Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson
Lji seconde portie du Journal d'OIhiier d'Onuesiofi s’étci>d de 1 66 1 à 1 67a. I«es poinU sur leMpielâ elle r^peud le plus de lumière sont, d*une pari, le procès de Pouquet. et, de Fautre. ladaiinUtration de Louis XIV pendant les dix pmiiièrej années de son guuvemenient personnel. Noire intituluction se divisera, comme le Journal, en deux parties : la première traitera du ministère et du prcx'ès de Nicolas Pouquet; I» seconde des réfomies opérées par Louis XIV dans les diverses parties de radministration. Quoique Olivier d*Ormcs5on naît pas toujours compris rutilité et la grandeur des mesures provocpiées par G>lbert et adoptées par Louis XA^ il les expose avec une bonne foi qui inspire la conBance, et il fournit presque toujotirs au lecteur le moyen de rectUier ses jugements erronés. Il ne sera donc pas nécessaire, dans cette introduction, de s'étendre au»i longuement sur les réformes administrativrs que sur la vie et le procès de Pouquet. Il reste, en elTct. pour cette dernière question, lusaucoup de diflicullés à éclaircir.
iNTHODLCTION.
PREMIÈHE PAKTIE.
Nicolas FOI 01 KT.
SI» nCLATMIÜS AVEC MAIAKIN, SOH MmiSTCRC ET SOM PROCES.
Nicolas Pouquel joue un ^iid rôle dans la première inoitic du W^ue de Louis XIV. Auxiliaire %éU de Ma<artn pendant la Fmode. habite plut tard & fournir des itïSMHirces pécuniaires à un ministre a\idc, qui avait À entretenir plusienrs amW«s et qui voulait aiiMMer des trésors, il suffit pentlttiit plus de dix ans (i65o-i6f>i) ik cette double tâche. Cependant les mémoire* du temp et les historîoiis modernes ne parlent guiSre que de la catastrophe de Nicolas FonqiietL Sa vio afitèrieure, ses relations avec Matarin. son rôle comme surintendant, sont â peine indiqués. J'espére, à faide de documents d'une auüienticité incontestable *, retracer les relations
* Parmi le* ouvram» aKidümrsi qui
traitent de Fouquet, on doit «ij^'na-
1er t'intmduction à VHistwr^ tU Cc^ri^ |>ar M. Picm tUément, «t Ira ^émoim i«r de Sévi^itét {Mir M. Watkeoaer; mes» il n'eat qaeUiim dam on ouvrages que du pfXMèa «l de la rondaninalion du aurtntefidanl. DI. de Hover s*««4 occupé du même sujet dan* un dÎHtHua prononcé a la rentrée de la cour de caMation. Enfin M 2Mijite-B«uve , daiu un artirie sur Nicolas Eouquet. a réaniné, avec »on eaprii et sa sagaulé ordinairea, tout ce que l’on Ravait Mir le siirinleodaiit.
* Le* documenU imprimé* mwiI. outn»
tes «mvrages que je vient de ci 1er et Ica raétDuirea du lenip*. le* Déjt^iti 4« Ki-
l'otttâ Foa^aei (i5 roi. in*i8; La lla)'«. j6G5-iG68) et les diseour* de Pelli*n«ii PrcMpie toute* le» pséta* sur IcsquetleR je m'appuierai «uni manuscrite* et conservée* dan* la* dépôt» d’archives ou à la Bibliothèque impériale. Je inc suis »ervi principalement de ta cocreqKiodance du cardinal Maturin, con»ervt‘e aut archive» de» afiairee étrangère*; d’un manuscrit du fonds Gaigniérv» {Bibl. imp. n* 3799) ounleuani un grand nombre de lettres aiilographe» de MaMrin aux deux Pouquel, et jduMnirs écrit* de La main du |HTorureur général: de deux volumees de tcllrc» adrewée* à pouqnei cl trouvée»
dan* ses assftctte» apvés son arrcsfalion (DiU. iinp. lu». fond* Bnlme): du journal
INTRODI'CTION.
