous prions d’honorer souvent de « vostre présence.

« Vous voulez bien aussy que nous ajoutions un exemple qui ne vous est « pas estranger, et qui nous est en singulière vénération. C’est celuv de M. le « président Séguier, vostre oncle, dont la mémoire est si précieuse au par- « lement et à tout le public, qui s’acquitta si dignement , il y a près de soixante « ans, d’une semblable commission, que nous penserons tousjours à l imiter « et à suivre les traces et les vestiges de sa vertu. »

«Ce fait, M. Talon, avocat général, s’estant levé, a dit qu’il luy avoit esté porté, de la part du roy, des lettres patentes pour l’establissement de cette chambre avec un édict et une déclaration sur lesquels il avoit donne ses conclusions par escrit, et a requis qu’il en fust fait lecture, et, pour cet eflet, a remis à ceux qui estoient les plus proches de luy deux paquets non cachetés qui, de main en main, ont esté remis à M. Pussort, conseiller au grand conseil, qui a fait lecture de la commission des juges qui composent la chambre, dont la teneur suit :

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<| COMMISSION CONTENANT LES NOMS DES COMMISSAIRES ET OFFICIERS NOMMES ET COMMIS PAR LE ROY POUR COMPOSER LA CHAMBRE DE JUSTICE.

«LOUIS, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à nostre » très-cher et féal le sieur Séguier, chevalier, chancelier de France; à nos «aînés et féaux conseillers en nos conseils, les sieurs de Lamoignon, pre- « mier président en nostre cour de parlement de Paris , de Nesmond , second «président en nostre dite cour, et Phelyppeaux de Pontchartrain , président «en nostre chambre des comptes audit lieu; et à nos amés et féaux aussy «conseillers en nos conseils, les sieurs Poncet, Lefèvre d’Ormesson, Bou- «cherat, Voysin et Besnard de Rezé, maistres des requestes ordinaires en «nostre hostel; et à nos amés et féaux les sieurs Regnard, Catinat, de < Brillac et Fayet, conseillers en nostre dite cour de parlement de Paris; et « à nos amés et féaux les sieurs Massenau , conseiller en nostre cour de « parlement de Toulouse, Francon, conseiller en nostre cour de parlement «de Grenoble, du Verdier, conseiller en nostre cour de parlement de «Bordeaux, de la Toyson, conseiller en nostre cour de parlement de Di- « jon, Le Cornier de Sainte-Hélène, conseiller en nostre cour de parlement «de Rouen, Raphelis de Roequesante, conseiller en nostre cour de parlement d’Aix, Hérault, conseiller en nostre cour de parlement de Rennes, «Nogués, conseiller en nostre cour de parlement de Pau, Le Tellier de «Louvois, conseiller en nostre cour de parlement de Metz; à nos amés et «féaux les sieurs de Moussy et le Bossu-3e-Jau , maistres ordinaires en nostre (( chambre des comptes de Paris , et à nos amés et féaux les sieurs Le Féron «et de Baussan, conseillers en nostre cour des aydes de nostre dite ville « de Paris, salut :

« Par nos lettres patentes en forme d’édictdu présent mois de novembre , « nous avons érigé et establi une chambre de justice pour servir en la « chambre dite du conseil, près nostre chambre des comptes de Paris, pour « la recherche et punition des abus et malversations au fait de nos finances, « et de tous les crimes et délits commis au fait d’icelles, selon et ainsy qu’il est plus au long porté par lesdites lettres, pour l’exécution desquelles estant nécessaire de commettre des personnes affectionnées au bien de la justice, zélées pour celuy du public, nous avons estimé que nous ne pou-

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