lit
d« NicoUs Foutiupt avec Maiarin et l«a priiiripaux artea de son tninistère. Après avoir été un a^jcnt dévoue du cardinal, Nicolas Foiiqticl. rntrainé par raniliilioii et par raiiioiir des plaisirs, devint un embarras et presque un danger pour le ministre. Cependant il lut toujours défendu par le souvenir que Maiarin gardait de ses services pendant la Fronde, et Jusqu'à la fin de sa vie le cardinal le couvrit de sa toute-puissante protection. Mais, sur Sun lit de mort, il engagea Lxmis XIV à se tenir en garde, contre Fouquet, et lui indiqua Colbert comme l'homme le plus propre à réparer le désordre des finances, üi ruine du surintendant suivit de prés la mort du cardinal; elle entraina ses partisans, scs amis et sa famille.
jion frère, l'abbé Fouquet . qui avait puissamment contribué à son élévation, mais dont les violeiH'es soulevèrent l'indignation générale, fut enveloppé dans la même catastrophe. Ce personnage mystériciu , dont les mémoires ne parlent qu'm passant, paraîtra dans celte élude à cAlé de Niculas Fouquet, bravant 1rs dangers pour correspondre avec le cardinal exilé, négociant à Paris avec autant de xéir que d'habileté pour récliaulTcr Fardeur de ses [lartisans et lui en acquérir de nouveaux, combattant par b nise, et quelquefois même à fom- ouverte, la cabale d'obord triomphante de b Fronde; en un mut, contribuant plus qu'aucun autre à b ruine de celte faction. .Activité, souplesse d'esprit, fécondité de ressources, intrépidité dans la lutte, persévérance dans l'adversité, telles sont les qualités que déploya alors l'abbé Fouquet. Son rôle pendant b Fronde fut plus brillant que celui de son frère. Ce dernier n'aurait pu, sans devenir odieux au parlement , prendre ouvertement la défense du cardinal ; il se contenta d'agir par des voies souterraines et de travailler à gagner une partie des conseillers à la cause de Maxarin. Du reste, le tèlc des deux frères ne fut jamais désintéressé; après b victoire, l'abbé obtint pour lui des bénéiiees Fl pour son frère b surintendance des finances. Ce fut alors que commenta la seconde période , où l'insolence de l'un et les prodigabtés de l'autre préparèrent b ruine de leur puissance.
OMnuKfil de Josepit Foacaiill, grelîierde Colbert): entin du Jwrnat ttOtivifr ifOr- Is cliauibre de Justice qui Jugea Fow^uet messon, ■uensbre de b inéine chaïubte et (Bibt. imp. ms. n** aàb-s&b. des bno de rapporteur du procès.
INTBODUCTION.
RKUTinx.s DS XIC0LS5 rot:Qirr et de sok fbêss, L'asbr roi^^tST.
AVEC MAIASIN PENDANT 14^ FBONDE.
Nicolas Foiiijuei, quatrième fîJa ilc Fran<;oi$ FouqucJ et de Marie Maupcou, naquit en 1 6i S. famille, dont le nom s'écrivait alors Fimctfoet, était originaire de Bretagne , où le mot Fouquet désigne un écureuil. François Kouquet, père de Nicolas, après avoir été un annatcur distingué de Nantes, fut appelé par Richelieu au conseil de commerce et de navigation , et etdin au conseil dTÎtai. On a dit qu'il fut un des commissaires diai^tés de juger le maréchal de Marillar , et qu i! s'honora en refusant do prortoncer ta peine de mort contre l'accusé; mais cette tradition n'est pas fondée ^ Ce qui est certain , c'est que François Fouqiiet eut un rôle actif dans le conseil d'Kut. et qu'il fut procureur général d'une chambre de justice instituée, en i63i, contre les liuancicrs. A vingt ans, Nicolas Fouquet entra dans la inagistra' ture en qualité de maître des requêtes. A cette époque (i63S). Riehelieu venait de donner une organisation fixe el permanente au corps des intendants ; tantôt ils accompagnaient tes armées avec mission de pouivoir aux approvisionnements, de rendre la Justice et de surveiller la gestion hnanctéro, tantôt ÎU administraient une cin'onscriptîon territoriale appelée Aéni/itc. Nicolas Fouquet fut d'abord attaché comme intendant & rarmée qui défendait la frontière septentrionale de la France (i6à3)*. L'année suivante il administrait la généralité de Grenoble; mais, à la suite d'une révolte, qu'il n'avalt su ni prévenir, ni réprimer’, il fut rappelé A Paris.
' he père Gnffet • dooné, dans mmi fhsiùtn de Lom* A///, le ivora des juge» du maréchal de Mahllac. FrnnçoU Foii> quel D*^ ligure p^. Il existe d'ailleun, dnnji 1rs papiers de U famille d'Argensoo (Bibliolhèqur impériale du Louvre, nu.), une relation du procès du inarèdial, rédigée par un d‘Arg«m»on qui étui procureur géaiéral de la coaumlsaion ; cHe 00 fait
pat mention de François Fouquet. J'iusisle sur ce point , parce que 1 erreur »e trouve dftiM l'ouvrage juslcoseul estimé de M P. Clément.
' Ce ùît est élahli par uue lettre de Mauuiu k Fouquet, en date du i5 janvier i6&3.
* Jonmal d'Olmer d'Ormesson, i** pnrti». p. iqq. aoo et sot.
INTRODUCTION
Mazarin ne le laissa pas longlenips inactif : il avait apprécié l'esprit vif et souple du jeune magistrat , sa finesse pour pénétrer les hnmmes , ses gréces insinuantes pour se les attaclier. Il espérait tirer parti, même de son ambition. En i6&y, nous trouvons de nouveau Fouquet atlaclié rotnme intendant h l’armée que cuinniandaieiit Gassion et Rantzau, au nord de la France ; c'est lui qui annonce à Mazarin la mort de Gassion
Conque la Fronde éclata, Nicolas Foutjuet resta dévoué au cardinal. Masarin le chargea, pendant la guerre de 16/19, d'approsisionner l'armée royale. I.a> cardinal écrivait sur ses carnets, en décembre iC46 : a Envoyer Fouquet en Brie, avec ordre d'y faire de grands magasins de blo pour la subsistance de l'armée*. ■> On voit en effet Fouquet. établi à l.agny, lever des réquisitions de guerre sur le* paysans de la Brie et de l'Ilc-de-Fnince’ Il fut aussi charge par Maiarin de percevoir des taxes sur les riches habitant* de Paris, sons prétexte de sauver du feu leurs cbéteaiix et maisons de campagne *. On a encore l'arrêt du conseil du roi qui confiait cette périlleuse mission A Nicolas Fouquet , et le râle des taxes rédigé A la suite do l’arrêt Le parlement s'émut de ce* contributions forcées, qui frappaient surtout les magistraLs; il défendit de les payer, et enjoignit A Fouquet d'apporter au greffe de la cour la commission qui lui ordonnait de les lever, sous peine d'interdiction de son office de maitre des requêtes La correspondance de Fouquet prouve qu'il aima mieux obéir A la cour qu'au parlement.
Son dévouement fut récompensé lorsque Maiaiin eut triomplié de la Fronde parlementaire. Fouquet fut alors appelé A un poste analogue A celui d'intendant de l'Ile-dc-France L Après l'arrestation des princes, en janvier i65o, il accompagna la cour, qui se rendait en Normandie pour prévenir la révolte que la duchesse de Longueville s'efforcait d'y exciter *.
' Voy. une l•llr« de Majarin A Nicolas Fouquet, en date du 3o seplemAre 1647.
' Canset xi , P 65.
' Voy. Lettres Jt Fouynai é .Uscuna.
■rdiive* des ailaircs étrangères, Fsaxca, I.CXXII.
' Voy.yoanutfiTO/ivsrrd'OriiiexMM, 1. 1, p. C8o-58i.
* Choix do masannadn, per M Mo-
reau , L 1 , P- S08.
* /Aid.
* Joornat<tOliti*r d'OrottU. I. I,p. 801 .
* « Les sieurs Fouquet et de La Mai^ guevie, tous deux maisires des reqnesles, vont A la suite de la cour, s {Joxrmol de Dahmùsatt'Aohentty, a la date do 1" révrirr